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Les relations des parents séparés avec leurs enfants adultes

Émilie Vivas, division Enquêtes et études démographiques, Insee

Résumé

Les ouvriers et employés séparés ont des relations moins fréquentes avec leurs enfants majeurs que les pères de milieux plus aisés. Ainsi, 46 % des enfants majeurs dont le père est ouvrier ou employé non qualifié ne le voient jamais, contre 13 % pour les enfants de cadres. Quand le couple parental est rompu, les enfants majeurs vivent plus loin de leurs parents. Bien que la distance pénalise tous les pères, les ouvriers et employés ont plus de mal à surmonter cet obstacle. Par ailleurs, la moitié des enfants majeurs d’une union rompue ont cessé de vivre sous le même toit que leur père avant leurs dix-huit ans ; les relations sont alors plus distendues.

Sommaire

Encadrés

Publication

Les relations avec les enfants majeurs vues par les parents

Lorsque deux conjoints rompent et élisent domicile séparément, le maintien de fortes relations entre les enfants et chacun des deux parents devient plus difficile. De fait, les enfants devenus adultes résident le plus souvent près de leur mère et ce sont les rapports avec le père qui sont principalement affectés. Par conséquent, les pères se déclarent peu satisfaits des relations avec leurs enfants alors que l’appréciation des mères diminue moins fortement.

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Les relations sont plus sensibles au milieu social du père

Les parents de milieux aisés ont des relations plus fréquentes avec les enfants majeurs d’une union rompue que les parents de milieux modestes. Les écarts entre catégories sociales sont plus importants pour les hommes : 48 % des enfants majeurs de parents séparés qui ont un père cadre le voient au moins une fois par mois contre seulement 19 % des enfants d’ouvriers ou d’employés non qualifiés (tableau 1). De même, 13 % des enfants de cadres issus d’une union rompue ne voient jamais leur père, contre 46 % des enfants d’ouvriers ou d’employés non qualifiés. Ces écarts se ressentent dans l’appréciation qu’ont les parents des relations avec leurs enfants ; elle varie sensiblement selon la catégorie sociale du père. Les ouvriers et employés non qualifiés attribuent en moyenne une note de 5,2/10 contre 6,5/10 pour les cadres (tableau 2). Toutefois, lorsque sont exclus les cas où le père ne voit jamais son enfant, l’appréciation des relations ne dépend plus de la position sociale.

Le milieu social de la mère pèse également sur ses relations avec ses enfants issus d’une union rompue, mais les écarts sont moins importants que pour le milieu social du père. 67 % des enfants majeurs dont la mère est ouvrière ou employée non qualifiée la voient au moins une fois par mois contre 78 % de ceux dont la mère est cadre. La proportion est de 61 % quand la mère n’a jamais travaillé. Contrairement au père, l’absence de relations entre la mère et ses enfants majeurs reste marginale (9 %). Ainsi, en cas de séparation, le niveau de l’appréciation que la mère attribue à sa relation avec l’enfant est élevé : il atteint 8,2/10 et varie peu selon sa catégorie sociale.

Tableau 1 - Fréquence des rencontres avec les parents pour les enfants majeurs nés d'une union rompue
n. s. : non significatif en raison de la taille de l'échantillon de l'enquête Erfi.
Lecture : 48 % des enfants de parents séparés dont le père est cadre voient ce dernier au moins une fois par mois.
Champ : relations déclarées par les parents âgés de 35 à 64 ans avec leurs enfants majeurs non cohabitants et nés d'une union rompue. Les retraités ont été réintégrés dans leur profession d'origine.
Source : enquête Erfi, 2005.
en %
Au moins une fois par mois Moins d'une fois par mois Jamais
Catégorie socioprofessionnelle du père
Employé ou ouvrier non qualifié 19 34 46
Employé ou ouvrier qualifié 36 37 27
Profession intermédiaire 46 27 27
Cadre 48 39 13
Agriculteur, artisan, commerçant 54 26 20
Inactif n'ayant jamais travaillé n. s. n. s. n. s.
Ensemble 40 32 27
Catégorie socioprofessionnelle de la mère
Employée ou ouvrière non qualifiée 67 23 10
Employée ou ouvrière qualifiée 66 25 10
Profession intermédiaire 70 28 2
Cadre 78 22 0
Agriculteur, artisan, commerçant n. s. n. s. n. s.
Inactive n'ayant jamais travaillé 61 24 15
Ensemble 67 24 9
Tableau 2 - La satisfaction des relations avec les enfants majeurs nés d'une union rompue
n. s. : non significatif en raison de la taille de l'échantillon de l'enquête Erfi.
Lecture : quelle que soit la fréquence des rencontres, les pères ouvriers non qualifiés attribuent une note moyenne de 5,2/10 à la satisfaction qu'ils retirent de la relation avec leur enfant d'une union rompue.
Champ : relations déclarées par les parents âgés de 35 à 64 ans avec leurs enfants majeurs non cohabitants et nés d'une union rompue. Les retraités ont été réintégrés dans leur profession d'origine.
Source : enquête Erfi, 2005.
note moyenne sur 10
Catégorie socioprofessionnelle du parent Satisfaction des relations avec l'enfant en cas de séparation avec l'autre parent
Pour le père Pour la mère
Employé ou ouvrier non qualifié 5,2 8,4
Employé ou ouvrier qualifié 6,4 8,0
Profession intermédiaire 6,2 8,7
Cadre 6,5 8,3
Agriculteur, artisan, commerçant 6,9 n. s.
Inactif n'ayant jamais travaillé n. s. 7,8
Ensemble 6,2 8,2

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L’éloignement pèse plus pour les milieux populaires

Les enfants des milieux populaires qui ont quitté le domicile familial vivent en général près de leurs parents lorsque ces derniers sont ensemble. Les rencontres sont alors fréquentes : 77 % des enfants majeurs d’un père ouvrier ou employé et 81 % des enfants d’une mère salariée non qualifiée les voient au moins une fois par mois. Mais quand le couple parental est rompu, la proportion n’est plus que de 19 % pour les pères et de 67 % pour les mères (tableau 3). L’écart est donc très net pour les relations avec le père.

Lorsque les parents sont séparés, les enfants majeurs habitent plus souvent loin de leur père : 48 % de ceux dont le père est ouvrier non qualifié vivent alors à plus de deux heures de chez lui, contre seulement 20 % quand les parents sont ensemble (tableau 4). La distance influe ainsi fortement sur les relations des pères avec leurs enfants.  

Les parents de milieux aisés en situation de rupture conjugale ont davantage de relations avec leurs enfants. Les enfants dont la mère est cadre ou occupe une profession intermédiaire la voient autant, voire même plus, quand elle est séparée du père. En fait, dans ces milieux, les études des enfants et les parcours professionnels des parents tendent souvent à éloigner leurs lieux de résidence respectifs. Aussi, en cas de séparation des parents, les distances entre les domiciles pèsent moins sur les relations. Mais surtout, les adultes de milieux aisés surmontent sans doute plus facilement l’obstacle de la distance car ils ont davantage les moyens de financer les déplacements ou d’héberger chez eux leur famille. À distance égale, que les parents soient séparés ou non, ce sont toujours les enfants issus de milieux aisés qui fréquentent le plus leurs parents (données complémentaires 3 et 4, version web). Dans les milieux populaires, les enfants dont les parents vivent ensemble les voient plus souvent parce qu’ils habitent plus près d’eux.

Tableau 3 - Après la séparation de leurs parents, les enfants majeurs d'ouvriers et d'employés voient nettement moins leur père
n. s. : non significatif en raison de la taille de l'échantillon de l'enquête Erfi.
Lecture : 19 % des enfants majeurs d'une union rompue voient leur père employé ou ouvrier non qualifié au moins une fois par mois.
Champ : relations déclarées par les parents âgés de 35 à 64 ans avec leurs enfants majeurs non cohabitants et nés d'une union rompue. Les retraités ont été réintégrés dans leur profession d'origine.
Source : enquête Erfi, 2005.
en %
Catégorie socioprofessionnelle du parent Voit son père au moins une fois par mois Voit sa mère au moins une fois par mois
Enfant de l'union rompue Enfant de l'union actuelle Enfant de l'union rompue Enfant de l'union actuelle
Employé ou ouvrier non qualifié 19 77 67 81
Employé ou ouvrier qualifié 36 77 66 76
Profession intermédiaire 46 74 70 70
Cadre 48 72 78 69
Agriculteur, artisan, commerçant 54 85 n. s. n. s.
Inactif n'ayant jamais travaillé n. s. n. s. 61 82
Ensemble 40 77 67 77
Tableau 4 - La moitié des enfants majeurs de parents séparés habitent à plus de deux heures de trajet de leur père salarié non qualifié
n. s. : non significatif en raison de la taille de l'échantillon de l'enquête Erfi.
Lecture : 48 % des enfants majeurs de parents séparés habitent à plus de deux heures de leur père employé ou ouvrier non qualifié.
Champ : relations déclarées par les parents âgés de 35 à 64 ans avec leurs enfants majeurs non cohabitants et nés d'une union rompue. Les retraités ont été réintégrés dans leur profession d'origine.
Source : enquête Erfi, 2005.
en %
Catégorie socioprofessionnelle du parent Vit à plus de deux heures de son père Vit à plus de deux heures de sa mère
Enfant de l'union rompue Enfant de l'union actuelle Enfant de l'union rompue Enfant de l'union actuelle
Employé ou ouvrier non qualifié 48 20 23 21
Employé ou ouvrier qualifié 42 25 29 29
Profession intermédiaire 32 33 35 43
Cadre 50 39 33 48
Agriculteur, artisan, commerçant 22 24 n. s. n. s.
Inactif n'ayant jamais travaillé n. s. n. s. 29 22
Ensemble 46 28 30 29

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Une séparation précoce d’avec l’enfant affecte les relations

Quand leurs parents sont séparés, les enfants majeurs ont des relations d’autant moins étroites qu’ils ont cessé d’habiter avec eux avant leur majorité. En effet, les enfants rendent plus souvent visite à leur père ou à leur mère quand ils ont quitté le foyer familial après leurs dix-huit ans (tableau 5). Seuls 30 % des enfants majeurs qui ont cessé de vivre avec leur père avant leurs dix-huit ans le voient au moins une fois par mois, contre 52 % de ceux qui ont cessé d’habiter avec lui après leur majorité. Pour les relations avec la mère, la fréquence des rencontres est de 52 % dans le premier cas et de 71 % dans le second.

Tout d’abord, le départ prématuré de l’enfant du foyer parental est parfois le signe de relations difficiles avec les parents, que ces derniers soient séparés ou non. Mais en cas de rupture entre les conjoints, d’autres éléments viennent s’ajouter : la séparation d’avec un parent est souvent subie par l’enfant et d’autant plus mal vécue par l’enfant et l’adulte qu’elle intervient aux jeunes âges. En outre, à l’âge adulte, les enfants qui ont vécu avec leur parent au-delà de leurs dix-huit ans habitent plus près de lui.

Après une rupture, la moitié des pères vivent une séparation précoce avec leur enfant. Dans 80 % des cas, la rupture a eu lieu quand l’enfant était encore au domicile familial. Parmi les enfants majeurs dont les parents se sont séparés, un sur deux a cessé de vivre avec

son père avant sa majorité et un sur cinq avec sa mère. La séparation est plus souvent précoce pour les pères ouvriers ou employés que pour les cadres.

Les relations avec l’enfant sont donc moins fréquentes lorsque la séparation a eu lieu avant ses dix-huit ans. Ce constat demeure en tenant compte de la position sociale du parent et de la distance qui sépare les deux domiciles.  

Tableau 5 - Plus l'enfant majeur de l'union rompue a cessé de vivre tôt avec ses parents, moins il les voit
Lecture : 30 % des enfants majeurs d'une union rompue qui n'ont plus vécu avec leur père avant leurs 18 ans le voient au moins une fois par mois.
Champ : relations déclarées par les parents âgés de 35 à 64 ans avec leurs enfants majeurs non cohabitants et nés d'une union rompue.
Source : enquête Erfi, 2005.
en %
L'enfant d'une union rompue n'a plus vécu avec son père L'enfant d'une union rompue n'a plus vécu avec sa mère
Avant ses 18 ans Après ses 18 ans Avant ses 18 ans Après ses 18 ans
Fréquence des rencontres
Au moins une fois par mois 30 52 52 71
Moins d'une fois par mois 33 31 30 23
Jamais 37 17 18 7
Durée de trajet
Moins de trente minutes 30 33 28 44
Entre trente minutes et deux heures 25 35 39 30
Plus de deux heures 46 32 32 26

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Les pères remis en couple voient moins leurs enfants majeurs que les pères seuls

Après une séparation, les parents se remettent fréquemment en couple avec un nouveau conjoint. 68 % des enfants majeurs ont ainsi vu leur mère se remettre en couple et 79 % ont vu leur père faire de même. Par ailleurs, les pères et les mères séparés de catégories plus aisées ont plus souvent un nouveau conjoint(données complémentaires 1, version web).

Pour la mère, la remise en couple n’a pas d’influence sur la fréquence ou sur l’appréciation de ses relations avec son enfant de l’union rompue. En revanche, les relations sont plus fréquemment rompues entre l’enfant et son père quand ce dernier a une nouvelle compagne : 29 % des enfants dont le père s’est remis en couple ne le voient jamais, contre 22 % de ceux dont le père n’a pas de nouveau conjoint.

Cependant, la remise en couple semble moins jouer sur la fréquence des rencontres que la position sociale du parent ou l’âge auquel l’enfant a cessé de vivre avec l’un de ses parents. C’est pourquoi les relations des parents de milieux aisés restent plus intenses avec leurs enfants majeurs, bien qu’ils se remettent plus souvent en couple que les autres.

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Encadrés

Les 45-64 ans sont les plus nombreux à avoir des enfants d’une union rompue

À partir de 35 ans, la plupart des adultes ont des enfants (graphique).

Tous les enfants d’une même personne ne sont pas forcément nés de la même union. Quel que soit leur âge, les femmes déclarent davantage d’enfants d’une union rompue que les hommes. Les 45-64 ans sont les plus nombreux à avoir des enfants d’une union rompue ; les jeunes et les anciennes générations sont moins concernées. Pour les plus âgés, les ruptures d’union ont été moins fréquentes. Quant aux moins de 35 ans, la présence d’enfants en bas âge diminue le risque de rupture avec le conjoint. Néanmoins, lorsque celle-ci a lieu tôt, l’enfant est jeune quand il cesse de vivre avec l’un de ses parents. Les hommes de 25-44 ans qui ont un enfant d’une union rompue sont particulièrement concernés par cette séparation précoce d’avec l’enfant. Le fait d’avoir des enfants de l’union actuelle et d’une union rompue reste marginal.

Graphique encadré - À partir de 35 ans, la plupart des adultes ont des enfants

Graphique encadré - À partir de 35 ans, la plupart des adultes ont des enfants

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Les milieux populaires ont plus souvent des enfants d’une union rompue

En France, ne pas avoir d’enfant est relativement rare. Cependant, certaines catégories socioprofessionnelles sont plus concernées que d’autres (tableau). En effet, les femmes dont la position sociale est élevée sont plus nombreuses à ne pas avoir d’enfant. 17 % des femmes cadres n’ont pas d’enfant contre 10 % des ouvrières non qualifiées. Pour les hommes, ce sont plutôt ceux des milieux populaires qui n’ont pas d’enfant : 20 % des ouvriers n’ont pas d’enfant contre 14 % des cadres.

Les femmes situées en bas de l’échelle sociale sont plus nombreuses à avoir des enfants d’une union rompue : 28 % des ouvrières ou employées non qualifiées contre 20 % des femmes cadres. Pour les hommes, les écarts ne sont pas significatifs.

Tableau -
n. s. : non significatif en raison de la taille de l'échantillon de l'enquête Erfi.
Lecture : 14 % des hommes cadres âgés de 35 à 64 ans n'ont pas d'enfant, 65 % ont uniquement des enfants de l'union actuelle et 20 % en ont d'une union rompue.
Champ : on prend en compte les enfants biologiques en vie. Les retraités ont été réintégrés dans leur profession d'origine
Source : enquête Erfi, 2005.
en %
Aucun enfant Uniquement des enfants de l'union actuelle Enfant d'une union rompue Répartition
Catégorie socioprofessionnelle des hommes
Employé ou ouvrier non qualifié 20 58 22 14
Employé ou ouvrier qualifié 20 61 19 33
Profession intermédiaire 17 64 20 23
Cadre 14 65 20 14
Agriculteur, artisan, commerçant 15 71 14 12
Inactif n'ayant jamais travaillé n. s. n. s. n. s. 4
Ensemble 18 63 19 100
Catégorie socioprofessionnelle des femmes
Employée ou ouvrière non qualifiée 10 62 28 23
Employée ou ouvrière qualifiée 13 61 26 29
Profession intermédiaire 15 62 23 21
Cadre 17 62 20 8
Agricultrice, artisane, commerçante n. s. n. s. n. s. 6
Inactive n'ayant jamais travaillé 11 65 24 13
Ensemble 13 63 25 100

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Insee Première N° 1196 - juin 2008

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