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Trente ans de vie associative

Une participation stable mais davantage féminine

Carine Burricand, François Gleizes, division Conditions de vie des ménages, Insee

Résumé

En 2013, plus de quatre personnes sur dix âgées de 16 ans au moins sont membres d’une association. Le taux d’adhésion est relativement stable depuis 30 ans. Les associations culturelles et sportives attirent toujours le plus grand nombre d’adhérents et la participation des seniors à ces types d’activités ne cesse de progresser. Adhérer reste plus fréquent parmi les personnes les plus diplômées et les plus aisées. La proportion d’hommes membres d’une association reste un peu plus élevée, mais en trente ans le monde associatif s’est nettement féminisé. Les adhérents d’associations ne sont pas nécessairement des participants actifs, cependant ils sont plus impliqués dans la vie citoyenne (participation électorale, bénévolat).

Sommaire

Encadré

Publication

Plus de 21 millions de personnes membres d'associations en 2013

En 2013, plus de 21 millions de personnes, résidant en ménages ordinaires en France métropolitaine, ont déclaré être membres d’au moins une association au cours des 12 derniers mois, soit 42 % des personnes âgées de 16 ans ou plus. Au-delà de différences de protocole entre les enquêtes successives, le taux d’adhésion apparait relativement stable depuis 30 ans (encadré). Au cours des années 1990, les adhésions ont nettement progressé dans les associations sportives ou culturelles, au détriment des associations de défense de droits ou d’intérêts. La situation est plus stable depuis. En 2013, les associations de pratiques culturelles ou sportives enregistrent les taux d’adhésion les plus élevés (24 %). Viennent ensuite les associations pour la défense de droits ou d’intérêts (17 %) : syndicats, actions humanitaires ou caritatives, parents d’élèves, locataires ou copropriétaires, groupements professionnels, partis politiques… Enfin, 13 % des personnes de 16 ans ou plus déclarent être membres d’une association orientée vers la convivialité (club du 3e âge ou de loisirs, association religieuse…).

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Les écarts entre hommes et femmes se réduisent

Autant d’hommes que de femmes sont membres d’au moins une association (près de 10,5 millions chacun). Compte tenu du fait que la population adulte est majoritairement féminine, cela signifie que les hommes participent un peu plus à la vie associative que les femmes : 44 % contre 40 % en 2013 (figure 1). Leur préférence va toujours vers les associations sportives (20 % contre 15 % pour les femmes) et ils sont plus nombreux également dans les associations liées à la vie professionnelle (syndicats ou groupements professionnels). Inversement, les femmes sont un peu plus présentes dans les associations tournées vers la convivialité (14 % contre 12 %) ou à caractère social (associations d’action sanitaire et sociale ou humanitaire et caritative).

En 30 ans, l’écart de taux d’adhésion entre hommes et femmes s’est nettement réduit. En 1983, toutes choses égales par ailleurs, les hommes avaient 2,1 fois plus de chances que les femmes d’adhérer à une association ; en 2013, ce rapport n’est plus que de 1,2 (figure 2). De même, le taux d’adhésion des femmes à des associations de défense de droits ou d’intérêts est presque équivalent à celui des hommes (1 point d’écart en 2013 contre 10 points en 1983). Dans les associations culturelles et sportives, l’écart entre hommes et femmes s’est également réduit (4 points contre 13 points en 1983).

Au final, la population des adhérents s’est beaucoup féminisée quel que soit le domaine associatif. En 2013, parmi les personnes membres d’au moins une association culturelle ou sportive, 49 % sont des femmes contre 39 % en 1983. Dans les associations tournées vers la convivialité et dans celles pour la défense de droits ou d’intérêts, la part des femmes est passée en 30 ans respectivement de 41 % à 56 % et de 42 % à 50 %.

Figure 1 - Taux d'adhésion (au cours des douze derniers mois) selon le type d'association en 2013
en %
Type d'association selon le domaine associatif Ensemble Hommes Femmes
1. Associations d'aides aux personnes en difficulté, soutien scolaire…
2. Parents d'élèves, associations de consommateurs, de locataires…
Lecture : en 2013, 20 % de la population masculine âgée de 16 ans ou plus avaient adhéré à au moins une association sportive au cours des 12 derniers mois.
Champ : personnes âgées de 16 ans ou plus résidant en ménages ordinaires en France métropolitaine.
Source : Insee, Enquête SRCV-Silc 2013.
Pratique d'une activité culturelle ou sportive 24 26 22
Sport 18 20 16
Culture 9 8 10
Association tournées vers la convivialité 13 12 14
Loisirs (comités des fêtes, clubs de bridge…) 8 8 7
Club de 3e âge, de loisirs pour personnes âgées 4 3 4
Religion, culte, groupe paroissial 3 2 3
Défenses de droits ou d'intérêts 17 18 17
Action sanitaire et sociale ou humanitaire et caritative1 6 5 7
Défense de droits et d'intérêts communs2 4 3 4
Protection de l'environnement 2 2 1
Syndicat (hors groupement professionnel) 7 8 5
Groupement professionnel hors syndicat (professeurs, musiciens…) 2 3 2
Parti politique 1 2 1
Ensemble des associations 42 44 40
Figure 2 - Taux d'adhésion de 1983 à 2013 et évolution des rapports de risque selon les caractéristiques sociodémographiques des adhérents
Membres d'au moins une association
à la date de l'enquête les 12 derniers mois
1983 1996 2002 2013
Taux d'adhésion1 Odds ratio2 Taux d'adhésion Odds ratio Taux d'adhésion Odds ratio Taux d'adhésion Odds ratio
nd : non disponible.
ns : non significatif au seuil de 5 %.
réf. : référent.
1. Les taux d'adhésion entre les différentes enquêtes sont donnés à titre indicatif mais ne sont pas directement comparables (encadré), seuls les odds ratio sont comparés entre les enquêtes.
2. L'odds ratio (définitions) constitue un indicateur de la différenciation entre deux groupes dont un référent. Par exemple, en 1983, la probabilité d'adhérer à une association relativement à celle de ne pas y adhérer est 2,1 fois plus forte pour les hommes que pour les femmes, à autres caractéristiques individuelles identiques.
Champ : personnes âgées de 16 ans ou plus résidant en ménages ordinaires en France métropolitaine.
Sources : Insee, Ined, enquête 1983 Contacts entre les personnes ; Insee, enquêtes EPCV 1996 et 2002 ; Insee, enquête SRCV-Silc 2013.
Ensemble 43 - 44 - 44 - 42 -
Sexe
Hommes 53 2,1 49 1,4 49 1,5 44 1,2
Femmes 34 réf. 39 réf. 39 réf. 40 réf.
Âge
16 - 24 ans 31 0,6 42 ns 40 ns 36 1,1
25 - 39 ans 47 réf. 42 réf. 41 réf. 41 réf.
40 - 49 ans 50 1,3 46 1,2 44 1,2 43 1,4
50 - 64 ans 41 ns 46 1,3 47 1,3 44 1,4
65 ans ou plus 45 1,5 44 1,4 47 1,6 43 1,5
Niveau de diplôme
Aucun diplôme 30 0,5 29 0,6 26 0,6 22 0,6
Inférieur au Bac 43 réf. 43 réf. 43 réf. 36 réf.
Bac 58 1,6 51 1,4 51 1,4 45 1,5
Supérieur au Bac 67 2,3 62 1,8 58 1,6 56 2,0
Catégorie socioprofessionnelle (profession actuelle ou antérieure)
Agriculteurs 44 1,3 49 2,0 53 1,6 48 1,2
Artisans, commerçants 45 ns 45 ns 42 ns 37 0,8
Cadres 67 1,8 64 1,5 63 1,3 60 1,3
Professions intermédiaires 56 1,4 53 1,4 56 1,4 52 1,2
Employés 41 réf. 37 réf. 38 réf. 37 réf.
Ouvriers 35 0,8 36 ns 33 0,9 32 0,9
Autres inactifs nd nd 42 ns 40 ns 37 ns
Niveau de vie
1er quartile (les plus modestes) nd nd 33 0,8 30 0,8 29 0,7
2e quartile nd nd 40 réf. 39 réf. 39 réf.
3e quartile nd nd 44 ns 47 1,3 45 1,2
4e quartile (les plus aisés) nd nd 59 1,6 58 1,7 55 1,4

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Davantage d’adhérents parmi les plus diplômés et les plus aisés

Comme par le passé, plus on possède un diplôme élevé, plus la probabilité d’adhérer à une association est forte. En 2013, 56 % des personnes qui possèdent un diplôme supérieur au Bac ont adhéré à au moins une association au cours des 12 derniers mois contre 36 % pour celles dont le diplôme est inférieur au Bac et 22 % pour les non-diplômés. À autres caractéristiques égales, être membre d’une association est aussi plus fréquent parmi les ménages les plus aisés : les personnes appartenant aux 25 % des ménages dont le niveau de vie est le plus élevé ont deux fois plus de chances d’adhérer à une association que ceux qui appartiennent aux 25 % des ménages les plus modestes. L’adhésion à une association peut en effet nécessiter d’engager des frais, directs ou indirects, qui même modestes peuvent constituer un frein pour certains ménages. Les composantes culturelles et financières influent donc fortement sur les taux d’adhésion. Par ailleurs, la participation associative augmente avec l’âge. Ce constat général, connu depuis longtemps, n’a pas évolué au fil des années.

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La participation des seniors aux associations culturelles ou sportives continue de progresser

Chez les seniors, les pratiques associatives se sont modifiées depuis 30 ans. Leur participation aux associations culturelles et sportives n’a cessé de progresser : elle concerne 19 % des 65 ans ou plus en 2013 contre 6 % en 1983 (figure 3). Le développement des pratiques culturelles et sportives parmi les seniors au fil des générations s’est accompagné d’une baisse de participation aux associations tournées vers la convivialité : de 38 % parmi les 65 ans ou plus en 1983 à 27 % en 2013.

Ce recul est dû en particulier à la diminution des adhésions de seniors dans les clubs de 3e âge. Malgré tout, dans ces clubs, le nombre d’adhérents est resté relativement stable compte tenu du vieillissement de l’ensemble de la population.

Les pratiques associatives ont en revanche peu évolué chez les jeunes de moins de 25 ans qui, en grande majorité, sont membres d’associations sportives. Quant aux personnes d’âge intermédiaire, si elles adhèrent également davantage à des associations culturelles et sportives, elles sont également très présentes dans les associations de défense de droits ou d’intérêts.

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Les seniors davantage pluridisciplinaires

Au-delà de 25 ans, les taux d’adhésion sont relativement proches entre les différentes classes d’âges (entre 41 % et 44 %). Malgré tout, plus l’âge augmente, plus les adhérents s’investissent dans plusieurs associations de domaines différents (figure 4). Ainsi, un quart des personnes âgées de 65 ans ou plus (contre 20 % des 25–39 ans) sont membres d’associations dans au moins deux des trois domaines (pratique, convivialité, défense) et 7,5 % (contre 2 % des 25–39 ans) dans chacun des trois domaines.

L’âge constitue, à caractéristiques données, le premier facteur explicatif de l’adhésion pluridisciplinaire dans différents domaines associatifs. De fait, les plus âgés disposent de plus de temps pour multiplier leur investissement associatif. La pluridisciplinarité croît également avec le niveau de diplôme.

L’adhésion exclusive dans un unique domaine dépend du type d’association. Elle est plus fréquente au sein des associations sportives, des clubs de 3e âge ou des syndicats (figure 5) et concerne la majorité de leurs adhérents (respectivement 66 %, 62 % et 61 % d’entre eux contre moins de la moitié pour les autres types d’associations). Ces associations recrutent en particulier aux âges extrêmes et sur une base plus populaire. La population des seniors comprend donc, d’un côté, des retraités qui s’investissent dans plusieurs domaines associatifs et, de l’autre, des personnes plus âgées adhérentes à un seul domaine (76 ans en moyenne contre 73 ans pour les pluridisciplinaires), très présentes dans les clubs de 3e âge.

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L’adhésion à une association n’entraîne pas forcément une participation active…

L’adhésion, qu’elle soit unique ou multiple, ne signifie pas pour autant que la personne participe aux activités de l’association. Le degré de participation dépend notamment du champ associatif. Les membres d’associations culturelles ou sportives pratiquent régulièrement leur activité : en 2013, c’est le cas de 82 % d’entre eux dans les associations sportives et 73 % dans les associations culturelles. Seuls un peu plus de la moitié des membres d’associations d’action sanitaire ou humanitaire ou de défense des droits et d’intérêts communs participent régulièrement à la vie de leur association. Dans les associations religieuses, la participation active régulière concerne 68 % des adhérents : seuls 4 % déclarent ne jamais participer aux activités de leur association.

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… mais dénote une implication dans la vie citoyenne plus importante

La participation à la vie associative s’accompagne d’un engagement citoyen plus élevé. Ainsi, parmi les adultes inscrits sur les listes électorales, à caractéristiques sociodémographiques identiques, la probabilité d’avoir voté aux élections législatives de 2012 est 1,8 fois supérieure pour les membres d’associations. Quelle que soit la nature de ces domaines associatifs (pratique d’une activité culturelle ou sportive, convivialité, défense de droits ou d’intérêts) la participation des adhérents à ces élections reste très supérieure à celle des non-adhérents. Elle est d’autant plus élevée que les adhérents participent régulièrement aux activités associatives. Cette plus forte participation électorale traduit sans doute, de la part des membres d’associations, un intérêt accru à la vie publique et citoyenne sous toutes ses formes.

De la même manière, la participation aux élections professionnelles est plus importante parmi les salariés en emploi adhérents d’une association que parmi les non-adhérents ; celle-ci l’est encore plus pour les adhérents d’associations de défense de droits ou d’intérêts : pour ces derniers, à caractéristiques identiques, la probabilité de participer aux élections professionnelles est deux fois plus élevée que pour les non-adhérents.

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Le bénévolat, plus fréquent parmi les diplômés

La participation à la vie publique et citoyenne s’illustre également à travers la pratique du bénévolat. En 2013, 11 millions de personnes, soit 22 % de la population âgée de 16 ans ou plus, déclarent spontanément avoir travaillé en tant que bénévoles au cours des 12 derniers mois, c’est-à-dire avoir rendu des services sans être rémunérés, dans le cadre d’une association ou d’un autre organisme. Ce résultat est sensible au protocole d’enquête qui détaille plus ou moins les différentes situations associées au bénévolat(encadré).

L’adhésion à une association induit fortement la pratique du bénévolat. En effet, parmi les membres d’associations, 44 % sont bénévoles contre seulement 7 % des non-adhérents. La taille de l’unité urbaine n’est pas un facteur explicatif de l’adhésion, mais en revanche elle influe sur le bénévolat. Ainsi, toutes choses égales par ailleurs, les habitants des communes rurales ont une probabilité plus élevée d’être bénévoles que ceux des grandes villes. Dans les petites communes, les associations ont moins d’adhérents et de ce fait la probabilité d’être bénévole y est sans doute plus élevée que dans les villes plus peuplées.

Le bagage culturel a également une incidence sur le bénévolat : deux personnes sur dix ayant un diplôme inférieur au Bac sont bénévoles contre trois sur dix parmi les titulaires d’un diplôme supérieur au Bac.

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Encadré

Adhésion et bénévolat - Comparabilité des enquêtes

Depuis 30 ans, l’Insee mène régulièrement des enquêtes sur les conditions de vie des ménages résidant en logement ordinaire qui abordent les pratiques associatives et le bénévolat. Les différences de protocole d’enquête, de champ de population, de questionnement et de nomenclature d’associations peuvent conduire à des taux d’adhésion différents selon les enquêtes. Ainsi, les taux d’adhésion des enquêtes SRCV 2008 et 2010 reposaient sur la déclaration spontanée des personnes interrogées de manière générale sur leur adhésion à une association quelle qu’elle soit. Ce mode de recueil conduit cependant à sous-estimer le nombre d’adhérents, les enquêtés ne pensant pas toujours spontanément à se déclarer adhérents d’une association. En 2013, un mode de questionnement plus détaillé a été repris sur le même principe que celui de l’enquête EPCV de 2002, la question de l’adhésion étant explicitement posée pour plusieurs types d’association, permettant de se prémunir, pour partie, d’oublis de la part des enquêtés.

Par ailleurs, sur longue période, entre les différentes enquêtes de l’Insee étudiées ici (1983, 1996, 2002 et 2013), la temporalité est différente. Dans l’enquête de 2013, la question de l’adhésion porte sur les 12 derniers mois et non sur la date de collecte, contrairement aux autres années. L’adhésion aux associations se faisant généralement sur l’année scolaire, il est probable que cette modification de champ n’a que peu d’impact sur les résultats. Néanmoins, les résultats en évolution sont à interpréter avec prudence.

Si la mesure du bénévolat porte sur les 12 derniers mois quelle que soit l’année d’enquête, le mode de questionnement conduit également à des niveaux de mesure variables entre les enquêtes. Ainsi, si la définition au sens « strict » du bénévolat est la même entre les enquêtes, certaines enquêtes, disposant de questionnaires plus approfondis (enquêtes EPCV 2002, Drees 2010) permettent de construire une notion plus large du bénévolat, en intégrant les personnes qui ne se déclarent pas comme bénévoles, mais qui répondent pourtant qu’elles ont travaillé ou rendu des services sans avoir été rémunérées. Par ailleurs, elles permettent également de prendre en compte des participations plus occasionnelles du bénévolat et non spontanément déclarées par les enquêtés. Indépendamment de ces différences affectant la fréquence du bénévolat, le profil des bénévoles reste cohérent entre ces différentes enquêtes.

Enfin, contrairement aux enquêtes auprès des associations, la mesure du nombre d’adhésions dans les enquêtes auprès des ménages ne porte que sur les personnes physiques, et non morales. Or, des associations peuvent adhérer à d’autres associations (la section locale d’une association adhérant à la section départementale de cette même association par exemple).

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Insee Première N° 1580 - janvier 2016

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