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On pardonne tout à son quartier sauf... l’insécurité, les dégradations, le bruit

Thomas Le Jeannic, division Conditions de vie des ménages, Insee

Résumé

Dans leur immense majorité, les Français trouvent leur quartier agréable à vivre. Pourtant, cela ne les empêche pas d’émettre des critiques : dangers de la circulation, difficultés pour garer sa voiture, manque d’animation, de commerces, pollution, bruit... La délinquance n’est pas la préoccupation la plus fréquemment citée mais passe en première position quand les habitants sont insatisfaits de leur quartier. Le sentiment d’insécurité est plus courant dans les quartiers où les revenus sont faibles. Les habitants des zones urbaines sensibles, particulièrement confrontés à ces problèmes, déplorent cependant souvent la mauvaise réputation de leur quartier.

Sommaire

Encadré

Publication

Les Français plébiscitent leur quartier

À la question « Votre quartier ou votre village est-il agréable à vivre ? », 91 % de la population de plus de 14 ans ont répondu « oui tout à fait » ou « oui plutôt » en 2005-2006.

Les personnes âgées sont les plus attachées à leur quartier. Elles ont souvent choisi de s’y installer et la plupart du temps, elles y vivent depuis de nombreuses années. C’est ce que déclarent 93 % des femmes et 95 % des hommes de plus de 70 ans. Chez les jeunes, cet attachement est un peu moindre mais reste très majoritaire : 85 % des 14-24 ans ont répondu positivement.

L’opinion favorable sur le quartier où l’on vit va croissante avec le revenu du ménage mais également avec le revenu moyen des habitants du quartier(graphique 1), et ces deux effets se conjuguent. Ainsi, pour les ménages appartenant à la même tranche de revenu, l’opinion favorable augmente avec le revenu médian du quartier, et pour un même revenu médian du quartier, les habitants sont d’autant plus satisfaits qu’ils sont plus aisés. Les habitants des quartiers les plus modestes appartenant au 1er quartile de revenus sont ainsi trois fois plus nombreux que leurs homologues des quartiers aisés à ne pas aimer leur quartier.

Graphique 1 - Personnes trouvant leur quartier agréable à vivre, selon le revenu¹ du ménage (quartiles) et celui des habitants du quartier

Graphique 1 - Personnes trouvant leur quartier agréable à vivre, selon le revenu¹ du ménage (quartiles) et celui des habitants du quartier

1. Les ménages sont classés en quatre quartiles selon leurs revenus déclarés à l'enquête, dans l'ensemble des ménages résidant en France. Les quartiers sont classés selon la médiane des revenus des habitants en 2001. Quartier modeste : médiane < 18 000 €. Quartier intermédiaire : médiane de 18 000 € à 25 000 €. Quartier aisé : médiane >= 25 000 €.

Lecture : dans les quartiers modestes, 69 % des personnes appartenant au quart des ménages français ayant les revenus les plus faibles (1er quartile) considèrent que leur quartier est agréable à vivre, contre 81 % des personnes du 4e quartile.

Champ : population de 14 ans ou plus résidant dans les agglomérations de plus de 10 000 habitants.

Source : enquêtes permanentes sur les conditions de vie « Cadre de vie et sécurité » 2005-2006 empilées, Insee.

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Qui aime bien... critique bien

Pour autant, les Français émettent un certain nombre de critiques à l’encontre de leur quartier ou de leur village. Leur principal souci est lié à la circulation et à l’utilisation de la voiture. En 2005 comme en 2006, 45 % des personnes considèrent que les dangers de la circulation sont un problème pour leur quartier ou village (graphique 2). Gênés par les véhicules des autres, les Français n’en sont pas moins préoccupés par l’utilisation du leur : 39 % se plaignent du manque de places de stationnement. Le manque de transports en commun, moins souvent cité puisqu’en dixième position, concerne tout de même un quart de la population.

Le manque d’animation, de commerces et d’activités pour les jeunes font partie du deuxième groupe de critiques (28 à 30 % de la population).

À peu près au même niveau avec 28 %, la délinquance et les incivilités n’arrivent qu’en sixième position des préoccupations, juste devant la pollution, le manque d’équipements sportifs et le bruit.

Dans des proportions de critiques supérieures à 20 % apparaissent également le manque d’équipements liés à la petite enfance, le manque d’espaces verts, ou encore l’environnement du quartier dégradé par la saleté et le manque d’entretien.

Le sentiment d’insécurité, plus assimilable à de la peur, est moins prégnant : 16 % des personnes interrogées disent renoncer parfois ou souvent à sortir pour des raisons de sécurité, 12 % se sentent en insécurité dans le quartier, 9 % à l’intérieur même du domicile.

Graphique 2 - Critiques sur le quartier

Graphique 2 - Critiques sur le quartier

Champ : population de 14 ans ou plus résidant dans les agglomérations de plus de 10 000 habitants.

Source : enquêtes permanentes sur les conditions de vie « Cadre de vie et sécurité » 2005-2006 empilées, Insee.

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L’insécurité au cœur des préoccupations des insatisfaits

Un peu moins d’une personne sur dix ne trouve pas son quartier agréable à vivre. La plupart des critiques, et particulièrement celles touchant à la sécurité, rencontrent plus d’écho chez ces insatisfaits. La délinquance est citée comme une préoccupation par près des deux tiers de ces personnes, c’est-à-dire 2,2 fois plus que dans l’ensemble de la population ; elle arrive ainsi au premier rang des critiques devant les dangers de la circulation.

Plus du tiers de ces personnes insatisfaites se sentent en insécurité dans leur quartier, c’est trois fois plus que la moyenne ; 18 % d’entre elles renoncent à sortir seules parfois ou souvent à cause de la présence de groupes de personnes qu’elles jugent inquiétants, soit près de quatre fois plus que dans l’ensemble de la population. Elles sont plus souvent gênées par des consommateurs d’alcool (28 %) ou de drogue (23 %). Un peu plus de la moitié de cette population considère que l’environnement du quartier est dégradé et, pour une personne sur deux, la mauvaise réputation de leur quartier est un problème.

Par ailleurs le bruit et le manque d’espaces verts les gênent deux fois plus que les autres, la moitié notamment se plaint de ce que leur quartier est trop bruyant. Le manque d’équipements (équipements sportifs, de la petite enfance, services médicaux, écoles, commerces) est un peu plus souvent cité mais reste à des niveaux très proches de ceux de l’ensemble de la population, voire plus faibles comme pour les transports en commun.

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La ville à la campagne... et réciproquement !

Les habitants des zones périurbaines, des pôles ruraux et du rural isolé sont unanimes quant à l’appréciation de leur cadre de vie : 94 % en sont satisfaits. (tableau). Délinquance, sentiment d’insécurité, drogue, alcool, bruit, pollution et... manque d’espaces verts ne sont pas leur préoccupation principale. En revanche, ils se plaignent d’être « loin de tout » et du manque d’équipements que l’on pourrait qualifier d’urbains : commerces, activités pour les jeunes et surtout transports en commun.

Si le sentiment d’insécurité dans le quartier ou le village y est moins fréquent, avoir peur chez soi est aussi fréquent qu’à Paris (8 %). Il est vrai que cela dépend beaucoup du type d’habitat. Toutes choses égales par ailleurs, ce sentiment est plus élevé dans les maisons isolées, et plus encore lorsqu’elles sont situées en dehors des agglomérations.

Préoccupation pour la délinquance et sentiment d’insécurité dans son quartier augmentent nettement avec la densité urbaine. Les habitants de Paris et de sa banlieue sont particulièrement sensibilisés à ces questions, ainsi que ceux des villes-centres des grandes agglomérations. Près de deux de ces habitants sur cinq considèrent la délinquance comme un problème dans leur quartier et près d’un sur cinq s’y sent personnellement en insécurité. Il est vrai que le niveau de délinquance y est plus élevé : dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants, un habitant de banlieue a deux fois plus de risque de se faire agresser dans son quartier, et près de trois fois plus s'il réside en ville-centre qu'un habitant du rural isolé.

Un Francilien sur cinq dit renoncer parfois ou souvent à sortir seul de chez lui pour des raisons de sécurité, un sur quatre dans les grandes villes de province. Ils se déclarent plus fréquemment qu’ailleurs gênés par des consommateurs de drogue ou d’alcool.

Par ailleurs, les villes-centres et Paris, mieux dotées en équipements urbains, présentent d’autres inconvénients aux yeux de leurs habitants : environnement dégradé, bruit et pollution, manque de places de stationnement et d’espaces verts. Au total, la part de personnes satisfaites de leur quartier y est un peu moins forte qu’ailleurs : 89 % à Paris, 86 % dans les villes-centres des agglomérations de plus de 100 000 habitants, sans toutefois atteindre les faibles valeurs des zones urbaines sensibles (67 %).

Quelle que soit la zone de résidence, à l’exception de Paris, les dangers de la circulation sont l’une des deux préoccupations les plus souvent citées. Si ces dangers préoccupent deux Parisiens sur cinq, ils se démarquent en citant trois fois sur quatre le manque de places de stationnement, devant la pollution et le bruit.

Tableau - Les caractéristiques du quartier de résidence selon le type de commune
Lecture : 76 % des Parisiens pensent que leur quartier manque de places de stationnement.
Champ : population de 14 ans ou plus résidant dans les agglomérations de plus de 10 000 habitants.
Source : enquêtes permanentes sur les conditions de vie «Cadre de vie et sécurité» 2005-2006 empilées, Insee.
en %
Caractéristiques du quartier de résidence Agglomération parisienne Agglomérations de plus de 100 000 hab. Agglomérations de moins de 100 000 hab. Péri- urbain Pôles ruraux Rural isolé ZUS
Paris Banlieue Ville centre Banlieue Ville centre Banlieue
Agréable à vivre 89 88 86 92 87 92 95 94 94 67
Dangers de la circulation 41 42 47 45 49 44 49 42 38 49
Manque de places de stationnement 76 51 57 39 44 28 26 38 19 47
Manque d'animation 25 32 32 24 34 24 30 28 31 38
Manque de commerces 17 29 18 23 19 26 38 26 43 22
Manque d'activités pour les jeunes 22 24 30 22 28 26 34 26 34 34
Préoccupé par délinquance, incivilités 38 35 38 30 33 26 23 26 14 60
Pollution 61 32 40 30 30 24 20 20 15 36
Manque d'équipements sportifs 32 25 26 26 20 22 31 24 26 27
Bruit 46 28 37 27 30 26 19 18 12 43
Manque de transports en commun 8 19 7 19 17 21 40 30 37 11
Environnement dégradé 43 25 34 19 28 16 14 18 11 52
Manque d'espaces verts 42 27 34 23 26 14 11 16 8 34
Quartier loin de tout 8 18 8 12 11 15 23 18 34 31
Renoncer à sortir seul par insécurité 21 21 24 16 22 16 10 14 7 30
Mauvaise réputation 19 21 22 15 19 8 7 11 4 58
S'y sentir en insécurité 20 18 21 12 16 9 6 8 4 32
Gêné par l'alcool (déchets, bagarres, dégradations) 21 13 19 12 15 9 8 10 6 25
Gêné par la drogue (revente, consommateurs, déchets) 19 14 13 9 11 8 7 7 3 25
Insécurité au domicile 8 10 10 9 12 9 8 9 8 16
Présence de groupes inquiétants 9 8 9 5 7 4 1 2 1 17

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Insécurité et problèmes de drogue contribuent à la mauvaise réputation des Zus

L’inquiétude sur l’insécurité dans son quartier augmente quand le revenu médian du quartier diminue. Ainsi les quartiers dont les revenus des habitants sont plus faibles sont davantage concernés par ces inquiétudes (graphique 3). Les zones urbaines sensibles sont particulièrement symptomatiques de cet état de faits puisque 60 % de leurs habitants considèrent la délinquance dans leur quartier comme un problème, et cette préoccupation est la plus souvent citée. Près d’un tiers des habitants s’y sentent en insécurité. De ce fait, presque autant renoncent parfois ou souvent à sortir de chez eux, dont 17 % en raison de groupes de personnes qui les inquiètent près de leur domicile. Dans les Zus, un habitant sur quatre se dit gêné par la drogue, que ce soit par la présence de vendeurs ou de consommateurs et de leurs déchets, contre un sur huit en moyenne.

Plus d’une personne sur deux se plaint d’un environnement dégradé et, de manière très amplifiée, la mauvaise réputation du quartier est un problème pour 58 % de la population, quatre fois et demi plus que la moyenne nationale.

Le bruit et la pollution ne semblent pas considérés comme des gênes caractéristiques des Zus, mais plutôt des quartiers modestes en général. De même, la gêne occasionnée par les consommateurs d’alcool est très liée à la faiblesse des revenus dans le quartier. En revanche, les habitants de ces quartiers ne sont pas particulièrement sensibles aux manques d’équipements et de transports en commun.

Graphique 3 - Opinions sur la sécurité dans le quartier selon le niveau de revenu des habitants du quartier

Graphique 3 - Opinions sur la sécurité dans le quartier selon le niveau de revenu des habitants du quartier

Note : le revenu des habitants du quartier est mesuré par la médiane des revenus des habitants en 2001. Quartier modeste : médiane < 18 000 €. Quartier intermédiaire : médiane de 18 000 € à 25 000 €. Quartier aisé : médiane >= 25 000€.

Champ : population de 14 ans ou plus résidant dans les agglomérations de plus de 10 000 habitants.

Source : enquêtes permanentes sur les conditions de vie «Cadre de vie et sécurité» 2005-2006 empilées, Insee.

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Encadré

Lien entre sentiment d’insécurité et délinquance subie : fort mais pas systématique

Les personnes préoccupées par la délinquance ou en insécurité ont plus souvent subi des violences (agressions, vols, vandalisme...) au cours des deux dernières années que les autres. C’est le cas pour les personnes en insécurité dans le quartier, un peu moins pour celles qui ont peur chez elles. Elles ont plus souvent subi des agressions physiques, des vols personnels dans le quartier ou des cambriolages de leur résidence. Pour autant, ce type de délinquance ne touche guère qu’une minorité de ces populations. Plus courants, les actes de vandalisme sur le logement ou sur la voiture concernent 22 % à 27 % des inquiets, contre 8 % des personnes qui n’ont ni peur ni ne sont préoccupées. Les mêmes notent plus souvent dans leur quartier des dégradations d’équipements collectifs (de 50 à 63 % contre 21 %) ainsi que la présence de vendeurs, de consommateurs ou de déchets liés à la drogue (de 25 à 35 % contre 10 %). Sentiment d’insécurité et préoccupation sont donc largement alimentés par des actes de délinquance non dirigés directement contre les personnes ou leurs biens personnels, mais contre le quartier lui-même. A contrario, des personnes peuvent elles-mêmes avoir été des victimes ou avoir constaté des problèmes dans le quartier, sans pour autant être particulièrement sensibles à la délinquance. Le lien entre insécurité et délinquance subie est donc fort mais pas systématique.

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Insee Première N° 1133 - mai 2007

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