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Mortalité aux grands âges : encore des écarts selon le diplôme et la catégorie sociale

Isabelle Robert-Bobée et Olivier Cadot, division Enquêtes et Études démographiques, Insee

Résumé

À 86 ans, dans les conditions de mortalité des années 2000-2002, les femmes ayant un diplôme supérieur ou égal au baccalauréat vivraient encore 7,1 ans en moyenne, contre 6,1 ans pour les femmes sans diplôme. Pour les hommes, la durée de vie restante est moindre que pour les femmes. Mais comme pour les femmes, elle est plus longue pour les plus diplômés : 5,2 ans à 86 ans pour les hommes les plus diplômés contre 4,5 ans pour ceux qui n’ont pas de diplôme. Pour les deux sexes, les plus diplômés peuvent donc espérer à cet âge vivre encore 20 % plus longtemps que les non-diplômés. Les différences selon le diplôme et la catégorie sociale s’estompent avec l’avancée en âge. Elles ont disparu parmi les femmes et hommes de 94 ans ou plus.

Sommaire

Publication

Des risques annuels de décès plus élevés pour les hommes et les femmes âgés les moins diplômés

Dans les conditions de mortalité des années 2000-2002, les femmes âgées de 86 ans et titulaires du baccalauréat ou plus peuvent espérer vivre encore en moyenne 7,1 ans contre 6,1 ans pour celles qui n’ont pas de diplôme (graphique 1). L’écart est donc d’un an entre ces deux niveaux de diplôme, soit une espérance de vie à cet âge 1,2 fois plus longue pour les plus diplômées. Les écarts sont de même ampleur pour les hommes, mais avec une durée de vie toujours moindre pour ces derniers. Ainsi, les hommes de 86 ans détenteurs du baccalauréat ou plus peuvent espérer vivre encore en moyenne 5,2 ans, contre 4,5 ans pour les hommes sans diplôme. La durée de vie des hommes ayant un diplôme supérieur ou égal au baccalauréat est cependant plus courte que celles des femmes sans diplôme : 5,2 ans à 86 ans, contre 6,1 pour les femmes sans diplôme.

À âge donné, le risque relatif de décès des hommes titulaires du certificat d’études primaires (CEP) est de 0,94, soit 6 % plus faible que celui des hommes sans diplôme(tableau 1). Après 85 ans, les différences entre les hommes ayant un CAP, un BEP, le baccalauréat ou un diplôme supérieur sont faibles.

Pour les femmes, les risques de décès diminuent lorsque le niveau d’études s’élève. Les femmes âgées de 85 ans ou plus titulaires d’un CEP ont un risque relatif de décès à âge donné de 0,96, soit un niveau 4 % plus faible que celui des femmes sans diplôme. Ce risque est de 0,92 pour celles qui possèdent un CAP ou un BEP, de 0,89 pour celles qui ont un BEPC et de 0,87 pour les titulaires du baccalauréat. Les diplômées de l’enseignement supérieur (seulement 4 % des femmes âgées de 85 ans ou plus) apparaissent nettement plus favorisées en termes de durée de vie, avec un risque annuel de décès de 0,77, inférieur de 23 % à celui des femmes sans diplôme.

Au recensement de 1999, 18 % des hommes et 25 % des femmes de 85 ans ou plus n’ont pas répondu à la question sur le diplôme (tableau 2). Leur situation est la moins favorable en termes de longévité. Leur durée de vie espérée à 86 ans est inférieure à 4 ans pour les hommes, et à 5 ans pour les femmes. Pour les hommes âgés de 85 ans ou plus, pour un âge donné, le risque relatif annuel de décès des hommes pour lesquels on ne connaît pas le niveau d’études s’élève à 1,06, soit 6 % de plus que celui des hommes sans diplôme (tableau 1). Pour les femmes, toujours à âge donné, le risque relatif de décès des femmes pour lesquelles on ne connaît pas le niveau d’études est de 1,18, soit un risque 18 % plus élevé que celui des femmes sans diplôme. Les personnes dont on ne connaît pas le niveau d’études présentent en fait plus souvent que les autres des caractéristiques associées à une moindre longévité : elles sont un peu moins souvent mariées, et surtout, elles vivent plus souvent dans des collectivités plutôt qu’en ménages ordinaires (cf. infra).

Graphique 1 - Espérance de vie des hommes et des femmes à divers âges, selon le diplôme

Graphique 1 - Espérance de vie des hommes et des femmes à divers âges, selon le diplôme

Champ : personnes nées en France, identifiées au répertoire national d’identification des personnes physiques, hors personnes entrant dans le cadre de l’échantillon démographique permanent.

Source : Insee, échantillon de mortalité Très Grands Âges et Complément Grands Âges.

Tableau 1 - Risques annuels de décès des femmes et des hommes selon le diplôme (modèle de Cox, à âge atteint en 1999 contrôlé)
Lecture : selon le modèle, quand les hommes sans diplôme ont un risque annuel de décès de 1, à un âge donné, le risque des titulaires du baccalauréat est estimé à 0,90. Le modèle permet aussi d'estimer des intervalles de confiance dans lesquels le coefficient estimé a une probabilité donnée de se situer : dans l'exemple donné, l'intervalle [0,84 - 0,95] a 95 % de chances de contenir le rapport des risques de mortalité.
Champ : personnes nées en France, identifiées au répertoire national d’identification des personnes physiques, hors personnes entrant dans le cadre de l’échantillon démographique permanent.
Source : Insee, échantillon de mortalité Très Grands Âges et Complément Grands Âges.
conditions de mortalité moyennes des années 2000-2002
  Risque relatif de décès [intervalle de confiance à 95 %]
Hommes Femmes
Non réponse 1,06 [1,03-1,10] 1,18 [1,15-1,21]
Sans diplôme 1 1
CEP 0,94 [0,91-0,97] 0,96 [0,94-0,99]
CAP-BEP 0,91 [0,86-0,97] 0,92 [0,85-0,99]
BEPC 0,86 [0,81-0,92] 0,89 [0,84-0,93]
Bac 0,90 [0,84-0,95] 0,87 [0,81-0,94]
Bac + 2 0,88 [0,84-0,93] 0,77 [0,70-0,85]
Tableau 2 - Répartition des femmes et des hommes de 85 ans ou plus selon le diplôme
Champ : personnes nées en France, identifiées au répertoire national d’identification des personnes physiques, hors personnes entrant dans le cadre de l’échantillon démographique permanent.
Source : Insee, échantillon de mortalité Très Grands Âges et Complément Grands Âges.
en %
Hommes Femmes
Non réponse 17,5 25,1
Sans diplôme 29,5 32,4
CEP 32,9 29,8
CAP, BEP, BEPC 8,7 8,7
Bac ou plus 11,5 4,1
Ensemble 100,0 100,0
Effectif dans l’échantillon 68 701 98 759

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Les différences diminuent avec l’avancée en âge

Afin d’examiner comment les différences de mortalité évoluent avec l’âge, trois groupes d’âge de taille voisine dans l’échantillon utilisé ont été distingués : 85 à 87 ans en 1999, 88 à 93 ans et 94 ans ou plus (sources).

Pour les hommes les moins âgés, les résultats sont similaires à ceux présentés précédemment pour l’ensemble des hommes âgés de 85 ans ou plus (tableau 3). Entre 88 et 93 ans cette fois, les titulaires d’un CEP ne se distinguent plus des hommes sans diplôme, alors que les hommes dont on ne connaît pas le niveau d’études continuent à être dans une situation moins favorable en termes de longévité. Après 94 ans, aucune différence significative n’apparaît plus selon le diplôme.

Le constat pour les femmes est proche de celui des hommes : les différences de mortalité selon le niveau d’études s’atténuent également avec l’avancée en âge.

Tableau 3 - Risques annuels de décès des femmes et des hommes selon le diplôme (modèle de Cox, à âge atteint en 1999 contrôlé), pour différents groupes d’âge
Lecture : figurent en italique les risques non significativement différents de 1.
Champ : personnes nées en France, identifiées au répertoire national d’identification des personnes physiques, hors personnes entrant dans le cadre de l’échantillon démographique permanent.
Source : Insee, échantillon de mortalité Très Grands Âges et Complément Grands Âges.
conditions de mortalité moyennes des années 2000-2002
Hommes Risque relatif de décès [intervalle de confiance à 95 %]
85-87 ans en 1999 88-93 ans en 1999 94 ans ou plus en 1999
Non réponse 1,11 [1,04-1,17] 1,07 [1,02-1,13] 0,94 [0,85-1,05]
Sans diplôme 1 1 1
CEP 0,90 [0,86-0,94] 0,98 [0,94-1,02] 1,00 [0,90-1,10]
CAP-BEP 0,86 [0,79-0,94] 0,96 [0,87-1,05] 1,00 [0,79-1,27]
BEPC 0,86 [0,79-0,94] 0,85 [0,77-0,93] 0,92 [0,75-1,13]
Bac 0,88 [0,81-0,96] 0,89 [0,81-0,98] 0,93 [0,77-1,14]
Bac + 2 0,82 [0,75-0,88] 0,93 [0,86-1,00] 0,98 [0,84-1,15]
Effectif dans l’échantillon 21 376 24 610 22 621
Femmes Risque relatif de décès [intervalle de confiance à 95 %]
85-87 ans en 1999 88-93 ans en 1999 94 ans ou plus en 1999
Non réponse 1,27 [1,21-1,34] 1,19 [1,14-1,24) 1,07 [1,00-1,14]
Sans diplôme 1 1 1
CEP 0,94 [0,89-0,98] 0,97 [0,93-1,01] 1,02 [0,95-1,09]
CAP-BEP 0,84 [0,75-0,95] 0,96 [0,86-1,07] 0,99 [0,80-1,23]
BEPC 0,82 [0,75-0,89] 0,91 [0,85-0,97] 0,97 [0,86-1,10]
Bac 0,82 [0,73-0,92] 0,90 [0,81-1,01] 0,95 [0,77-1,17]
Bac + 2 0,77 [0,66-0,89] 0,72 [0,63-0,82] 1,03 [0,80-1,32]
Effectif dans l’échantillon 30 109 35 821 32 673

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Surmortalité des ouvriers et employés

Les risques annuels de décès des personnes âgées de 85 ans ou plus sont plus élevés pour les hommes qui étaient ouvriers ou employés à la fin de leur vie professionnelle. Au cours des années 2000-2002, à âge donné, ils sont supérieurs de 6 % à ceux des anciens artisans-commerçants et de 11 % à ceux des anciens cadres ou professions intermédiaires (tableau 4). Les anciens agriculteurs et les hommes qui étaient en dehors du marché du travail (sans être au chômage) avant la retraite ont une mortalité proche des anciens ouvriers et employés.

Ces différences selon l’activité exercée aux âges actifs s’estompent avec l’avancée en âge. Elles sont significatives parmi les hommes âgés de 85 à 91 ans en 1999. Elles ne le sont plus ensuite (hommes âgés de 92 à 95 ans, et hommes âgés de 96 ans ou plus).

Pour les femmes, le constat est identique : surmortalité des anciennes ouvrières et employées et sous-mortalité des femmes ayant exercé des emplois de cadres ou de professions intermédiaires. Les différences s’estompent également rapidement : elles ne sont plus significatives après 92 ans (femmes âgées de 92 à 98 ans et femmes âgées de 99 ans ou plus).

Tableau 4 - Risques annuels de décès des femmes et des hommes selon la catégorie sociale du dernier emploi (modèle de Cox, à âge atteint en 1999 contrôlé)
Lecture : figurent en italique les risques non significativement différents de 1. Quand les hommes anciennement ouvriers ont un risque annuel de décès de 1, à âge donné, les anciens cadres ont un risque de 0,9. Les anciens ouvriers ont donc, à âge donné, un risque annuel de décès supérieur de 11 % à celui des anciens cadres (1/0,9=1,11).
Champ : personnes nées en France, identifiées au répertoire national d’identification des personnes physiques, hors personnes entrant dans le cadre de l’échantillon démographique permanent.
Source : Insee, échantillon de mortalité Très Grands Âges et Complément Grands Âges.
conditions de mortalité moyennes des années 2000-2002
  Risque relatif de décès [intervalle de confiance à 95 %]
Hommes Femmes
Agriculteur 0,96 [0,92-1,01] 1,00 [0,94-1,06]
Artisan-commerçant-chef d’entreprise 0,94 [0,89-0,99] 0,98 [0,92-1,04]
Cadre et profession intellectuelle supérieure 0,90 [0,85-0,95] 0,86 [0,75-0,99]
Profession intermédiaire 0,90 [0,85-0,95] 0,91 [0,85-0,98]
Employé 1,00 [0,95-1,05] 0,94 [0,85-0,98]
Ouvrier 1 1
En dehors du marché du travail avant la retraite (chômeurs non compris) 0,97 [0,88-1,06] 0,99 [0,95-1,04]

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Vivre en collectivité est associé à un moins bon état de santé et à une moindre longévité

À autres caractéristiques identiques (âge, taille du ménage, statut d’occupation du logement, diplôme), les risques annuels de décès sont les plus faibles pour les hommes et femmes mariées, ainsi que pour les célibataires. Ils sont les plus élevés pour les veufs et veuves. Ils augmentent avec le nombre de personnes vivant dans le logement : à ces âges élevés, être en mesure de vivre seul suppose un assez bon état de santé. Les personnes vivant en collectivité ont un risque de décès nettement plus élevé que les personnes vivant dans un logement « ordinaire », surtout les femmes (tableau 5) : ce risque supérieur est notamment lié à un état de santé moins bon, qui a conduit certaines personnes âgées à quitter leur logement ou celui des personnes qui les hébergeaient pour une structure d’accueil collectif.

Comme pour le diplôme et la catégorie sociale, les différences de mortalité selon le statut matrimonial légal diminuent avec l’âge, aussi bien pour les femmes que pour les hommes. Les différences entre les personnes vivant seules et celles hébergées en communauté diminuent également avec l’âge. Elles restent cependant significatives, même aux très grands âges, alors qu’il n’y a plus de différences pour les autres caractéristiques (tableau 5). Vivre en communauté serait donc plutôt le signe d’une santé dégradée et est ainsi associé à un risque de décès plus élevé.

Tableau 5 - Risques annuels de décès des hommes et des femmes par diplôme, statut matrimonial légal, taille du ménage, statut d’occupation du logement (modèle de Cox à âge contrôlé), pour différents groupes d’âges
Lecture : figurent en italique les risques non significativement différents de 1 (risque pris comme référence).
Champ : personnes nées en France, identifiées au répertoire national d’identification des personnes physiques, hors personnes entrant dans le cadre de l’échantillon démographique permanent.
Source : Insee, échantillon de mortalité Très Grands Âges et Complément Grands Âges.
conditions de mortalité moyennes des années 2000-2002
Risque relatif de décès - Hommes Risque relatif de décès - Femmes
85-87 ans en 1999 88-93 ans en 1999 94 ans ou plus en 1999 Ensemble 85-87 ans en 1999 88-93 ans en 1999 94 ans ou plus en 1999 Ensemble
Diplôme  
Non réponse 1,01 1,00 0,94 0,99 1,01 1,05 1,00 1,03
Sans diplôme 1 1 1 1 1 1 1 1
CEP 0,92 0,99 1,00 0,95 0,97 0,99 1,03 0,99
CAP-BEP 0,88 0,97 1,00 0,92 0,86 0,98 1,01 0,93
BEPC 0,88 0,86 0,93 0,88 0,86 0,95 1,00 0,92
Bac 0,91 0,90 0,94 0,91 0,85 0,94 0,96 0,91
Bac + 2 0,84 0,94 0,99 0,90 0,79 0,74 1,05 0,79
Statut matrimonial légal
Non réponse 0,92 1,01 0,95 0,97 1,16 0,99 1,07 1,06
Célibataire 0,91 0,93 0,94 0,94 0,91 0,91 1,00 0,94
Marié 0,90 0,98 1,01 0,95 0,95 0,96 1,01 0,96
Veuf 1 1 1 1 1 1 1 1
Divorcé 1,00 1,03 0,86 1,02 0,97 1,03 0,95 1,00
Taille du ménage
Communauté 1,44 1,31 1,04 1,30 2,05 1,51 1,25 1,6
1 personne 1 1 1 1 1 1 1 1
2 personnes 1,04 1,07 1,00 1,04 1,21 1,13 1,06 1,15
3 personnes 1,08 1,15 1,04 1,10 1,35 1,28 1,12 1,29
4 personnes ou plus 1,23 1,26 1,06 1,22 1,45 1,37 1,21 1,39
Statut d’occupation du logement  
Non réponse 1,06 1,04 1,16 1,07 0,99 1,06 1,05 1,05
Locataire 1,09 1,05 1,05 1,07 1,07 1,07 1,06 1,08
Propriétaire 1 1 1 1 1 1 1 1
Logé gratuitement 1,08 0,98 1,01 1,03 1,11 1,01 1,10 1,07
Effectif dans l’échantillon 21 376 24 610 22 621 68 607 30 109 35 821 32 673 98 603

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Insee Première N° 1122 - février 2007

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