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Les familles monoparentales

Des difficultés à travailler et à se loger

Olivier Chardon, Fabienne Daguet, Émilie Vivas, division Enquêtes et études démographiques, Insee

Résumé

En 2005, 1,76 million de familles sont composées d’enfants de moins de 25 ans et d’un seul parent, leur mère le plus souvent. Depuis les années soixante, la part des familles monoparentales ne cesse de grandir du fait de la fragilité accrue des unions parentales. Seule la moitié des mères de famille monoparentale occupent un emploi à temps complet, alors qu’elles fournissent en général l’essentiel des revenus du ménage. Les familles monoparentales vivent dans des conditions de logement plus difficiles et plus fragiles que les couples avec enfants. Elles sont moins souvent propriétaires. Signe des difficultés à vivre seul avec des enfants, 10 % de ces familles partagent leur logement avec d’autres personnes, habituellement un parent.

Sommaire

Encadré

Publication

Toujours plus de familles monoparentales

En 2005, 1,76 million de familles sont composées d’un seul adulte qui vit sans conjoint avec un ou plusieurs enfants de moins de 25 ans dans un même logement (tableau 1). Dans 85 % des cas, il s’agit d’une mère et de ses enfants. Ces familles sont dites « monoparentales » .

Le nombre de familles monoparentales ne cesse de croître depuis quarante ans (graphique). Elles sont aujourd’hui 2,5 fois plus nombreuses qu’en 1968. En 2005, 17,7 % des enfants de moins de 25 ans vivent dans une famille monoparentale, contre 7,7 % en 1968. Les ruptures d’unions plus fréquentes sont à l’origine de cette croissance. Auparavant, les familles monoparentales étaient la conséquence du décès précoce d’un des parents, le plus souvent du père. En 1962, 55 % des parents à la tête d’une famille monoparentale étaient veufs ; en 2005, ils sont moins de 10 %. Selon l’enquête « Étude de l’histoire familiale » de 1999, neuf familles monoparentales sur dix le sont parce que les parents vivent séparément. Parfois, les parents n’ont même jamais vécu ensemble : 15 % des familles monoparentales se sont formées ainsi.

Lors d’une séparation, les enfants restent généralement rattachés au foyer de la mère ; aussi la part des hommes à la tête d’une famille monoparentale est-elle passée de 20 % en 1968 à 14 % en 1990. Aujourd’hui, les enfants gardent généralement des relations avec leurs deux parents quand ils sont séparés (encadré). Les pères hébergent occasionnellement ou régulièrement leur enfant plus que par le passé. Mais le logement où les enfants passent le plus de temps demeure couramment celui de la mère. Bien que le rôle du père soit de plus en plus reconnu, la part des hommes à la tête d’une famille monoparentale n’a ainsi que légèrement progressé depuis 1990 : elle est de 15 % en 2005.

Tableau 1 - Des enfants moins nombreux et plus âgés dans les familles monoparentales
Champ : France métropolitaine, ménages ordinaires, familles avec enfants de moins de 25 ans en années révolues.
Source : Insee, enquêtes annuelles de recensement de 2004 à 2007.
Familles monoparentales Couples avec enfants
Mères seules avec enfants Pères seuls avec enfants Ensemble
Nombre de familles (milliers) 1 486 272 1 758 7 014
Nombre d’enfants (milliers) 2 436 408 2 844 13 185
Nombre moyen d’enfants par famille 1,6 1,5 1,6 1,9
Répartition selon le nombre d’enfants par famille ( %)
1 enfant 55 63 56 39
2 enfants 31 28 30 41
3 enfants 10 7 10 15
4 enfants ou plus 4 2 4 5
Total des familles 100 100 100 100
Répartition des enfants selon leur âge ( %)
0-2 ans 8 4 8 15
3-6 ans 16 11 15 19
7-16 ans 49 49 49 45
17-24 ans 27 36 28 21
Total des enfants 100 100 100 100

Graphique 1 - Toujours plus de familles monoparentales

Graphique 1 - Toujours plus de familles monoparentales

1. À partir de 1999, l’âge des enfants est l’âge révolu à la date du recensement, alors que lors des recensements précédents il s’agissait de l’âge atteint l’année du recensement. En 1999, il y a 34 000 familles avec enfant de 0 à 24 ans de plus en utilisant l’âge révolu plutôt que l’âge atteint dans l’année.

2. Il s’agit de la situation matrimoniale légale et non de la situation de fait. Un adulte d’une famille monoparentale auparavant en couple non marié reste légalement célibataire après une séparation ou le décès du conjoint.

Champ : France métropolitaine, ménages ordinaires, familles avec enfants de moins de 25 ans.

Source : Insee, recensements de la population de 1962 à 1999, enquêtes annuelles de recensement de 2004 à 2007.

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2,8 millions d’enfants vivent dans une famille monoparentale

En 2005, 2,84 millions d’enfants de moins de 25 ans vivent dans une famille monoparentale. Les risques de rupture d’union, mais aussi de décès d’un conjoint, croissent au fil des années. Les enfants en très bas âge sont donc moins fréquents dans les familles monoparentales : 10,3 % des enfants de moins de trois ans, contre 17,7 % pour l’ensemble des enfants de moins de 25 ans. Les familles monoparentales ont par ailleurs moins d’enfants vivant au domicile que les couples : 1,6 enfant en moyenne, contre 1,9. De fait, la rupture d’union écourte la période pendant laquelle le couple aurait pu avoir des enfants. En outre, les enfants vivant en famille monoparentale partent s’installer plus tôt dans un autre logement. Ainsi, plus d’une famille monoparentale sur deux est uniquement composée d’un adulte et d’un enfant, et seulement 14 % ont trois enfants ou plus.

Les pères à la tête d’une famille monoparentale sont relativement peu nombreux. Ils le sont davantage lorsque les enfants sont grands : 10 % des enfants de 0 à 6 ans en famille monoparentale vivent avec leur père ; ils sont 18 % parmi les enfants de 17 à 24 ans. Les pères sont à la tête de familles monoparentales plus petites : dans 63 % des cas, il n’y a qu’un seul enfant.

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Des revenus du travail incertains pour les mères de famille monoparentale

Les mères de famille monoparentale sont moins diplômées que celles qui vivent en couple : 23 % ont un diplôme du supérieur, contre 30 % pour les mères de famille vivant en couple. Elles sont souvent dans une situation moins favorable sur le marché du travail. Elles doivent en effet surmonter à la fois les contraintes liées à leur situation de mères seules - la garde d’enfants en particulier - et l’impossibilité de compter sur le revenu d’un conjoint pour subvenir aux besoins de la famille. Occupant un peu moins souvent un emploi que les mères de familles en couple (68 %, contre 72 %), elles se déclarent beaucoup plus souvent chômeuses lorsqu’elles sont sans emploi : dans 54 % des cas, au lieu de 31 % pour les mères de famille en couple.

Quand elles ont un emploi, les mères de famille monoparentale travaillent moins fréquemment à temps partiel : 26 % contre 34 % pour les mères en couple (tableau 2). Cette proportion varie fortement selon la qualification des emplois. Elle va de 16 % pour les cadres à 39 % pour celles qui occupent des emplois non qualifiés, les moins bien loties en termes de salaires, de conditions d’emploi et de travail. Au sein des couples avec enfants, 85 % des pères ont un emploi à temps complet, le salaire de la mère peut donc plus facilement représenter un revenu complémentaire. De fait, le taux de temps partiel des mères cadres (26 %) et professions intermédiaires (32 %) en couple est beaucoup plus élevé. Au total, une mère de famille monoparentale sur deux est en emploi à temps complet, soit à peine plus que les mères en couple.

Les professions des mères de famille monoparentale, comme celles des femmes en général, se concentrent sur les métiers liés à la santé, aux services aux personnes ou aux tâches administratives. Les mères de famille monoparentale sont un peu plus présentes que les autres parmi les agents de services, les aides à domicile, les personnels de nettoyage et les adjoints administratifs de la Fonction publique. En revanche, elles sont nettement sous-représentées parmi deux des principales professions des mères de famille. Elles sont ainsi moins souvent professeurs des écoles, en raison de leur niveau de formation. Elles sont encore moins souvent assistantes maternelles, car leurs conditions de logement constituent fréquemment un obstacle à l’obtention de l’agrément pour exercer cette profession à domicile.

La situation sur le marché du travail des hommes qui vivent sans conjoint avec leurs enfants apparaît moins défavorable que celle des femmes. Les trois quarts des pères de famille monoparentale ont un emploi à temps complet. En revanche, ils sont beaucoup plus souvent sans emploi que les hommes en couple avec enfants (20 %, contre 12 %) et se déclarent plus souvent chômeurs.

Dans ce contexte, les revenus d’activité des familles monoparentales sont relativement faibles. Par suite, leur risque de pauvreté monétaire est habituellement supérieur à celui des couples, malgré les prestations sociales et les pensions alimentaires qui contribuent à rééquilibrer leurs ressources.

Tableau 2 - Le taux de temps partiel décroît fortement avec la qualification des emplois chez les mères de famille monoparentale
1. Part des emplois à temps partiel dans le total des emplois.
Champ : France métropolitaine, ménages ordinaires, mères de famille avec enfants de moins de 25 ans en années révolues, ayant un emploi.
Source : Insee, enquêtes annuelles de recensement de 2004 à 2007.
en %
Catégorie sociale Taux de temps partiel1
Mères de famille monoparentale Mères en couple avec enfants
Ouvrières ou employées non qualifiées 39 43
Ouvrières ou employées qualifiées 23 35
Professions intermédiaires 18 32
Cadres 16 26
Agricultrices, artisanes, commerçantes 13 15
Total 26 34

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Des conditions de logement plus difficiles et plus fragiles

Seules 28 % des mères de famille monoparentale sont propriétaires de leur logement, contre 63 % des couples avec enfants. Plus d’un tiers déclarent vivre dans une HLM. Leurs conditions de logement sont moins favorables : 20 % habitent un logement où il manque une ou deux pièces, selon l’indicateur usuel de surpeuplement (tableau 3 et définitions). Seules 36 % des mères de famille monoparentale vivent dans une maison (contre 68 % des couples avec enfants). Elles ont des ressources plus faibles et résident plus souvent en milieu urbain ou dans des régions où les prix des logements (à la vente comme à la location) sont plus élevés. Ainsi, 24 % des familles avec enfants sont monoparentales dans les pôles urbains, contre 16 % en zone rurale. Elles sont en particulier plus fréquentes dans les grands centres urbains de la région parisienne et du sud de la France (carte).

Les hommes à la tête d’une famille monoparentale sont en meilleure situation : la moitié d’entre eux sont propriétaires ; la moitié aussi vivent dans une maison.

17 % des pères de famille monoparentale et 9 % des mères résident avec d’autres personnes, en plus de leurs enfants (contre 3 % pour les couples), soit 178 000 familles. Parmi ces parents, 18 % sont des jeunes de moins de 30 ans, dont la plupart vivent avec leurs enfants chez leurs propres parents. Le ménage est alors plus fréquemment propriétaire, et le logement plus souvent une maison. Mais le nombre de personnes cohabitant dans le logement est souvent élevé : dans 32 % des cas, il y a au moins cinq personnes, et au regard de l’indicateur de surpeuplement, 42 % des logements ont trop d’occupants. Les mères et les pères de familles monoparentales qui cohabitent avec d’autres personnes sont plus souvent inactifs ou en difficulté sur le marché du travail en termes de chômage ou d’emploi.

carte - Moins de familles monoparentales dans l’ouest et le centre de la France

carte - Moins de familles monoparentales dans l’ouest et le centre de la France

Champ : France métropolitaine, ménages ordinaires, familles avec enfants de 25 ans ou moins en années révolues.

Source : Insee, enquêtes annuelles de recensement de 2004 à 2007.

Tableau 3 - Des conditions de logement plus fragiles et moins confortables
1. Une famille peut vivre dans le même logement que d'autres personnes, par exemple les parents du chef de famille. Si l'un des adultes du ménage est propriétaire, la famille est comptabilisée ici.
2. Voir les définitions.
Champ : France métropolitaine, ménages ordinaires, adultes des familles avec enfants de 0 à 24 ans en années révolues.
Source : Insee, enquêtes annuelles de recensement de 2004 à 2007.
en %
Familles monoparentales Couples avec enfants
Mères Pères
Nombre de familles (en milliers) 1 486 272 7 014
Part des familles vivant...
... dans un ménage propriétaire du logement1 28 48 63
... dans une maison 36 54 68
... avec d’autres personnes 9 17 3
... en logement HLM 38 24 14
Taux de surpeuplement2 20 18 8
Part des familles vivant dans un logement où...
... il manque une pièce2 15 13 6
... il manque deux pièces2 5 5 2

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Encadré

Voir ses enfants après une séparation

En 2005, dans l’enquête Étude des relations familiales intergénérationnelles (sources), les deux tiers des enfants de moins de 25 ans issus d’une union rompue sont déclarés par leur mère comme cohabitants de leur ménage (tableau A). Dans 15 % des cas, elles ne voient leurs enfants que quelques fois par an, voire jamais. Mais le père est loin d’être systématiquement absent. Si 40 % des enfants ne le voient que rarement ou jamais, 17 % sont déclarés comme cohabitants par leur père et 25 % le voient au moins une fois par semaine.

Parmi les adultes qui vivent seuls avec leurs enfants, certains ont un conjoint dont la résidence principale est distincte ; d’autres envisagent d’emménager à terme avec un conjoint. Ainsi, en 2005, 23 % des adultes de familles monoparentales déclarent avoir « une relation amoureuse stable » : 13 % déclarent être contraints de vivre sans leur conjoint (raisons financières, professionnelles, etc.) et 10 % choisissent de vivre seuls (tableau B).

La situation familiale des adultes des familles monoparentales peut donc recouvrir des réalités très différentes en termes d’isolement affectif ou de revenus. En outre, les situations sont susceptibles d’évoluer très vite. Si les enfants résidant quatre jours par semaine avec un parent ne passent plus que trois jours avec lui, ce parent sera alors recensé comme une personne sans famille ; au contraire, si un conjoint s’installe au domicile, la famille monoparentale deviendra un couple avec enfants dans l’enquête de recensement.

Tableau A - La plupart des enfants gardent un lien avec leur mère et leur père après une séparation
1. Dans l’enquête Études des relations familiales intergénérationnelles (Erfi), le contour du ménage est laissé à l’appréciation du répondant. Un enfant pourra être déclaré chez un seul parent, chez les deux ou chez aucun s’il a son propre logement.
Lecture : 68 % des mères déclarent que leur enfant de moins de 25 ans issu d’une union rompue réside avec elles, 9 % qu’il ne fait pas partie de leur ménage mais qu’elles le voient au moins une fois par semaine.
Champ : relations entre un adulte et ses enfants de 24 ans ou moins issus d’une union rompue, qu’ils soient cohabitants ou non.
Source : Insee, enquête Études des relations familiales intergénérationnelles (Erfi), 2005.
en %
Mères Pères
Enfants déclarés spontanément par le parent comme faisant partie du ménage1 68 17
Sinon, fréquence des rencontres
Au moins une fois par semaine 9 25
Au moins une fois par mois 8 18
Quelques fois par an 9 22
Jamais 6 18
Total 100 100
Tableau B - Famille monoparentale, une situation familiale de transition ?
Champ : hommes et femmes vivant sans conjoint cohabitant avec des enfants de 24 ans ou moins.
Source : Insee, enquête Études des relations familiales intergénérationnelles (Erfi), 2005.
en %
Part des femmes et des hommes vivant seuls avec des enfants qui déclarent...
... ne pas avoir de « relation amoureuse stable » 77
... avoir une « relation amoureuse stable », sans souhaiter vivre avec la personne concernée 10
... avoir une « relation amoureuse stable », mais être contraints de vivre séparés (raisons professionnelles, financières…) 13
Total 100

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Insee Première N° 1195 - juin 2008

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