Aller au contenu

Aller au menu principal

Aller à la recherche

Liens transversaux haut

Entreprises d’hébergement touristique : les petites structures périclitent

Xavier Niel, division Services, Insee

Résumé

Alors que le nombre d’hôtels diminue, celui des campings et des autres hébergements touristiques (résidences de vacances, chambres d’hôtes, ...) augmente régulièrement. La structure du parc hôtelier se transforme : les établissements les plus petits disparaissent peu à peu. La part des hôtels de moins de dix salariés dans l’emploi de l’hôtellerie est de 42 % en 2006, contre 51 % en 1993. Il en est de même dans les campings, où les très petits campings ne sont plus le modèle dominant. L’emploi des autres hébergements touristiques, négligeable en 1993, ne l’est plus : il est passé de 9 500 personnes en 1993 à 34 300 en 2006, principalement sous l’effet des très grandes enseignes. La rentabilité des hôtels s’est nettement détériorée à la suite de la crise du tourisme de 2001. Cette dégradation semble marquer une pause en 2006, mais seulement pour les plus grands établissements.

Sommaire

Publication

Un secteur en expansion continue depuis le début des années 90

Depuis le début des années 90, le secteur de l’accueil touristique est en expansion continue. Entre 1993 et 2006, l’emploi dans les hôtels, campings et autres hébergements touristiques (résidences de vacances, chambres d’hôtes, ...) a augmenté de 2,5 % par an en moyenne, passant de 180 000 à 250 000, et la valeur ajoutée des entreprises correspondantes a doublé. Cette progression s’est accompagnée de modifications du tissu économique du secteur touristique : alors que le nombre d’hôtels diminue, celui des campings et des autres hébergements touristiques (résidences de vacances, chambres d’hôtes, ...) augmente régulièrement (graphique 1).

Graphique 1 - Le nombre d’hôtels diminue, celui des campings et des autres hébergements touristiques augmente

Graphique 1 - Le nombre d’hôtels diminue, celui des campings et des autres hébergements touristiques augmente

Champ : France métropolitaine.

Source : Insee, fichiers Suse.

Retour au sommaire

Les grandes entreprises prennent l’ascendant sur les plus petites

Le nombre d’hôtels a baissé de 10 % entre 1997 et 2006, passant de 30 000 à 27 000. Ce sont avant tout les plus petits hôtels qui ferment. Entre 1997 et 2006, le nombre d’hôtels de moins de trois salariés diminue de 4 000, tandis que les hôtels de plus de dix salariés se développent (+ 1 000 sur la même période), et que ceux de 3 à 9 salariés restent en nombre stable. En termes d’emplois, la part des hôtels de moins de dix salariés dans l’emploi total des hôtels est ainsi passée de 52 % en 1997 à 42 % en 2006 (graphique 2).

La tendance est la même pour les campings. Si l’emploi global y a plus que doublé depuis 1993, c’est principalement sous l’impulsion des plus grands établissements (tableau). Les campings de moins de trois salariés emploient 40 % des effectifs des campings en 2006, soit seize points de moins qu’en 1993. Le modèle du très petit camping, largement majoritaire en 1993, perd ainsi chaque année du terrain et le nombre d’établissements sans salarié diminue depuis 2000.

Graphique 2 - La part des petits établissements dans l’emploi* de l’hôtellerie diminue

Graphique 2 - La part des petits établissements dans l’emploi* de l’hôtellerie diminue

*Emploi : emploi salarié issu des fichiers Suse et emploi non salarié estimé à partir des enquêtes annuelles d’entreprise.

Champ : hôtels touristiques avec ou sans restaurant (55.1A et 55.1C), France métropolitaine.

Source : Insee.

Tableau - Nombre d’entreprises et emploi dans les secteurs de l’hébergement touristique en 1993 et en 2006
*Emploi : emploi salarié issu des fichiers Suse et emploi non salarié estimé à partir des enquêtes annuelles d'entreprise.
Champ : France métropolitaine.
Source : Insee.
Nombre d'entreprises Emploi*
1993 2006 1993 2006
Nombre Répartition (en %) Nombre Répartition (en %) Nombre Répartition (en %) Nombre Répartition (en %)
Hôtels de tourisme 0 à 9 salariés 24 531 90 22 979 85 84 527 51 83 973 42
10 à 49 salariés 2 535 9 3 779 14 47 138 29 68 963 34
50 salariés ou plus 208 1 279 1 33 251 20 47 926 24
Ensemble 27 274 100 27 037 100 164 916 100 200 862 100
Campings 0 à 2 salariés 2 417 82 3 338 72 4 205 56 6 824 40
3 à 9 salariés 477 16 1 085 23 2 331 31 5 676 33
10 salariés ou plus 50 2 197 4 995 13 4 719 27
Ensemble 2 944 100 4 620 100 7 530 100 17 218 100
Autres hébergements touristiques 0 à 9 salariés 955 93 6 255 97 2 187 23 12 228 36
10 à 49 salariés 60 6 167 3 1 268 13 3 768 11
50 salariés ou plus 8 1 49 1 6 088 64 18 347 53
Ensemble 1 023 100 6 471 100 9 543 100 34 343 100

Retour au sommaire

L’emploi des autres hébergements touristiques en pleine croissance

En même temps que disparaissaient les petites structures hôtelières et de camping, des capacités d’accueil alternatives se sont développées. Le nombre de ces autres hébergements touristiques a dépassé celui des campings en 2002. Ces hébergements regroupent les grandes enseignes de tourisme comme le Club Méditerranée ou Pierre et Vacances, mais aussi les centres de vacances et de loisirs, souvent sous forme associative, et les chambres d’hôtes, en expansion continue.

Ces différents types d’accueil ont tous contribué au développement des capacités touristiques : alors qu’on recensait en 1993 seulement 500 établissements sans salarié, aux capacités d’accueil plus réduites que les hôtels, il en existe maintenant plus de 4 000. Les grands complexes de résidences hôtelières ont également prospéré, si bien que l’emploi total des autres hébergements touristiques, marginal en 1993, ne l’est plus : il est passé de moins de 10 000 personnes en 1993 à plus de 34 000 en 2006, à la fois sous l’effet des très grandes enseignes et des chambres d’hôtes (graphique 3 et tableau). De ce fait, c’est l’un des rares secteurs où l’emploi non salarié est en forte croissance. Avec presque 12 000 personnes non salariées, on l’estime à 24 % de l’emploi total de ce secteur en 2006, alors qu’il n’en représentait que 10 % en 1993, à l’époque où les grandes enseignes dominaient ce secteur composite. Dans l’hôtellerie classique, cette part n’est plus que de 9 % en 2006, en baisse lente mais régulière. Dans les campings, elle reste relativement importante (29 % de leur emploi total) mais a baissé de dix points par rapport à 1993.

Sous l’effet conjugué de la progression des résidences de vacances et du maintien des campings, l’emploi des hôtels de tourisme ne représente plus que 80 % du secteur en 2006, alors qu’il était de 91 % en 1993.

Graphique 3 - Emploi* dans les autres hébergements touristiques selon la taille des entreprises

Graphique 3 - Emploi* dans les autres hébergements touristiques selon la taille des entreprises

*Emploi : emploi salarié issu des fichiers Suse et emploi non salarié estimé à partir des enquêtes annuelles d'entreprise.

Champ : auberges de jeunesse et refuges (55.2A) et autres hébergements touristiques (55.2E), France métropolitaine.

Source : Insee.

Retour au sommaire

Chute de la rentabilité des hôtels depuis 2002

Le début des années 2000 a été marqué par des événements qui ont contribué à ralentir l’activité touristique : les attentats du 11 septembre 2001, la guerre déclenchée en Irak, l’épidémie de pneumopathie atypique en Asie et dans le Pacifique. En France, plusieurs facteurs supplémentaires ont pesé sur le tourisme, spécialement en 2003 : l’appréciation de l’euro, la pollution due au Prestige, la canicule, les incendies de forêts, l’annulation des festivals. De fait, la rentabilité du secteur touristique s’est nettement dégradée à partir de 2002. Le taux de marge des hôtels a atteint son point culminant en 2001, à 34,7 %. Il diminue ensuite, principalement pour les plus grands établissements (graphique 4).

Entre 1993 et 2001, la valeur ajoutée a doublé pour les hôtels de plus de cinquante salariés, alors qu’elle n’a progressé que de 35 % pour les hôtels de moins de dix salariés. Le chiffre d’affaires a en effet progressé beaucoup plus rapidement que les consommations intermédiaires dans les hôtels de plus de 50 salariés (graphique 5). Pendant la période faste pour le tourisme français, en particulier de 1997 à 2001, les frais de personnel ont par ailleurs augmenté deux fois moins vite que la valeur ajoutée, dans les hôtels de plus de cinquante salariés, comme dans les plus petits. Le taux de marge a donc augmenté pour ces deux catégories ; mais partant d’un niveau plus faible, sa progression dans le cas des plus grands hôtels est plus spectaculaire : il triple entre 1993 et 2001 alors que celui des hôtels de moins de dix salariés passe de 35 % à 42 %.

Le retournement économique d’après 2001 affecte plus particulièrement la santé financière des grandes entreprises d’hôtellerie. Leur chiffre d’affaires et leur valeur ajoutée ralentissent en 2002 et baissent même en 2003 (graphique 5). Leur rentabilité en est immédiatement affectée et le taux de marge commence à baisser en 2002. L’impact est moins fort pour les hôtels de plus petite taille.

Graphique 4 - Le taux de marge des hôtels diminue depuis 2002

Graphique 4 - Le taux de marge des hôtels diminue depuis 2002

Taux de marge : excédent brut d'exploitation / valeur ajoutée.

Champ : hôtels touristiques avec ou sans restaurant (55.1A et 55.1C), France métropolitaine.

Source : Insee, fichiers Suse.

Graphique 5 - Du chiffre d’affaires à l’excédent brut d’exploitation des hôtels de plus de 50 salariés

Graphique 5 - Du chiffre d’affaires à l’excédent brut d’exploitation des hôtels de plus de 50 salariés

Champ : hôtels touristiques avec ou sans restaurant (55.1A et 55.1C) de plus de 50 salariés, France métropolitaine.

Source : Insee, fichiers Suse.

Retour au sommaire

Remontée du taux de marge depuis 2005, pour les entreprises d’hôtellerie les plus grandes

La gestion de la sortie de cette crise semble en revanche avoir été plus profitable aux hôtels les plus grands. Dès 2004, leur valeur ajoutée se redresse alors qu’elle baisse pour les petits hôtels. Avec la reprise de l’activité touristique en 2005, le chiffre d’affaires et la valeur ajoutée s’accroissent de 8 % pour les grands hôtels, alors qu’ils stagnent quasiment pour les hôtels de moins de dix salariés. La tendance au rétablissement des grands établissements se confirme en 2006 : pour eux seulement, les frais de personnel augmentent légèrement moins vite que la valeur ajoutée alors que ces frais ont augmenté presque deux fois plus vite que la valeur ajoutée dans les hôtels de moins de dix salariés, entre 2004 et 2006.

Les petites entreprises d’hôtellerie cessent plus fréquemment leur activité que les hôtels plus grands. Entre 15 et 20 % des hôtels sans salarié ferment chaque année, alors que ce n’est le cas que de 5 à 10 % des hôtels de trois à neuf salariés. Les cessations d’activité fluctuent selon la conjoncture du secteur : elles sont en baisse avant 2001 mais remontent depuis. Les entreprises qui disparaissent sont évidemment en majorité les moins solides financièrement. Ainsi, les taux de marge sont systématiquement plus faibles pour les hôtels qui disparaissent que pour ceux qui restent en activité. Mais l’écart s’est encore creusé depuis la crise touristique de 2001 : les taux de marge des hôtels de trois à neuf salariés qui ont disparu en 2006 n’étaient en moyenne plus que de 12 % en 2005, alors que ceux des hôtels de même taille qui étaient toujours en activité en 2006 se maintenaient à 29 % en 2005 (graphique 6).

Graphique 6 - Le taux de marge des hôtels qui cessent leur activité est plus faible que celui des hôtels qui la maintiennent

Graphique 6 - Le taux de marge des hôtels qui cessent leur activité est plus faible que celui des hôtels qui la maintiennent

Lecture : les hôtels de 3 à 9 salariés qui étaient actifs en 1993 et en 1994 avaient en 1993 un taux de marge moyen égal à 29 % ; les hôtels de même taille qui étaient actifs en 1993 mais disparus en 1994 avaient en 1993 un taux de marge de 21 %. On effectue le même calcul chaque année.

Taux de marge : excédent brut d'exploitation / valeur ajoutée.

Champ : hôtels touristiques avec ou sans restaurant (55.1A et 55.1C) de 3 à 9 salariés, France métropolitaine.

Source : Insee, fichiers Suse.

Retour au sommaire

Chute récente du taux de marge des autres hébergements touristiques

Le taux de marge moyen des campings est plus élevé que celui des hôtels et des résidences de tourisme (graphique 7). La part de l’emploi salarié y est en effet bien moindre du fait du très grand nombre de toutes petites structures. Le taux de marge moyen baisse même légèrement, du fait de l’importance croissante des grands établissements, aux taux de marge structurellement plus faibles. Mais les diverses catégories de campings ont des taux de marge globalement stables, avec une légère fluctuation autour de 2002, en légère hausse avant, et accusant l’impact de la crise touristique après. En 2006, la rentabilité s’améliore légèrement.

L’évolution du taux de marge des autres hébergements touristiques est plus difficile à apprécier, du fait de leur hétérogénéité. Les grandes associations qui composent en partie ce secteur n’ont pas les mêmes ratios comptables que les enseignes leaders de ce secteur ou que les chambres d’hôtes. La chute récente du taux de marge, de 22 % en 2002 à 12 % en 2005, est imputable à toutes les structures, quelle que soit leur taille. Mais sa remontée à 15 % en 2006 n’est due qu’aux plus grandes entreprises. Le coût salarial moyen s’est en effet stabilisé pour celles qui emploient plus de cinquante salariés, autour de 30 500 euros par an. En revanche, la situation des entreprises moyennes ne s’améliore pas, le coût salarial moyen continuant d’être très au-dessus de celui des hôtels de même taille. Pour les entreprises de dix à quarante-neuf salariés par exemple, ce coût moyen s’élève à 31 600 euros, soit 25 % de plus qu’en 2000, alors que leur valeur ajoutée n’augmentait que de 17 %. Celui des hôtels de même taille était de 28 600 euros en 2006.

Graphique 7 - Taux de marge des campings, hôtels et autres hébergements touristiques

Graphique 7 - Taux de marge des campings, hôtels et autres hébergements touristiques

Taux de marge : excédent brut d'exploitation / valeur ajoutée.

Champ : France métropolitaine.

Source : Insee, fichiers Suse.

Retour au sommaire

Insee Première N° 1213 - novembre 2008

Téléchargement

Liens

Insee Première : Présentation de la collection et liste des numéros parus