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Recensement de la population de 2006

La croissance retrouvée des espaces ruraux et des grandes villes

Jean Laganier et Dalila Vienne, Département de l’Action régionale, Insee

Résumé

Alors que durant les années 1980 et 1990 le dynamisme démographique de la France métropolitaine était porté surtout par les périphéries urbaines, désormais ce sont tous les types de territoires qui en bénéficient. En 2006, la population reste concentrée autour du pôle parisien et des grandes agglomérations. Mais certains territoires éloignés des villes se densifient fortement. La population des espaces ruraux augmente au même rythme que celle de l’ensemble du territoire français (+  0,7 % par an). En parallèle, de nouvelles zones de densification urbaine apparaissent le long des infrastructures et de certaines frontières. À l’intérieur des pôles urbains, les villes-centres connaissent un regain démographique, particulièrement dans les plus grandes agglomérations. Dans le Nord, l’Est et les grandes villes, où la population est plus jeune qu’ailleurs, le dynamisme démographique vient essentiellement d’un nombre de naissances très supérieur à celui des décès. L’attrait du Sud et de l’Ouest est toujours très fort, tandis que le grand bassin parisien marque le pas.

Sommaire

Encadrés

Publication

113 habitants au km² en 2006

La France métropolitaine compte 61 399 541 habitants au 1er janvier 2006, soit une densité de population de 113 habitants au km² (tableau 1). Ces résultats placent la France au premier rang des 27 pays de l’Union européenne pour la superficie, et au second rang pour la population derrière l’Allemagne. Parmi les six grands États de l’Union européenne (Allemagne, Espagne, France, Italie, Pologne et Royaume-Uni), la France est au cinquième rang pour la densité, derrière le Royaume-Uni (251 habitants au km²), l’Allemagne (230), l’Italie (197), la Pologne (122) et devant l’Espagne (90).

La présence d’espaces de très faible densité mais aussi une grande diversité des formes d’occupation du sol sont des facteurs potentiels d’attractivité des territoires français en Europe.

Tableau 1 - Population de la France métropolitaine en 2006
Source : Insee, recensement de la population.
Population 2006 Part de la population (en %) Part de la superficie (en %) Densité (habitants au km²)
Pôles urbains 36 947 569 60,2 8,1 840
dont villes-centres 17 035 009 27,7 2,7 1154
dont banlieues 19 912 560 32,5 5,4 681
Périurbain 13 389 108 21,8 33,0 74
Total espace à dominante urbaine 50 336 677 82,0 41,1 225
Total espace à dominante rurale 11 062 864 18,0 58,9 35
France métropolitaine 61 399 541 100,0 100,0 113

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Une forte concentration de la population

La répartition de la population française sur le territoire (carte 1 et encadré 2) résulte de la géographie de la France et des grands mouvements économiques et sociaux des 19e et 20e siècles : l’exode rural, l’industrialisation et l’urbanisation, et plus récemment la périurbanisation et la désindustrialisation. Cette répartition, très concentrée, évolue lentement : 60 % de la population occupe 8 % du territoire en 2006 (tableau 1).

En 2006, la population reste ainsi concentrée autour du pôle parisien et des grandes agglomérations. Toutefois, elle se déploie également le long de couloirs de peuplement : la vallée de la Seine-Aval, les sillons alpin et rhodanien, le littoral méditerranéen, etc.

À l’opposé, les zones désertifiées (moins de 10 habitants au km²) ou de faible densité (de 10 à 30 habitants au km²) se situent surtout dans la « diagonale du vide » et dans les massifs montagneux. Entre les deux se trouvent des zones de densité intermédiaire (de 30 à 80 habitants au km²) correspondant souvent au tissu rural traditionnel.

Le nouveau recensement de la population apporte un éclairage sur les dynamiques récentes de population.

Carte 1 - Densité de population en 2006

Carte 1 - Densité de population en 2006

Source : Insee, recensement de la population 2006.

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Le retour à la croissance des espaces ruraux...

Après une longue période de déclin, puis de stagnation entre 1982 et 1999 (tableau 2 et encadré 3), la population des espaces ruraux augmente désormais au même rythme (0,7 % l’an) que l’ensemble de la population française.

Ce renouveau démographique de l’espace rural s’appuie sur une double dynamique : la réduction des zones de désertification d’une part et l’extension de territoires dont la population croît rapidement d’autre part.

En effet, les zones de décroissance démographique, c’est-à-dire où la densité décroît d’au-moins 0,2 habitant au km² par an, sont en net recul (cartes 2 et 3). Elles tendent désormais à se concentrer au voisinage de villes portuaires, minières ou de tradition industrielle du Nord et de l’Est. Sur la période 1999-2006, les zones de décroissance démographique ne représentent plus que 3,2 % du territoire et 5,6 % de la population en 2006 (contre 7,2 % du territoire sur la période 1982-1999 et 6,8 % de la population en 1999). Ceci traduit à la fois le tassement de l’exode rural et la rémanence de la crise industrielle.

En parallèle, de vastes zones de croissance démographique émergent (Ouest, Sud-Ouest), s’élargissent fortement (grand Sud-Est), ou se consolident (grand bassin parisien) : entre +  0,2 et +  2 habitants au km² par an (cartes 2 et 3).

Ainsi de larges territoires, de plus en plus éloignés des villes et du littoral, se densifient significativement. Si l’attractivité des espaces périurbains et du littoral (Ouest et Sud) ne se dément pas, ceci s’accompagne désormais d’une croissance démographique significative de larges espaces ruraux.

Carte 2 - Variation annuelle de la densité de population entre 1982 et 1999

Carte 2 - Variation annuelle de la densité de population entre 1982 et 1999

Source : Insee, recensements de la population.

Carte 3 - Variation annuelle de la densité de population entre 1999 et 2006

Carte 3 - Variation annuelle de la densité de population entre 1999 et 2006

Source : Insee, recensements de la population.

Tableau 2 - Évolution de la population entre 1999 et 2006
Source : Insee, recensements de la population.
Variation annuelle (en habitants par an) Taux de variation annuel 1999-2006 (en %) Taux de variation annuel 1982-1999 (en %)
Total dû au solde naturel dû au solde migratoire apparent
Pôles urbains 177 245 0,5 0,5 0,0 0,3
dont villes-centres 52 807 0,3 0,4 - 0,1 0,0
dont banlieues 124 438 0,6 0,6 0,0 0,6
Périurbain 161 685 1,3 0,4 0,8 1,2
Total espace à dominante urbaine 338 930 0,7 0,5 0,2 0,5
Total espace à dominante rurale 72 334 0,7 - 0,1 0,8 0,0
France métropolitaine 411 264 0,7 0,4 0,3 0,4

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... et des villes-centres

Parmi les 400 000 habitants supplémentaires chaque année, l’espace urbain en accueille 339 000 (tableau 2).

Même s’il n’était pas systématique, le modèle dominant de développement urbain des trente dernières années reposait souvent sur un schéma allant du centre vers la périphérie : croissance faible au centre (ou décroissance), accentuée en banlieue, forte à très forte dans le périurbain.

Ce développement sous forme d’ondes concentriques est en mutation : des villes-centres renaissent, certaines banlieues et couronnes périrubaines marquent le pas et des « linéaires urbains » apparaissent.

Après une longue stagnation, la croissance de la population des villes-centres reprend : 0,3 % l’an (tableau 2).

Au-delà du cas emblématique de la population de Paris, qui déclinait depuis la première guerre mondiale et qui connaît depuis 1999 une croissance annuelle de 0,4 %, ce rééquilibrage, sans être général, concerne un grand nombre de pôles urbains. Dans la moitié des cinquante premiers pôles urbains , la ville-centre croît plus vite que la banlieue (six seulement étaient dans ce cas entre 1982 et 1999).

Parmi les douze pôles urbains de plus de 400 000 habitants en 2006 (tableau 3 et graphique), les sept premiers accélèrent leur croissance globale, et en particulier celle de leur ville-centre. Ainsi le thème du « retour des centres », présent dans les esprits mais non dans les statistiques, émerge-t-il dans les réalités chiffrées, à l’exception notable de pôles urbains de moindre importance d’une moitié nord de la France, dont la population décroît (carte 8).

Par ailleurs, la progression des couronnes périurbaines reste forte, au même rythme depuis 1982 : 1,2 % à 1,3 % (tableau 2 et encadré 3). Mais elle ralentit significativement depuis 1999 autour des cinq plus grands pôles urbains : Paris, Marseille - Aix-en-Provence, Lyon, Lille et Nice.

Enfin, des axes urbains de densification de la population émergent, essentiellement le long des infrastructures de transport ou de certaines frontières (Luxembourg, Pays basque) : Narbonne - Montpellier - Nîmes, Nice - Toulon - Marseille, Toulouse - Montauban, sillon alpin Chambéry - Genève, Nantes - Saint-Nazaire - Vannes, Nancy - Metz - Thionville, Bayonne - Pau - Tarbes. Sur ces axes, la densité de la population s’accroît de plus de deux habitants au km² par an sur la période 1999-2006 (carte 3). Sur la période précédente, la densification était essentiellement concentrique autour des grands pôles urbains.

Graphique - Pôles urbains de plus de 400 000 habitants

Graphique - Pôles urbains de plus de 400 000 habitants

Source : Insee, recensements de la population.

Carte 8 - Variation annuelle de la population des pôles urbains entre 1999 et 2006

Carte 8 - Variation annuelle de la population des pôles urbains entre 1999 et 2006

Source : Insee, recensements de la population.

Tableau 3 - Croissance de la ville centre et de la banlieue des 12 premiers pôles urbains
Source : Insee, recensements de la population.
Pôles urbains (12 premiers par ordre décroissant de population) Population 2006 La ville centre croît-elle plus vite que la banlieue depuis 1999 ? Tendance par rapport à la période précédente (1982-1999)
La ville centre a t-elle une croissance + ou - rapide ? La banlieue a t-elle une croissance + ou - rapide ?
Paris 10 142 977 non + +
Marseille-Aix-en-Provence 1 418 481 = + -
Lyon 1 417 463 oui + +
Lille (partie française) 1 016 205 oui + -
Nice 940 017 non + -
Toulouse 850 873 oui + -
Bordeaux 803 117 oui + -
Nantes 568 743 oui = -
Toulon 543 065 non + -
Douai-Lens 512 462 oui = =
Strasbourg (partie française) 440 265 oui + -
Grenoble 427 658 = + -

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Soldes naturels positifs  : au Nord, à l’Est, dans les grandes villes

Les dynamiques démographiques résultent de deux logiques : celle du solde naturel (naissances - décès), et  celle du solde migratoire (entrées - sorties sur un territoire) (cartes 4 à 7).

Le solde naturel dépend de la structure par âge de la population et des caractéristiques de fécondité et de mortalité. La structure par âge est ici déterminante : le Nord et l’Est, et de façon générale les grandes villes, ont une population jeune et donc un solde naturel positif. Dans les campagnes, loin des villes, au Sud et à l’Ouest (Bretagne intérieure, Limousin, Hautes-Pyrénées, etc.), le solde naturel est souvent négatif. La cartographie du solde naturel évolue peu entre les deux périodes 1982-1999 et 1999-2006 (cartes 4 et 5). Toutefois, les zones où ce solde est négatif ont tendance à se restreindre et celles où le solde naturel est positif à s’étendre. Cela s’explique par la hausse récente de la fécondité et la baisse permanente de la mortalité.

L’essentiel des contrastes entre les deux périodes tire donc son origine de l’évolution des soldes migratoires apparents (encadré 1).

Carte 4 - Variation annuelle de la densité de population due au solde naturel entre 1982 et 1999

Carte 4 - Variation annuelle de la densité de population due au solde naturel entre 1982 et 1999

Source : Insee, recensements de la population.

Carte 5 - Variation annuelle de la densité de population due au solde naturel entre 1999 et 2006

Carte 5 - Variation annuelle de la densité de population due au solde naturel entre 1999 et 2006

Source : Insee, recensements de la population.

Carte 6 - Variation annuelle de la densité de population due au solde migratoire apparent entre 1982 et 1999

Carte 6 - Variation annuelle de la densité de population due au solde migratoire apparent entre 1982 et 1999

Source : Insee, recensements de la population.

Carte 7 - Variation annuelle de la densité de population due au solde migratoire apparent entre 1999 et 2006

Carte 7 - Variation annuelle de la densité de population due au solde migratoire apparent entre 1999 et 2006

Source : Insee, recensements de la population.

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De Bordeaux à Nice : les villes du Sud très attractives

La structure territoriale des soldes migratoires (cartes 6 et 7) présente une image partiellement inversée de celle des soldes naturels : sur la période 1982-1999, les soldes migratoires sont négatifs surtout au Nord et à l’Est, ainsi que dans la majorité des grandes villes. Les soldes positifs, synonymes d’attractivité, sont au Sud, à l’Ouest et dans une partie du grand bassin parisien.

Entre 1999 et 2006, les soldes migratoires sont positifs sur les territoires des grandes villes du Sud : Bordeaux, Toulouse, Perpignan, Montpellier, Marseille, Nice. Par contre, le solde migratoire est négatif dans une bonne partie du grand bassin parisien.

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Encadrés

Le solde migratoire apparent

L’analyse de l’évolution de la population d’un territoire repose sur l’égalité qui suit :

Variation totale de la population =

solde naturel (naissances - décès) +  solde migratoire (entrées - sorties)

Dans cette égalité, le solde migratoire est estimé indirectement par différence entre la variation totale de la population et le solde naturel.

Ce solde migratoire peut donc être altéré par les imprécisions sur la variation totale de population, tenant aux défauts de comparabilité entre deux recensements (évolutions de concepts de population et inégale qualité).

Il est donc qualifié de solde migratoire « apparent » afin que l’utilisateur garde en mémoire la marge d’incertitude qui s’y attache.

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Le lissage des cartes

Lisser une densité : pourquoi ?

Le « lissage spatial » s’inspire de celui des séries chronologiques : le graphique d’une telle série est souvent difficile à déchiffrer car « en dents de scie », affecté par des aléas, des effets saisonniers, des « accidents », voire des erreurs... On lisse la série pour en dégager la tendance.

Certaines cartes communales sont peu lisibles pour les mêmes raisons, présentant l’aspect bariolé d’un habit d’Arlequin. On les lisse pour en dégager les tendances spatiales.  

Lisser une densité : comment ?

La population de chaque commune est répartie dans un cercle de rayon R (ici égal à 20 km)  de façon décroissante à la distance au chef-lieu. La densité lissée peut donc s’interpréter comme une moyenne pondérée des densités des communes dont le chef-lieu se trouve dans un cercle de rayon R.

Les « bords » de l’espace considéré - frontières terrestres et maritimes - font l’objet d’un traitement particulier : dans une commune proche de la mer, la population est répartie non dans le cercle, mais dans sa partie terrestre.

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Taux, moyenne, densité : plusieurs regards, plusieurs enseignements

Graphique encadré a - Taux de variation annuel de la population

Graphique encadré a - Taux de variation annuel de la population

Source : Insee, recensements de la population.

Graphique encadré b - Variation annuelle de la population

Graphique encadré b - Variation annuelle de la population

Source : Insee, recensements de la population.

Graphique encadré c - Variation annuelle de la densité de population

Graphique encadré c - Variation annuelle de la densité de population

Source : Insee, recensements de la population.

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Régions : des formes de croissance hétérogènes*

En métropole

Dans huit régions, la croissance, portée aussi bien par les espaces urbains que par les zones rurales, est supérieure à celle de la métropole (+  0,7 %).

Trois régions progressent au même rythme que la France métropolitaine. L’Île-de-France renforce son cœur : les taux de progression se sont accrus à Paris et dans sa proche couronne, la croissance périurbaine s’atténue. Le Poitou-Charentes accélère sa croissance.

Neuf régions ont une croissance intermédiaire (de + 0,2 % à + 0,5 %). Le Limousin et l’Auvergne retrouvent une croissance qu’ils avaient perdue. La Lorraine et la Franche-Comté progressent légèrement. Quatre régions du grand bassin parisien ainsi que la Bourgogne gardent un rythme de croissance constant. Elles bénéficient, comme les autres régions, d’un renouveau de leur espace rural, mais leur espace urbain est en croissance atténuée.

Deux régions ont une croissance faible (Nord - Pas-de-Calais) voire une très légère décroissance (Champagne-Ardenne). Leurs espaces ruraux ont arrêté de perdre de la population, mais leurs espaces urbains stagnent.

En outre-mer

Ces régions ont une croissance relativement élevée, due en grande partie à un accroissement naturel (naissances - décès) important.

Cette dynamique naturelle se conjugue avec un fort solde migratoire apparent pour la Guyane.

*Pour en savoir plus, consultez les analyses des directions régionales de l’Insee sur www.insee.fr, rubrique «Régions».

Carte encadré 4 - Régions : des formes de croissance hétérogènes

Carte encadré 4 - Régions : des formes de croissance hétérogènes

Source : Insee, recensements de la population.

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Insee Première N° 1218 - janvier 2009

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