La synthèse suivante est extraite de la publication Insee Première n°1089 de juillet 2006.
Au 1er janvier 2050, en supposant que les tendances démographiques récentes se maintiennent, la France métropolitaine compterait 70,0 millions d'habitants, soit 9,3 millions de plus qu'en 2005. La population augmenterait sur toute la période, mais à un rythme de moins en moins rapide. En 2050, un habitant sur trois serait âgé de 60 ans ou plus, contre un sur cinq en 2005. La part des jeunes diminuerait, ainsi que celle des personnes d'âge actif. En 2050, 69 habitants seraient âgés de 60 ans ou plus pour 100 habitants de 20 à 59 ans, soit deux fois plus qu'en 2005.
Ces résultats sont sensibles aux hypothèses retenues, mais aucun scénario ne remet en cause le vieillissement, qui est inéluctable.
L'Insee a élaboré de nouvelles projections de population pour la France métropolitaine. Les précédentes projections, établies en 2001, s'appuyaient sur la population estimée au 1er janvier 2000, qui a été revue à la hausse avec les résultats des enquêtes annuelles de recensement de 2004 et 2005. Les hypothèses de fécondité, de mortalité et de solde migratoire retenues alors ont été remises en cause avec les changements récents. Depuis le début des années 2000 en effet, la fécondité et le solde migratoire ont augmenté. Ils se sont maintenus durablement à des niveaux plus élevés que ceux introduits dans la projection précédente. Enfin, les différences de mortalité entre hommes et femmes se sont atténuées plus fortement que ce qui avait été projeté.
De nouvelles hypothèses, qui ont fait l'objet d'une large concertation, ont donc été formulées sur la fécondité, la mortalité et les échanges migratoires avec l'extérieur, ces trois facteurs conditionnant l'évolution future de la population.
Désormais, le scénario central des projections de population (qualifié aussi de scénario tendanciel, puisqu'il prolonge des tendances observées par le passé) retient une descendance moyenne finale de 1,9 enfant par femme. L'indicateur conjoncturel de fécondité se maintiendrait à 1,9 enfant par femme sur toute la période projetée (niveau moyen des années 2000-2005), avec une hausse de l'âge moyen à la maternité jusqu'à 30 ans en 2010 puis une stabilisation à ce niveau. Le solde migratoire est désormais supposé se maintenir à +100 000 personnes par an, niveau moyen des années 2004-2005. Il est réparti également entre hommes et femmes, selon la structure par âge observée entre 2000 et 2003. Quant à la mortalité, elle est supposée continuer à baisser, selon la tendance estimée sur les 15 dernières années (1988 à 2002). Dans ces conditions, les écarts d'espérance de vie à la naissance entre femmes et hommes se réduisent de 7,1 ans en 2005 à 5,2 ans en 2050. L'hypothèse conduit à une espérance de vie à la naissance de 89 ans pour les femmes en 2050. (voir Insee Première n° 1089, pour une comparaison avec les anciennes hypothèses centrales). Les projections de population démarrent au 1er janvier 2005 et s'achèvent au 1er janvier 2050.
Sous les hypothèses du scénario central, la population de la France métropolitaine s'établirait à 70,0 millions d'habitants au 1er janvier 2050, contre 60,7 millions en 2005 (voir ci-dessous le tableau 1). Sa croissance serait ininterrompue jusqu'en 2050 mais de moins en moins soutenue (+ 0,56 % en 2005 à + 0,11 % en 2049). Ce ralentissement est lié à l'augmentation du nombre de décès, conséquence du vieillissement : 773 000 décès en 2049, contre 531 000 en 2005. Les décès s'accélèreraient à partir de 2030, avec l'arrivée aux grands âges des générations nombreuses du baby-boom. Le solde naturel, en baisse depuis 2005, deviendrait alors plus faible que le solde migratoire. Vers 2045, il serait même négatif (-26 000 en 2049), le nombre de décès excédant le nombre des naissances. La population continuerait toutefois de croître jusqu'en 2050, grâce au solde migratoire.
En 2050, 22,3 millions de personnes seraient âgées de 60 ans ou plus contre 12,6 millions en 2005, soit une hausse de 80 % en 45 ans. C'est entre 2006 et 2035 que cet accroissement serait le plus fort (de 12,8 à 20,9 millions), avec l'arrivée à ces âges des générations nombreuses issues du baby-boom, nées entre 1946 et 1975. Entre 2035 et 2050, la hausse serait plus modérée. Les personnes qui atteindront 60 ans appartiennent à des générations moins nombreuses. Par ailleurs, les générations du baby-boom nées juste après-guerre approcheront 90 ans : elles parviendront donc à des âges de forte mortalité.
Le vieillissement de la population française s'accentuerait entre 2005 et 2050 : alors que 20,8 % de la population résidant en France métropolitaine avait 60 ans ou plus en 2005, cette proportion serait de 30,6 % en 2035 et de 31,9 % en 2050.
Le vieillissement est inéluctable, au sens où il est inscrit dans la pyramide des âges actuelle, puisque les personnes qui atteindront 60 ans à l'horizon 2050 sont déjà toutes nées (en 1989 ou avant). L'allongement de la durée de vie dans les années futures ne fait qu'accentuer son ampleur. En effet, même si l'espérance de vie se stabilisait à son niveau de 2005, le nombre de personnes âgées de 60 ans ou plus augmenterait quand même de 50 % entre 2005 et 2050.
Sous les hypothèses du scénario central, le nombre de personnes de moins de 20 ans resterait stable : 15,1 millions en 2005 et 15,3 millions en 2050. Mais comme la population totale augmenterait durant cette période, la part des jeunes dans la population métropolitaine baisserait (24,9 % en 2005 et 21,9 % en 2050). Dès 2014, la proportion de personnes de moins de 20 ans serait inférieure à celle des 60 ans ou plus.
Le nombre de personnes âgées de 20 à 59 ans augmentait avant 2005 ; il resterait stable entre 2006 et 2008, autour de 33,1 millions. La baisse commencerait alors, les générations arrivant à ces âges étant moins nombreuses que celles qui en sortent. L'effectif des 20-59 ans diminuerait ainsi légèrement pour atteindre 32,2 millions en 2034, puis se stabiliserait à ce niveau (32,3 millions en 2050).
Pour les 20-64 ans, l'effectif augmenterait assez fortement d'ici 2010 ; la baisse s'amorcerait plus tardivement, à partir de 2012.
En 2050, les 20-59 ans représenteraient 46,2 % de la population contre 54,3 % en 2005. Pour les personnes de 20 à 64 ans, cette proportion est de 58,7 % en 2005 et 51,9 % en 2050. A cette date, la France métropolitaine compterait 69 habitants de 60 ans ou plus pour 100 habitants de 20-59 ans, et 46 habitants de 65 ans ou plus pour 100 de 15 à 64 ans. Ces deux ratios auraient presque doublé en 45 ans (38 et 25 en 2005).
| Année | Population au 1er janvier (en milliers) | Proportion (%) des | Solde naturel (en milliers) | Solde migratoire (en milliers) | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 0-19 ans | 20-59 ans | 60-64 ans | 65 ans et plus | 75 ans et plus | ||||
| * Chiffre pour l'année 2049. Les projections s'arrêtent au 1er janvier 2050. | ||||||||
| Le solde naturel de l'année 2050, différence entre les naissances de 2050 et les décès de cette année, n'est donc pas projeté. | ||||||||
| Champ : France métropolitaine | ||||||||
| Source : Insee, situations démographiques et projections de population 2005-2050 | ||||||||
| 1950 | 41 647 | 30,1 | 53,7 | 4,8 | 11,4 | 3,8 | +327,8 | +35 |
| 1990 | 56 577 | 27,8 | 53,2 | 5,1 | 13,9 | 6,8 | +236,2 | +80 |
| 2000 | 58 796 | 25,6 | 53,8 | 4,6 | 16,0 | 7,2 | +243,9 | +70 |
| 2005 | 60 702 | 24,9 | 54,3 | 4,4 | 16,4 | 8,0 | +243,5 | +95 |
| 2010 | 62 302 | 24,3 | 53,0 | 6,0 | 16,7 | 8,8 | +199,4 | +100 |
| 2015 | 63 728 | 24,0 | 51,4 | 6,2 | 18,4 | 9,1 | +163,6 | +100 |
| 2020 | 64 984 | 23,7 | 50,1 | 6,1 | 20,1 | 9,1 | +135,3 | +100 |
| 2025 | 66 123 | 23,1 | 49,0 | 6,2 | 21,7 | 10,5 | +119,2 | +100 |
| 2030 | 67 204 | 22,6 | 48,1 | 6,1 | 23,2 | 12,0 | +111,1 | +100 |
| 2035 | 68 214 | 22,2 | 47,2 | 6,1 | 24,5 | 13,3 | +81,7 | +100 |
| 2040 | 69 019 | 22,1 | 46,9 | 5,4 | 25,6 | 14,3 | +27,9 | +100 |
| 2045 | 69 563 | 22,0 | 46,4 | 5,8 | 25,8 | 15,0 | -13,3 | +100 |
| 2050 | 69 961 | 21,9 | 46,2 | 5,7 | 26,2 | 15,6 | -26,4* | +100 |
L'évolution de la fécondité, de la mortalité et des migrations à long terme est incertaine. Il est donc nécessaire de chiffrer l'effet d'un changement d'hypothèses sur les résultats projetés. Pour chaque composante du mouvement de la population, deux variantes ont été retenues par rapport à l'hypothèse centrale : une hypothèse basse et une hypothèse haute. La combinaison des trois hypothèses retenues (centrale et variantes) pour chaque composante conduit à un ensemble de 27 scénarios. Parmi eux, outre le scénario central, sont privilégiées ici à titre illustratif les six variantes qui ne différent du scénario central que pour une seule composante. Il est question ensuite par exemple de variante de « fécondité haute » lorsque l'hypothèse haute de fécondité et les hypothèses centrales de mortalité et migrations sont retenues.
En matière de fécondité, l'hypothèse haute suppose que l'indicateur conjoncturel de fécondité augmente progressivement jusqu'à 2,1 enfants par femme en 2010, puis se maintient à ce niveau ; ce seuil correspond au renouvellement des générations. L'hypothèse basse suppose une baisse progressive jusqu'à 1,7 enfant par femme en 2010 puis son maintien ; ce seuil correspond à la fécondité minimale des cinquante dernières années. Pour les trois hypothèses de fécondité, l'évolution de l'âge moyen à la maternité est identique.
En matière de migrations, l'hypothèse basse de solde migratoire suppose qu'il baisse progressivement jusqu'à +50 000 entrées nettes en 2010, puis se maintienne à ce niveau. A l'inverse, l'hypothèse haute suppose que le solde augmente progressivement jusqu'à +150 000 par an en 2010, puis se stabilise.
En matière de mortalité, l'hypothèse basse d'espérance de vie suppose un ralentissement des progrès constatés au cours des quinze dernières années. A l'opposé, l'hypothèse haute retient des gains plus élevés, surtout après 80 ans. Les écarts d'espérance de vie à la naissance par rapport à l'hypothèse centrale sont alors de plus ou moins 2,5 ans en 2050 : 86,5 ans pour les femmes et 81,3 ans pour les hommes en 2050 selon l'hypothèse basse ; et 91,5 ans pour les femmes et 86,3 ans pour les hommes selon l'hypothèse haute.
Selon la variante « fécondité haute », la population serait de 74,2 millions en 2050 et de 65,9 millions selon la variante « fécondité basse » (voir ci-dessous le tableau 2). L'écart serait ainsi de 8,3 millions d'habitants. La variante « fécondité basse » conduirait à un retournement à la baisse de la population d'ici 2050 : le nombre d'habitants augmenterait jusqu'à 66,3 millions en 2040 et diminuerait ensuite.
Selon les hypothèses basse et haute de migrations, la population varierait de 67,0 millions à 73,0 millions à l'horizon 2050, soit un écart de 6,0 millions.
Entre les deux variantes d'espérance de vie, l'écart est cette fois de 3,3 millions de personnes en 2050.
Aucune variante ne remet en cause le vieillissement : la proportion de personnes âgées de 60 ans ou plus varierait entre 30,1 % et 33,9 % selon la variante retenue. Elle serait dans tous les cas nettement supérieure au niveau actuel (20,8 % en 2005).
Ce sont les variantes « fécondité basse » et « fécondité haute » qui conduiraient aux proportions extrêmes, avec un écart de près de 4 points entre ces variantes. Les variantes d'espérance de vie joueraient à peu près autant : 30,4 % d'après le scénario « espérance de vie basse » et 33,3 % d'après la variante haute, soit un écart de 3 points. Les variantes basse et haute de migrations auraient un effet plus limité, avec un écart de 1,5 point seulement.
| Année | Population au 1er janvier (en milliers) | Proportion (%) des | |||
|---|---|---|---|---|---|
| 0-19 ans | 20-59 ans | 60-64 ans | 65 ans ou plus |
||
| Champ : France métropolitaine | |||||
| Source : Insee, projections de population 2005-2050, scénario central et les six variantes qui ne diffèrent du scénario central que pour une composante. | |||||
| 1er janvier 2005 (rappel) | 60 702 | 24,9 | 54,3 | 4,4 | 16,4 |
| 1er janvier 2050 | |||||
| Scénario central | 69 961 | 21,9 | 46,2 | 5,7 | 26,2 |
| Variantes de fécondité | |||||
| Scénario "fécondité basse" | 65 886 | 19,7 | 46,4 | 6,1 | 27,8 |
| Scénario "fécondité haute" | 74 219 | 24,1 | 45,9 | 5,3 | 24,7 |
| Variantes de mortalité | |||||
| Scénario "Espérance de vie basse" | 68 268 | 22,4 | 47,1 | 5,8 | 24,6 |
| Scénario "Espérance de vie haute" | 71 556 | 21,4 | 45,2 | 5,7 | 27,7 |
| Variantes de migrations | |||||
| "Solde migratoire bas" | 66 973 | 21,6 | 45,7 | 5,7 | 27,0 |
| "Solde migratoire haut" | 72 948 | 22,2 | 46,7 | 5,6 | 25,5 |