Aller au contenu

Aller au menu principal

Aller à la recherche

Liens transversaux haut

Les violences faites aux femmes

Lorraine Tournyol du Clos, Institut national des hautes études de sécurité, Thomas Le Jeannic, division Conditions de vie des ménages, Insee

Résumé

Les violences envers les femmes sont multiples : sans compter les agressions subies dans leur cadre familial actuel, 6 % des femmes ayant entre 18 et 59 ans ont été l’objet d’injures sexistes en 2005 ou 2006, 2,5 % ont été agressées physiquement et 1,5 % a déclaré avoir subi un viol ou une tentative de viol. Dans ce dernier cas, un sur cinq est perpétré par l’ex-conjoint et la moitié des victimes connaissaient leur agresseur. Les violences sexuelles sont moins fréquentes au sein du ménage, mais c’est l’inverse pour les violences physiques. Les femmes sans diplôme sont trois fois plus nombreuses à subir des violences domestiques que les plus diplômées. Les caresses, baisers et autres gestes déplacés sont les agressions sexuelles les plus fréquentes et ont pour cadre le lieu de travail dans un quart des cas.

Sommaire

Publication

Autant de violence envers les femmes dans le ménage qu’en dehors

Selon l’enquête « Cadre de vie et sécurité » menée début 2007, les femmes sont autant exposées à la violence dans leur ménage qu’en dehors : 3,3 % des femmes âgées de 18 à 59 ans ont déclaré avoir subi en 2005 ou 2006 au moins une agression physique ou sexuelle de la part d’une personne vivant avec elles ; elles sont 3,4 % à en avoir subi en dehors de leur ménage (tableau 1). Les violences sexuelles (définition) restent néanmoins moins fréquentes à l’intérieur qu’à l’extérieur du ménage.

Les premières violences auxquelles les femmes sont confrontées sont les violences verbales telles que les injures (16,9 %) et les menaces (5,5 %) ; viennent ensuite les violences physiques, au sein du ménage (3 %) ou à l’extérieur (2,5 %) ; et enfin, les agressions sexuelles à l’extérieur (1,5 %) et dans le ménage (0,7 %). Les  vols avec violence ou sans violence ont touché 4 % des femmes. En dehors du ménage, la proportion de femmes violées est deux fois supérieure à celle des femmes qui se sont faites dévaliser avec violence.

Dans le ménage, la violence physique est nettement plus fréquente que la violence sexuelle. Parmi les femmes qui reçoivent des coups chez elles, 12 % sont aussi abusées sexuellement alors que 50 % des femmes qui ont été violées par un homme qui partage leur logement sont également agressées physiquement. De plus deux femmes sur cinq, victimes de violence sexuelle au sein de leur ménage, ont été également agressées sexuellement en dehors.

Tableau 1 - Les victimes de violences selon le sexe
Lecture : 3  % des femmes de 18-59 ans ont subi en 2005-2006 des violences physiques de la part d'un membre du ménage contre 1,6  % des hommes.
Champ : individus de 18-59 ans.
Source : Insee, enquête Cadre de vie et sécurité 2007.
en %
Femmes Hommes
Violences au sein du ménage
Violences physiques 3,0 1,6
Viol 0,7 0,2
Violences physiques ou viol 3,3 1,7
Violences en dehors du ménage
Agressions physiques 2,5 3,3
Viol 1,5 0,5
Agressions physiques ou viol 3,4 3,5
Autres agressions sexuelles
Baisers, caresses ou autres gestes déplacés 5,9 1,3
Exhibition sexuelle 3,6 1,6
Vols
Vols avec violence 0,8 1,4
Vols sans violence 3,3 3,6
Agressions verbales
Menaces 5,5 6,9
Injures 16,9 14,6

Retour au sommaire

Être femme expose, être femme et jeune surexpose

Par rapport aux hommes, les femmes sont deux fois plus souvent agressées physiquement au sein du ménage, et trois fois plus souvent victimes d’attouchements ou de rapports sexuels forcés à l’extérieur comme à l’intérieur du ménage. En revanche, elles sont moins souvent victimes d’agressions physiques à caractère non sexuel en dehors du ménage, et près de deux fois moins souvent victimes de vols avec violence. Les injures proférées contre les femmes ont la particularité d’être de nature sexiste une fois sur trois contre moins d’une fois sur vingt chez les hommes.

Les jeunes femmes sont les plus vulnérables. Hors du ménage, en 2005 ou 2006, une femme sur cinq âgée de 18 à 29 ans a essuyé des injures, une sur dix a subi des caresses et des baisers non désirés et autant des menaces. Pour les délits plus graves, 3,5 % de ces femmes ont subi une agression physique (contre 3 % en moyenne) 2,2 % un viol (contre 0,7 % en moyenne) et 1 % des vols avec violence. Au cours des deux années, à l’intérieur du foyer, 3,8 % des plus jeunes femmes ont été victimes de violences physiques, contre 3 % en moyenne. Les viols au domicile semblent obéir à une logique différente puisque le pic d’agressions se situe entre 30 et 39 ans et que les jeunes femmes sont un peu moins victimes que leurs aînées (graphiques 1 et 2).

Graphique 1 - Vols et agressions physiques ou verbales en dehors du ménage, en 2005 ou 2006

Graphique 1 - Vols et agressions physiques ou verbales en dehors du ménage, en 2005 ou 2006

Champ : femmes de 18-59 ans.

Source : Insee, enquête Cadre de vie et sécurité 2007.

Graphique 2 - Violences sexuelles selon l'âge, en 2005 ou 2006

Graphique 2 - Violences sexuelles selon l'âge, en 2005 ou 2006

Champ : femmes de 18-59 ans.

Source : Insee, enquête Cadre de vie et sécurité 2007.

Retour au sommaire

L’agresseur est souvent un proche de la victime

Une fois sur deux, c’est le conjoint qui est l’auteur des violences envers la femme à l’intérieur du ménage. C’est même le cas trois fois sur quatre quand il s’agit de violences sexuelles.

Pour les agressions sexuelles commises à l’extérieur du ménage, 70 % des victimes disent en connaître l’auteur. La moitié le connaissent personnellement : il est leur ex-conjoint plus d'une fois sur cinq ou un « ami » pour 16 % des victimes. De plus, une fois sur deux, le viol a eu lieu dans le quartier de résidence de la victime, une fois sur trois pour les gestes déplacés (tableau 2).

Aussi, il n’est pas étonnant de constater que ces femmes vivent moins souvent avec un conjoint que les autres femmes. Notamment, les femmes ayant été violées au cours des deux dernières années par une personne qui ne vit pas avec elles actuellement sont deux fois plus nombreuses à élever seules leurs enfants, les faits ayant pu les inciter à se séparer du conjoint violent.

Le viol hors de chez soi commis par un inconnu n’est ainsi pas la règle et ne concerne qu’un petit tiers des victimes. Toujours à l’extérieur, le hasard tient également moins de place que dans les cas d’agressions physiques : une fois sur deux, l’agressée connaît personnellement son agresseur qui se trouve être généralement l’ex-conjoint ou un membre de la famille.

Trois fois sur quatre, le viol commis hors ménage est le fait d’un seul agresseur. Une fois sur quatre, le ou les auteurs étaient sous l’emprise de l’alcool ou de la drogue (la fréquence est la même à l’intérieur du ménage). Même quand l’auteur ne fait pas ou plus partie du ménage, les viols sont souvent un phénomène privatif puisqu’ils sont commis une fois sur trois au domicile de la victime, puis dans une moindre mesure dans un autre logement (14 %). Seulement 12 % ont lieu dans la rue, 4,7 % au travail.

Les caresses, baisers et autres gestes déplacés non désirés, qui sont les agressions sexuelles les plus fréquentes, ne se sont pas reproduits pour la moitié des femmes, mais 40 % en ont toutefois souffert « quelques fois ». Pour une victime sur quatre, les faits se sont déroulés sur son lieu de travail, pour 15 % dans son logement ou dans le logement de quelqu’un d’autre. Reste un acte sur cinq de ce type qui est perpétré dans un lieu public : 13,4 % dans la rue, 6,3 % dans les transports.

Tableau 2 - Auteurs de vols ou d'agressions physiques ou verbales commis en dehors du ménage sur des femmes
Lecture : lors de la dernière agression physique commise contre une femme en 2005-2006, l'auteur était un ex-conjoint dans 27,9 % des cas, un membre de la famille dans 13,1 %, un inconnu dans 40,1%.
1. Il s'agit de l'auteur de la dernière agression pour un type d'agression donné durant la période.
2. Les résultats de cette colonne ne concernent que les femmes comprenant le français (source).
Champ : femmes de 18-59 ans victimes en 2005-2006.
Source : Insee, enquête Cadre de vie et sécurité 2007.
en %
Auteurs1 Vol avec violence Vol sans violence Agression physique Menaces Injures Viol2
Ex-conjoint 1,7 0,6 27,9 9,9 3,3 22,6
Membre de la famille 1,1 1,3 13,1 4,3 3,2 2,1
Ami 0,0 4,1 1,8 3,8 2,7 16,1
Connaissance du travail ou des études 0,0 5,4 4,6 7,0 4,2 0,0
Autre personne connue personnellement 0,0 2,1 1,8 5,7 5,0 10,5
Autre personne connue seulement de vue 4,8 4,2 10,8 16,4 13,4 18,5
Inconnu 92,4 82,3 40,1 52,9 68,3 30,1
Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0

Retour au sommaire

Un faible niveau scolaire chez les agresseurs et chez les victimes

L’enquête apporte quelques précisions sur les auteurs appartenant au ménage : ils ont le plus souvent au moins 45 ans, sont faiblement diplômés, plutôt chômeurs ou retraités, ouvriers mais aussi parfois cadres.

Les agressions sexuelles et les violences domestiques envers les femmes se rencontrent dans tous les milieux sociaux, mais sont plus fréquentes dans les milieux à faible niveau scolaire. Parmi les femmes sans diplôme, il y a près de cinq fois plus de victimes d’agressions sexuelles en dehors du ménage que chez les plus diplômées, et trois fois plus pour les violences domestiques (tableau 3).

La nationalité des femmes a un impact fort. Ainsi, les femmes étrangères hors Union européenne sont nettement plus souvent que les autres victimes de violences spécifiquement féminines, en premier lieu d’agressions sexuelles en dehors du ménage, mais aussi de violences domestiques et de vols avec ou sans violence. En revanche elles ne sont pas plus victimes de violences sexuelles dans leur ménage. Et elles sont un peu moins souvent victimes d’agressions physiques à l’extérieur. Les Françaises, qui ne sont pas à l’abri de tous ces types de violences, sont plus fréquemment la cible d’injures et de menaces, à moins qu’elles y soient plus sensibles (tableau 4).

Tableau 3 - Proportion de femmes victimes en 2005 ou 2006 selon le niveau de diplôme
Champ : femmes de 18 à 59 ans.
Source : Insee, enquête Cadre de vie et sécurité 2007.
en %
Diplôme de la victime Viol en dehors du ménage Baisers, caresses ou autres gestes déplacés Violence physique au sein du ménage Viol au sein du ménage
Diplôme de 2e ou 3e cycle universitaire 0,6 7,7 1,6 0,3
Diplôme de 1er cycle universitaire, BTS, DUT 1,2 6,3 3,2 0,9
Baccalauréat, Brevet pro. ou de technicien 1,5 8,0 2,8 0,7
CAP, BEP 1,6 3,8 2,4 0,7
Brevet des collèges, BEPC 1,0 4,3 2,8 0,9
CEP ou aucun diplôme 2,6 5,2 5,3 0,7
Total 1,5 5,9 3,0 0,7
Tableau 4 - Proportion de femmes victimes selon leur nationalité
Champ : femmes de 18 à 59 ans.
Source : Insee, enquête Cadre de vie et sécurité 2007.
en %
Nationalité Viol en dehors du ménage Baisers, caresses ou autres gestes déplacés Violence physique au sein du ménage Viol au sein du ménage Vol avec violence Vol sans violence Agression physique Menaces Injures
Françaises de naissance 1,3 5,8 2,9 0,6 0,7 3,3 2,5 5,8 17,3
Naturalisée 1,6 4,2 2,3 1,5 1,6 2,0 2,8 3,8 12,8
Union européenne 0,9 5,1 3,7 1,0 0,7 1,6 5,7 4,7 18,7
Reste du monde 8,0 11,7 4,7 0,5 2,4 7,2 1,9 1,5 9,8
Total 1,5 5,9 3,0 0,7 0,8 3,3 2,5 5,5 16,9

Retour au sommaire

Les victimes font confiance à la police

Paradoxalement, ces femmes battues ou violées ont une image plutôt positive de l’action de la police dans leur quartier. 59 % des femmes ayant subi des agressions sexuelles à l’extérieur pensent ainsi que la présence de la police dans leur quartier est suffisante. Et près de la moitié des femmes battues ou violées jugent efficace l’action de la police dans le quartier contre 39 % des autres femmes  (tableau 5). Le caractère souvent intime de ces violences peut expliquer la résignation des victimes, qui peuvent penser que rien d’extérieur ne parviendra à changer leur situation personnelle.

Les femmes qui, au cours des deux dernières années, n’ont pas été victimes d’agressions sexuelles hors ménage sont plus nombreuses à penser que l’action de la police n’est pas efficace (37 % contre 32 %). Il est possible que, jugeant la protection de la police insuffisante, elles redoublent de prudence dans leur mode de vie (rythmes et horaires de sortie, évitement de certains lieux publics...).

Tableau 5 - Opinions des femmes sur la présence et l'efficacité de la police dans le quartier
Champ : femmes âgées de 18 à 59 ans.
Source : Insee, enquête Cadre de vie et sécurité 2007.
en %
Femmes victimes Autres femmes
d'un viol en dehors du ménage de violences physiques dans le ménage
Présence de la police dans le quartier
Suffisante 59,2 45,3 44,1
Insuffisante 25,4 30,9 34,2
Excessive 13,4 20,2 18,7
Ne sait pas 2,0 3,7 3,1
Total 100,0 100,0 100,0
Efficacité de la police dans le quartier
Plutôt efficace 46,5 45,3 39,4
Peu ou pas efficace 32,4 39,4 37,5
Ne sait pas 21,2 15,3 23,1
Total 100,0 100,0 100,0

Retour au sommaire

Des violences graves qui ne se racontent pas

Les violences intra conjugales sont très mal rapportées : un cinquième des victimes de violences physiques et le tiers des victimes de violences sexuelles n’ont pas porté plainte, ni enregistré de main courante, ni parlé à qui que ce soit (ami, médecin ou association). Et, quand la victime se confie, c’est rarement à la police ; celle-ci ne reçoit que 12 % des victimes (plainte et main courante) pour les violences physiques, 8 % pour les violences sexuelles soit, globalement, à peine une sur dix. Pour les agressions sexuelles à l’extérieur du ménage, toujours difficiles à assumer, les victimes s’en ouvrent un peu plus facilement, quoique toujours peu dans l’absolu : 17,5 % s’adressent à la police (plaintes et mains courantes) et 12 % n’en ont parlé à personne (tableau 6).

Quand les femmes confient l’agression qu’elles ont subie, c’est plus souvent à un proche ou un ami (47 % pour une agression hors ménage, 42 % dans le ménage) ou à un professionnel (19 % dans les deux cas) qu’à la police. Tout se passe comme si elles cherchaient davantage à être comprises et soignées que vengées, ou comme si elles n’avaient pas confiance dans les chances de voir leur agresseur puni.

Enfin, les hommes sont aussi parfois victimes de violences conjugales, physiques ou sexuelles. Moins nombreux que les femmes, ils  taisent ces violences encore plus certainement.

Tableau 6 - Les recours des femmes victimes en 2005-2006 de violences en dehors ou au sein du ménage
Lecture : parmi les femmes de 18-59 ans ayant subi une agression sexuelle en 2005-2006 en dehors du ménage, 12,1 % ont porté plainte, 5,4 % ont déposé une main courante, 19 % n'ont pas fait de déclaration officielle mais en ont parlé à une association ou à un professionnel, 12,2 % n'en avait parlé à personne avant l'enquête.
Champ : femmes âgées de 18 à 59 ans. Les résultats de ce tableau ne concernent que les femmes comprenant le français (source).
Source : Insee, enquête Cadre de vie et sécurité 2007.
Plainte Main courante Association ou professionnel Ami ou proche N'en avait parlé à personne Ne sait pas ou refuse de le dire Total
Viol en dehors du ménage 12,1 5,4 19,0 47,4 12,2 3,8 100,0
Violence physique au sein du ménage 9,9 1,9 19,6 43,7 21,1 3,8 100,0
Viol au sein du ménage 5,6 2,3 25,2 23,7 32,6 10,6 100,0
Violence physique ou sexuelle au sein du ménage 8,9 2,2 19,4 41,6 23,1 4,7 100,0

Retour au sommaire

Insee Première N° 1180 - février 2008

Téléchargement

Liens

Insee Première : Présentation de la collection et liste des numéros parus