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Faire garder ses enfants pendant son temps de travail

Sandrine Micheaux et Olivier Monso, division Emploi, Insee

Résumé

Lorsque les femmes n'ont pas d'emploi, elles s'occupent souvent des enfants pendant le temps de travail de leur conjoint. Les couples où la mère travaille ont en majorité recours à des personnes rémunérées pour garder les enfants, en particulier aux assistantes maternelles jusqu'à la scolarisation des enfants, tandis que les femmes élevant seules leurs enfants s'appuient davantage sur la famille, les amis ainsi que sur les modes de garde collectifs (crèches, garderies et centres d'accueil). Ces derniers sont également plus souvent utilisés par les salariées de la Fonction publique et les citadines.

Sommaire

Encadré

Publication

Cinq millions d’hommes et de femmes travaillent tout en ayant de jeunes enfants

Cinq millions de personnes ont au moins un jeune enfant (moins de 6 ans) et travaillent ; la moitié d'entre elles ont un ou plusieurs enfants en bas âge non scolarisés (moins de 3 ans). Alors que neuf hommes sur dix ayant des enfants de moins de 6 ans travaillent, c'est le cas de six femmes sur dix, et légèrement moins quand elles ont des enfants de moins de 3 ans.

Durant leur temps de travail, la moitié de ces parents (hommes et femmes confondus) utilisent régulièrement les services de garde rémunérés (tableau 1 et sources) : garde individualisée (assistante maternelle, nourrice, garde d'enfants à domicile…) pour les deux tiers, garde collective (crèche, garderie, centre d'accueil) pour le tiers restant.

Tableau 1 - Mode de garde principal des jeunes enfants pendant le temps de travail des parents
Note : certaines configurations moins fréquentes (hommes en famille monoparentale, couples où seule la femme a un emploi…) ne sont pas présentées de manière détaillée, mais sont intégrées dans l’ensemble. Par ailleurs, les réponses « pas de mode de garde », trop peu nombreuses, n’ont pas été prises en compte dans les calculs. Enfin, pour les couples où les deux personnes ont un emploi, le tableau ne détaille que les réponses données par les mères. En effet, dans ces situations, les réponses du père et de la mère sont très proches, à l'exception de la garde par la mère ou par le père (données commentées dans le texte).
Lecture : 50  % des mères de famille monoparentale ayant un emploi ont principalement recours aux services de garde rémunérés pour garder leur(s) enfant(s) pendant qu'elles travaillent.
Champ : personnes âgées de 15 à 64 ans, ayant un emploi et au moins un enfant de moins de 6 ans dans le ménage.
Source : enquête Emploi et module ad hoc sur la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle, 2005, Insee.
en %
Mode de garde principal Mères de famille monoparentale ayant un emploi Couple où seul le père a un emploi Couple où les deux personnes ont un emploi Ensemble des personnes ayant un emploi
Hommes Femmes Ensemble
Services de garde rémunérés 50 6 61 39 59 48
Garde collective (crèche, garderie, centre d’accueil…) 31 2 20 13 20 16
Garde individualisée (assistante maternelle, garde à domicile…) 19 4 41 26 39 32
Autres modes de garde 50 94 39 61 41 52
Famille, voisins, amis 44 4 21 15 22 18
Père - 1 6 2 8 4
Mère 6 89 12 44 11 30
Ensemble 100 100 100 100 100 100

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À situation familiale différente, modes de garde différents

La très grande majorité de ces parents ayant un emploi et de jeunes enfants vivent en couple (le conjoint ayant également un emploi dans trois quarts des cas), et une petite minorité vivent seuls avec leur(s) enfant(s) . Or, les modes de garde dépendent en grande partie de la situation familiale. Ainsi, par rapport aux couples où les deux personnes sont en emploi, les mères de famille monoparentale ont plus souvent recours aux modes de garde collectifs : on peut penser qu'un niveau de ressources plus faible ainsi qu'une flexibilité moins grande liée à l'absence de conjoint les orientent plutôt vers les crèches, dont les critères d'accès prennent en compte ces aspects. Ces femmes sollicitent également beaucoup plus souvent la famille et les amis.

Dans les ménages où seul le père travaille (un peu plus de un million), ce sont surtout les mères qui s'occupent des jeunes enfants pendant ce temps, alors que 40  % des ménages où les deux conjoints travaillent ont recours aux services d'une assistante maternelle ou d'une garde à domicile et 20  % à un mode de garde collectif (crèches, garderies…). Dans les couples où la femme travaille, 19  % des hommes déclarent que c'est elle qui s'occupe des enfants quand ils sont au travail et 6  % des femmes indiquent que leur conjoint s'occupe des enfants pendant leur propre temps de travail. Ceci renvoie à des situations diverses : l'un des deux conjoints travaille à domicile, ou est à temps partiel, ou bien les deux conjoints ont des horaires de travail assez distincts pour pouvoir s'organiser et garder chacun l'enfant pendant le temps de travail de l'autre.

De façon générale, 44  % des pères ayant un emploi et de jeunes enfants indiquent que c'est leur conjointe (qu'elle ait ou non un emploi) qui s'occupe principalement des enfants pendant leur temps de travail. La question de la conciliation entre temps de travail et garde des enfants se pose donc de façon très différente pour les hommes et les femmes. La suite concerne exclusivement les femmes qui travaillent et le mode de garde qu'elles utilisent pendant ce temps.

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Lorsque l'enfant grandit

Chez les femmes qui travaillent et ont au moins un jeune enfant, 59  % recourent à un mode de garde rémunéré. Cette part est fortement liée à l'âge du plus jeune enfant (parmi les enfants de moins de 6 ans) : lorsque celui-ci grandit, les modes de garde rémunérés sont moins sollicités (graphique). La scolarisation des enfants à partir de 3 ans marque une rupture dans les modes de garde : moindre utilisation des gardes individualisées rémunérées (qui passe de 52  % à 21  %) compensée en partie par un recours plus grand à la famille, aux voisins ou aux amis (de 8  % à 20  %). La part des modes de garde collectifs se maintient, mais change de nature (il ne s'agit plus de crèches, mais de garderies, haltes-garderies ou garde assurée dans le cadre scolaire). En effet, 100  % des enfants qui ont eu 3 ans en 2005 étaient scolarisés en 2005-2006 contre 25  % des enfants de 2 ans. La scolarisation réduit considérablement le temps de garde des enfants. Ceux dont la mère travaille peuvent être plus facilement gardés après l'école par la famille ou des amis. Quant aux mères qui ne travaillaient pas (ou plus), cela pourrait leur faciliter la prise ou reprise d'un emploi. Ceci est cohérent avec le fait que la proportion de femmes qui travaillent passe de 54  % quand le plus jeune enfant a 2 ans à 66  % lorsqu'il a 3 ans.

Les femmes qui ont de jeunes enfants et travaillent à leur compte ou sont aides familiales non salariées utilisent moins souvent les services de garde rémunérés (38  % contre 60  % pour les salariées). Plus de la moitié d'entre elles indiquent travailler occasionnellement, ou habituellement, à domicile (contre 17  % des salariées), souvent comme aides familiales d'artisans et de commerçants.

De façon plus générale, on peut supposer que le statut de non-salariée est associé à des possibilités plus grandes pour garder son enfant avec soi durant les horaires de travail : la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle n'est pas facilitée pour autant, les femmes dans cette situation étant nombreuses à trouver celle-ci difficile.

Graphique - Mode de garde principal selon l'âge du plus jeune enfant

Graphique - Mode de garde principal selon l'âge du plus jeune enfant

Champ : mères de 15 à 64 ans, ayant un emploi et au moins un enfant de moins de 6 ans dans le ménage.

Source : enquête Emploi et module ad hoc sur la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle, 2005. Insee.

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Une mère cadre sur deux emploie une assistante maternelle ou du personnel à domicile

La moitié des femmes cadres ont recours à des services individualisés et payants pour garder leurs jeunes enfants contre seulement un tiers des employées et des ouvrières (tableau 2). Les femmes cadres ont en moyenne des revenus supérieurs, ce qui leur donne davantage de possibilités financières pour recourir à du personnel rémunéré, notamment aux assistantes maternelles et aux gardes à domicile. Les écarts entre groupes sociaux peuvent également s'expliquer par les parcours professionnels : une femme cadre sur deux a changé de région entre la fin de ses études et son premier emploi, s'éloignant du même coup de ses parents, alors que ce n'est le cas que pour une ouvrière sur six. Pour les femmes ouvrières, des ressources financières moindres pourraient ainsi être compensées par un recours plus important aux ressources relationnelles (familles, amis). Ces différences restent vérifiées lorsqu'on compare des femmes qui ont un temps de travail proche.

Le temps de travail semble intervenir davantage dans le recours aux modes de garde collectifs. À groupe socioprofessionnel donné, les femmes travaillant entre 30 et 35 heures par semaine sont les plus nombreuses à faire appel aux modes de garde collectifs (un quart d'entre elles). Pour des durées de travail supérieures à 35 heures, les modes de garde collectifs sont moins sollicités, la garde étant davantage assurée par des assistantes maternelles ou des gardes à domicile : on peut penser que les horaires des crèches ou d'autres gardes collectives sont un peu moins compatibles avec des durées du travail longues, même si 20  % des femmes travaillant plus de 40 heures par semaine s'adressent encore principalement aux modes de garde collectifs. Les femmes ayant des horaires variables d'un jour à l'autre ont également moins recours aux modes de garde collectifs.

Quatre femmes ayant de jeunes enfants sur dix sont concernées par un rythme de travail atypique (soir, nuit, samedi ou dimanche). Ces femmes ont moins recours aux modes de garde collectifs, en général peu adaptés à ces contraintes (15  % contre 24  % pour les autres femmes qui travaillent). Elles s'appuient davantage sur leur entourage : 38  % des femmes ayant ce type d'horaires font appel au conjoint, aux amis ou à la famille, contre 25  % pour les autres femmes. C'est encore plus vrai pour les mères de famille monoparentale : 54  % d'entre elles s'adressent alors aux amis et à la famille.

Tableau 2 - Mode de garde principal utilisé pendant leur temps de travail par les mères suivant leur catégorie socioprofessionnelle
Note : les effectifs correspondant à la modalité « pas de mode de garde », trop faibles, ne sont pas pris en compte.
Lecture : 38  % des femmes à leur compte ou aides familiales non salariées recourent principalement aux services de garde rémunérés pour garder leur(s) enfant(s) durant leur temps de travail.
Champ : mères âgées de 15 à 64 ans, ayant un emploi et au moins un enfant de moins de 6 ans dans le ménage.
Source : enquête Emploi et module ad hoc sur la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle, 2005, Insee.
en %
Non salariées Salariées
Cadres Professions intermédiaires Employées Ouvrières Ensemble des salariées
Services de garde rémunérés 38 80 69 51 40 60
Garde collective (crèche, garderie, centre d’accueil…) 13 29 25 17 9 21
Garde individualisée (assistante maternelle, garde à domicile…) 25 51 44 34 31 39
Autres modes de garde 62 20 31 49 60 40
Famille, voisins, amis 24 9 19 27 34 22
Père 12 7 6 8 16 8
Mère 26 4 6 14 10 10
Ensemble 100 100 100 100 100 100

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Dans la Fonction publique, les mères ont davantage recours aux modes de garde collectifs

Dans la Fonction publique, les femmes s'adressent plus souvent aux modes de garde collectifs (27  % contre 18  % dans le secteur privé), ce qui peut s'expliquer d'une part par des horaires plus adaptables, et d'autre part par l'existence de services de garde sur le lieu de travail (dans les hôpitaux publics notamment). Les taux de recours aux gardes individualisées rémunérées sont en revanche similaires (37  % et 39  %).

Enfin, grâce à une offre de structures collectives plus développée dans les grandes villes, les mères y recourent plus souvent : 29  % dans l'agglomération parisienne contre 13  % dans les communes rurales. Même si ces deux constats tiennent en partie à un effet de structure (les cadres sont plus nombreuses dans la Fonction publique ainsi que dans les grandes villes), ils restent vérifiés lorsqu'on raisonne à même répartition des groupes socioprofessionnels.

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Encadré

Chez nos voisins européens, qui garde les enfants des salariées ?

La comparaison des modes de garde entre la France et ses voisins européens masque des particularités propres à chaque pays, telles que le taux d'emploi des mères ayant au moins un enfant de moins de 6 ans et la disponibilité ou non de structures d'accueil. Ainsi, l'âge de scolarisation, différent selon les pays, influence probablement le recours à des modes de garde rémunérés ou non. Les mères belges et allemandes qui ont un emploi sont celles qui ont le plus recours aux modes de garde rémunérés. Les femmes allemandes se distinguent également en faisant fréquemment appel à leur conjoint (1 femme sur 4). Ceci doit toutefois être relativisé par le fait qu'en Allemagne le taux d'emploi des femmes est inférieur à celui de la France et de la Belgique, et que les Allemandes se mettent plus souvent à temps partiel dès le premier enfant (ce qu'on retrouve également au Royaume-Uni). Le recours apparemment fréquent aux services de garde rémunérés en Allemagne masque en partie une sélection plus forte dans l'accès à l'emploi à temps plein, pour les femmes avec enfants. Au Royaume-Uni, une mère salariée sur cinq ne déclare aucun mode de garde (en dehors d'elle-même). Ce constat est particulièrement marqué au sein des catégories populaires et peut être relié à une offre de modes de garde rémunérés assez peu développée et très sélective.

Enfin, en Espagne et en Italie, une femme sur deux dont le plus jeune enfant a moins de 6 ans travaille. Les femmes italiennes font souvent appel à la famille et aux amis (37  %) et beaucoup de femmes espagnoles ne disposent pas de mode de garde en dehors d'elles-mêmes (22  %). Il semble que dans ces deux pays, l'offre soit assez réduite. À l'exception de l'Italie, ce sont les catégories les plus favorisées (ici les cadres et professions intermédiaires salariées) qui recourent le plus souvent à des modes de garde rémunérés (au moins la moitié pour l'ensemble des pays considérés). En Belgique et en France, elles bénéficient vraisemblablement d'une offre plus vaste. Mais en retour, les différences entre catégories sociales sont fortement marquées, en particulier pour la France et plus encore au Royaume-Uni. Dans ces deux pays, le rapport des taux d'utilisation des modes de garde rémunérés entre cadres – professions intermédiaires et employées peu qualifiées – ouvrières est élevé (respectivement deux et quatre). La moitié des employées peu qualifiées et ouvrières belges ont tout de même recours aux modes de garde rémunérés.

Tableau 3 - Mode de garde¹ principal pendant le temps de travail (enfants de moins de 15 ans) pour les mères salariées ayant au moins un enfant de moins de 6 ans dans le ménage, selon le pays
1. La définition du mode de garde principal est différente du reste de l'étude. Il s'agit du mode de garde principal pour les enfants âgés de moins de 15 ans (même si on se restreint toujours aux femmes ayant au moins un enfant de moins de 6 ans dans le ménage).
2. Pour des raisons d’harmonisation au niveau européen, les catégories sociales (CS) sont définies différemment : « cadres et professions intermédiaires » correspond aux cadres et aux professions intermédiaires salariées de la nomenclature française des PCS ; « employées qualifiées » s’apparentent aux employées, à l'exception des employées des services directs aux particuliers ; ces dernières rejoignent les « employées peu qualifiées et ouvrières ». Cette nomenclature européenne est pour le moment exploratoire. Les données étant provisoires, il est possible que des données similaires publiées ultérieurement comportent de légères différences.
3. Contrairement aux tableaux précédents, la colonne « Elle-même » inclut la modalité « Pas de mode de garde ».
Lecture : 73  % des mères belges, cadres ou professions intermédiaires salariées, ayant au moins un enfant de moins de 6 ans dans le logement, ont principalement recours aux services de garde rémunérés.
Champ : femmes âgées de 15 à 64 ans, salariées et ayant au moins un enfant de moins de 6 ans dans le ménage.
Source : enquêtes européennes sur les forces de travail 2005 et module ad hoc européen 2005 sur la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle.
en  %
Catégorie sociale² Service rémunéré Elle-même³ Conjoint Famille, voisins, amis
Cadres et professions intermédiaires
Belgique 73 3 4 20
Allemagne 57 4 18 21
Espagne 48 21 8 23
France 58 7 13 22
Italie 37 7 22 34
Royaume-Uni 48 13 13 26
Ensemble 49 11 14 26
Employées qualifiées
Belgique 61 2 7 30
Allemagne 53 7 25 15
Espagne 33 21 11 35
France 40 22 5 33
Italie 35 7 19 39
Royaume-Uni 28 23 18 31
Ensemble 35 17 16 32
Employées peu qualifiées et ouvrières
Belgique 53 1 13 33
Allemagne 31 10 32 27
Espagne 29 24 14 33
France 26 10 20 44
Italie 34 10 16 40
Royaume-Uni 13 32 29 26
Ensemble 29 18 18 35
Total
Belgique 66 3 6 25
Allemagne 51 6 23 20
Espagne 37 22 11 30
France 46 13 11 30
Italie 35 8 20 37
Royaume-Uni 34 20 17 29
Ensemble 40 15 15 30

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Insee Première N° 1132 - avril 2007

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