Cédric Planchat, direction des Études économiques et de l’évaluation environnementale, ministère de l’Écologie et du Développement durable
La protection de l’environnement tient une place de choix dans l’esprit des Français. En effet, lorsque des facilités de collecte leur sont offertes, près de sept ménages sur dix trient leurs déchets. En revanche, moins d’un ménage sur deux consent un effort financier pour l’achat d’électroménager moins énergivore. Ce sont surtout les ménages aisés qui font cet effort, lequel est souvent neutralisé par un usage plus intensif des appareils et par un équipement plus important. Par ailleurs 60 % des habitants du rural ou du périurbain prennent leur voiture pour aller travailler ou étudier. Ils justifient ce choix par l’absence de transports en commun et par le confort.
En 2005, 72 % des ménages trient les piles, ils sont 2,5 fois plus nombreux qu’en 1998. Vient ensuite le tri du papier pratiqué par deux fois plus de ménages qu’il y a 7 ans et le tri du verre qui était déjà très répandu en 1998 (graphique 1).
Cette évolution est largement due à la généralisation des facilités de collecte : entre 1998 et 2005, la part des ménages disposant d’une collecte sélective à domicile(définition) a presque triplé, passant de 23 % à 61 %. Celle des ménages déclarant disposer d’un collecteur de vieux papiers à proximité de chez eux a, dans le même temps, crû de 20 points. Or, quand il y a collecte sélective, presque 9 ménages sur 10 déclarent pratiquer systématiquement le tri. Quand elle est absente, ils ne sont plus que 60 %.
Graphique 1 - Proportion de ménages qui trient leurs déchets ménagers
Source : enquête « Pratiques environnementales des ménages » de l'enquête permanente sur les conditions de vie des ménages (EPCV) de 1998 et 2005, Insee.
La propension à trier ses déchets est plus faible chez les ménages les plus jeunes (tableau 1). Elle croît avec le niveau de vie de façon significative : si les autres caractéristiques du ménage restent inchangées, faire partie du quart des ménages ayant le plus haut niveau de vie plutôt que du quart le plus modeste élève la probabilité de trier le verre de 15 points.
En habitat collectif, caractéristique des zones urbaines, le tri du verre semble moins aisé à instaurer (manque de place). De ce fait les citadins trient moins souvent le verre que les ruraux. En effet, habiter dans une maison individuelle accroît, toutes les autres caractéristiques du ménage étant inchangées, la probabilité de trier le verre de 17 points et les emballages de 23 points.
Les pratiques de tri apparaissent cohérentes. On trie rarement un seul type de déchets : seuls 9 % des ménages qui déclarent trier le verre ne trient pas les emballages et les plastiques et seulement 4 % des ménages déclarant trier les emballages et les plastiques ne trient pas le verre.
Majoritairement soucieux de la gestion des déchets lorsqu’ils sont produits, les ménages semblent en revanche moins concernés par leur réduction à la source : 17 % seulement déclarent faire attention lors de leurs achats à la quantité de déchets qu’ils génèreront. Près de 4 ménages sur 5 n’ont pas le sentiment que la masse des déchets domestiques s’accroît, ce que corrobore d’ailleurs le constat établi par l’Ademe : la quantité de déchets d’origine domestique s’établit depuis 2000 à 354 kg/hab/an environ.
| Lecture : si le ménage de référence passe, toutes les caractéristiques inchangées par ailleurs, du premier quartile de revenu à un revenu médian, alors sa probabilité de trier le verre augmente de 8 points. Le ménage pris comme référence (réf.) est composé de plus de deux personnes et appartient au premier quartile de revenu. L’individu de référence a entre 30 et 50 ans. Il vit en zone rurale dans un habitat collectif. Il dispose d'un collecteur de verre et/ou d’emballage à proximité. | ||||
| Source : enquête « Pratiques environnementales des ménages » de l'enquête permanente sur les conditions de vie des ménages (EPCV) de janvier 2005, Insee. | ||||
| Modalités | Tri du verre | Tri des emballages | ||
|---|---|---|---|---|
| Plus ou moins | Significativité | Plus ou moins | Significativité | |
| Constante | 78,5 % | 52,92 % | ||
| Niveau de vie | ||||
| 1er quartile (Q1) | Réf. | Réf. | Réf. | Réf. |
| 2e quartile (Q2) | 8,18 | * * * | 7,42 | * * * |
| 3e quartile (Q3) | 10,39 | * * * | 10,13 | * * * |
| 4e quartile (Q4) | 15,17 | * * * | 16,27 | * * * |
| Âge de la personne interrogée | ||||
| 15 à 29 ans | – 7,59 | * * * | – 8,97 | * * * |
| 30 à 50 ans | Réf. | Réf. | Réf. | Réf. |
| 51 à 65 ans | ns | ns | ns | ns |
| Plus de 66 ans | 3,86 | * | ns | ns |
| Nombre de personnes dans le ménage | ||||
| 1 | 4,91 | * * * | ns | ns |
| 2 | 9,05 | * * * | 7,16 | * * * |
| Plus de 2 | Réf. | Réf. | Réf. | Réf. |
| Zone de résidence | ||||
| Pôle urbain | – 13,20 | * * * | ns | ns |
| Commune périurbaine | ns | ns | ns | ns |
| Rural | Réf. | Réf. | Réf. | Réf. |
| Type d'habitat | ||||
| Individuel | 17,41 | * * * | 22,77 | * * * |
| Collectif | Réf. | Réf. | Réf. | Réf. |
| Proximité d'un collecteur de verre/emballage | ||||
| oui | Réf. | Réf. | Réf. | Réf. |
| non | – 15,28 | * * * | – 3,59 | * * |
Lors de l’utilisation quotidienne des appareils électroménagers, 84 % des ménages déclarent faire attention à leur consommation en électricité mais ce n’est pas le cas au moment de l’achat : seuls 41 % des enquêtés tiennent compte, lors de leur choix, de la consommation énergétique de l’appareil. De même, la plupart des ménages (83 %) connaissent l’existence des ampoules basse consommation, mais 50 % des ménages en équipent moins d’un luminaire sur deux de leur logement. À l’inverse, les lampes halogènes qui sont parmi les plus consommatrices en électricité, sont présentes dans 41 % des foyers et cette part reste forte (42 %) chez les ménages qui déclarent pourtant surveiller leur consommation.
Maîtriser l’utilisation de l’énergie et s’équiper en appareils économes constituent donc deux comportements inégalement répandus. Le premier favorise le second qui apparaît ainsi comme un degré supplémentaire dans le souci d’économiser l’énergie : la part des ménages vigilants à l’achat est sensiblement plus forte (43 %) chez ceux qui font attention à leur consommation d’électricité que chez les autres (27 % - tableau 2).
| s. o. : sans objet. | |||||||||
| Lecture : 87 % des ménages utilisant des ampoules basse consommation font attention à leur consommation d’électricité contre 82 % des personnes n’utilisant pas d’ampoule basse consommation ; 84 % de l’ensemble des ménages font attention à leur consommation d’électricité. | |||||||||
| Source : enquête « Pratiques environnementales des ménages » de l'enquête permanente sur les conditions de vie des ménages (EPCV) de janvier 2005, Insee. | |||||||||
| en % | |||||||||
| Ensemble | Fait attention à la consommation d’électricité | Éteint la veille de son téléviseur | Consommation d'énergie : critère déterminant pour l'achat d'électroménager | Utilise des lampes basse consommation | |||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| oui | non | oui | non | oui | non | oui | non | ||
| Fait attention à sa consommation d'électricité | 84 | s. o. | s. o. | 88 | 78 | 90 | 80 | 87 | 82 |
| Éteint la veille de son téléviseur | 66 | 69 | 52 | s. o. | s. o. | 71 | 63 | 69 | 63 |
| La consommation d’énergie est un critère déterminant pour l'achat d'électroménager | 41 | 43 | 27 | 45 | 36 | s. o. | s. o. | 51 | 33 |
| Utilise des lampes basse consommation | 41 | 42 | 34 | 43 | 39 | 52 | 34 | s. o. | s. o. |
Les ménages les plus modestes (du premier quartile de niveau de vie) comme les ménages aisés (du dernier quartile) prêtent attention aux consommations et aux veilles électriques. En revanche, lors de l’achat d’équipements, les ménages modestes prennent moins en considération le rendement énergétique (tableau 3). Le surcoût de ces équipements plus économes en est sans doute la cause. Ainsi, chez les ménages du premier quartile de niveau de vie, l’absence d’ampoules basse consommation a des raisons principalement financières (35 % contre 22 % pour les ménages du dernier quartile), alors qu’elles sont principalement esthétiques chez les ménages du dernier quartile (53 % contre 39 % pour les ménages du premier quartile). L’obstacle financier joue aussi, au bénéfice des économies d’énergie cette fois, pour les lampes halogènes. Absentes dans la grande majorité des ménages les plus modestes (70 %), elles équipent la moitié des ménages les plus aisés.
Les ménages les plus aisés réalisent des économies d’énergie en achetant des appareils plus performants mais ce sont les mêmes qui ont tendance à être davantage équipés, notamment en appareils gros consommateurs : 36 % des ménages du quart le plus aisé ont un sèche-linge, et autant disposent de plusieurs halogènes, contre respectivement 22 % et 12 % des ménages les plus modestes (tableau 4). Et parmi les ménages équipés, ceux du quart supérieur des niveaux de vie sont, quelle que soit la taille du ménage, toujours plus nombreux à utiliser systématiquement le sèche-linge que les plus modestes, l’écart atteignant 20 points chez les couples et les ménages de 5 personnes ou plus.
| Lecture : parmi les ménages du premier quartile de niveau de vie, 80 % déclarent faire attention à leur consommation en eau. | ||
| Source : enquête « Pratiques environnementales des ménages » de l'enquête permanente sur les conditions de vie des ménages (EPCV) de janvier 2005, Insee. | ||
| en % | ||
| Quartile de niveau de vie | ||
|---|---|---|
| Q 1 | Q 4 | |
| Fait attention à la consommation d'eau | 80 | 74 |
| Fait attention à la consommation d'électricité | 86 | 80 |
| Éteint la veille du téléviseur | 65 | 62 |
| Consommation d' énergie : critère déterminant pour l'achat d'électroménager | 33 | 45 |
| N'utilise pas de lampe halogène | 70 | 39 |
| Utilise des lampes basse consommation | 32 | 50 |
| Fait attention à la quantité de déchets à recycler au moment de l’achat | 15 | 20 |
| Lecture : la consommation électrique moyenne d'un réfrigérateur est de 650 kWh/an. Seul 1 % des ménages du premier quartile de niveau de vie (Q1) en sont dépourvus. | |||||||
| Sources : enquête « Pratiques environnementales des ménages » 2005, Insee ; consommations moyennes fournies par l'Ademe. | |||||||
| en % | |||||||
| Type d’appareil électroménager | Consommation moyenne (kWh/an) | Pas d'équipement | Un équipement | Plus d'un équipement | |||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Q1 | Q4 | Q1 | Q4 | Q1 | Q4 | ||
| Réfrigérateur | 650 | 1,0 | 0,3 | 90,7 | 81,2 | 8,3 | 18,5 |
| Lave-vaisselle | 280 | 66,8 | 30,3 | 32,7 | 68,9 | 0,4 | 0,8 |
| Sèche-linge | 480 | 77,2 | 63,6 | 22,3 | 36,2 | 0,5 | 0,1 |
| Téléviseur | 200 | 4,8 | 4,1 | 61,0 | 48,2 | 34,2 | 47,7 |
| Halogène | 310 | 70,2 | 38,9 | 17,9 | 24,8 | 11,8 | 36,3 |
Un peu plus des trois quarts des ménages font attention à leur consommation d’eau. Les ménages modestes déclarent plus souvent que les autres y être attentifs (80 % contre 74 %), mais les ménages aisés connaissent mieux leur consommation (36 % contre 25 %).
Les ménages plus aisés se comportent avec l’eau comme avec l’électricité, ils perdent, dans un usage moins rigoureux, une part des économies en eau que leur achat aurait permis de faire. Ainsi, près de la moitié des ménages du 4e quartile déclarent avoir installé au moins une chasse d’eau à deux débits contre un peu plus du quart des ménages modestes (tableau 5).
Néanmoins, parmi les ménages équipés d’un lave-vaisselle et qui déclarent l’utiliser souvent ou très souvent, la part de ceux qui le mettent en route uniquement quand il est plein est de 11 points plus élevée dans le quart le plus modeste que dans le quart le plus aisé (89 % et 78 %).
| Lecture : 80 % des ménages du premier quartile de niveau de vie (Q1) déclarent faire attention à leur consommation d’ eau. | |||
| Source : enquête « Pratiques environnementales des ménages » de l'enquête permanente sur les conditions de vie des ménages (EPCV) de janvier 2005, Insee. | |||
| en % | |||
| Les ménages déclarent : | Q1 | Q4 | Ensemble |
|---|---|---|---|
| Faire attention à leur consommation d’eau | 80 | 74 | 77 |
| Avoir connaissance de leur consommation d'eau | 25 | 36 | 32 |
| dont : faire attention à leur consommation d'eau | 87 | 79 | 82 |
| Avoir installé au moins une chasse d’eau à deux débits | 27 | 48 | 38 |
La circulation automobile, qui assure toujours plus de 80 % de la mobilité des ménages, a baissé en 2005 pour la première fois depuis 1974, année du premier choc pétrolier. Cette baisse s’expliquerait en partie par l’augmentation du prix des carburants et par le dynamisme des transports collectifs.
En terme comportemental, la voiture donne lieu à un contraste comparable : les ménages aisés se disent plus souvent attentifs (66 %) à la consommation de carburant au moment de l’achat que les ménages les plus modestes (56 %) et leurs véhicules sont en moyenne plus récents (7,5 ans contre 11,0 ans pour les ménages du premier quartile), et donc moins gourmands (à modèle donné). Mais les ménages aisés possèdent en moyenne 0,8 voiture par adulte contre 0,5 pour les ménages modestes. De plus, leurs voitures disposent plus souvent de la climatisation (59 % contre 39 %) dont on sait qu’elle engendre, en fonctionnement, une surconsommation de carburant de plus de 30 % en ville et de plus de 15 % sur route.
La voiture est de loin le moyen de transport le plus utilisé pour aller travailler ou étudier (graphique 2). La majorité des personnes interrogées n’utilisent d’ailleurs que ce moyen, particulièrement quand elles vivent en couronne périurbaine ou à la campagne (graphique 3). Mais quel que soit le lieu de résidence, la raison la plus fréquemment invoquée est l’absence ou l’incommodité des transports en commun ; en particulier, quand le trajet vers le lieu de travail est long (plus de 20 km), 49 % des personnes privilégiant la voiture invoquent un défaut de transports en commun, proportion très supérieure aux autres raisons. Quand le trajet est de moins de 2 km, les personnes interrogées justifient l’utilisation de leur voiture par le besoin de se déplacer pour des activités extraprofessionnelles et pour des raisons de confort (tableau 6).
Graphique 2 - Moyen de transport utilisé par la personne interrogée pour aller sur son lieu de travail ou d’étude
Source : enquête « Pratiques environnementales des ménages » de l'enquête permanente sur les conditions de vie des ménages (EPCV) de janvier 2005, Insee.
Graphique 3 - Pour quelle raison la personne interrogée a-t-elle pris la voiture ?
Source : enquête « Pratiques environnementales des ménages » de l'enquête permanente sur les conditions de vie des ménages (EPCV) de janvier 2005, Insee.
| Lecture : 17 % des individus résidant à moins de 2 km de leur lieu de travail utilisent la voiture ou la moto pour se rendre au travail à cause du manque de transports en commun | |||||
| Source : enquête « Pratiques environnementales des ménages » de l'enquête permanente sur les conditions de vie des ménages (EPCV) de janvier 2005, Insee. | |||||
| en % | |||||
| Distance domicile-travail | Pas de transports en commun | Besoin du véhicule pour travailler | Gain de temps | Plus confortable | Autres |
|---|---|---|---|---|---|
| Entre 0 et 2 km | 17 | 34 | 18 | 26 | 5 |
| Entre 2 et 10 km | 24 | 18 | 27 | 27 | 4 |
| Entre 10 et 20 km | 43 | 12 | 23 | 19 | 3 |
| Plus 20 km | 49 | 20 | 14 | 14 | 4 |

Insee Première N°1121 - janvier 2007
Insee Première : Présentation de la collection et liste des numéros parus