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Orientation sexuelle et écart de salaire sur le marché du travail français : une identification indirecte

Thierry Laurent et Ferhat Mihoubi

Résumé

De nombreuses études portant sur les pays anglo-saxons font état de salaires plus faibles pour la population homosexuelle, à caractéristiques productives observables données. Cet écart suggère la présence de comportements discriminatoires, même s'il ne suffit pas à la prouver formellement. En ce qui concerne la France, cette question n'avait encore fait l'objet d'aucune étude statistique, faute de données adaptées. Cet article tente de combler ce manque à l'aide des données de l'enquête Emploi, en y sélectionnant les individus cohabitants avec une personne de même sexe dont ils se déclarent « ami ». Cette approche, la seule possible à ce jour, est par nature indirecte et partielle : elle exclut les homosexuels qui vivent seuls et ne cible donc qu'une partie de la population d'intérêt. À l'inverse, elle peut incorporer des individus co-résidents avec une personne de même sexe pour de toutes autres raisons que l'orientation sexuelle. Des filtrages additionnels sont proposés pour essayer de limiter ce biais ; ils consistent à exclure les individus qui sont les plus susceptibles de cohabiter pour des raisons notamment économiques (étudiants, retraités, personnes ayant des salaires peu élevés…) ou de migration. Une approche économétrique permet alors de comparer les salaires de ce groupe à ceux du reste de la population. Elle fait ressortir un écart négatif pour les hommes qui ne peut se réduire aux caractéristiques productives observées et dont une partie pourrait donc se lire en termes de discrimination. Il est de l'ordre de - 6 % à - 7 % dans le secteur privé et de - 5 % à - 6 % dans le secteur public. Un tel écart ne s'observe pas en revanche pour les femmes ; cette asymétrie est conforme aux résultats des études menées sur d'autres pays. La qualification ne suffit pas à éviter ce désavantage salarial : dans le secteur privé, il apparaît même plus élevé pour les travailleurs qualifiés que pour les non-qualifiés. Il s'accroît également avec l'âge.

avril 2014 - n°464-465-466

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