Insee Analyses N°5 - juillet 2012
L'enquête de Conjoncture Auprès des Ménages MEnsuelle (« enquête CAMME »)
Tous les mois, l'Insee réalise une brève enquête téléphonique sur la conjoncture économique auprès d'un échantillon d'environ 2 000 ménages répondants. Chaque ménage est interrogé trois mois consécutifs avant de sortir de l'échantillon. La personne interrogée est le titulaire de l'abonnement téléphonique ou son conjoint. Le questionnaire interroge l'enquêté sur son appréciation de la situation économique générale et de sa propre situation sur les quelques mois précédents et sur ses anticipations à court terme. Les résultats recueillis sont utilisés pour produire l'indicateur du moral des ménages. L'enquête fait partie d'un ensemble d'enquêtes analogues réalisées dans tous les pays de l'Union européenne, sous l'égide de la Commission européenne.
Depuis 1996, on demande à l'enquêté son l'opinion sur l'inflation au cours des douze derniers mois (des six derniers pour la période 1996-2003). Plus précisément, la question posée est :
Trouvez-vous que, au cours des douze derniers mois, les prix ont :
- fortement augmenté ?
- modérément augmenté ?
- un peu augmenté ?
- stagné ?
- diminué ?
Cette question sert à construire le solde d'opinion des ménages sur l'évolution passée des prix, publié mensuellement par l'Insee. Depuis 2004, le questionnaire demande en outre une évaluation quantitative de cette inflation passée. Ce sont ces évaluations quantitatives qui sont analysées dans la présente étude et qu'on qualifie d'opinions personnelles sur l'inflation (OPI).
Les deux plateformes de l'enquête CAMME sur la perception des prix
En avril 2007, puis en février 2009, une plateforme de vingt questions a été ajoutée au questionnaire habituel de l'enquête CAMME. En avril 2007, 2 030 personnes ont été enquêtées et 1 908 en février 2009.
L'enquêté se voyait poser, pour neuf produits différents, la question suivante :
D'après vous et en général, le prix de [nom du produit]
- a baissé ?
- est resté stable ?
- a augmenté comme tout le reste ?
- a augmenté plus que tout le reste ?
Les neuf produits étaient : le pain, la viande de bœuf, l'huile alimentaire, la facture d'électricité, les réparations automobiles, l'essence, la facture téléphonique, le lave-linge, le téléviseur. Ces produits ont été sélectionnés avec l'idée de se limiter à des articles courants, de façon à maximiser la probabilité de réponse, en proposant une liste variée incluant des produits alimentaires, des biens durables, des services, et combinant des produits présentant des dynamiques de prix contrastées.
Une option possible aurait été de demander à l'enquêté une réponse quantitative. Elle a été écartée : les limites imposées au temps d'interrogation d'une part, le risque d'élever le taux de non réponse en exigeant de l'enquêté une évaluation précise ont conduit à préférer la formulation qualitative.
L'indice de Brachinger
L'indice de Brachinger est construit comme l'indice des prix à la consommation, en calculant une moyenne des évolutions de prix des biens élémentaires, mais avec deux différences :
- Au lieu de pondérer les biens par leur poids relatif dans les budgets des ménages, on les pondère par leurs fréquences d'achat. Ces fréquences d'achat sont estimées à l'aide de l'enquête Budget de famille 2006. Cette enquête collecte les dépenses des ménages en partie au moyen de carnets de comptes quotidiens tenus pendant 2 semaines par chacun des 10 400 ménages enquêtés.
- Les biens dont les prix augmentent se voient par ailleurs attribuer une surpondération d'un facteur K. Deux valeurs de ce coefficient ont été testées : K=1,1 et K=2.
L'interprétation de K comme coefficient d'aversion à la perte remonte aux travaux de Tversky et Kahnneman (1991). Dans le protocole expérimental qu'ils avaient adopté, les sujets d'un premier groupe évaluaient le prix qu'ils demanderaient pour se déposséder d'un objet leur appartenant. Dans le second groupe, les sujets évaluaient le prix du même objet qui leur était donné. Le prix moyen des vendeurs - ceux du premier groupe - apparaissait deux fois plus élevé que celui des receveurs - ceux du second groupe.