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Les indépendants

Franck Evain et Michel Amar, division Salaires et revenus d’activité, Insee

Résumé

On compte en France environ 2,3 millions de travailleurs indépendants, professions libérales, exploitants agricoles, patrons de l’industrie, du commerce et des services ou dirigeants de société. Cette population est très hétérogène, en termes de niveau de qualification, de taille d’entreprise ou encore de revenus. Ils ont gagné en moyenne 30 400 € en 2002 ; ce revenu annuel, qui peut également être composé de salaires, va de 14 000  € dans l’agriculture à 54 000 € dans les professions libérales et assimilées. C’est plus que ce que gagnent en moyenne les salariés ; cela s'explique notamment par leur âge et un temps de travail beaucoup plus important.

Sommaire

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Indépendants ou non-salariés

Une approche sectorielle a permis de définir quatre groupes relativement homogènes d’indépendants de 600 000 individus chacun : les exploitants agricoles, les patrons de la construction, de l’industrie et des transports, ceux du commerce et des services de proximité, et enfin les professions libérales et assimilées. Ces groupes rassemblent en leur sein des individus ayant des statuts divers : entrepreneurs individuels, gérants majoritaires ou minoritaires de SARL, PDG de sociétés anonymes (moins nombreux). Ces derniers seront dénommés ici non-salariés ou indépendants même s’ils ont le statut de salarié de leur propre entreprise.

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Une population âgée, plutôt masculine

Ces indépendants sont en moyenne nettement plus âgés que les salariés (45 ans contre 39 ans). En effet, ils ont généralement débuté dans la vie active comme salariés, exception faite des médecins et des agriculteurs. C’est donc vers 32 ans, après une dizaine d’années d’activité comme salariés, qu’ils deviennent chefs d’entreprise, mis à part les agriculteurs et plus généralement ceux qui reprennent l’entreprise familiale, pour qui l’acquisition du statut d’indépendant se fait plus jeune.

La proportion de femmes parmi eux est très faible (27 %, contre 42 % parmi les salariés du privé).

En matière de formation initiale, ils sont, grâce aux professions libérales, un peu plus diplômés en moyenne que les salariés du privé si l’on se réfère à la proportion de bacheliers (44 % contre 39 %). Ils forment toutefois un ensemble très hétérogène (tableau 1), et nombreux sont les indépendants qui ont débuté dans le salariat comme ouvriers ou employés (tableau 2).

Enfin les non-salariés déclarent des horaires de travail élevés, plus de 55 heures en moyenne par semaine pour ceux qui travaillent à temps complet, contre 39 heures pour leurs homologues salariés du privé. Par ailleurs, 7 % des indépendants se déclarent à temps partiel, contre 16 % des salariés du privé.

Tableau 1 - Diplôme le plus élevé obtenu par les indépendants selon le groupe de secteurs
Lecture : 55,8 % des indépendants exerçant une profession libérale ou assimilée ont un diplôme supérieur à Bac+2.
Champ : indépendants et dirigeants chefs de leur propre entreprise (hors aides familiaux).
Source : enquête Emploi en continu 2004, Insee.
Groupes de secteurs Diplôme supérieur à Bac + 2 Bac + 2 Bac ou brevet professionnel CAP, BEP ou diplôme équivalent BEPC ou aucun diplôme Total
Agriculture 1,9 8,2 18,5 38,6 32,8 100,0
Industrie, construction, transport de marchandises, commerce de gros 9,7 6,9 11,4 46,1 25,9 100,0
Commerce et services de proximité 4,7 7,4 18,8 36,4 32,7 100,0
Services où exercent les professions libérales et assimilées 55,8 24,1 8,5 5,2 6,5 100,0
Tableau 2 - Catégorie socioprofessionnelle des indépendants lors de leur premier emploi
Lecture : 55,9 % des indépendants ou dirigeants exerçant dans l'agriculture ont débuté comme agriculteurs exploitants.
Champ : indépendants et dirigeants chefs de leur propre entreprise (hors aides familiaux).
Source : enquête Formation et qualification professionnelle 2003, Insee.
Groupes de secteurs Agriculteur exploitant Artisan, commerçant ou chef d'entreprise de 10 salariés ou plus Cadre Profession intermédiaire Employé Ouvrier Total
Agriculture 55,9 0,7 1,5 4,1 9,2 28,7 100,0
Industrie, construction, transport de marchandises, commerce de gros 1,2 10,5 5,5 16,9 13,6 52,3 100,0
Commerce et services de proximité 1,3 11,1 1,4 10,2 40,9 35,1 100,0
Services où exercent les professions libérales et assimilées 0,6 2,1 37,0 35,9 14,5 9,9 100,0

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Des profils très divers

Fils d’agriculteurs pour la plupart (80 %), les indépendants du secteur agricole ont souvent débuté dans la vie active comme agriculteurs exploitants (56 %) et plus rarement comme ouvriers agricoles (17 %). Peu diplômés, plus de 70 % d’entre eux ont au mieux un CAP ou un BEP, ils acquièrent le statut d’indépendant assez jeunes par rapport aux autres.

En effet, les agriculteurs succèdent souvent à leurs parents à la tête de l’exploitation familiale, ce qui entraîne une ancienneté dans l’entreprise élevée, approchant les 18 ans en moyenne.

Ils sont, par ailleurs, les non-salariés qui travaillent le plus, avec 60 heures déclarées en moyenne par semaine.

Les petits patrons de l’industrie, de la construction, des transports et du commerce de gros ne sont pas plus diplômés que les agriculteurs, mais ont souvent suivi une formation professionnelle puisque près de la moitié d’entre eux ont un CAP, un BEP ou un diplôme professionnel équivalent.

La majorité d’entre eux ont débuté comme ouvriers (52 %) à l’âge de 20 ans en moyenne et se sont établis comme travailleurs indépendants autour de la trentaine.

Avec 52 heures hebdomadaires en moyenne, ils ont des  horaires assez lourds, supérieurs de 33 % à ceux des salariés travaillant dans les mêmes sec- teurs ; mais moins toutefois que les agriculteurs ou les non-salariés du tertiaire.

Les patrons des commerces et services de proximité ont pour la plupart débuté dans la vie active comme employés (41 %) ou comme ouvriers (35 %), et rarement avec une qualification supérieure.

Un tiers d’entre eux sont au moins bacheliers, un  tiers dispose comme diplôme le plus élevé d’un CAP, d’un BEP ou d’un diplôme équivalent, et les autres n’ont aucun diplôme ou seulement le BEPC.

L’âge moyen auquel les indépendants de ce secteur créent ou reprennent leur entreprise est de 34 ans, et leur rythme de travail est quasiment aussi élevé que celui des agriculteurs avec 58 heures par semaine en moyenne, soit 50 % de plus que les salariés du même secteur d’activité.

La population des non-salariés exerçant une profession libérale ou assimilée regroupe des professions aussi différentes que courtier en assurance, agent immobilier, médecin spécialiste ou généraliste, chirurgien-dentiste, pharmacien, avocat, notaire, architecte, expert-conseil, artiste plasticien, moniteur sportif, infirmier, masseur-kinésithérapeute...

Eux aussi ont acquis leur statut d’indépendant à 33 ans en moyenne. Du fait d’une formation initiale relativement plus longue que celle des petits patrons de l’industrie et du tertiaire, ils se mettent à leur compte plus  tôt dans leur trajectoire professionnelle que les autres.

Ils travaillent en moyenne 51 heures par semaine, soit à peu près autant que les non-salariés du secteur industriel.

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De multiples sources de revenus

Les revenus d’activité des non-salariés peuvent avoir plusieurs composantes, et notamment une composante « salaire ». En effet, il n’y a pas, a priori, d’incompatibilité entre le statut de non-salarié et celui de salarié. Les possibilités de cumul existent : c’est le cas par exemple de l’agriculteur dans une zone de montagne qui est moniteur de ski l’hiver ou encore du médecin libéral qui exerce aussi en milieu hospitalier ou dans un dispensaire.

Au total, 10 % des indépendants cumulent des salaires et des revenus d’activité non salariée. On les trouve plus particulièrement dans les professions de santé (pour près de 20 % d’entre eux), dans les autres professions libérales (12 %) et dans une moindre mesure chez les agriculteurs (10 %). Pour ces personnes qui cumulent les deux types de revenus, la contribution des salaires au revenu global n’est pas négligeable : un quart pour les agriculteurs, un cinquième pour les professionnels de la santé (tableau 3).

Par grand secteur d’activité, selon la source utilisée ici, ce revenu global qui est en moyenne de 30 400 € en 2002, va de 14 100 € annuels dans l’agriculture à 54 400 € pour les professions libérales et assimilées, dont 61 300 € pour les professions de santé. Il est supérieur de 45 % à celui des salariés du secteur privé.

Tableau 3 - Revenu net imposable moyen des indépendants
Lecture : les indépendants exerçant dans l’agriculture gagnent en moyenne 14 083 € par an en 2002. 9,5 % d'entre eux touchent à la fois des revenus d'activité non salariée et un/ ou des salaires. Pour ceux-ci, le salaire représente en moyenne 25,6 % de leur revenu global. Les salariés du privé travaillant dans ce même secteur gagnent en moyenne 14 835 € par an en 2002.
Champ : indépendants et dirigeants chefs de leur propre entreprise (hors aides familiaux) rapprochés des salariés du privé. Ont été exclus les individus déclarant des revenus négatifs ou nuls ainsi que ceux ayant commencé leur activité à une date postérieure à janvier 2002. De même pour les salariés du privé.
Source : enquête Revenus fiscaux 2002.
Groupes de secteurs Revenu global net imposable moyen par an (en €) Indépendants touchant un salaire et des revenus non salariaux Revenu net imposable moyen des salariés du privé par an (en €)
Proportion d'indépendants (%) Part du salaire dans les revenus (%)
Agriculture 14 083 9,5 25,6 14 835
Industrie, construction, transport de marchandises, commerce de gros 31 823 7,7 36,7 21 665
Commerce et services de proximité 22 447 7,3 44,7 15 304
Services où exercent les professions libérales et assimilées 54 405 16,4 22,4 23 132
dont professions de santé 61 306 19,5 20,0 16 145
Ensemble 30 396 10,3 29,4 21 019

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Des revenus sensibles au sexe et à l’âge

Chez les indépendants, la différence de revenu entre hommes et femmes, en moyenne de 32 %, est plus marquée que chez les salariés, même quand on se limite aux cadres. C’est dans l’agriculture et pour les professions libérales et assimilées qu’elle est la plus flagrante (avec des différentiels respectifs de 57 % et 56 %), tandis qu’elle est limitée à 17 % dans l’industrie et la construction, secteurs où la présence féminine est moins fréquente.

Comme chez les salariés, le revenu d’activité moyen varie avec l’âge. Les revenus moyens des quadragénaires sont supérieurs à ceux de leurs collègues plus jeunes. Cette différence est plus marquée chez les non-salariés que chez les salariés. Mais au-delà de 50 ans, le revenu moyen des non-salariés fléchit alors qu’il continue à croître, en moyenne, pour les salariés (graphique).

Une analyse « toutes choses égales par ailleurs » permet de mesurer les effets propres des différents facteurs pouvant avoir une influence sur le revenu (tableau 4). Ainsi, à profil équivalent par rapport aux variables observables, un homme non salarié a un revenu de 27 % supérieur à celui de son homologue féminin. De même, la baisse du revenu à partir d’un certain âge évoquée précédemment se trouve confirmée, les indépendants atteignant un niveau de revenu maximal entre 40 et 49 ans.

Ces effets propres du sexe et de l’âge sur la dynamique de l’entreprise individuelle se retrouvent quand on s’intéresse au taux de survie à 5 ans des entreprises. Toutes choses égales par ailleurs, le taux de survie à 5 ans d’une entreprise dirigée par un homme est supérieur de 10 % au taux de survie d’une entreprise dirigée par une femme. De même, quand l’entrepreneur est âgé de 40 à 50 ans, ce taux est supérieur de 10 % à celui de son homologue âgé de 30 à 40 ans, et de 40 % à celui âgé de moins de 30 ans. Il est identique à celui d’un senior de 50 à 60 ans.

Graphique - Revenus moyens des indépendants selon l’âge, par groupes de secteurs

Graphique - Revenus moyens des indépendants selon l’âge, par groupes de secteurs

Champ : indépendants et dirigeants chefs de leur propre entreprise (hors aides familiaux). Ont été exclus les individus déclarant des revenus négatifs ou nuls ainsi que ceux ayant commencé leur activité à une date postérieure à janvier 2002.

Source : enquête Revenus fiscaux 2002.

Tableau 4 - Mesure des effets propres des principaux facteurs pouvant avoir une influence sur le revenu
Lecture : toutes choses égales par ailleurs, le revenu d'un indépendant est supérieur de 27 % à celui de son homologue de sexe féminin. L'écart est de 20 % pour les salariés du privé.
Champ : indépendants et dirigeants chefs de leur propre entreprise (hors aides familiaux) rapprochés des salariés du privé. Ont été exclus les individus déclarant des revenus négatifs ou nuls ainsi que ceux ayant commencé leur activité à une date postérieure à janvier 2002. Pour les salariés du privé, on ne retient que ceux travaillant à temps complet.
Source : enquête Revenus fiscaux 2002.
en %
Variables Modalités Non-salariés Salariés du privé
Sexe Homme 27 20
Femme réf. réf.
Âge 50 ans ou plus – 2 21
De 40 à 49 ans 14 14
Moins de 40 ans réf. réf.
Taille de l'entreprise Plus de 4 salariés 55 21
De 1 à 4 salariés réf. réf.
0 salarié – 37 sans objet
Horaire hebdomadaire Plus de 40 heures 31 34
40 heures ou moins réf. réf.
Ancienneté dans l'entreprise 10 ans ou plus 69 31
De 5 ans à moins de 10 ans 46 16
De 1 an à moins de 5 ans 34 2
Moins d'un an réf. réf.
Diplôme le plus élevé obtenu Diplôme supérieur à Bac+2 54 97
Bac+ 2 ans 27 48
Bac ou brevet professionnel 7 28
CAP, BEP ou diplôme équivalent 11 11
BEPC ou aucun diplôme réf. réf.
Groupe de secteurs Services où exercent les professions libérales et assimilées 199 27
Industrie, construction, transport de marchandises, commerce de gros 90 24
Commerce et services de proximité 57 10
Agriculture réf. réf.

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Un revenu qui dépend beaucoup des caractéristiques de l’entreprise

Les horaires de travail, qui sont comme on l’a vu particulièrement élevés pour les non-salariés, ont par ailleurs un impact sensible sur le revenu. Comme chez les salariés, le diplôme a un effet sur le revenu du travail des non-salariés, toutes choses égales par ailleurs. Mais alors que chez les salariés les diplômes de niveau IV (souvent un baccalauréat général sans dimension professionnelle) procurent un avantage par rapport à un diplôme de niveau V (principalement certificat d’aptitude professionnelle), cet effet est absent pour les non-salariés. L’influence du diplôme sur le revenu d’un non-salarié est toutefois deux fois moins importante que sur celui d’un salarié. Ceci s’explique par le fait que chez les indépendants, une grande part de l’effet du diplôme est captée par le groupe auquel ils appartiennent. Par exemple, dans le groupe des services où exercent les professions libérales et assimilées, les indépendants sont quasiment tous très diplômés alors que dans ce même groupe de secteurs, les salariés ont eux un niveau d’études beaucoup plus hétérogène, d’où un rendement plus fort du diplôme qui les différencie davantage, et une influence moins forte sur le revenu du secteur en lui-même. Ainsi, la variable qui joue le plus sur le revenu est le groupe de secteurs auquel appartient le non-salarié, qui fait évoluer le revenu du simple au triple selon qu'il est agriculteur ou qu'il exerce une profession libérale. Contrairement à « l’effet âge », l’impact positif de l’ancienneté dans l’entreprise sur le revenu évolue de manière continue. Ce phénomène est plus marqué chez les indépendants que chez les salariés, ce qui peut s’expliquer par le fait qu’il faut du temps pour qu’une entreprise s’installe sur un marché et dégage ses premiers bénéfices. Le dernier facteur qui influence fortement le revenu d’un indépendant est la taille de l’entreprise qu’il dirige. Le revenu est ainsi supérieur de 55 % dans les entreprises comptant plus de 4 salariés par rapport à celles n’en comptant qu’entre 1 et 4.

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Insee Première N° 1084 - juin 2006

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