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Consommation par habitant : la France au-dessus de la moyenne européenne

Emmanuel Berger, division Synthèses des biens et services, Insee

Résumé

En 2012, en France, la consommation effective des ménages en volume par habitant dépasse de 14 % la moyenne européenne. Elle se situe à un niveau comparable à ceux de la Belgique, du Royaume-Uni et des pays d’Europe du Nord, derrière le Luxembourg, l’Allemagne ou encore l’Autriche. Les Français consomment notamment davantage que leurs partenaires européens dans les domaines du logement, de l’alimentation, des transports et de la santé. Cette consommation supérieure en volume à la moyenne européenne n’est pas liée à des niveaux de prix plus bas : au contraire, les prix des biens et services consommés en France dépassent de 9 % la moyenne européenne. Les niveaux de prix sont en effet très variables d’un pays à l’autre au sein de l’Union, dans un rapport de un à trois. Les pays du Nord ont majoritairement les niveaux de prix les plus élevés tandis que ceux d’Europe centrale et orientale ont les prix les plus bas. Ainsi, les prix en France ne sont supérieurs que de 3 % à la moyenne des pays entrés dans l’Union avant 2004. Depuis 2009 et la crise financière, la grande hétérogénéité des trajectoires macroéconomiques entre pays de l’Union s’est traduite par un accroissement des écarts de prix, tandis qu’ils sont restés stables entre les membres de la zone euro.

Sommaire

Publication

Les Français consomment plus que les Italiens et moins que les Allemands

Pour comparer de manière pertinente le niveau de la consommation par habitant au sein de l’Union européenne (UE), il est indispensable de raisonner en parités de pouvoir d’achat (PPA). Ceci permet de neutraliser les différences de prix entre pays. Il est par ailleurs préférable de considérer l’ensemble des biens et services que les ménages consomment, que la dépense correspondante leur incombe ou qu’elle soit prise en charge par les administrations publiques (notamment en matière d’éducation, de santé et de logement). À cette aune, la France occupe une position favorable au sein de l’UE : en 2012, la consommation effective par habitant, exprimée en PPA, y est supérieure de 14 % à la moyenne des 28 pays de l’UE (figure 1). La consommation française par habitant se situe ainsi à un niveau comparable à ceux de la Suède, de la Finlande, du Royaume-Uni, du Danemark, de la Belgique et des Pays-Bas. En tête des pays de l’UE, le Luxembourg affiche une consommation par habitant supérieure de 38 % à la moyenne européenne, suivi de l’Allemagne (23 %) et de l’Autriche (20 %). En revanche, les pays d’Europe centrale et orientale, entrés plus tardivement dans l’UE, ont les consommations par habitant les plus faibles : celles de la Bulgarie et de la Roumanie ne s’élèvent ainsi qu’à la moitié de la moyenne européenne. Comparée à la moyenne de l’UE dite à 15 (qui n’inclut pas les derniers arrivants, soit les pays d’Europe centrale et orientale), la consommation effective par habitant au Luxembourg la dépasserait de 27 %, en Allemagne de 13 % et en France de 5 % comme en Belgique, au Royaume-Uni ou encore au Danemark.

La consommation par habitant reflète en partie la richesse du pays : le Luxembourg et l’Autriche sont, au sein de l’Union européenne, les pays dont le produit intérieur brut (PIB) par habitant est le plus élevé tandis que la Bulgarie et la Roumanie sont les deux pays au PIB par habitant le plus faible. Mais d’autres facteurs expliquent également les écarts de niveau de consommation entre pays européens. La position relative de la consommation par habitant française (14 %) est ainsi meilleure que celle de son PIB par habitant qui se situe 9 % au-dessus de la moyenne européenne. Le poids des dépenses de consommation prises en charge par les administrations publiques (principalement en logement, éducation et santé) dans la consommation effective des ménages est par ailleurs plus important en France (24 %) que dans l’ensemble de l’Union européenne (20 %).

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En France, une consommation alimentaire parmi les plus élevées d’Europe

En France, pour l’alimentation et les boissons non alcoolisées, le volume de consommation par habitant est supérieur de 16 % à la moyenne européenne (figure 2). Il précède ainsi ceux de l’Italie (7 % au-dessus de cette moyenne), de l’Allemagne qui est au niveau moyen, celui du Royaume-Uni se situant 10 % au-dessous de cette moyenne. La consommation d’aliments et de boissons ne comprend pas les consommations effectuées dans les restaurants, cafés, pubs et salons de thé. Or, en France, la consommation dans ces établissements est faible, comparée notamment à celles de l’Espagne et du Royaume-Uni.

Par ailleurs, les pratiques alimentaires sont très variables d’un pays à l’autre. Ainsi, la consommation de poissons, lait, fromage et œufs et aussi de viande est particulièrement élevée dans notre pays. Un Français achète 2,5 fois plus de poisson qu’un Allemand, mais deux fois moins qu’un Espagnol. Il consomme un tiers de plus de lait et fromage qu’un Européen moyen. Pour la viande, cette proportion est de 15 %, loin devant les Allemands ou les Britanniques (20 % au-dessous de la moyenne), mais derrière les Espagnols (15 % au-dessus du niveau français). Par ailleurs, la consommation française de fruits, légumes et pommes de terre par habitant ainsi que de pain et céréales est dans la moyenne.

Pour la consommation par habitant de boissons alcoolisées, la France se situe dans la moyenne haute du classement. Elle est au même niveau que la Belgique, environ un quart au-dessus de la moyenne de l’Union européenne, derrière l’Allemagne et loin devant l’Italie et l’Espagne. Ces disparités de volume consommé ne doivent pas toutefois être interprétées en termes de quantité d’alcool. En effet, le volume reflète également des différences de niveau de gamme de produits achetés. Par ailleurs, il ne comprend pas les consommations effectuées dans les restaurants, cafés, pubs et salons de thé.

Figure 2 - Volume de la consommation effective des ménages par habitant et par catégorie de produits en 2012
indice base 100 = moyenne de l'UE28
Source : Eurostat.
Allemagne Espagne France Italie Royaume-Uni
Consommation individuelle effective 123 92 114 100 114
Alimentation et boissons non alcoolisées 103 111 116 107 90
Boissons alcoolisées et tabac 121 89 100 84 79
Vêtements et chaussures 112 101 93 138 162
Logement, eau, électricité, gaz 114 85 117 104 98
Ameublement, équipement ménager et entretien 139 79 110 131 105
Santé 134 79 114 93 106
Transport 124 88 126 108 129
Communication 152 66 110 89 98
Loisirs et culture 113 86 110 78 172
Éducation 98 96 109 89 103
Hôtels, cafés et restaurants 87 209 99 126 111
Autres biens et services 146 75 124 76 110

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Des consommations plus élevées pour le transport et le logement

Les consommations liées au transport, dont les achats d’automobiles constituent le premier poste, sont élevées en France, 26 % au-dessus de la moyenne, au même niveau qu’en Allemagne ou au Royaume-Uni. Le type de véhicules achetés diffère toutefois : les véhicules diesel ainsi que les véhicules à essence de petites cylindrées représentent une part plus importante des achats que chez nos partenaires ; les Allemands se distinguent par leur consommation de grosses cylindrées à essence et les Britanniques par leur consommation en moyennes cylindrées à essence (1 200 à 3 000 cm3).

Les consommations liées au logement (y compris l’eau, l’énergie et les travaux domestiques) sont, en France, supérieures de 17 % à la moyenne européenne. Notamment, la consommation en énergie la dépasse de 23 %, devant l’Allemagne (12 % au-dessus de la moyenne), le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne se situant en dessous de la moyenne (respectivement de 4 %, 20 % et 30 %). Les conditions climatiques expliquent une partie de ces écarts. Pour les meubles et l’équipement de la maison, un Français consomme 10 % de plus que la moyenne européenne.

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Consommations élevées pour la santé, l’éducation, les loisirs et la culture

En France, la consommation effective par habitant est supérieure de 14 % à la moyenne européenne pour la santé et de 10 % pour l’éducation, les loisirs et la culture. Il s’agit de biens et services partiellement pris en charge par la collectivité (administrations publiques ou institutions sans but lucratif au service des ménages) : très fortement pour la santé et l’éducation, plus modérément pour les loisirs et la culture. De ce point de vue, la France se caractérise par une part plutôt élevée de la prise en charge collective : 90 % pour l’éducation (contre 88 % pour l’UE), 77 % dans la santé (contre 75 % pour l’UE), 22 % dans les loisirs et la culture (contre 17 % pour l’UE).

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En France, des prix supérieurs à la moyenne européenne

Les prix en France dépassent de 9 % la moyenne européenne et sont ainsi à un niveau proche des prix autrichiens, néerlandais et belges (figure 3).

Les prix français sont à des niveaux plutôt élevés pour l’éducation (19 % au-dessus de la moyenne européenne), la santé (15 % au-dessus) et le logement (12 % au-dessus). Pour les dépenses liées au logement, les services de rénovation tirent les prix vers le haut tandis que l’énergie les modère du fait du tarif relativement bas de l’électricité. Les prix de l’hôtellerie française sont, derrière le Danemark, les plus élevés d’Europe, probablement parce que la France est une destination touristique prisée (figure 4).

Les prix alimentaires se situent 10 % au-dessus de la moyenne européenne : les prix de la viande, des fruits, des légumes et des pommes de terre sont particulièrement élevés (+ 20 % par rapport à la moyenne européenne). C’est également le cas, mais dans une moindre mesure, du prix des poissons et autres produits de la mer (10 % au-dessus de la moyenne de l’UE) et du prix du pain et des céréales (5 % au-dessus de la moyenne européenne). En revanche, lait, fromages, œufs, matières grasses ainsi que sucre, miel, confiture et chocolat sont moins chers en France que dans l’Union européenne. Les prix des boissons sont également assez bas, et plus particulièrement ceux des boissons alcoolisées (12 % au-dessous de la moyenne européenne). Les prix dans les restaurants et cafés sont également inférieurs à la moyenne européenne (7 % au-dessous). En revanche, les prix du tabac sont élevés en France (30 % au-dessus de la moyenne de l’UE) en lien avec la fiscalité.

Pour les autres postes, les prix en France sont dans la moyenne supérieure : c’est le cas des transports (+ 2 %), de l’habillement, des meubles ou des biens de communication (+ 10 %).

Figure 4 - Niveaux de prix comparés par catégorie de produits en 2012
indice base 100 = moyenne de l'UE28
Source : Eurostat.
Allemagne Espagne France Italie Royaume-Uni
Consommation individuelle effective 101 94 109 102 117
Alimentation et boissons non alcoolisées 106 93 109 112 104
Boissons alcoolisées et tabac 91 86 106 100 165
Vêtements et chaussures 103 89 104 107 92
Logement, eau, électricité, gaz 105 96 112 99 142
Ameublement, équipement ménager et entretien 97 97 111 102 110
Santé 98 103 115 110 114
Transport 104 94 102 97 108
Communication 82 147 110 106 109
Loisirs et culture 102 98 106 103 108
Éducation 105 90 119 97 141
Hôtels, cafés et restaurants 101 92 103 106 113
Autres biens et services 98 88 110 101 105

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Au sein de l’Union européenne, des prix dans un rapport de un à trois

Au sein de l’Union européenne, les prix sont plus élevés dans les pays d’Europe du Nord ainsi qu’au Luxembourg et plus bas dans les pays d’Europe centrale et de l’Est. Une comparaison limitée à l’UE à 15 montre des prix supérieurs à la moyenne de 35 % au Danemark (contre 45 % vis-à-vis de la moyenne de l’UE à 28), de 3 % en France (au lieu de 9 %) et inférieurs de 5 % en Allemagne (au lieu de 1,5 % au-dessus).

Le pays le plus cher de l’Union européenne - le Danemark - pratique des prix trois fois plus élevés que le pays le moins cher - la Bulgarie. Entre ces deux groupes extrêmes, l’Allemagne et l’Italie se situent au niveau de la moyenne européenne (UE28). Le Royaume-Uni pratique des prix supérieurs aux prix français, donc à la moyenne européenne (17 % au-dessus). En revanche, la plupart des pays méditerranéens ont des prix inférieurs à cette moyenne UE28 : de 6 % en Espagne, de 11 % en Grèce et à Chypre et de 17 % au Portugal.

Globalement, les prix, analysés sur des biens de même qualité, sont ainsi plus forts dans les pays aux niveaux de vie les plus élevés (figure 5). Ce constat, popularisé sous le nom d’« effet Balassa-Samuelson » , est imputable à des différentiels de productivité entre pays. Pour être compétitifs, les pays les moins productifs versent des salaires plus faibles dans les secteurs produisant des biens échangeables. Les salaires des autres secteurs, où les différences de productivité sont moindres, sont également plus faibles, ce qui se traduit in fine par des prix plus bas de leurs produits non échangeables, principalement dans les services.

Au-delà de l’« effet Balassa-Samuelson », le niveau relatif des prix dépend également du taux de change courant. L’appréciation de la couronne danoise sur la période 2008-2012 participe ainsi du niveau élevé des prix au Danemark (+ 45 % par rapport à la moyenne européenne) tandis que la dépréciation de la leu roumaine explique en partie le niveau bas des prix en Roumanie. De multiples autres facteurs interviennent également dans les niveaux de prix, notamment les différences de coût du travail, de structure des réseaux de distribution, d’intensité de la concurrence, de fiscalité.

Figure 5 - Corrélation entre les volumes de consommation effective par habitant et les niveaux de prix comparés en 2012

Figure 5 - Corrélation entre les volumes de consommation effective par habitant et les niveaux de prix comparés en 2012

Lecture : en 2012, au Luxembourg, le volume de consommation effective des ménages par habitant est supérieur de 38 % à celui de la moyenne de l’UE ; le niveau des prix de la consommation effective des ménages est supérieur de 36 % à celui de la moyenne de l’UE.

Source : Eurostat, calculs Insee.

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Des différences de prix entre pays plus importantes pour les services que pour les biens

Cette hiérarchisation des pays en fonction de leurs prix se retrouve pour la plupart des postes de la consommation. Les produits de la communication font exception : les prix sont relativement bas dans les pays nordiques et en revanche plutôt élevés en Espagne, en Grèce, en Slovaquie, aux Pays-Bas et en Belgique.

Entre pays de l’Union européenne, les différences de prix sont plus importantes pour les services que pour les biens à la consommation. Les biens, plus échangeables que les services, sont de ce fait plus exposés à la concurrence internationale, ce qui tend à égaliser leurs prix. En revanche, les services, moins échangeables et moins soumis à la concurrence internationale, ont des prix plus hétérogènes entre pays. La dispersion des prix est ainsi dans un rapport de un à deux pour les biens de consommation contre un rapport de un à quatre pour les services de consommation.

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Une convergence des prix entre pays de l’Union européenne jusqu’en 2008, interrompue ensuite

Les différences de prix entre pays membres de l’Union européenne se sont, toutefois, fortement atténuées. De 1995 à 2012, le coefficient de variation des indices de prix dans l’UE est ainsi passé de 43 % à 27 % (figure 6). L’uniformisation soutenue de ces prix jusqu’en 1999 est portée principalement par les pays qui s’apprêtent à créer la zone euro ; les critères de Maastricht qui conditionnent l’entrée dans la monnaie unique (notamment ceux sur la stabilité des prix et la fixité des taux de change) influent, en effet, directement sur la convergence des prix. Le mouvement de convergence ralentit ensuite pour reprendre plus vigoureusement entre 2004 et 2008, avec notamment un rattrapage dans tous les nouveaux États membres ; de plus, les prix se sont uniformisés au sein des premiers pays membres de la zone euro.

Depuis 2009, les écarts de prix entre pays de l’Union se sont accrus et au sein de la zone euro, le mouvement de convergence a été stoppé. La fin de la convergence provient principalement des prix des services, dont la dispersion s’accroît depuis 2009, en lien avec des situations économiques entre pays plus hétérogènes.

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Insee Première N° 1523 - novembre 2014

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