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Les entreprises créées en 2006 :

une pérennité plus faible dans la construction

Frédéric Barruel, pôle national Démographie des entreprises et des établissements et Olivier Filatriau, division Infrastructures et répertoire statistiques, Insee

Résumé

En 2006, 286 000 nouvelles entreprises ont vu le jour. Cinq ans après, une sur deux est encore en activité et l’emploi a diminué de 22 %. Du fait de la crise économique débutée en 2008, les chances de pérennité sont un peu plus faibles que pour la génération des entreprises nées en 2002. Les entreprises du commerce et de la construction ont les chances les plus faibles d’être toujours actives cinq ans après (45 % et 47 %) ; le transport et le soutien aux entreprises ont les chances les plus élevées (61 % et 58 %). En termes d’emploi, la construction est particulièrement touchée par la crise, avec une chute des effectifs de 35 % en cinq ans. Les principaux déterminants de la pérennité d’une entreprise restent les mêmes que pour la génération 2002. Les sociétés sont plus pérennes que les entreprises individuelles et les entreprises créées dans le transport résistent mieux que celles créées dans le commerce ou la construction. Un nouvel entrepreneur a d’autant plus de chances de réussir son projet que son investissement initial est important et qu’il est diplômé, en particulier s’il s’agit d’un diplôme technique.

Sommaire

Publication

50 % des entreprises créées en 2006 sont encore actives en 2011

Parmi les 286 000 entreprises créées en 2006, 50 % d’entre elles sont encore actives en 2011. Ainsi, en moyenne, environ 10 % d’entreprises ont disparu chaque année. Ce sont les caps de la deuxième et de la troisième année qui sont les plus difficiles : 13 % des entreprises ont disparu entre la première et la deuxième année et 14 % entre la deuxième et la troisième (graphique 1).

La cessation au bout de cinq ans de la moitié des entreprises a entraîné la disparition d’environ la moitié des emplois. Cette baisse est toutefois atténuée par la hausse de l’emploi des entreprises pérennes, de 56 % en cinq ans. Aussi, en cinq ans, l’emploi total (salariés et non salariés) des entreprises nées en 2006 a diminué de 22 %.

Par rapport aux entreprises créées en 2002, la génération 2006 a pâti de la crise économique de 2008. Dès le premier semestre 2008, les jeunes entreprises ont pu être affectées par le durcissement des critères d’octroi de crédit pour leurs investissements. Par ailleurs, les entreprises du secteur de la construction ont dû faire face au recul de l’investissement en logement des ménages. Enfin, la généralisation de la crise à l’ensemble de l’économie fin 2008 a accentué les difficultés des nouvelles entreprises.

Les effets en sont plus sensibles sur la pérennité des entreprises que sur l’évolution de l’emploi. En effet, le pourcentage d’entreprises encore actives au bout de cinq ans est un peu plus faible pour la génération 2006 (50 %) que pour la génération 2002 (54 %). Le taux de pérennité est déjà un peu plus faible au bout de deux ans (79 % contre 81 %), mais il l’est davantage au bout de trois ans (65 % contre 69 %) (graphique 1). L’emploi global créé par les entreprises nées en 2006 diminue à peu près autant en cinq ans (- 22 %) que celui créé par les entreprises nées en 2002 (- 21 %).

Graphique 1 - Taux de pérennité des entreprises créées en 2006 et 2002

Graphique 1 - Taux de pérennité des entreprises créées en 2006 et 2002

Lecture : cinq ans après leur création, 50 % des entreprises de la génération 2006 sont encore actives (contre 54 % des entreprises de la génération 2002).

Champ : entreprises des secteurs marchands non agricoles (hors santé et action sociale) créées (hors reprises, hors cessations avant la première enquête et hors filiales) au cours des premiers semestres 2006 et 2002.

Source : Insee, enquêtes Sine 2006 (interrogations 2006, 2009 et 2011) et 2002 (interrogations 2002, 2005 et 2007).

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Les entreprises créées dans le commerce et la construction sont les moins pérennes

En 2006, comme en 2002, environ la moitié des entreprises créées relèvent du commerce et de la construction (respectivement 24 % et 23 % des créations d’entreprises). Mais c’est aussi dans ces secteurs que les nouvelles entreprises sont les moins pérennes : seules 45 % des entreprises créées dans le commerce et 47 % de celles créées dans la construction sont encore actives en 2011, contre 50 % tous secteurs confondus (graphique 2). Dans la construction, les chances d’être toujours actives au bout de cinq ans sont par ailleurs nettement plus faibles pour la génération 2006 que pour la génération 2002 (53 %). C’est surtout à partir de la troisième année que l’écart se creuse, c’est-à-dire au moment de la généralisation de la crise (graphique 3).

Le troisième secteur créateur d’entreprises en 2006 est le soutien aux entreprises : 17 % des entreprises créées relèvent de ce secteur. En moyenne, ces nouvelles entreprises sont beaucoup plus pérennes : 58 % sont encore actives au bout de cinq ans. C’est toutefois dans les transports et l’entreposage que le taux de pérennité est le plus élevé (61 %), mais ce secteur ne représente que 3 % des créations d’entreprises de 2006.

Graphique 2 - Taux de pérennité à cinq ans des entreprises créées en 2006 et 2002 selon le secteur d’activité

Graphique 2 - Taux de pérennité à cinq ans des entreprises créées en 2006 et 2002 selon le secteur d’activité

Lecture : cinq ans après leur création, seules 45 % des entreprises commerciales de la génération 2006 sont encore actives (contre 50 % des entreprises commerciales de la génération 2002).

Champ : entreprises des secteurs marchands non agricoles (hors santé et action sociale) créées (hors reprises, hors cessations avant la première enquête et hors filiales) au cours des premiers semestres 2006 et 2002. Les nouvelles entreprises du secteur des activités financières et d’assurance étant peu nombreuses, ce secteur n’apparaît pas dans le graphique ; il est cependant inclus dans l’ensemble des secteurs.

Source : Insee, enquêtes Sine 2006 (interrogation 2011) et 2002 (interrogation 2007).

Graphique 3 - Taux de pérennité des entreprises créées en 2006 et 2002 dans les secteurs de la construction, du commerce et du soutien aux entreprises

Graphique 3 - Taux de pérennité des entreprises créées en 2006 et 2002 dans les secteurs de la construction, du commerce et du soutien aux entreprises

Lecture : cinq ans après leur création, 47 % des entreprises créées en 2006 dans le secteur de la construction sont encore actives (contre 53 % des entreprises créées en 2002 dans le même secteur).

Champ : entreprises des secteurs marchands non agricoles (hors santé et action sociale) créées (hors reprises, hors cessations avant la première enquête et hors filiales) au cours des premiers semestres 2006 et 2002.

Source : Insee, enquêtes Sine 2006 (interrogations 2006, 2009 et 2011) et 2002 (interrogations 2002, 2005 et 2007).

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Les pertes d’emploi des entreprises créées culminent dans la construction

Tous secteurs confondus, l’emploi des entreprises créées en 2006 diminue de 22 % en cinq ans. La baisse la plus forte a lieu dans le secteur de l’hébergement et de la restauration (- 38 %), suivi de celui de la construction (- 35 %). En volume, toutefois, les pertes d’emploi sont trois fois plus importantes dans la construction que dans l’hébergement et la restauration. Pour la génération 2002, la perte d’emploi dans la construction n’avait été que de 28 % en cinq ans. La forte baisse de l’emploi dans la construction est liée à la plus faible pérennité des entreprises de ce secteur (47 %), très inférieure à celle de la génération 2002 (53 %). Les entreprises pérennes de la construction ont par ailleurs créé moins d’emplois en cinq ans (+ 45 %) que celles de la génération 2002 (+ 53 %).

Par rapport à la génération 2002, l’évolution de l’emploi la plus dégradée est celle du soutien aux entreprises : l’emploi des entreprises créées en 2006 a diminué de 15 % en cinq ans alors que celui des entreprises créées en 2002 avait baissé de 3 %. Les chances de pérennité à cinq ans des deux générations d’entreprises sont très proches, mais l’évolution de l’emploi des entreprises pérennes est beaucoup plus faible pour la génération 2006 (+ 51 %) que pour la génération 2002 (+ 72 %).

Dans le commerce, au contraire, l’emploi global a baissé dans les mêmes proportions pour les générations 2006 et 2002 (respectivement - 29 % et - 28 % en cinq ans) : les chances d’être encore actives au bout de cinq ans sont plus faibles pour la génération 2006, mais l’emploi des entreprises pérennes a été plus dynamique.

Selon les secteurs, les baisses d’emploi ont été plus ou moins fortes avant ou après 2009. Notamment, la construction a pâti particulièrement du début de la crise, mais les entreprises survivantes ont ensuite été plus créatrices d’emplois. La dernière année, notamment, elles ont bénéficié d’une demande globale plus favorable. Les nombres de permis de construire et de mises en chantier ont en effet fortement augmenté au début de l’année 2011, retrouvant leur niveau d’avant la crise.

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Les sociétés sont plus pérennes que les entreprises individuelles

Au-delà du secteur d’activité, le type d’entreprise créée, les caractéristiques du projet initial ou le profil du créateur peuvent influer sur la pérennité des entreprises. Quatre facteurs apparaissent particulièrement déterminants pour les chances de pérennité d’une entreprise à cinq ans : sa catégorie juridique, son secteur d’activité, le capital initial investi et le diplôme du créateur.

Ainsi, les entreprises individuelles, qui représentent 52 % des entreprises créées en 2006, ont nettement moins de chances d’être actives au-delà de cinq ans que les sociétés. Globalement, 44 % sont encore actives au bout de cinq ans contre 57 % des sociétés. Toutes choses égales par ailleurs (même secteur, même profil de créateur, etc.), une société a 1,5 fois plus de chances d’être encore active au bout de cinq ans qu’une entreprise individuelle (tableau).

À autres caractéristiques identiques, également, les entreprises créées dans le transport et le soutien aux entreprises ont plus de chances d’être pérennes que celles créées dans le commerce ou la construction. Ainsi, une entreprise de transport a deux fois plus de chances d’être encore active au bout de cinq ans qu’une entreprise de commerce. Au bout de trois ans, les chances sont similaires pour le transport et le soutien aux entreprises, mais au bout de cinq ans, l’écart entre le transport et les autres secteurs est encore plus net.

Tableau - Principaux déterminants de la pérennité à trois et cinq ans d’une entreprise (profils du créateur et de l’entreprise)
* Coefficients avec le détail des diplômes d’un niveau supérieur au baccalauréat.
n.s. : non significatif par rapport à la situation de référence au seuil de 5 %.
Note : l’analyse des chances de pérennité à trois ans (ou à cinq ans) d’une entreprise est réalisée à l’aide d’un modèle de régression logistique. Les effets de chaque facteur sont présentés en écart par rapport à une situation de référence notée « Réf. ». Plus le coefficient est supérieur à 1 (respectivement inférieur à 1), plus la probabilité d’atteindre le troisième anniversaire (ou le cinquième anniversaire) est forte (respectivement faible) par rapport à la situation de référence.
Lecture : les sociétés se maintiennent plus longtemps que les entreprises individuelles ; toutes choses égales par ailleurs, les sociétés ont 1,7 fois plus de chances d’être actives en 2009 que les entreprises individuelles. À l’inverse, la probabilité qu’une entreprise individuelle soit encore active en 2009 est 0,6 (= 1/1,7) fois celle des sociétés.
Champ : entreprises des secteurs marchands non agricoles (hors santé et action sociale), créées (hors reprises, hors cessations avant la première enquête et hors filiales) au cours du premier semestre 2006.
Source : Insee, enquête Sine 2006 (interrogations 2006, 2009 et 2011).
Variable 3 ans 5 ans 5 ans*
Catégorie juridique de l’entreprise
Société 1,7 1,5 1,5
Entreprise individuelle Réf. Réf. Réf.
Diplôme du créateur
Diplôme supérieur au baccalauréat, dont : 1,2 1,6 1,6
ingénieur 1,7
diplôme universitaire du troisième cycle 2,0
diplôme universitaire du deuxième cycle 1,7
diplôme universitaire du premier cycle 1,2
diplôme technique du premier cycle 1,4
Baccalauréat général n.s. 1,1 1,1
Baccalauréat technologique ou professionnel 1,2 1,4 1,4
CAP, BEP n.s. 1,1 1,1
CEP, BEPC, brevet élémentaire, brevet des collèges 0,9 n.s. n.s.
Pas de diplôme Réf. Réf. Réf.
Secteur d’activité
Transports et entreposage 1,8 2,0 2,0
Soutien aux entreprises 1,8 1,5 1,5
Services aux ménages 1,6 1,6 1,5
Information et communication 1,6 1,3 1,2
Industrie 1,4 1,4 1,4
Construction 1,4 1,2 1,2
Hébergement et restauration 1,2 1,2 1,2
Activités financières et d'assurance 1,2 1,4 1,4
Activités immobilières n.s. 1,3 1,3
Commerce Réf. Réf. Réf.
Capital investi à la création (en euros)
80 000 ou plus 2,1 1,9 1,9
De 40 000 à moins de 80 000 1,6 1,7 1,7
De 16 000 à moins de 40 000 1,4 1,4 1,4
De 8 000 à moins de 16 000 1,2 1,2 1,2
De 2 000 à moins de 8 000 n.s. 1,1 1,1
Moins de 2 000 Réf. Réf. Réf.
Âge du créateur
50 ans ou plus 1,6 1,5 1,5
De 30 à moins de 50 ans 1,5 1,5 1,5
Moins de 30 ans Réf. Réf. Réf.
Implantation en Île-de-France
Non 1,4 1,2 1,3
Oui Réf. Réf. Réf.
Situation professionnelle juste avant la création
Indépendant ou à son compte 1,3 1,3 1,3
Étudiant ou scolaire 1,3 1,7 1,6
Salarié, apprenti ou stagiaire rémunéré 1,2 1,2 1,2
Chef d’entreprise salarié, PDG 1,1 n.s. n.s.
Congé pour création d’entreprise, sans activité pour convenance personnelle n.s. n.s. n.s.
Au chômage Réf. Réf. Réf.
Sans activité professionnelle n.s. n.s. n.s.
Présence de salariés dans l’entreprise
Non Réf. Réf. Réf.
Oui 1,1 0,9 0,9
Première création d’entreprise
Non Réf. Réf. Réf.
Oui 0,8 0,8 0,8
Nombre de clients
Plus de dix 1,3 1,6 1,6
De trois à dix 1,2 1,4 1,4
Un ou deux Réf. Réf. Réf.
Sexe du créateur
Homme Réf. Réf. Réf.
Femme 0,9 0,9 0,9
Lien entre l’activité de l’entreprise et le principal métier du créateur
Identique, plus de dix ans d’expérience 1,2 1,4 1,4
Identique, de trois à dix ans d’expérience 1,1 1,1 1,1
Identique, moins de trois ans d’expérience n.s. n.s. n.s.
Différente Réf. Réf. Réf.
Non concerné (pas d’expérience) 1,2 1,6 1,6

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Un investissement initial et un niveau de diplôme élevés favorisent la réussite du projet

Les chances de pérennité des entreprises dépendent aussi du capital investi à la création (coût des locaux, formalités administratives, achats de matériels, brevets, constitution de stocks, trésorerie initiale). Plus des deux tiers des entreprises sont créées avec moins de 16 000 euros, dont plus d’un tiers avec moins de 4 000 euros. Parmi ces dernières, seules 44 % sont toujours en activité après cinq ans, contre plus de 60 % des entreprises créées avec au moins 40 000 euros, et 66 % de celles créées avec 160 000 euros ou plus. Les dépenses au démarrage de l’entreprise peuvent être dues aux nécessités du projet, à la volonté du créateur ou à ses moyens financiers. Quelles qu’en soient les raisons, les chances de pérennité d’une entreprise sont d’autant plus élevées que ces dépenses sont importantes, toutes choses égales par ailleurs.

Enfin, plus le créateur est diplômé, meilleures sont les chances de pérennité de son entreprise, et ce d’autant plus qu’il est diplômé d’une filière technique. Ainsi, les chances seront les mêmes si le créateur est titulaire d’un CAP ou d’un BEP ou s’il détient un baccalauréat général ou même un diplôme universitaire du premier cycle (graphique 4). Toutes choses égales par ailleurs, une entreprise créée par une personne diplômée d’un troisième cycle universitaire a 2 fois plus de chances d’être pérenne que celle d’un non-diplômé, celle d’un bachelier technologique ou professionnel 1,3 fois plus que celle d’un bachelier généraliste (tableau).

Graphique 4 - Taux de pérennité des entreprises créées en 2006 selon le diplôme du créateur

Graphique 4 - Taux de pérennité des entreprises créées en 2006 selon le diplôme du créateur

Lecture : en 2011, 62 % des entreprises de la génération 2006 dont les créateurs ont un diplôme du troisième cycle universitaire ou d'une école d'ingénieur sont encore actives.

Champ : entreprises des secteurs marchands non agricoles (hors santé et action sociale) créées (hors reprises, hors cessations avant la première enquête et hors filiales) au cours du premier semestre 2006.

Source : Insee, enquête Sine 2006 (interrogations 2006, 2009 et 2011).

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Insee Première N° 1441 - avril 2013

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