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Le « halo » du chômage : entre chômage BIT et inactivité

Élise Coudin, division Redistribution et politiques sociales, Hélène Thélot, cellule Synthèse et conjoncture de l’emploi, Insee

Résumé

En 2007, 770 000 inactifs de 15 à 64 ans souhaitent travailler, mais ne sont pas comptés comme chômeurs au sens du BIT soit parce qu’ils ne recherchent pas d’emploi, soit parce qu’ils ne sont pas disponibles rapidement pour travailler. Ces personnes forment un « halo » autour du chômage. Un trimestre plus tard, 14 % d’entre elles occupent un emploi, plus d’un quart sont au chômage et un tiers ne souhaitent plus travailler. Leur accès à l’emploi est nettement plus fréquent que celui des inactifs ne souhaitant pas travailler (3 %), mais reste moins fréquent que celui des chômeurs BIT, dont un quart ont un emploi le trimestre suivant. Ce « halo » du chômage forme un groupe hétérogène et mouvant : ceux qui recherchent un emploi, ou ceux qui attendent les résultats de démarches antérieures, sont proches des chômeurs BIT en termes de retour à l’emploi, alors que ceux qui ne recherchent pas, qu’ils soient disponibles rapidement ou non, en sont plus éloignés. C’est notamment le cas des « travailleurs découragés ».

Sommaire

Encadré

Publication

770 000 inactifs qui souhaiteraient travailler forment un « halo » autour du chômage 

En moyenne en 2007, 25,6 millions de personnes ont un emploi au sens du Bureau international du travail (BIT), 2,2 millions sont au chômage et 11,9 millions, parmi les personnes en âge de travailler (conventionnellement, les 15-64 ans), sont inactives (tableau 1). Est considérée comme chômeur BIT toute personne qui n’a pas travaillé (ne serait-ce qu’une heure) pendant une semaine de référence, qui est disponible pour prendre un emploi dans les deux semaines et qui est à la recherche d’un emploi (ou qui a trouvé un emploi qui débute dans les trois mois) . Les personnes sans emploi qui ne satisfont pas simultanément ces deux critères (disponibilité et recherche d’emploi) sont classées comme inactives, même si elles souhaitent travailler. Aussi, sur les 11,9 millions d’inactifs de 15 à 64 ans, 770 000 souhaitent travailler en 2007. Ces personnes constituent ce que l’on appelle le « halo » autour du chômage, en opposition avec les autres inactifs qui sont en âge de travailler mais ne le souhaitent pas.

Le halo du chômage est donc un entre-deux entre le chômage BIT et l’inactivité sans souhait de travailler au regard des critères du BIT. Cette étude vise à confronter ces définitions élaborées à partir de critères statiques, à une approche dynamique qui s’intéresse à la situation d’une personne sur le marché du travail en fonction de sa situation au trimestre précédent.

Tableau 1 - Transitions d'un trimestre à l'autre entre emploi, chômage BIT, halo et inactivité sans souhait de travailler : les destinations (moyennes sur 2003-2007)
Lecture : en moyenne sur 2003-2007, 23,1 % des chômeurs BIT un trimestre donné ont un emploi le trimestre suivant.
Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 à 64 ans.
Source : Insee, enquêtes Emploi.
en %
Trimestre t Destination : trimestre t+1
A un emploi Chômeur Inactif souhaitant travailler (halo) Inactif ne souhaitant pas travailler Total Effectif moyen en 2007 (milliers)
A un emploi 96,1 1,7 0,4 1,7 100 25 628
Chômeur 23,1 59,8 7,5 9,6 100 2 215
Inactif souhaitant travailler 14,1 27,8 25,6 32,5 100 768
Inactif ne souhaitant pas travailler 3,1 2,2 2,0 92,7 100 11 160

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Le halo : une situation « mouvante » sur le marché du travail

Avoir un emploi ou être inactif sans souhaiter travailler correspondent le plus souvent à des situations « choisies », et sont donc les plus stables et les plus durables sur le marché du travail : en moyenne sur 2003-2007, plus de 90 % des personnes ayant un emploi ou ayant « choisi » l’inactivité sont dans la même situation le trimestre d’après (tableau 1). En revanche, les chômeurs BIT et les inactifs souhaitant travailler sont dans une situation transitoire : 60 % des chômeurs BIT le sont toujours un trimestre plus tard et seulement un quart des inactifs souhaitant travailler sont toujours dans la même situation le trimestre suivant. Ces derniers se répartissent à parts égales entre les trois situations de non-emploi ; le halo apparaît donc comme la situation la plus « mouvante » sur le marché du travail.

23 % des chômeurs BIT ont un emploi le trimestre suivant , alors que ce n’est le cas que de 14 % des inactifs souhaitant travailler. Ces proportions sont cependant loin d’être marginales : seuls 3 % des autres inactifs ont un emploi un trimestre plus tard.

De manière générale, les inactifs souhaitant travailler sont beaucoup plus proches du marché du travail que les autres inactifs : 42 % d’entre eux sont actifs (c’est-à-dire ont un emploi ou sont au chômage) le trimestre suivant contre seulement 5 % des autres inactifs. L’aspect « mouvant » du halo et sa proximité avec le marché du travail s’appréhendent aussi en examinant leur situation un trimestre avant (tableau 2) : 40 % des inactifs souhaitant travailler étaient actifs le trimestre précédent, contre 80 % pour les chômeurs, mais seulement 6 % des autres inactifs. La majeure partie des différences de comportement entre chômeurs, personnes du halo et autres inactifs n’est pas liée à des différences sociodémographiques (effets de composition) car même en contrôlant l’âge, le sexe, le diplôme etc., les comportements d’accès à l’activité, à l’emploi ou à l’inactivité (« choisie » ou non) demeurent très diversifiés.

Tableau 2 - Transitions d'un trimestre à l'autre entre emploi, chômage BIT, halo et inactivité sans souhait de travailler : les origines (moyennes sur 2003-2007)
Lecture : en moyenne sur 2003-2007, 2 % des personnes ayant un emploi au trimestre t étaient au chômage le trimestre précédent (t-1).
Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 à 64 ans.
Source : Insee, enquêtes Emploi.
en %
Origine : trimestre t-1 Trimestre t
A un emploi Chômeur Inactif souhaitant travailler (halo) Inactif ne souhaitant pas travailler
A un emploi 96,2 19,8 15,6 3,9
Chômeur 2,0 59,5 23,8 1,9
Inactif souhaitant travailler 0,4 9,6 28,3 2,2
Inactif ne souhaitant pas travailler 1,3 11,1 32,2 92,0
Total 100 100 100 100

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Inactifs recherchant un emploi et chômeurs BIT : des accès à l’emploi proches

En moyenne en 2007, sur les 768 000 inactifs souhaitant travailler, 233 000 recherchent activement un emploi (tableau 3). Ils ne se distinguent donc des chômeurs BIT que parce qu’ils ne sont pas disponibles rapidement pour travailler. Un trimestre plus tard, ces derniers sont près de deux fois moins souvent au chômage que les chômeurs BIT (34 % contre 60 %), car près d’un quart ne souhaitent plus travailler. Ils travaillent en revanche presque aussi souvent que les chômeurs BIT (20 % en moyenne sur 2003-2007, contre 23 %). Leurs caractéristiques sociodémographiques diffèrent assez significativement de celles des chômeurs BIT : ils sont en effet plus diplômés et plus jeunes. Leur non-disponibilité à court terme s’explique en effet le plus souvent par une poursuite d’études ou une formation. Cependant, ceux qui déclarent ne pas être disponibles pour des raisons personnelles ou de garde d’enfants, très souvent des femmes, n’ont un emploi un trimestre plus tard que dans 11 % des cas (et un quart passent en inactivité sans souhait).

Tableau 3 - Taux de passage vers l'emploi, le chômage BIT et l'inactivité sans souhait des personnes inactives souhaitant travailler (moyennes sur 2003-2007)
1. Sinon ils seraient chômeurs BIT.
2. Définitions.
Lecture : en moyenne sur 2003-2007, 20,1 % des inactifs souhaitant travailler et recherchant un emploi (et donc n'étant pas disponibles) ont un emploi le trimestre suivant, pour 14,1 % de l'ensemble des inactifs souhaitant travailler.
Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes inactives de 15 à 64 ans souhaitant travailler.
Source : Insee, enquêtes Emploi.
Vers l’emploi ( %) Vers le chômage BIT ( %) Vers l’inactivité sans souhait ( %) Effectif moyen en 2007 (milliers)
Inactifs de 15 à 64 ans souhaitant travailler 14,1 27,7 32,5 768
(a) Recherchent (donc non disponibles1) 20,1 34,1 23,4 233
(b) Ne recherchent pas 11,6 25,0 36,4 535
(b1) Disponibles (= ensemble des disponibles)1 12,5 31,7 31,4 290
dont : travailleurs « découragés »2 6,4 22,5 44,1 49
(b2) Non disponibles 10,4 16,8 42,5 245
Ne recherchent pas car      
Attendent des résultats 22,8 35,0 21,2 58
Ont suspendu momentanément leurs recherches 8,4 33,8 30,7 108
Ont abandonné leurs recherches 4,4 17,5 46,8 57
N’ont pas commencé les recherches ou ne recherchent pas en ce moment  11,8 21,0 39,7 311
Non disponibles (ensemble : (a) + (b2)) 15,1 25,3 33,2 478

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Les inactifs qui attendent le résultat de démarches antérieures accèdent autant à l’emploi que les chômeurs BIT

535 000 personnes du halo ne recherchent pas d’emploi ; parmi elles, 58 000 ont dépassé le stade de la recherche d’emploi car elles attendent les résultats de recherches antérieures (tableau 3). Leur taux d’accès à l’emploi est quasiment le même que celui des chômeurs BIT : près de 23 % d’entre elles occupent un emploi le trimestre suivant. Toutes choses égales par ailleurs, elles ont le même comportement d’accès à l’emploi que les chômeurs BIT, et ce, qu’elles soient disponibles ou non. C’est d’ailleurs la catégorie du halo la plus proche du marché du travail : 58 % d’entre elles sont actives le trimestre suivant. En revanche, elles deviennent plus souvent inactives sans souhait de travailler que les chômeurs BIT (21 % contre 10 % pour les chômeurs).

Les 476 000 inactifs  souhaitant travailler qui invoquent d’autres raisons pour expliquer le fait qu’ils ne recherchent pas d’emploi, accèdent beaucoup moins fréquemment à un emploi un trimestre plus tard que ceux qui recherchent un emploi : 12 % de ceux qui n'ont pas commencé ou qui ne recherchent pas en ce moment ont un emploi un trimestre plus tard, 8 % de ceux qui ont suspendu leurs recherches et 4 % de ceux qui ont abandonné. L’éventail des dynamiques de transition selon les raisons de non-recherche d’emploi est large. En effet, 42 % de ceux qui suspendent momentanément leurs recherches rentrent sur le marché du travail (en emploi ou au chômage) le trimestre suivant, alors que ce n’est le cas que de 22 % de ceux qui ont abandonné.

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La disponibilité moins déterminante que la recherche

À l’exception de ceux qui attendent les résultats de démarches antérieures, les inactifs qui souhaitent travailler mais qui ne recherchent pas d’emploi obtiennent donc moins souvent un emploi le trimestre suivant que les chômeurs BIT et que les inactifs qui en recherchent un. Ceci est vrai quel que soit leur statut de disponibilité (tableau 3) : en effet, 13 % des personnes du halo ne recherchant pas mais étant disponibles occupent un emploi le trimestre suivant, et 10 % de celles qui ne sont pas disponibles. Ce constat demeure toutes choses égales par ailleurs. Le critère de disponibilité, indispensable selon le BIT pour être considéré comme chômeur, détermine ainsi beaucoup moins les chances d’accéder à un emploi que celui de recherche.

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Accès à l’emploi : les travailleurs découragés, proches des inactifs ne souhaitant pas travailler

Les 49 000 « travailleurs découragés » sont disponibles pour occuper un emploi mais n’en recherchent plus . Ce groupe est souvent décrit comme pouvant facilement retrouver un emploi lorsque la conjoncture ou l’état du marché du travail s’améliorent. Or, toutes choses égales par ailleurs, ils se comportent comme les inactifs ne souhaitant pas travailler en ce qui concerne l’accès à l’emploi, mais pas pour le passage au chômage. Dans la période de bonne conjoncture de 2003-2007, ils sont beaucoup plus souvent au chômage BIT un trimestre plus tard que les inactifs ne souhaitant pas travailler (23 % contre 2 %), mais seuls 6 % d’entre eux retrouvent un emploi. Aussi, s’ils retournent au travail, c’est probablement en passant par une étape préalable de chômage.

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Encadré

Zoom sur l’année 2008

Le printemps 2008 marque un fort retournement de la conjoncture. Cet encadré compare les transitions sur le marché du travail observées sur l’année 2008 à celles des années 2006-2007, périodes de bonne conjoncture.

2008 : davantage de passages de l’emploi vers le chômage et le halo

En moyenne sur 2003-2008, environ 4 % des personnes ayant un emploi un trimestre donné n’en ont plus le trimestre suivant, ce qui représente un peu moins d’un million de personnes. 44 % d’entre elles deviennent inactives sans souhait de travailler (graphique 1). Il s’agit le plus souvent d’interruptions volontaires d’activité  (fins de carrières, retraites, congés parentaux…) par opposition aux sorties vers le chômage ou le halo que l’on peut qualifier d’involontaires. Ainsi, 56 % des personnes sortant de l’emploi souhaitent toujours travailler le trimestre suivant : 45 % d’entre elles vont vers le chômage BIT et 11 % vers le halo. En 2008, période de hausse du chômage, la part des sorties « involontaires » de l’emploi (sorties vers le chômage ou le halo) augmente, alors qu’en 2007 elle diminuait au profit des sorties volontaires. Ainsi, fin 2007, près de la moitié des personnes n’étant plus en emploi le trimestre suivant se dirigeaient vers l’inactivité sans souhait de travailler ; elles ne sont plus que 43 % fin 2008.

En 2008, les chômeurs accèdent moins souvent à un emploi…

En 2008, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) augmente : pour la France métropolitaine, il s’établit à 7,8 % de la population active en moyenne au quatrième trimestre 2008 (soit 2,2 millions de chômeurs), contre 7,1 % au premier trimestre 2008.

Les taux de transition entre chômage et emploi d’un trimestre sur l’autre reflètent aussi le retournement conjoncturel. Ainsi, le taux de passage du chômage à l’emploi, qui avait beaucoup augmenté sur la période 2006-2007, diminue dès le début de l’année 2008 (graphique 2). Parmi les chômeurs BIT du troisième trimestre 2008, 23,5 % trouvent un emploi au quatrième trimestre, alors qu’ils étaient plus de 26 % un an auparavant.

… mais n’abandonnent pas

Même si leurs chances d’accéder à un emploi sont moindres en 2008, les chômeurs ne quittent pas pour autant le marché du travail. Que ce soit en 2006, en 2007 ou en 2008, ils sont toujours autour de 83 % à être actifs (c’est-à-dire en emploi ou au chômage) au trimestre suivant. Ce résultat se retrouve en 2007 et en 2008 chez les personnes du halo. Elles deviennent actives aussi fréquemment en 2008 qu’en 2007 et qu’en 2006. Ainsi, malgré le retournement conjoncturel, les personnes sans emploi souhaitant travailler se dirigent pour le moment toujours autant sur le marché du travail. Cependant, les caractéristiques des personnes qui sont chômeuses ou dans le halo peuvent évoluer avec la conjoncture : en 2008, les personnes sans emploi et souhaitant travailler sont en moyenne très légèrement plus jeunes (24 % contre 23 % ont entre 15 et 24 ans) et un peu moins diplômées qu’en 2007 (18 % contre 20 % sont diplômées du supérieur).

Graphique 1 - Situation le trimestre t+1 des personnes ayant un emploi en t et ne l'ayant plus en t+1 (données tendancielles, et cvs pour le taux de chômage)

Graphique 1 - Situation le trimestre t+1 des personnes ayant un emploi en t et ne l'ayant plus en t+1 (données tendancielles, et  cvs pour le taux de chômage)

Lecture : 46,7 % des personnes ayant un emploi au troisième trimestre 2008 et ne l'ayant plus au quatrième sont au chômage BIT au quatrième trimestre et 12,3 % se retrouvent inactifs mais souhaitent travailler.

Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 à 64 ans.

Source : Insee, enquêtes Emploi.

Graphique 2 - Situation en t+1 des personnes au chômage BIT au trimestre t (données tendancielles)

Graphique 2 - Situation en t+1 des personnes au chômage BIT au trimestre t (données tendancielles)

Lecture : parmi les personnes au chômage BIT au troisième trimestre 2008, 23,5% ont un emploi au quatrième trimestre et 59,6 % sont toujours au chômage.

Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 à 64 ans.

Source : Insee, enquêtes Emploi.

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Insee Première N° 1260 - octobre 2009

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