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Des ménages toujours plus petits

Projection de ménages pour la France métropolitaine à l’horizon 2030

Alain Jacquot, division Logement, Insee

Résumé

Sous l’hypothèse d’une évolution tendancielle de la natalité, de la mortalité, des migrations et des comportements de cohabitation, l’augmentation annuelle moyenne du nombre de ménages entre 2005 et 2030 pourrait être comprise entre 236 000 et 261 000. Cette croissance, rapide les premières années, s’atténuerait ensuite. À l’horizon 2030, le nombre de ménages serait ainsi supérieur d’environ un quart à sa valeur présente, et le nombre moyen de personnes par ménage serait compris entre 2,04 et 2,08 au lieu de 2,31 en 2005. Imputable en grande partie au vieillissement de la population, la baisse de la taille des ménages est quasiment inéluctable.

Sommaire

Publication

Le nombre de ménages augmente plus vite que la population

Le nombre de ménages tend à croître plus vite que la population : + 1,24 % par an en moyenne pour le nombre de ménages entre 1975 et 2005, + 0,48 % pour la population (tableau 1). Le nombre moyen de personnes par ménage tend en effet à baisser : égal à 2,9 en 1975, il n’est plus que de 2,4 en 1999 et de 2,3 en 2005.

Tableau 1 - Croissances comparées de la population et du nombre de ménages
Sources : recensements 1975 à 1990, estimations à partir du recensement 1999, de Sitadel et de l’enquête annuelle de recensement 2005, Insee et SESP.
1975 1982 1990 1999 2005 Évolution annuelle moyenne sur la période 1975-2005 (%)
Population (milliers) 52 599 54 296 56 652 58 492 60 702 + 0,48
Nombre de ménages (milliers) 17 745 19 589 21 542 23 776 25 689 + 1,24
Nombre de personnes par ménage 2,88 2,70 2,57 2,40 2,31 – 0,74

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L’impact du vieillissement de la population sur la taille des ménages

Deux facteurs principaux influent sur l’évolution du nombre de personnes par ménage : l’évolution de la structure par sexe et âge de la population, et les comportements de cohabitation (à sexe et âge donnés). La structure par âges importe car les ménages de personnes âgées, qui n’ont plus d’enfants à charge, sont des ménages plus petits que la moyenne (graphique 1). Depuis vingt ans, les déformations de la structure par âges expliquent une bonne moitié de l’évolution du nombre de personnes par ménage. Cumulées à la croissance de la population, elles expliquent selon les périodes entre les deux tiers et quatre cinquièmes de la croissance du nombre de ménages.

Les générations nombreuses du baby-boom – nées entre 1945 et 1965 – arrivent maintenant aux âges où l’on voit habituellement ses enfants quitter le nid. Sous le simple effet de la croissance de la population et de la poursuite de son vieillissement (graphique 2), il y aurait en moyenne 159 000 ménages supplémentaires chaque année d’ici à 2030, sous les hypothèses de fécondité, de mortalité et de migrations retenues dans le scénario central de la projection de population de l’Insee (stabilité de la fécondité à 1,9 enfant par femme, évolution tendancielle de la mortalité, et solde migratoire annuel de + 100 000 personnes). La contribution des déformations de la pyramide des âges devrait ralentir progressivement – mais non s’annuler – au fur et à mesure que s’épuisera le phénomène d’entrée des générations nombreuses du baby-boom dans les classes d’âge où les tailles de ménages sont plus faibles : proche de 190 000 en début de période de projection, elle ne sera plus que de 150 000 à l’horizon de celle-ci.

Graphique 1 - Taille des ménages par sexe et âge des individus en 2005

Graphique 1 - Taille des ménages par sexe et âge des individus en 2005

Lecture : en 2005, une femme de 30 ans vit dans un ménage de trois personnes en moyenne, c’est-à-dire qu’elle cohabite avec deux personnes.

Source : enquête annuelle de recensement 2005, Insee.

Graphique 2 - Pyramide des âges en 2005 et 2030

Graphique 2 - Pyramide des âges en 2005 et 2030

Source : bilan démographique 2005 et projection de population, Insee.

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L’érosion des modes traditionnels de cohabitation

Le nombre moyen de personnes par ménage diminue aussi du fait de la relative désaffection dont souffrent les modes « traditionnels » de cohabitation. Alors qu’en 1982, 83 % des hommes de 35 ans vivaient en couple, ils ne sont plus que 71 % en 2005 ; chez les femmes, les proportions correspondantes sont de 85 % et 74 % (graphique 3). Corrélativement, au même âge, 11,3 % des femmes sont à la tête d’une famille monoparentale et 8,7 % vivent seules, alors qu’elles étaient 6,7 % et 4,5 % respectivement en 1982. Depuis vingt ans, la vie en couple cède du terrain et de plus en plus de personnes vivent seules – excepté toutefois aux âges élevés, où les gains d’espérance de vie ont pour effet de retarder le veuvage. C’est la tranche d’âge 25-50 ans qui est la plus concernée par ce phénomène. Les unions libres, en moyenne plus fragiles que les mariages, concernent une proportion croissante des couples, et si les taux de divorce observés actuellement pour chaque durée de mariage devaient perdurer, ce sont 43 % des mariages qui se termineraient par un divorce et non plus 33 % comme au début des années quatre-vingt-dix. La vie en couple semble présenter également moins d’attrait pour les jeunes : quand ils quittent leurs parents, à un âge en moyenne guère plus élevé qu’il y a vingt ans, c’est plus souvent pour vivre seul (au moins transitoirement) que pour vivre en couple.

L’indépendance économique des femmes joue plutôt en défaveur de la vie en couple. Depuis trente ans, plus diplômées que leurs aînées, elles ont rejoint massivement le monde du travail, en particulier dans les emplois tertiaires – qui se sont développés, alors que l’emploi industriel et agricole diminuait. Elles interrompent plus rarement leur carrière pour s’occuper de leurs enfants. Des inégalités subsistent certes entre hommes et femmes dans la sphère professionnelle ou dans la répartition des tâches domestiques, mais les hommes et les femmes exercent aujourd’hui (ou sont en mesure d’exercer) des fonctions moins différenciées que par le passé. Cette moindre complémentarité et cette plus grande substituabilité entre les hommes et les femmes réduisent les gains à attendre de la vie à deux.

En l’absence de modifications brutales et/ou importantes de notre environnement économique, tout laisse à penser que ces tendances devraient se poursuivre à un rythme soutenu. Dans certains pays, la taille moyenne des ménages est déjà plus faible (États-Unis, pays nordiques). Par conséquent, il est plausible que la désaffection pour la vie en couple, la montée de la vie en solitaire et de la monoparentalité se poursuivent à un rythme soutenu et régulier jusqu’en 2030. Les personnes aujourd’hui âgées de 60 à 75 ans sont nées pendant la guerre ou avant-guerre et ont été peu enclines à vivre seules ; demain, parviendront aux mêmes âges des générations plus récentes, qui ont vécu l’essor du divorce. La proportion de personnes en couple pourrait par conséquent baisser un peu plus entre 60 et 75 ans que dans les classes d’âge plus jeunes, tandis qu’au-delà de 80 ans, le veuvage devrait intervenir de plus en plus tardivement du fait des progrès de l’espérance de vie et de la réduction des écarts en la matière entre hommes et femmes. Par ailleurs, l’entrée en institution des personnes âgées devrait être de plus en plus tardive car l’espérance de vie sans incapacité a tendance à augmenter au moins aussi rapidement que l’espérance de vie et la durée du séjour en institution se réduit. Chez les jeunes, la projection repose sur l’hypothèse d’une stabilité de l’âge au départ du foyer parental, dans la lignée de ce qui est observé depuis vingt ans, avec une très légère augmentation de la proportion de jeunes vivant seuls et une légère diminution de la proportion de ceux qui vivent en couple.

Graphique 3 - Proportion de personnes vivant en couple selon le sexe et l’âge

Graphique 3 - Proportion de personnes vivant en couple selon le sexe et l’âge

Source : recensement 1982, enquête annuelle de recensement 2005 et projection, Insee.

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Deux scénarios tendanciels

L’ampleur des évolutions attendues est calibrée en référence aux observations des dernières périodes intercensitaires. L’observation relative à la période la plus récente (1999-2005) est à ce stade un peu plus fragile que celle de la période 1990-1999 : d’une part, parce que la nouvelle méthode de recensement introduit des améliorations (comme l’introduction d’une question sur la vie en couple) permettant d’appréhender plus finement les situations individuelles (notamment en matière de modes de cohabitation), mais qui sont susceptibles de rendre plus difficile la comparaison des chiffres du nouveau recensement avec ceux issus des anciens recensements ; d’autre part, parce qu’on ne dispose pas pour cet exercice de projection des résultats d’un cycle complet de recensement. Pour ces raisons, on retient deux scénarios, l’un prolongeant avec un poids important l’observation de la période 1999-2005 et un poids faible la période 1990-1999 (scénario « haut »), l’autre privilégiant la tendance de la période 1990-1999 (scénario « bas »). La contribution des comportements de cohabitation à la croissance annuelle du nombre de ménages est supposée approximativement stable sur la période de projection, autour de 77 000 dans le scénario bas (B) et de 103 000 dans le scénario haut (H), ce qui porte à 236 000 et 261 000 la croissance moyenne attendue du nombre de ménages dans les scénarios B et H respectivement (tableau 2). À l’horizon de la projection, le nombre de ménages pourrait ainsi s’accroître de l’ordre d’un quart (+ 22,9 % dans le scénario B, + 25,4 % dans le scénario H). La proportion de personnes seules, égale à 14 % en 2005, atteindrait à l’horizon de la projection 20,3 % dans le scénario B et 22,1 % dans le scénario H. Corrélativement, les personnes seules représenteraient 43,2 % et 46,0 % des ménages dans les scénarios B et H contre 33,0 % aujourd’hui.

Tableau 2 - Principaux résultats des deux scénarios
Source : recensements de la population 1982 à 1999, enquête annuelle de recensement 2005 et projection, Insee.
Croissance annuelle du nombre de ménages (milliers)... 1982-1989 1990-1998 1999-2004 2005-2009 2010-2014 2015-2019 2020-2024 2025-2029
... due à la croissance de la population 107 76 147 137 125 112 104 101
... due aux déformations de sa structure par âge 106 104 64 51 34 30 48 52
... due à l’évolution des comportements de cohabitation (scénario B) 31 68 108 82 96 70 71 65
... due à l’évolution des comportements de cohabitation (scénario H) 100 108 104 104 97
Total scénario bas (B) 244 248 319 270 254 212 224 218
Total scénario haut (H) 288 267 245 256 250
Nombre de personnes par ménage 1990 1999 2005 2010 2015 2020 2025 2030
Scénario bas (B) 2,57 2,40 2,31 2,25 2,20 2,16 2,12 2,08
Scénario haut (H) 2,24 2,19 2,14 2,09 2,04

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Variantes

Un accroissement (resp. un abaissement) progressif de la fécondité jusqu’à 2,1 (resp. 1,7) enfant par femme n’aurait qu’un impact très modeste sur le nombre de ménages (de l’ordre de 60 000 en 2030), car à l’horizon de la projection, la majeure partie du surcroît d’enfants n’aura pas encore atteint l’âge adulte. Il aurait un impact plus sensible sur le nombre moyen de personnes par ménage, le relevant (resp. l’abaissant) de 0,05 à l’horizon de la projection. La taille moyenne des ménages atteindrait par conséquent 1,99 avec une fécondité basse et les hypothèses de cohabitation du scénario H, et 2,13 avec une fécondité élevée et les hypothèses de cohabitation du scénario B. Comparées aux hypothèses de fécondité, les hypothèses de mortalité ont un impact beaucoup plus marqué sur le nombre de ménages mais nettement plus modéré sur le nombre de personnes par ménage. On peut aussi étudier la sensibilité des résultats à l’hypothèse de solde migratoire. Avec un solde migratoire annuel de 150 000 (au lieu de 100 000 dans le scénario tendanciel), le nombre de ménages en 2030 serait accru d’environ 550 000, sous l’hypothèse que le surcroît de migrants adopte les mêmes comportements de cohabitation que la population autochtone, à sexe et âge donnés. Cette hypothèse peut toutefois prêter à discussion, car l’impact en terme de nombre de ménages d’un surcroît de solde migratoire est sans doute très différent selon la provenance géographique des personnes et le type d’immigration (main-d’œuvre, regroupement familial…).

Dans toutes les variantes étudiées, le nombre moyen de personnes par ménage est compris à l’horizon de la projection entre 1,99 et 2,13 et s’inscrit donc en baisse très sensible en 2030 par rapport à 2005 (2,31). Même avec les comportements de cohabitation constatés en 2005 – à sexe et âge donnés – le nombre moyen de personnes par ménage (2,20 en 2030) serait encore nettement inférieur à celui observé en 2005. Ce n’est qu’en supposant un retour aux comportements de cohabitation de 1990 qu’à l’horizon 2030 la taille moyenne des ménages pourrait être comparable à ce qu’elle est aujourd’hui. Un tel retour à des comportements de cohabitation constatés quarante ans plus tôt est a priori très peu probable, sauf à imaginer une régression généralisée des niveaux de vie.

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Insee Première N° 1106 - octobre 2006

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