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L’indépendance des jeunes adultes : chômeurs et inactifs cumulent les difficultés

Yves Jauneau, division Études sociales, Insee

Résumé

En 2005, environ 5 millions de jeunes âgés de 18 à 29 ans ne vivent plus chez leurs parents. Pour ces jeunes adultes, la pauvreté en termes de « conditions de vie » est plus présente que dans l’ensemble de la population. Les problèmes liés au logement sont fréquents et touchent même ceux qui ont une situation financière confortable. Les retards de paiement et les découverts bancaires sont eux aussi fréquents. En revanche, les jeunes décohabitants ne déclarent pas plus de restrictions de leur consommation que le reste de la population. Parmi les jeunes n’habitant plus chez leurs parents, les chômeurs et les inactifs qui ne sont pas étudiants cumulent toutes les difficultés. Au contraire, à autres caractéristiques égales, ceux qui ont déjà un emploi stable et les couples sans enfants ont les situations les plus favorables. Les difficultés financières vécues à l’adolescence ressurgissent fréquemment chez les plus pauvres.

Sommaire

Encadré

Publication

Filles et garçons ne mènent pas une vie autonome au même âge

En 2005, environ 56 % des jeunes âgés de 18 à 29 ans ne vivent plus chez leurs parents . Les filles quittent généralement plus tôt le domicile parental que les garçons. Ainsi, entre 18 et 21 ans, une jeune fille sur quatre ne vit déjà plus chez ses parents contre seulement un jeune homme sur dix. Les jeunes femmes partent les premières car, en moyenne, elles vivent en couple et ont des enfants plus tôt, mais ce n’est pas la seule raison. Parmi les personnes de 26 à 29 ans ayant un emploi et pas d’enfants, 91 % des femmes et seulement 79 % des hommes ont quitté le domicile familial.

Lorsqu’ils quittent le foyer parental, les jeunes se trouvent souvent dans un situation de transition, tant sur le plan des revenus que du logement (encadré). Ce départ est fortement lié à leur situation professionnelle et concerne seulement 17 % des étudiants, 62 % des jeunes ayant un emploi temporaire et 82 % de ceux ayant un emploi permanent .

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Des conditions de vie plus difficiles pour les jeunes indépendants

Environ 17 % des jeunes adultes ne vivant pas chez leurs parents sont pauvres en termes de conditions de vie contre 13 % pour l’ensemble de la population (tableau 1). Leur niveau de vie monétaire, tel que déclaré dans les enquêtes, est également en moyenne plus bas que celui du reste de la population. Ainsi, 31 % des jeunes adultes indépendants ont un niveau de vie monétaire les classant parmi le quart de la population le plus modeste (1er quartile) et, à l’inverse, seuls 18 % d’entre eux figurent parmi le quart le plus aisé (dernier quartile). Par ailleurs, à niveau de vie monétaire équivalent, les jeunes décohabitants sont un peu plus souvent pauvres en termes de conditions de vie que l’ensemble de la population.

Tableau 1 - Taux de pauvreté en termes de conditions de vie, selon le niveau de vie monétaire
Lecture : parmi les 18-29 ans ne vivant pas chez leurs parents, 31 % ont un niveau de vie les situant dans le quart des niveaux de vie les plus faibles de la population. Parmi les jeunes ayant ce niveau de vie, 33 % sont pauvres en conditions de vie.
Source : Insee, SRCV-SILC 2005.
en %
Quartile de niveau de vie Taux de pauvreté en conditions de vie Répartition des individus
18-29 ans ne vivant pas chez leurs parents Ensemble de la population 18-29 ans ne vivant pas chez leurs parents Ensemble de la population
1er 33 30 31 25
2e 19 14 25 25
3e 7 6 27 25
4e 3 2 18 25
Ensemble 17 13 100 100

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Problèmes de logement et découverts bancaires fréquents, même chez les plus aisés

Vivre dans un logement convenable et boucler les fins de mois posent souvent problème pour les jeunes adultes indépendants (tableau 2). Ainsi, 29 % d’entre eux vivent dans des logements jugés trop petits (contre 16 % pour l’ensemble de la population), 29 % dans des logements difficiles à chauffer (contre 24 %) et 21 % ont des découverts bancaires réguliers (contre 13 %). Ces difficultés restent très présentes y compris chez les jeunes les plus aisés. Ainsi, même parmi les jeunes adultes indépendants appartenant au quart le plus aisé de la population, 20 % vivent dans un logement trop petit, 25 % dans un logement difficile à chauffer et 13 % sont souvent à découvert.

Par ailleurs, les jeunes décohabitants ont plus fréquemment du mal à payer à temps les factures ou les impôts. Environ 17 % sont concernés par au moins un retard de paiement, contre 11 % pour l’ensemble de la population. Cela est d’autant plus fréquent que leur niveau de vie est plus faible, et ce davantage que chez leurs aînés : parmi le quart le plus modeste de la population, les retards de paiement touchent en moyenne 22 % des personnes, mais 29 % des jeunes décohabitants.

Tableau 2 - Principales difficultés rencontrées par les jeunes adultes décohabitants¹
1. Ces items constituent, pour partie, le score permettant le calcul de la pauvreté en conditions de vie (définitions). Ils sont mesurés au niveau du ménage, et non de l'individu.
2. Au moins un retard de paiement dans l'année parmi le loyer et les charges, les factures liées au logement ou le paiement des impôts.
3. Au moins quatre restrictions parmi les neuf retenues (définitions).
Lecture : parmi les 18-29 ans ne vivant pas chez leurs parents et ayant un niveau de vie les situant dans le quart des niveaux de vie les plus faibles de l'ensemble de la population, 36 % vivent dans des ménages qui considèrent que leur logement est trop petit.
Source : Insee, SRCV-SILC 2005.
en %
Quartile de niveau de vie Logement trop petit Logement difficile à chauffer Retards de paiement 2 Découverts bancaires fréquents Restrictions de consommation importantes3
18-29 ans ne vivant pas chez leurs parents Ensemble de la population 18-29 ans ne vivant pas chez leurs parents Ensemble de la population 18-29 ans ne vivant pas chez leurs parents Ensemble de la population 18-29 ans ne vivant pas chez leurs parents Ensemble de la population 18-29 ans ne vivant pas chez leurs parents Ensemble de la population
1er 36 22 35 34 29 22 29 18 23 26
2e 31 17 30 25 20 12 24 14 11 11
3e 24 15 23 19 9 5 15 11 4 5
4e 20 10 25 17 5 4 13 8 1 2
Ensemble 29 16 29 24 17 11 21 13 11 11

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À revenu équivalent, les jeunes décohabitants déclarent moins souvent de restrictions de consommation

Même avec des revenus en moyenne plus faibles, les jeunes adultes qui sont partis de chez leurs parents ne souffrent pas plus de restrictions de consommation que le reste de la population. Ainsi, un jeune sur dix doit faire face à de nombreuses restrictions (au moins quatre sur neuf - définition), soit une proportion comparable à l’ensemble de la population. En particulier, les jeunes les plus modestes (1er quartile de niveau de vie) déclarent en moyenne un peu moins souvent de fortes restrictions de consommation (23 %) que l’ensemble de la population de même niveau de vie (26 %).

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Les jeunes en couple sans enfants s’en sortent le mieux

Parmi les jeunes adultes indépendants, les chômeurs et les inactifs (hors étudiants) ont bien sûr les conditions de vie les plus difficiles. Leur taux de pauvreté en conditions de vie atteint 38 % et, à autres caractéristiques comparables (âge, sexe, situation familiale, niveau de vie, statut d’occupation du logement, zone d’habitation, diplôme), ils ont un risque 1,8 fois plus grand d’être pauvres que ceux ayant un emploi temporaire et un risque 3,6 fois plus élevé que ceux ayant un emploi permanent (tableau 3).

Ces jeunes chômeurs et inactifs cumulent toutes les difficultés. Ce sont aussi les seuls à vivre dans des ménages où les restrictions de consommation sont importantes : près d’un jeune chômeur ou inactif sur trois déclare au moins 4 privations de consommation parmi les 9 retenues (tableau 4). À l’inverse, un emploi stable protège fortement les jeunes contre les risques de pauvreté : 10 % des jeunes décohabitants ayant un emploi permanent sont pauvres en termes de conditions de vie. Pourtant, comme les autres, ils rencontrent des difficultés à se loger de façon convenable : un quart d’entre eux vivent dans un logement trop petit, et autant dans un logement difficile à chauffer.

Ce sont les jeunes vivant en couple mais sans enfants qui s’en sortent le mieux : seulement 10 % d’entre eux sont pauvres en termes de conditions de vie. Ces jeunes ont un risque de pauvreté plus faible que leurs homologues vivant en couple avec des enfants, ou ne vivant pas encore en couple, et cela à situation professionnelle et niveau de vie équivalents. Mais là encore, si ces jeunes couples sans enfants sont moins souvent à découvert et rarement concernés par des restrictions de consommation, ils sont également touchés par les problèmes de logement. De leur côté, les jeunes ne vivant pas en couple connaissent plus fréquemment des restrictions de consommation (17 %) alors que les jeunes couples avec enfants déclarent très souvent vivre dans un logement trop petit (36 %) et avoir un découvert bancaire (26 %).

Tableau 3 - Les déterminants de la pauvreté en termes de conditions de vie parmi les 18-29 ans ne vivant pas chez leurs parents
Note : une régression qualitative a été effectuée pour comparer la probabilité d'être pauvre en conditions de vie. Le modèle est à résidus logistiques (logit). Les variables prises en compte sont l'âge, le sexe, le niveau de diplôme, la situation familiale et professionnelle, le statut d'occupation du logement, la zone d'habitation. Ne figurent dans le tableau ci-dessus que les variables commentées dans le texte. Le modèle permet d’estimer l’effet de chacune d’entre elles, en neutralisant l’effet des autres variables.
Lecture : un jeune ayant un emploi permanent a 0,5 fois plus de risque (soit 1/0,5=2,0 fois moins de risque) d'être pauvre en conditions de vie qu'un jeune ayant un emploi temporaire, toutes choses égales par ailleurs. Les coefficients qui n'apparaissent pas ne sont pas significativement différents de 1 au seuil de 5 % . La modalité de référence est indiquée en italique.
Champ : ensemble des 18-29 ans ne vivant pas chez leurs parents.
Source : Insee, SRCV-SILC 2005.
Taux de pauvreté en termes de conditions de vie (en %) Odds ratio
Ensemble 17 -
Situation professionnelle
Emploi permanent 10 0,5
Emploi temporaire 19 1,0
Étudiant 17
Chômeur, inactif 38 1,8
Situation familiale
Ne vit pas en couple 21 1,7
Vit en couple, sans enfants 10 1,0
Vit en couple, avec au moins un enfant 23 1,5
Tableau 4 - Les difficultés des jeunes adultes indépendants selon la situation professionnelle et la situation familiale
1. Au moins un retard de paiement dans l'année parmi le loyer et les charges, les factures liées au logement ou le paiement des impôts.
2. Au moins quatre restrictions parmi les neuf retenues (définitions).
Champ : ensemble des 18-29 ans ne vivant pas chez leurs parents.
Source : Insee, SRCV-SILC 2005.
en %
Retards de paiement1 Découverts bancaires fréquents Restrictions de consommation importantes2 Logement trop petit Logement difficile à chauffer
Ensemble 17 21 11 28 29
Situation professionnelle
Emploi permanent 12 17 4 26 25
Emploi temporaire 20 25 14 29 31
Étudiant 15 16 14 22 28
Chômeur, inactif 34 32 30 41 36
Situation familiale
Ne vit pas en couple 16 22 17 24 30
Vit en couple, sans enfants 11 17 7 26 25
Vit en couple, avec au moins un enfant 26 26 12 36 32

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La pauvreté est plus marquée chez les jeunes déjà en difficulté à l’adolescence

Parmi les jeunes de 25-29 ans ne vivant plus chez leurs parents, les difficultés vécues font souvent écho à celles rencontrées dix ans auparavant, alors qu’ils vivaient chez leurs parents. Ainsi, le taux de pauvreté en termes de conditions de vie des 25-29 ans ayant eu des difficultés financières à l’adolescence est de 29 % contre 5 % pour ceux qui n’en avaient pas (graphique 2). Ce constat se vérifie même parmi les jeunes ayant un emploi stable : 16 % d’entre eux sont pauvres en conditions de vie lorsqu’ils avaient une situation financière difficile à l’adolescence contre 4 % parmi ceux qui avaient une situation financière favorable.

Enfin, environ 28 % des jeunes de 25-29 ans estiment que leur situation financière actuelle est plus mauvaise que celle de leur famille au moment de leur adolescence, contre 20 % sur l’ensemble des plus de 25 ans (graphique 3). Cette proportion atteint 40 % pour ceux ayant les niveaux de vie les plus faibles (1er quartile) mais reste élevée chez les plus aisés (17 % pour le 1er quartile). Elle est maximale chez les jeunes ne vivant pas en couple (42 %) alors que la situation professionnelle semble avoir un impact moindre : si 38 % des jeunes chômeurs et inactifs estiment que leur situation est moins bonne que dix ans auparavant, c’est encore le cas de 26 % de ceux ayant un emploi.

Graphique 1 - Part des 18-29 ans n'habitant pas chez leurs parents, selon l'âge et le sexe

Graphique 1 - Part des 18-29 ans n'habitant pas chez leurs parents, selon l'âge et le sexe

Source : Insee, SRCV-SILC 2005.

Graphique 2 - Pauvreté en conditions de vie, selon l'existence de problèmes financiers à l'adolescence

Graphique 2 - Pauvreté en conditions de vie, selon l'existence de problèmes financiers à l'adolescence

Lecture : parmi les 25-29 ans ne vivant pas chez leurs parents, le taux de pauvreté en conditions de vie est de 5 % parmi ceux qui n'avaient pas de difficultés financières dans leur famille, au cours de leur adolescence.

Champ : individus de 25-29 ans ne vivant pas chez leurs parents.

Source : Insee, SRCV-SILC 2005

Graphique 3 - Part des jeunes estimant que leur situation financière est pire qu'au moment de leur adolescence

Graphique 3 - Part des jeunes estimant que leur situation financière est pire qu'au moment de leur adolescence

Lecture : parmi les 25-29 ans ne vivant pas chez leurs parents, 28 % estiment que leur situation financière (c'est-à-dire celle de leur ménage) est «moins bonne» ou «bien moins bonne» que durant leur adolescence.

Champ : individus de 25-29 ans ne vivant pas chez leurs parents.

Source : Insee, SRCV-SILC 2005.

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Encadré

L’indépendance des jeunes adultes : des situations de transition

Parmi les jeunes qui vivent hors du domicile parental, tous ne sont pas indépendants financièrement. Ainsi, 14 %  déclarent bénéficier, de façon personnelle ou via leur conjoint, d’aides privées venant d’autres ménages (probablement leurs parents). Les jeunes étudiants sont les plus aidés : 60 % déclarent bénéficier de ces apports d’argent, qui contribuent en moyenne pour 19 % à leurs revenus. Ä statut professionnel et situation familiale donnés, la part des aides privées dans le revenu diminue avec l’âge.

Parmi les jeunes qui vivent encore chez leurs parents, 14 % déclarent ne pas y habiter toute l’année. Cette proportion est plus forte chez les étudiants (20 %) et reste non négligeable chez ceux ayant un emploi (8 %). En revanche, la totalité des jeunes chômeurs et des inactifs qui vivent encore chez leurs parents y habitent pratiquement toute l’année. Les jeunes vivant avec leurs parents contribuent financièrement à élever le revenu du ménage. En moyenne, leur salaire ou autres revenus - d’activité, allocations chômage...- contribuent pour 10 % au revenu disponible de l’ensemble du ménage. Cette contribution est naturellement plus élevée pour ceux qui ont un emploi (23 %).

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Insee Première N° 1156 - septembre 2007

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