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Dans quelles régions meurt-on le plus tard au début du XXIe siècle ?

L’Île-de-France s’impose comme une zone de faible mortalité

Fabienne Daguet, division Enquêtes et études démographiques, Insee

Résumé

L’Île-de-France est aujourd’hui la région où les hommes vivent le plus longtemps (77,3 ans), devant le quart sud-ouest de l’hexagone. L’espérance de vie est minimale pour les hommes et les femmes domiciliés au nord et au nord-est du pays, et dans un espace central correspondant à une diagonale Champagne-Auvergne. Les Pays de la Loire ont la longévité féminine la plus élevée. Les différences entre régions se sont atténuées au cours de la seconde moitié du XXe siècle. La mortalité après 60 ans est déterminante dans les écarts observés. Les habitants des départements d’outre-mer meurent en moyenne plus précocement qu’en métropole.

Sommaire

Publication

L'espérance de vie continue d'augmenter

En 2001-2002, l’espérance de vie à la naissance (définition) atteint 75,7 ans pour les hommes et 82,9 ans pour les femmes en France métropolitaine (sources). Autrement dit, si les conditions de mortalité des années 2001 et 2002 demeuraient constantes à l’avenir, les hommes domiciliés en France métropolitaine au moment de leur mort décèderaient en moyenne à 75,7 ans et les femmes à 82,9 ans (tableau).

Tableau - L'espérance de vie selon les régions
Sources : données de démographie régionale 1999, état civil, recensements de la population, Insee.
Région Espérance de vie à la naissance Espérance de vie à la naissance
Hommes Femmes
1952-1956 1989-1991 2001-2002 Évolution 1952-1956 1989-1991 2001-2002 Évolution
1954-2002 1990-2002 1954-2002 1990-2002
France entière n.d. 72,6 75,6 n.d. 3,0 n.d. 80,8 82,9 n.d. 2,1
France métropolitaine 65,0 72,7 75,7 10,7 3,0 71,2 80,9 82,9 11,7 2,0
Alsace 64,1 71,8 75,6 11,5 3,8 70,1 79,8 82,3 12,2 2,5
Aquitaine 65,9 73,4 75,8 9,9 2,4 72,1 81,2 83,3 11,2 2,1
Auvergne 65,1 72,2 74,9 9,8 2,7 71,2 80,9 82,8 11,6 1,9
Bourgogne 66,1 72,5 75,1 9,0 2,6 72,0 81,1 82,9 10,9 1,8
Bretagne 61,9 71,2 74,4 12,5 3,2 69,3 80,5 82,7 13,4 2,2
Centre 66,5 73,5 75,9 9,4 2,4 71,9 81,4 83,1 11,2 1,7
Champagne-Ardenne 64,9 71,9 74,5 9,6 2,6 70,8 80,4 82,3 11,5 1,9
Corse n.d. 72,4 75,9 n.d. 3,5 n.d. 80,3 83,1 n.d. 2,8
Franche-Comté 64,6 73,1 75,8 11,2 2,7 70,5 80,9 82,9 12,4 2,0
Île-de-France 66,2 73,2 77,3 11,1 4,1 72,3 81,0 83,5 11,2 2,5
Languedoc-Roussillon 66,7 73,5 75,8 9,1 2,3 72,0 81,1 83,1 11,1 2,0
Limousin 67,2 73,2 75,5 8,3 2,3 72,6 81,3 83,0 10,4 1,7
Lorraine 63,6 71,8 74,8 11,2 3,0 69,9 80,0 81,9 12,0 1,9
Midi-Pyrénées 66,8 74,5 76,9 10,1 2,4 71,7 81,7 83,5 11,8 1,8
Nord - Pas-de-Calais 62,5 69,8 72,6 10,1 2,8 68,9 78,9 81,0 12,1 2,1
Basse-Normandie 62,6 72,3 75,2 12,6 2,9 70,1 80,9 83,1 13,0 2,2
Haute-Normandie 63,8 71,8 74,3 10,5 2,5 70,2 80,6 82,2 12,0 1,6
Pays de la Loire 64,3 73,3 75,8 11,5 2,5 70,8 81,5 83,7 12,9 2,2
Picardie 64,8 71,1 73,6 8,8 2,5 70,4 79,7 81,6 11,2 1,9
Poitou-Charentes 67,1 74,1 76,0 8,9 1,9 72,1 81,7 83,4 11,3 1,7
Provence - Alpes - Côte d'Azur 66,2 73,0 76,2 10,0 3,2 72,4 81,1 83,2 10,8 2,1
Rhône-Alpes 64,5 73,4 76,6 12,1 3,2 70,8 81,5 83,5 12,7 2,0
Départements d'outre-mer n.d. 70,8 72,9 n.d. 2,1 n.d. 78,7 80,4 n.d. 1,6
Moyenne des 5 régions
(France métropolitaine)
à la plus forte mortalité 62,9 71,1 73,9 11,0 2,8 69,7 79,7 81,8 12,1 2,1
à la plus faible mortalité 66,9 73,8 76,6 9,7 2,8 72,3 81,6 83,5 11,2 1,9
Écart 4,0 2,7 2,7 – 1,3 0,0 2,6 1,9 1,7 – 0,9 – 0,2

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L’Île-de-France devient la région de plus basse mortalité pour les hommes

En 2002, les hommes qui finissent leurs jours en Île-de-France bénéficient de la durée de vie moyenne la plus élevée : 77,3 ans. En 1999, cette région partageait la première place avec Midi-Pyrénées pour l’espérance de vie masculine [1], mais elle la devance désormais de 0,4 an. De 1954 à 1990, l’espérance de vie des Franciliens évoluait entre le sixième et le neuvième rang régional. Toutefois, les disparités sont fortes entre les départements de l’Île-de-France. En 2002, le sud-ouest et le centre de la région regroupent les départements français où les hommes vivent le plus longtemps : 78,1 ans à Paris, 78,0 ans dans les Yvelines et les Hauts-de-Seine, 77,2 ans dans le Val-de-Marne. L’est de la région est moins favorisé : l’espérance de vie masculine se situe dans la moyenne en Seine-et-Marne (75,8 ans) et lui est supérieure en Seine-Saint-Denis (76,1 ans) et dans le Val-d’Oise (76,4 ans).

Les Parisiennes sont, en 2002, les femmes qui meurent le plus tard, à égalité avec les habitantes de la Mayenne (84,2 ans). Contrairement aux hommes, les femmes ont une espérance de vie inférieure à la moyenne métropolitaine dans deux départements de l’Île-de-France : la Seine-et-Marne (82,2 ans) et la Seine-Saint-Denis (82,8 ans).

La position de l’Île-de-France en 2002 provient notamment de la forte proportion de cadres et professions intellectuelles supérieures. En effet, il s’agit des catégories qui vivent le plus longtemps, tandis que les ouvriers ont l’espérance de vie la moins longue [2]. De même, les écarts intra-régionaux résultent des différences de structure socioprofessionnelle et de revenus.

En 1999, l’espérance de vie des personnes finissant leurs jours à Paris dépassait celle des banlieusards de 0,9 an pour les hommes et de 0,4 an pour les femmes [1]. Cette situation à l’avantage du centre des agglomérations s’avère peu fréquente : dans les agglomérations d’au moins 100 000 habitants, les habitants des banlieues décèdent généralement plus tard que ceux des villes-centres.

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Forte mortalité masculine au nord et dans un espace central

À part en Île-de-France, l’espérance de vie des hommes dépasse 76,0 ans dans les régions Midi-Pyrénées, Rhône-Alpes et Provence - Alpes - Côte d'Azur. Dans un département sur six, elle est supérieure d’au moins un an à la moyenne métropolitaine et s’élève à 76,7 ans ou plus. Ces départements se situent dans les quatre régions à la plus grande longévité et dans la partie sud-ouest du Bassin parisien.

Pour les deux sexes, c’est dans la moitié nord de l’hexagone que se situent les régions où la mortalité est la plus élevée (tableau). Avec des espérances de vie masculine de 72,6 ans et féminine de 81,0 ans, le Nord - Pas-de-Calais occupe la position la moins favorable. L’espérance de vie des hommes y est inférieure de 3,1 ans à celle de l’ensemble de la métropole et de 4,7 ans à celle de l’Île-de-France. Pour les femmes, l’écart à la moyenne métropolitaine est de 1,9 an et, avec les Pays de la Loire, de 2,7 ans. La forte mortalité dans le Nord - Pas-de-Calais découle de l’origine ouvrière d’une forte proportion d’habitants, mais aussi du contexte minier et sidérurgique ainsi que des modes de vie régionaux [3]. La Picardie, deuxième région de plus forte mortalité pour les deux sexes, présente des espérances de vie sensiblement plus élevées que le Nord - Pas-de-Calais : 73,6 ans pour les hommes et 81,6 ans pour les femmes. L’espérance de vie des hommes est inférieure d’un an au moins à la moyenne métropolitaine dans trois autres régions : la Bretagne, la Haute-Normandie et la Champagne-Ardenne.

À l’échelle départementale (carte 1), la mortalité masculine apparaît forte également dans un espace central qui comprend le sud de la région Centre, la moitié ouest de la Bourgogne, le nord et le cœur du Massif  central. Cette zone regroupe 6 des 21 départements où l’espérance de vie masculine est inférieure à 75,0 ans.

Carte 1 - Espérance de vie à la naissance, 2001-2002

Carte 1 - Espérance de vie à la naissance, 2001-2002

Sources : état civil, recensements de la population, Insee

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Moins de disparités chez les femmes

En 2002, les régions situées le long de la frontière nord-est du pays concentrent la plupart des départements où les femmes vivent en moyenne moins de 82,5 ans (carte 1). Il s’y ajoute un espace central, décalé au nord par rapport à celui des hommes : il ne comprend pas l’Auvergne mais s’étire jusqu’en Seine-et-Marne. C’est dans les Pays de la Loire que les femmes meurent le plus tard : 83,7 ans. La durée de vie moyenne des femmes s’élève à 83,5 ans dans trois régions : l’Île-de-France, Midi-Pyrénées et Rhône-Alpes. Seuls huit départements enregistrent une espérance de vie féminine de 83,9 ans ou plus, donc supérieure d’un an au moins à la moyenne métropolitaine : Paris, les Alpes-Maritimes et six autres départements situés en Midi-Pyrénées et dans l’ouest du Bassin parisien.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, l’écart d’espérance de vie entre les régions les plus et les moins favorisées a toujours été moindre pour les femmes. Localement, le désavantage masculin est d’autant plus accusé que la durée de vie moyenne est basse. En 2002, l’écart entre les espérances de vie des deux sexes s’élève à 7,2 ans en France métropolitaine, mais atteint 8,4 ans dans le Nord - Pas-de-Calais et 8,3 ans en Bretagne. L’Île-de-France, avec un écart de 6,2 ans, est la région la moins inégalitaire.

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Depuis 1990, moins de contrastes entre l’Est et l’Ouest pour les hommes

En 1990, l’espérance de vie en France métropolitaine s’élevait à 72,7 ans pour les hommes et 80,9 ans pour les femmes. Entre 1990 et 2002, elle a ainsi augmenté de 3,0 ans pour les hommes et de 2,0 ans pour les femmes (tableau). L’espérance de vie s’est accrue dans tous les départements, d’au moins un an pour les femmes et d’au moins 1,3 an pour les hommes.

En 1990, la partie sud-ouest de l’hexagone, ainsi que Poitou-Charentes et les Pays de la Loire, regroupaient la majorité des départements où l’espérance de vie masculine était la plus élevée [4]. Or, c’est dans cette partie de la France, au sud de la Loire, que celle-ci a le moins augmenté (carte 2). Parallèlement, les progrès les plus notables ont eu lieu en Île-de-France notamment (+ 4,1 ans pour les hommes), en Bretagne, le long de la frontière est et en Corse. Ces évolutions expliquent qu’au début du XXIe siècle, les divergences se sont estompées entre l’Est et l’Ouest au sud d’une ligne Nantes-Besançon et que la zone de plus faible mortalité masculine englobe également le Sud-Est.

Pour les femmes, les progrès sont moins importants dans le sud et l’est du Bassin parisien ainsi que dans le quart sud-ouest de l’hexagone, Massif central exclu (carte 2). Pour elles, l’espace central de forte mortalité, esquissé en 1990, s’est formé essentiellement entre 1990 et 2002.

Carte 2 - Évolution de l’espérance de vie à la naissance entre 1990 et 2001-2002

Carte 2 - Évolution de l’espérance de vie à la naissance entre 1990 et 2001-2002

Sources : état civil, recensements de la population, Insee

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Les écarts de mortalité s’atténuent peu depuis 1990

Entre 1954 et 1990, l’amplitude entre les espérances de vie des cinq régions les plus et les moins favorisées est passée de 4,0 à 2,7 ans pour les hommes et de 2,6 à 1,9 an pour les femmes. En 1982, ces écarts étaient encore respectivement de 3,2 et 2,0 ans. En une quarantaine d’années, les progrès ont été en général plus rapides pour les régions à forte mortalité. Les particularités régionales se sont donc atténuées, probablement sous l’effet du rapprochement des modes de vie. Entre 1990 et 2002, les disparités de mortalité diminuent moins rapidement, surtout pour les hommes. Toutefois, les années soixante et le début des années soixante-dix avaient déjà enregistré une stabilisation temporaire de ces disparités.

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La mortalité après 60 ans est déterminante dans les écarts entre régions

En 2002, les hommes et les femmes ayant atteint 60 ans peuvent espérer vivre 20,7 et 25,7 ans en moyenne. À cet âge, en excluant le Nord - Pas-de-Calais, les écarts d’espérance de vie entre régions s’élèvent encore à 2,5 ans pour les hommes et 1,6 an pour les femmes, contre respectivement 3,6 et 2,1 ans à la naissance.

Dans les années soixante, la mortalité avant 60 ans contribuait le plus aux écarts d’espérance de vie entre régions. Désormais, c’est la mortalité après 60 ans qui est déterminante dans les écarts observés. Ainsi, les hommes domiciliés en Île-de-France et les habitantes des Pays de la Loire se classent respectivement aux troisième et quatrième rangs avant 60 ans. Ils doivent leur forte longévité à leur mortalité après 60 ans, désormais la plus basse du pays. Si l’espérance de vie n’est pas très élevée dans le Nord - Pas-de-Calais, c’est parce que la mortalité y est la plus forte après 60 ans et même dès 35 ans ; en revanche, elle y est l’une des plus faibles avant cet âge.

En 2002, le classement des régions selon la mortalité avant 60 ans ne diffère guère de ce qu’il est après 60 ans, surtout pour les hommes. Cependant, si les disparités de mortalité à plus de 60 ans obéissent approximativement à une opposition nord-sud, comme l’espérance de vie à la naissance, le schéma est plus hétérogène avant 60 ans. Dans ce sens, l’Alsace se distingue par une faible mortalité avant 60 ans, la plus basse pour les hommes, mais son espérance de vie se situe dans la moyenne du fait du niveau peu favorable au-delà. C’est le contraire pour le Languedoc-Roussillon, dans la moyenne également.

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L’espérance de vie reste plus faible dans les départements d’outre-mer

Parmi les départements d’outre-mer (Dom), la Martinique est la mieux placée. En 1990, l’espérance de vie des hommes y dépassait celle de la France entière ; elle lui devient comparable au début du XXIe siècle. En 1990, la Guyane et la Réunion étaient les deux départements français où la longévité moyenne de chaque sexe était la plus basse. En 2001-2002, ce n’est plus le cas pour les hommes puisque la Guyane (72,1 ans) devance le Pas-de-Calais (71,9 ans).

Dans les Dom, plus l’espérance de vie était faible en 1990, plus son augmentation entre 1990 et 2001-2002 a été importante. Parmi tous les départements français, c’est en Martinique que la durée moyenne de vie a le moins augmenté pour chaque sexe. À l’inverse, la hausse a été l’une des plus fortes en Guyane et à la Réunion.

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Insee Première N° 1114 - décembre 2006

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