Aller au contenu

Aller au menu principal

Liens transversaux haut

L’activité des immigrés en 2007

Jacqueline Perrin-Haynes, cellule Statistiques et études sur l’immigration, Insee

Résumé

En 2007, 2,4 millions d’immigrés résidant en France métropolitaine se déclaraient en emploi ou au chômage, soit 8,6 % de la population active. Le taux d’emploi des femmes immigrées âgées de 15 à 64 ans est passé de 35 % en 1990 à 47 % en 2007. Le taux de chômage des immigrés est le double de celui des non-immigrés. Les femmes immigrées sont plus touchées que les hommes. Le quart des immigrés actifs sont diplômés de l’enseignement supérieur. Parmi les ouvriers, les hommes immigrés exercent moins souvent des emplois d’ouvriers qualifiés que les hommes non immigrés ; le quart des femmes immigrées occupent des postes d’employées non qualifiées. Les immigrés, comme le reste de la population, travaillent de moins en moins dans l’industrie et de plus en plus dans les services.

Sommaire

Encadrés

Publication

2,4 millions d'actifs immigrés en 2007

En 2007, d’après l’enquête Emploi, 27,8 millions de personnes de 15 ans ou plus résidant en France métropolitaine sont actives, c’est-à-dire en emploi ou au chômage au sens du Bureau international du travail . Parmi elles, 2 380 000 sont immigrées selon la définition du Haut conseil à l’intégration : elles sont nées à l’étranger et étaient de nationalité étrangère à la naissance (certaines ont pu acquérir la nationalité française par la suite, les autres restant étrangères). Les actifs immigrés représentent ainsi 8,6 % de l’ensemble des actifs.

Retour au sommaire

Les natifs du Portugal ont un profil d’activité proche de celui des non-immigrés

En 2007, 67 % des immigrés de 15 à 64 ans ont un emploi ou en recherchent un (70 % pour les non-immigrés). Le taux d’activité des femmes immigrées est de 9 points inférieur à celui des non-immigrées : 57 % contre 66 %. Le taux d’activité des hommes immigrés est supérieur à celui des non-immigrés, mais l’écart est faible : 78 % contre 74 % (tableau 1).

Selon le recensement de la population, les immigrés nés au Portugal, hommes comme femmes ont des taux d’activité très élevés, en particulier avant 23 ans et après 57 ans. Ce n’est qu’entre 25 et 35 ans que les femmes immigrées d’origine portugaise sont légèrement moins actives que les non-immigrées (graphique 1). Les immigrées nées en Espagne, en Afrique sub-saharienne ou au Cambodge, Laos, Vietnam sont en moyenne moins souvent actives. Malgré la diversité de leurs origines géographiques, elles ont des comportements d’activité par âge proches : elles sont nettement moins actives que les non-immigrées vers 18-28 ans ; mais avec l’âge, leur taux d’activité se rapproche progressivement de celui des non-immigrées et atteint des valeurs supérieures à 80 % entre 40 et 50 ans. Au-delà de 55 ans, elles restent beaucoup plus souvent et longtemps actives. Les immigrées nées dans le Maghreb et en Turquie sont beaucoup moins actives que les non-immigrées : à tout âge, les premières sont au maximum deux tiers à être présentes sur le marché du travail, et rarement plus de la moitié pour les secondes. Les profils d’activité des hommes se différencient peu selon les origines, avec des nuances en début et fin de vie active. Ainsi, les immigrés venus du Portugal, et dans une moindre mesure, ceux venus de Turquie sont plus fréquemment actifs que les non-immigrés avant 23 ans. À l’inverse, les immigrés originaires d’Asie du Sud-Est et d’Afrique sub-saharienne sont peu actifs en début de vie active car ils sont encore étudiants. En revanche, ils demeurent plus fréquemment actifs que les non-immigrés au-delà de 60 ans.

Graphique 1 - Taux d'activité des femmes immigrées selon l'âge et l'origine géographique

Graphique 1 - Taux d'activité des femmes immigrées selon l'âge et l'origine géographique

Champ : France métropolitaine, femmes âgées de 15 à 64 ans.

Source : Insee, enquêtes annuelles de recensement de la population de 2004 à 2007.

Tableau 1 - Situation des immigrés et des non-immigrés sur le marché du travail
Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 15 à 64 ans (âge à l'enquête) pour les taux d'emploi et les taux d'activité.
France métropolitaine, personnes actives âgées de 15 ans et plus (âge à l'enquête) pour les taux de chômage.
Source : Insee, enquêtes Emploi du 1er au 4e trimestre 2007.
en %
Taux d'activité Taux de chômage Taux d'emploi
Non-immigrés Immigrés Non-immigrés Immigrés Non-immigrés Immigrés
Hommes 74,2 78,2 6,8 13,5 69,1 67,5
Femmes 66,2 56,7 7,8 17,3 61,0 46,9
Total 70,2 67,0 7,3 15,2 65,1 56,8

Retour au sommaire

Les diplômes protègent peu les immigrés du chômage

En 2007, 361 000 immigrés de 15 ans ou plus étaient au chômage, d’après l’enquête Emploi. Les immigrés représentent ainsi 16 % des chômeurs, alors qu’ils ne constituent que 9 % de la population active. Leur taux de chômage est deux fois plus élevé que celui des non-immigrés : 15,2 % contre 7,3 %. Cet écart est dû en partie aux différences de qualifications : les immigrés sont plus nombreux à occuper des emplois peu ou non qualifiés et sont donc davantage exposés au chômage. Mais même à catégorie socioprofessionnelle équivalente, les actifs immigrés demeurent plus souvent sans emploi.

Parmi les immigrés, les femmes sont plus touchées par le chômage que les hommes : leur taux de chômage est de 17,3 % contre 13,5 %. Pour les non-immigrés, l’écart entre le taux de chômage des hommes et celui des femmes est d’un point.

Comme les autres actifs, les jeunes immigrés sont plus touchés par le chômage que leurs aînés : parmi les actifs immigrés âgés de 15 à 24 ans, 28 % sont au chômage, contre 13 % pour les 50 ans et plus. Le taux de chômage des immigrés diminue avec l’âge, mais il reste à un niveau élevé dans toutes les tranches d’âge.

À diplôme égal, les immigrés demeurent plus souvent au chômage que les autres : le taux de chômage des immigrés qui détiennent un diplôme de l’enseignement supérieur est près du triple de celui des autres actifs de niveau équivalent. En revanche, l’écart entre le taux de chômage des immigrés et celui des autres actifs est moins important en l’absence de diplôme (inférieur à 4 points).

Les immigrés actifs nés dans l’Union européenne sont beaucoup moins exposés au chômage que les autres. D’après le recensement, les immigrés venus d’Espagne, d’Italie ou du Portugal, plus âgés que les autres, ont un taux de chômage inférieur d’un point à celui des actifs non immigrés. À l’inverse, les natifs d’Algérie ou de Turquie ont un risque de chômage triple de celui des non-immigrés.

Retour au sommaire

Un immigré actif sur quatre est diplômé du supérieur

Parmi les 30-64 ans, les immigrés actifs sont trois fois plus nombreux que les non-immigrés à ne posséder aucun diplôme (37 % contre 12 %, d’après les enquêtes annuelles de recensement de la population). En revanche, la proportion de ceux qui ont un diplôme du supérieur se rapproche de celle des non-immigrés (25 % contre 29 %). De 1990 à 2005, le niveau de formation des immigrés actifs a ainsi nettement progressé : en 1990, seuls 12 % des immigrés actifs âgés de 30 à 64 ans possédaient un diplôme de l’enseignement supérieur. Dans le même temps, la part de ceux qui ne disposent d’aucun diplôme est passée de 53 % à 37 %.

Le niveau de formation des hommes immigrés est très proche de celui des femmes immigrées : la part des actifs qui ne possèdent aucun diplôme est identique pour les deux sexes (37 %). La proportion de femmes immigrées possédant un diplôme du supérieur ne dépasse que de 0,8 point celle des hommes, mais elle est inférieure de 5 points à celle des femmes non immigrées.

Le niveau de formation des immigrés actifs diffère selon le pays d’origine. Parmi les 30-64 ans, les immigrés originaires de Turquie, du Portugal et, dans une moindre mesure, du Maroc ou de Tunisie sont particulièrement nombreux à n’avoir aucun diplôme : plus de six immigrés natifs de Turquie sur dix sont dans ce cas. À l’inverse, une part importante des immigrés originaires des pays européens - autres que l’Espagne, l’Italie ou le Portugal - possède un diplôme de l’enseignement supérieur. Les écarts entre hommes et femmes varient également selon le pays d’origine. Les femmes originaires d’un des douze nouveaux pays de l’Union européenne ont un meilleur niveau de formation que leurs compatriotes hommes : elles sont 53 % à posséder un diplôme de l’enseignement supérieur, contre 41 % des hommes. Ces écarts de diplômes selon le pays de naissance s’expliquent en partie par des différences de structure par âge, les immigrés espagnols ou italiens, et dans une moindre mesure portugais, appartenant par exemple à des générations plus anciennes.

Retour au sommaire

Trois immigrés sur dix occupent un emploi non qualifié

En 2007, 57 % des immigrés de 15 ans ou plus, actifs ou non, ont un emploi, 68 % parmi les hommes et 47 % parmi les femmes, d’après l’enquête Emploi. Le taux d’emploi des femmes immigrées a augmenté de 12 points entre 1990 et 2007, mais reste inférieur à celui des femmes non immigrées (qui a crû de 10 points depuis 1990).

Les immigrés occupent principalement des emplois d’ouvriers ou d’employés : c’est le cas pour 62 % d’entre eux contre 51 % des autres actifs ayant un emploi, d’après le recensement de la population.

46 % des hommes immigrés actifs sont ouvriers, contre 35 % des hommes non immigrés. Les hommes immigrés sont plus souvent ouvriers non qualifiés : quand ils sont ouvriers, ils occupent dans 43 % des cas des postes non qualifiés, contre 36 % pour les non-immigrés. Les cadres représentent 13 % des actifs immigrés et 16 % des actifs non immigrés.

Le tiers des femmes immigrées en emploi occupent des postes d’employées non qualifiées, contre une sur cinq pour les actives non immigrées. Les femmes immigrées sont très présentes dans les métiers des services directs aux particuliers : 22 % exercent ce type de profession, contre 10 % des autres actives.

Plus de quatre immigrés sur dix venus du Maroc, du Portugal ou de Turquie sont ouvriers (tableaux 2 a et b). Pour les natifs du Portugal, il s’agit plus souvent d’emplois qualifiés : les emplois qualifiés représentent pour eux 52 % des emplois d’ouvriers, contre 44 % pour les immigrés nés au Maroc. Les immigrés originaires du Portugal sont également nombreux à exercer des métiers de services directs aux particuliers (18 % contre 11 % pour l’ensemble des immigrés actifs ayant un emploi). Les immigrés originaires d’Afrique sub-saharienne sont plus souvent employés (39 %) que l’ensemble des immigrés actifs. Les immigrés venus des pays d’Europe autres que l’Espagne, l’Italie et le Portugal sont davantage cadres ou exercent plus souvent une profession intermédiaire.

La majorité des immigrés actifs ayant un emploi est salariée (87 %). Les actifs originaires d’Afrique sub-saharienne le sont dans 93 % des cas. Pour plus de 17 % des actifs venus de Turquie et d’Italie, l’accès au marché du travail se fait en dehors du salariat.

Tableau 2a - Répartition des immigrés actifs ayant un emploi selon la catégorie socioprofessionnelle et le pays d'origine (a)
* Cette colonne comprend également les immigrés originaires d'autres pays non détaillés dans ce tableau.
Champ : France métropolitaine, immigrés ayant un emploi âgés de 15 à 64 ans.
Source : Insee, enquêtes annuelles de recensement de la population de 2004 à 2007.
en %
Catégorie socioprofessionnelle Ensemble des immigrés* Espagne Italie Portugal UE à 15 sauf Italie, Portugal, Espagne 12 nouveaux pays de l'UE
Agriculteurs exploitants 1 1 1 0 2 0
Artisans, commerçants et chefs d'entreprise 8 9 12 8 11 6
Cadres et professions intellectuelles supérieures 13 14 17 5 31 25
Professions intermédiaires 16 20 19 12 25 20
Employés 29 30 25 31 19 29
dont employés qualifiés 10 12 11 7 11 13
dont employés non qualifiés 19 18 14 24 8 16
dont employés des services directs aux particuliers 11 11 8 18 5 10
Ouvriers 33 26 26 44 12 20
dont ouvriers qualifiés 17 16 16 23 7 11
dont ouvriers non qualifiés 16 10 10 21 5 9
Total 100 100 100 100 100 100
Effectifs (en milliers) 2 131 94 88 355 176 62
Tableau 2b - Répartition des immigrés actifs ayant un emploi selon la catégorie socioprofessionnelle et le pays d'origine (b)
Champ : France métropolitaine, immigrés ayant un emploi âgés de 15 à 64 ans.
Source : Insee, enquêtes annuelles de recensement de la population de 2004 à 2007.
en %
Catégorie socioprofessionnelle Algérie Maroc Tunisie Autres pays d'Afrique Turquie Cambodge, Laos, Vietnam
Agriculteurs exploitants 0 0 0 0 0 0
Artisans, commerçants et chefs d'entreprise 7 6 11 4 14 10
Cadres et professions intellectuelles supérieures 9 10 12 10 4 14
Professions intermédiaires 15 15 14 16 9 18
Employés 32 26 24 39 15 26
dont employés qualifiés 10 8 7 13 6 11
dont employés non qualifiés 22 18 17 26 9 15
dont employés des services directs aux particuliers 11 10 10 15 5 8
Ouvriers 37 43 39 31 58 32
dont ouvriers qualifiés 19 19 21 14 26 17
dont ouvriers non qualifiés 18 24 18 17 32 15
Total 100 100 100 100 100 100
Effectifs (en milliers) 241 264 95 280 92 86

Retour au sommaire

En Île-de-France, dans les entreprises de nettoyage, sept salariés sur dix sont immigrés

Les immigrés, comme le reste de la population en emploi, travaillent désormais majoritairement dans le tertiaire (73 % pour les immigrés et 75 % pour les non-immigrés). Dans certains secteurs, plus de 20 % de la main-d’œuvre est constituée par des immigrés : le nettoyage, les services domestiques et les entreprises de sécurité. La présence des salariés immigrés dans la construction reste très forte : 16 % de la main-d’œuvre est immigrée contre 8 % pour l’ensemble des secteurs (graphique 2).

En Île-de-France, 69 % des salariés des entreprises de nettoyage et 66 % des personnes employées par les ménages sont immigrés.

Graphique 2 - Part des immigrés parmi les actifs ayant un emploi selon le secteur d'activité

Graphique 2 - Part des immigrés parmi les actifs ayant un emploi selon le secteur d'activité

Champ : France métropolitaine, personnes ayant un emploi âgées de 15 à 64 ans.

Source : Insee, enquêtes annuelles de recensement de la population de 2004 à 2007.

Retour au sommaire

Plus d’une femme immigrée sur trois travaille à temps partiel

Quelle que soit leur catégorie socioprofessionnelle, les femmes immigrées sont plus fréquemment employées à temps partiel que les autres actives (34 % contre 28 %). Les ouvrières sont particulièrement concernées : 37 % des immigrées sont à temps partiel contre 27 % pour les autres. Pour les immigrées originaires d’Asie du Sud-Est, ce taux n’est que de 23 %.

Retour au sommaire

Encadrés

Une succession de vagues migratoires

La France est un pays d’immigration ancienne qui a connu différentes vagues migratoires. Après-guerre, la reconstruction du pays et la forte croissance économique conduisent les pouvoirs publics à mieux organiser et à contrôler davantage l’immigration. Les migrants, en majorité des hommes, viennent essentiellement d’Espagne, du Portugal, du Maroc et d’Algérie. À partir de 1974, avec le ralentissement de la croissance économique, le gouvernement restreint l’immigration au regroupement familial et aux demandes spécifiques émanant d’employeurs. Aujourd’hui encore, l’immigration pour motif familial prédomine, l’écart numérique entre hommes et femmes se réduit. Les conflits ou la déstabilisation de certains États continuent également à alimenter une migration politique, en provenance de Turquie, d’ex-Yougoslavie, du Sri Lanka, de République démocratique du Congo, d’Haïti ou de Russie. L’âge moyen des immigrés et donc leur place sur le marché du travail en 2007 dépend de l’existence de ces différentes vagues migratoires.

Ainsi, le taux d’activité des personnes arrivées en France depuis plus de dix ans est supérieur de 7 points à celui des migrants présents depuis trois à dix ans. Les immigrés arrivés en France depuis moins de dix ans, à l’exception des Européens du Nord, ont un taux de chômage supérieur de 9 points à celui des immigrés arrivés antérieurement. Ils occupent aussi plus fréquemment des emplois précaires ou à temps partiel. En 2005, un immigré actif sur trois présent en métropole depuis moins de dix ans possède un diplôme de l’enseignement supérieur, contre un sur cinq parmi ceux arrivés auparavant.

Retour au sommaire

Les étrangers sur le marché du travail

Un étranger est une personne résidant en France qui n’a pas la nationalité française. Parmi les immigrés de 15 à 64 ans, 64 % sont étrangers, les autres ayant acquis la nationalité française après leur naissance.

Les étrangers sont plus touchés par le chômage que les immigrés. Cela s’explique en partie par le fait que les étrangers qui ne sont pas ressortissants d’un pays de l’Union européenne ne peuvent prétendre à un certain nombre d’emplois publics soumis à condition de nationalité française. Le taux de chômage des étrangers hors Union européenne à 27 est particulièrement élevé.

Tableau - Taux de chômage selon la nationalité
* Union européenne à 27 pays.
Champ : France métropolitaine, personnes actives âgées de 15 ans et plus (âge à l'enquête).
Source : Insee, enquêtes Emploi du 1er au 4e trimestre 2007.
en %
Personnes de nationalité française Total des étrangers Ressortissants de l'UE* Étrangers hors UE*
Hommes 7,0 14,8 7,3 19,6
Femmes 8,0 18,3 8,9 26,1
Total 7,5 16,3 8,1 22,2

Retour au sommaire

Insee Première N° 1212 - octobre 2008

Téléchargement

Liens

Insee Première : Présentation de la collection et liste des numéros parus