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Le temps des courses depuis 1974  

De moins en moins fréquentes et toujours plus longues le samedi

Cécile Brousse, division Conditions de vie des ménages, Aline Ferrante et Laure Turner, division Commerce, Insee

Résumé

En 2010, la population urbaine consacre en moyenne 2 heures et 41 minutes par semaine à faire des courses, soit 11 % de son temps domestique. En 35 ans, les écarts entre hommes et femmes se sont réduits : la durée hebdomadaire moyenne réservée aux courses a diminué de 28 minutes pour les femmes et augmenté de 21 minutes pour les hommes.  

Depuis 1974, la façon de faire les courses a également évolué : leur durée s’est allongée et elles se font plus loin du domicile. Les consommateurs profitent également de plages horaires d’ouverture des commerces plus étendues.

Les courses constituent une activité plus ou moins appréciée : pour les femmes et pour les cadres, elles représentent plus souvent une corvée que pour les hommes et les ouvriers. Pour les retraités, les personnes peu diplômées ou encore les ménages sans enfant, il s’agit d’un moment plutôt agréable. Les courses du quotidien sur Internet sont encore rares en 2010 et davantage pratiquées par les jeunes consommateurs et les cadres.

Sommaire

Publication

En 35 ans, le temps passé à faire des courses diminue pour les femmes et augmente pour les hommes

La durée moyenne des courses hors trajets est restée stable depuis 1974 et mobilise 23 minutes par jour en 2010, soit 2 heures 41 minutes par semaine (figure 1). Elles représentent 11 % du temps occupé par les activités domestiques au sein de la population urbaine de 18 ans ou plus (sources). En 2010, les femmes consacrent 6 minutes de plus aux courses que les hommes chaque jour, l’écart s’étant réduit de moitié depuis 1974. En revanche, les courses comptent davantage dans le temps domestique des hommes que dans celui des femmes (13 % contre 11 %). Cela s’explique par le fait qu’en 2010, les hommes consacrent seulement 2 heures et 36 minutes par jour aux activités domestiques contre 4 heures et 7 minutes pour les femmes. Cet écart s’est réduit depuis 1974, par une augmentation de 33 minutes par jour du temps domestique des hommes et par une diminution, plus nette, de 1 heure et 25 minutes pour les femmes. Depuis 1974, les hommes consacrent ainsi plus de temps aux courses (3 minutes de plus par jour), au ménage, à la cuisine, aux soins et à l’éducation des enfants, alors que se réduit la durée mobilisée par les femmes pour les courses (4 minutes de moins par jour),  l’entretien du linge, la vaisselle et le ménage.

Figure 1 - Temps quotidien moyen consacré aux activités domestiques et aux courses
en heures et minutes par jour
Lecture : en 2010, les urbains de 18 ans ou plus font en moyenne 23 minutes de courses par jour hors trajets. Pour un jour donné, le taux de personnes faisant des courses n'est que de 32 % et le temps de courses par jour de ces derniers atteint 1h12.
Champ : population urbaine de 18 ans ou plus.
Sources : Insee, enquêtes Emploi du temps 1974 et 2010.
Hommes Femmes Ensemble
1974 2010 1974 2010 1974 2010
Ensemble de la population Durée des activités domestiques 2 h 03 2 h 36 5 h 32 4 h 07 3 h 53 3 h 25
Durée des courses hors trajets 0 h 17 0 h 20 0 h 30 0 h 26 0 h 24 0 h 23
Durée des courses y compris trajets 0 h 23 0 h 26 0 h 39 0 h 34 0 h 31 0 h 30
Part des personnes effectuant des courses un jour moyen (en %) 37 28 59 35 49 32
Personnes effectuant des courses un jour moyen Durée des courses hors trajets 0 h 47 1 h 10 0 h 50 1 h 14 0 h 49 1 h 12
Durée des courses y compris trajets 1 h 01 1 h 32 1 h 05 1 h 37 1 h 03 1 h 35

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Des courses moins fréquentes nécessitant davantage l’utilisation de la voiture

La relative stabilité de la durée moyenne des courses est due, d’une part, à la baisse du taux de personnes faisant des courses un jour donné et, d’autre part, à l’allongement de la durée des courses pour ceux qui s’en chargent un jour donné. Ainsi, en 1974, la moitié de la population urbaine déclarait avoir fait des courses au cours de la journée ; en 2010, seul le tiers est dans ce cas. Ce recul concerne beaucoup plus les femmes (de 59 % à 35 %) que les hommes (de 37 % à 28 %). Mais pour ceux qui les font, les courses se sont allongées de 23 minutes entre 1974 et 2010, leur durée passant de 49 à 72 minutes sur une journée moyenne, sans différence marquée selon le sexe.

Pour effectuer des courses, la part des trajets à pied, majoritaires en 1974 (53 % de la durée totale des trajets ayant pour motif les courses), a fortement diminué en 2010 (à 17 %) au profit des déplacements en voiture (65 % de la durée totale en 2010 contre 38 % en 1974) (figure 2). La durée du trajet lorsque l’on fait ses courses en voiture a ainsi triplé depuis 1974 et atteint 15 minutes par jour en 2010. Cette évolution est liée à l’essor des courses réalisées dans des grandes surfaces, situées majoritairement à la périphérie des villes : elles concentrent en 2010 les trois quarts des dépenses alimentaires. En 1974 comme en 2010, les déplacements à pied sont réservés aux courses de proximité de moins de dix minutes.

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Des courses plus étalées au cours de la journée, même le week-end

En 2010, les horaires pratiqués pour faire des courses sont davantage étalés dans la journée (figure 3). La part de consommateurs qui font leurs courses au moment le plus fréquenté de la matinée  (à 10 heures 35) a diminué de près de deux points depuis 1974 (de 8,5 % à 6,4 %). Dans le même temps, elle a sensiblement augmenté à la pause méridienne. En particulier, elle a triplé entre 13 heures et 14 heures, passant de 0,4 % à 1,2 % en moyenne. À ce moment de la journée, les magasins sont plus souvent ouverts qu’auparavant. De plus, les commerces de restauration rapide et de repas à emporter se sont beaucoup développés. La fermeture plus tardive des magasins permet également à la population urbaine de faire des courses après 20 heures. Ces plages horaires restent cependant peu utilisées (le taux moyen de personnes faisant des courses un jour donné entre 20 heures et 21 heures est de 0,3 % en 2010, contre 0,1 % en 1974). La transformation du marché du travail et l’augmentation de la part des cadres dont les journées de travail commencent et s’achèvent plus tardivement peuvent avoir contribué, en 35 ans, à un décalage des temps sociaux et des périodes de courses, de l’ordre d’une quarantaine de minutes en moyenne.

Entre 1974 et 2010, la pratique des courses s’est surtout modifiée pendant les week-ends. En 2010, les courses du samedi se répartissent de façon beaucoup plus uniforme entre le matin et l’après-midi avec deux périodes de pointe (8 % en moyenne entre 10 et 11 heures puis entre 15 et 17 heures) (figure 4). En 1974, les courses du samedi étaient surtout concentrées le matin (14,2 % des consommateurs à 10 heures 35, soit deux fois plus qu’en semaine), avant un fort décrochage en début d’après-midi et une fréquentation relativement stable entre 15 et 18 heures (7 % des consommateurs en moyenne). Les horaires d’ouverture plus amples adoptés depuis par les magasins ont sans doute favorisé ces changements de comportement.

Le dimanche, la fréquentation culmine à 10 heures 40 (5,4 % de consommateurs en 2010), mais elle a chuté de 3 points depuis 1974. En revanche, le nombre plus important de magasins ouverts a accru les possibilités de faire des courses le dimanche après-midi, ce qui se concrétise par la présence constante d’environ 1,4 % de consommateurs entre 14 et 19 heures.

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Des courses plus longues le samedi

En 2010, la durée moyenne des courses du samedi est de 88 minutes, contre 68 minutes en 1974. Le temps qu’on y consacre ce jour-là est toujours plus long que les autres jours. En 1974, seules les professions intermédiaires, les cadres et professions intellectuelles supérieures privilégiaient le samedi pour faire leurs courses. En 2010, c’est le cas de toutes les catégories socioprofessionnelles (23 % des cadres, 19 % des ouvriers et 17 % des employés).

Les courses du dimanche sont toujours les moins longues, mais entre 1974 et 2010, leur durée est passée de 40 à 62 minutes pour ceux qui les pratiquent. En 1974, faire des courses le dimanche était relativement plus fréquent pour les artisans, commerçants et ouvriers ; depuis 1998, professions intermédiaires, cadres et professions intellectuelles supérieures sont désormais surreprésentés le dimanche.

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Une corvée plus qu’un moment agréable pour les familles

En 2010, pour la moitié de la population urbaine de 18 ans ou plus, faire des courses n’est pas une obligation gênante. Un cinquième de la population estime cependant que c’est une corvée et 30 % trouvent au contraire que c’est un moment agréable. Ces proportions étaient identiques en 1998. En revanche, en 1986, seuls 10 % des personnes considéraient que c’était une corvée et 41 % un moment agréable. Cette dégradation du ressenti touche toutes les catégories de population.

En 2010, les retraités ou les personnes au foyer considèrent plus souvent les courses comme une activité agréable que la moyenne de la population (respectivement 46 % et 39 % contre 30 % en moyenne)  alors que les personnes en emploi trouvent plus fréquemment que c’est une corvée (26 % contre 21 % en moyenne). Toutefois, la majorité des personnes en emploi estime que c’est une obligation non gênante. Plus l’âge avance, et plus faire des courses, occasion de sortie et facteur de sociabilité, est vécu comme un moment agréable (c’est le cas pour 43 % des plus de 55 ans en 2010).

Les personnes seules ou qui vivent en couple sans enfant apprécient également plus souvent que les autres ces moments (respectivement 33 % et 38 %). Au contraire, les pères et mères de famille y voient plus souvent une contrainte : en 2010, pour un quart d’entre eux c’est une corvée, soit deux fois plus qu’en 1986.

Les femmes considèrent plus souvent que les hommes que faire des courses est une corvée (26 % contre 14 % parmi les hommes, lesquels sont 32 % à trouver cette activité agréable). Les ouvriers sont plus nombreux que les cadres et les professions intellectuelles supérieures à évaluer l’activité comme agréable : respectivement 37 % contre 28 %.

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Faire les courses du quotidien sur Internet : surtout pratiqué par les jeunes et les catégories aisées

En 2010, 77 % de la population urbaine de 18 ans ou plus a fait des courses en magasin dans la semaine précédant l’enquête et 32 % le jour même. Au cours de la semaine, 75 % de la population déclare ne faire ses courses qu’en magasin (aucun achat du quotidien par Internet ) et 22 % ne faire aucun achat.

Les courses du quotidien (essentiellement alimentaires) sur Internet sont encore rares en 2010 : 2 % des adultes déclarent avoir effectué en partie ses achats sur Internet dans les trois derniers mois et moins de 1 % les avoir faits uniquement sur Internet.

Les femmes font davantage leurs courses en ligne : elles représentent 62 % des adeptes d’Internet contre 56 % de la population qui fait des courses.

Les personnes qui occupent un emploi utilisent également plus fréquemment Internet pour faire leurs courses (78 % contre 52 % dans la population qui fait des courses), de même que les plus jeunes : 74 % des acheteurs en ligne ont moins de 45 ans (contre 46 % des personnes qui font des courses). 71 % de ces internautes vivent en couple : 51 % ont au moins un enfant et 20 % vivent en couple sans enfant (contre respectivement 26 % et 31 % parmi ceux qui font des courses). Majoritairement diplômés du supérieur (57 % contre 27 %), ils occupent plus souvent des postes de cadres ou exercent des professions intellectuelles supérieures (34 % contre 14 %). À titre d’exemple, 11 % des femmes cadres ou de profession intellectuelle supérieure ont déjà fait leurs courses sur Internet.

Ces internautes sont plus nombreux à considérer que faire des courses en magasin est une corvée (33 % contre 21 % de la population) plutôt qu’une activité agréable (19 % contre 30 % - figure 5). Ce sentiment est particulièrement partagé par les femmes internautes : 41 % estiment que les courses en magasin sont une corvée.

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Insee Première N° 1533 - janvier 2015

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