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Des chiffres pour les hommes... ... des lettres pour les femmes

Zohor Djider, division Études sociales et Fabrice Murat, division Emploi, Insee

Résumé

Parmi les personnes âgées de 18 à 65 ans résidant en France métropolitaine, 14 % des hommes et 11 % des femmes ont des difficultés graves ou assez fortes dans les domaines fondamentaux de l’écrit. En calcul, la situation est inversée, les femmes sont plus souvent en difficulté. Les femmes ont une très mauvaise opinion de leur capacité à lire une carte alors que dans la pratique, elles sont à peine distancées par les hommes. Le lien entre niveau de compétences et situation professionnelle est très fort, surtout pour les femmes : 42 % des femmes ayant de graves difficultés à l’écrit ont un emploi ; cette proportion s’élève à 85 % pour les plus compétentes en lecture.

Sommaire

Publication

Une femme sur quatre ayant entre 25 et 65 ans est diplômée du supérieur

Depuis les années soixante-dix, les filles dépassent les garçons en terme de durée moyenne de scolarisation ou de diplôme : en 2004, 25 % des femmes âgées de 25 à 65 ans ont un diplôme de l’enseignement supérieur et 16 % ont le baccalauréat contre respectivement 21 % et 13 % des hommes. Hommes et femmes se distinguent aussi par le type de formation suivie : les femmes s’orientent plus souvent vers les filières littéraires ou les domaines médicaux et sociaux, tandis que les hommes choisissent davantage les spécialités scientifiques. En termes de compétences, les évaluations en milieu scolaire montrent que les filles ont, dès le cours préparatoire, de meilleurs résultats en lecture que les garçons ; elles font jeu égal avec eux en mathématiques jusqu’au collège, niveau à partir duquel elles ont des performances un peu inférieures.

L’enquête Information et Vie Quotidienne de 2004 a permis d’étudier les écarts de compétences entre hommes et femmes adultes. 10 000 personnes âgées de 18 à 65 ans ont réalisé une série d’exercices afin d’évaluer leurs compétences à l’écrit (en français), en calcul et en compréhension orale (Source). Dans chacun de ces domaines, les personnes ont été classées en fonction de leur niveau de performances (graphique 1).

Graphique 1 - Les hommes sont plus nombreux parmi les moins compétents et les plus compétents

Graphique 1 - Les hommes sont plus nombreux parmi les moins compétents et les plus compétents

Lecture : sur 100 femmes, 6,2 % éprouvent de graves difficultés dans les domaines fondamentaux de l’écrit ; 24,3 % n'ont pas de difficulté dans les domaines fondamentaux et ont réussi plus de 80 % des exercices complexes. Champ : personnes de 18-65 ans résidant en France métropolitaine.

Source : enquête Information et Vie Quotidienne 2004, Insee.

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Les femmes ont moins de difficultés à l’écrit, mais en calcul l’avantage reste aux hommes

Les femmes âgées de 18 à 65 ans sont moins souvent en difficulté face à l’écrit que les hommes. Ainsi, 11 % des femmes ont des difficultés graves ou assez fortes dans les domaines fondamentaux de l’écrit (écriture, lecture, compréhension d’un texte...) contre 14 % des hommes ; pour les personnes scolarisées en France, le taux d’illettrisme est de 8 % pour les femmes et de 11 % pour les hommes.

Les différences s’inversent en calcul : 38 % des hommes ont réussi plus de 80 % des exercices, contre 26 % des femmes (tableau 1). En compréhension orale, les résultats sont très proches : 15 % des femmes et 14 % des hommes ont des performances médiocres (moins de 60 % de réussite aux exercices).

Moins nombreuses, les femmes en difficulté face à l’écrit n’ont pas le même profil de compétences que les hommes en difficulté, l’écriture leur posant moins de problèmes que la compréhension de texte (tableau 2). En effet, elles ont un peu plus souvent des performances médiocres (moins de 60 % de réussite aux exercices) en lecture de mots (16 % contre 13 % pour les hommes) et surtout en compréhension de textes simples (54 % contre 47 % pour les hommes). En revanche, elles réussissent nettement mieux l’exercice de production de mots écrits, c’est-à-dire écrire correctement 8 mots d’une dictée en comprenant 20 : seulement 40 % d’entre elles ont des performances médiocres dans ce domaine contre 50 % pour les hommes.

Tableau 1 - Les femmes réussissent moins bien en calcul
Lecture : 5,8 % des hommes ont réussi moins de 40 % des question de calcul ; 4,1 % ont réussi moins de 40 % des questions de compréhension orale.
Champ : personnes de 18-65 ans résidant en France métropolitaine, hors celles ayant trop de difficultés en français ou en lecture pour passer les tests (1 % de la population).
Source : enquête Information et Vie Quotidienne 2004, Insee.
en %
Proportion de questions réussies Calcul Compréhension orale
Femmes Hommes Femmes Hommes
Moins de 40 % 8,0 5,8 4,9 4,1
De 40 à 60 % 8,0 4,8 10,1 9,6
De 60 à 80 % 57,7 51,5 22,4 23,1
Plus de 80 % 26,3 38,0 62,6 63,2
Ensemble 100,0 100,0 100,0 100,0
Tableau 2 - Résultats dans les domaines fondamentaux des personnes en difficulté à l'écrit
1. L'exercice consiste à lire à haute voix les titres de chansons d'un disque compact. 2. L'exercice consiste à écrire une liste de courses dictée par l'enquêteur. Lecture : 9,8 % des hommes ayant des difficultés dans les domaines fondamentaux de l'écrit ont réussi moins de 40 % des questions portant sur l'identification de mots contre 13 % des femmes en difficulté dans les domaines fondamentaux de l'écrit. Champ : personnes de 18-65 ans résidant en France métropolitaine ayant des difficultés dans les domaines fondamentaux de l'écrit.
Source : enquête Information et Vie Quotidienne 2004, Insee.
Proportion de questions réussies Identification de mots1 Production de mots écrits2 Compréhension d'un texte écrit
Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes
Moins de 40 % 13,0 9,8 23,5 25,5 30,6 28,2
De 40 à 60 % 2,8 3,6 16,1 24,6 23,3 18,8
De 60 à 80 % 10,8 10,8 24,0 25,6 43,4 45,5
Plus de 80 % 73,4 75,8 36,5 24,4 2,7 7,4
Ensemble 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0

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Elles ont moins de facilité à lire une carte...

Des exercices plus complexes (textes techniques, suivi d’itinéraires, lecture de graphiques...) permettent d’étudier les compétences des personnes n’éprouvant pas de difficulté dans les domaines fondamentaux de l’écrit. Les femmes s’en sortent moins bien : ainsi, seulement 24 % d’entre elles ont eu au moins 80 % de réussite contre 30 % des hommes. La population masculine apparaît ainsi plus dispersée que celle des femmes : ils sont plus nombreux dans les niveaux de compétences en lecture les plus hauts et les plus bas. Si la part importante d’hommes parmi les plus en difficulté rappelle les résultats en milieu scolaire, leur forte présence en haut de l’échelle est moins attendue. Par ailleurs, l’écart de réussite entre hommes et femmes sur les exercices complexes varie en fonction des supports utilisés : il est inférieur à 3 points au bénéfice des hommes pour les exercices portant sur des textes d’une demi-page ou d’une page, et passe à 8 points pour le suivi d’un itinéraire sur une carte. Lire un graphique simple semble aussi moins aisé pour les femmes : elles réussissent en moyenne 79 % des questions contre 84 % pour les hommes (graphique 2). La contre-performance relative des femmes sur les exercices complexes peut tenir en partie au type de documents proposés (Source).

Graphique 2 - Performances aux exercices complexes selon le type de document utilisé

Graphique 2 - Performances aux exercices complexes selon le type de document utilisé

Lecture : les hommes n'ayant pas de difficulté dans les domaines fondamentaux de l'écrit réussissent en moyenne 78 % des questions de l'exercice de lecture d'un itinéraire.

Champ : personnes de 18-65 ans résidant en France métropolitaine n'ayant pas de difficulté dans les domaines fondamentaux de l'écrit.

Source : enquête Information et Vie Quotidienne 2004, Insee.

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... et de plus, doutent de leurs capacités à le faire

Les femmes ont une meilleure opinion que les hommes de leur niveau en lecture : 66 % déclarent lire bien ou très bien le français contre 58 % des hommes. Cet écart persiste même en tenant compte des différences de résultats aux exercices : 25 % des hommes en difficulté à l’écrit déclarent lire bien ou très bien le français contre 30 % des femmes de même niveau de compétence. La perception change cependant selon le type d’usage qui est fait de l’écrit. Ainsi, quand il s’agit d’écrire une lettre, les résultats sont assez proches des précédents : 28 % des hommes se déclarent en difficulté contre 22 % des femmes et, là encore, cet écart persiste à niveau de compétence donné. En revanche, dans la lecture d’une carte ou d’un plan, les femmes apparaissent beaucoup moins sûres d’elles : 37 % des femmes déclarent avoir des difficultés contre 13 % des hommes (tableau 3). La différence subsiste, même en tenant compte de leurs moins bons résultats dans ce domaine : 62 % des femmes ayant réussi moins de 4 questions sur les 6 de l’exercice sur l’itinéraire déclarent des difficultés à lire une carte contre 29 % des hommes de même niveau. Pour les personnes ayant réussi toutes les questions de cet exercice, cette proportion est plus faible mais l’écart entre hommes et femmes subsiste (22 % contre 4 % pour les hommes). Les écarts de compétences constatés se trouvent ainsi amplifiés dans la perception qu’en ont les hommes et les femmes, en particulier pour l’usage de cartes.

Tableau 3 - Difficulté déclarée à lire une carte selon le niveau observé et le sexe
1. Cette population n'a pas participé à l'exercice sur la carte. Lecture : 64,9 % des hommes ayant eu entre 0 et 3 bonnes réponses dans la lecture de la carte déclarent ne pas éprouver de difficultés à faire ce type d'activité ; alors que parmi les femmes ayant le même nombre de bonnes réponses, ce sentiment n'est partagé que par 33,3 % d'entre elles. Parmi les hommes en difficulté face à l'écrit, 74,4  % déclarent pouvoir lire une carte sans problèmes ; dans l'ensemble de la population enquêtée, c'est le cas de 82,2 % des hommes et de 56,4 % des femmes. Champ : personnes de 18-65 ans résidant en France métropolitaine.
Source : Insee, enquête Information et Vie Quotidienne, 2004.
Femmes Hommes
Des difficultés Pas de difficulté Ne le fait jamais Total Des difficultés Pas de difficulté Ne le fait jamais Total
Difficultés à l'écrit1 31,1 47,6 21,4 100,0 15,0 74,4 10,6 100,0
Bonnes réponses à l'exercice sur la carte proposé aux personnes n'ayant aucune difficulté dans les domaines fondamentaux de l’écrit
3 ou moins sur 6 61,6 33,3 5,0 100,0 29,1 64,9 6,0 100,0
4 sur 6 37,9 57,5 4,6 100,0 14,4 82,9 2,7 100,0
5 sur 6 27,3 70,1 2,6 100,0 10,7 87,2 1,7 100,0
6 sur 6 22,1 76,1 1,8 100,0 4,4 92,9 2,7 100,0
Ensemble 37,0 56,4 6,6 100,0 13,0 82,2 4,8 100,0

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À même niveau de compétences à l’écrit, un accès à l’emploi inégal

Le lien entre les compétences à l’écrit et la situation sur le marché du travail est sans doute à double sens : une personne maîtrisant mal la lecture a certainement plus de difficultés que les autres à trouver un travail, et avoir un emploi peut donner l’occasion d’entretenir ses compétences à l’écrit. Dans l’enquête, ce lien apparaît plus net chez les femmes que chez les hommes. En effet, la proportion de femmes ayant un emploi augmente régulièrement : 42 % quand elles ont de graves difficultés à l’écrit, 85 % pour celles réussissant très bien les tests, en passant par 56 % pour celles dont les difficultés sont partielles. Si 31 % des hommes en graves difficultés à l’écrit et 20 % de ceux en difficultés assez fortes n’ont pas d’emploi, le taux est de 13 % pour ceux dont les difficultés ne sont que partielles et décroît peu pour les niveaux de compétences en lecture plus élevés (tableau 4). La proportion de femmes ayant un emploi augmente beaucoup plus régulièrement. Parallèlement, la part des femmes au foyer diminue très nettement avec le niveau de compétences en lecture : 42 % des femmes en graves difficultés sont au foyer, contre 7 % parmi celles ayant eu de très bons résultats aux exercices.

Pour les personnes qui ont un emploi, le lien entre compétences et catégorie socioprofessionnelle doit être étudié en tenant compte de la différenciation très forte des professions selon le sexe. Le niveau de qualification de l’emploi croît avec le niveau de compétences, pour les hommes comme pour les femmes : ainsi, 28 % des hommes et 21 % des femmes ayant très bien réussi (plus de 80 % de réussite) les épreuves de lecture sont cadres, le taux étant inférieur à 5 % pour les personnes en difficulté à l’écrit. La part des professions intermédiaires croît aussi avec le niveau de compétences face à l’écrit : 3 % des hommes et des femmes en graves difficultés à l’écrit ont une profession intermédiaire ; ils sont 34 % parmi les hommes les plus compétents en lecture et 40 % des femmes de même niveau. Les hommes ayant les plus bas niveaux de compétences se concentrent dans les professions d’ouvriers : ce type de professions représente 82 % des emplois pour les hommes en graves difficultés à l’écrit contre 16 % pour les plus performants en lecture. Les femmes en difficulté à l’écrit sont environ 60 % à être employées, soit le double des femmes les plus compétentes à l’écrit. Ce sont surtout des employées dans les services aux particuliers : cette catégorie regroupe un quart des emplois pour les femmes en difficultés graves ou assez fortes face à l’écrit et moins de 3 % pour les plus compétentes. Les employées d’un niveau de compétences en lecture élevé travaillent souvent dans les services administratifs des entreprises.

Tableau 4 - Le lien entre activité et compétences en lecture est fort, surtout pour les femmes
Lecture : 69,5 % des hommes ayant de graves difficultés à l'écrit occupent un emploi, 15,5 % sont chômeurs, 1 % sont au foyer et 13,6 % sont dans une autre forme d'inactivité.
Champ : personnes de 18-59 ans résidant en France métropolitaine (hors étudiants et retraités).
Source : enquête Information et Vie Quotidienne 2004, Insee.
Femmes Hommes
Ont un emploi Chômeuses Au foyer Autres inactives Total Ont un emploi Chômeurs Au foyer Autres inactifs Total
Difficultés dans les domaines fondamentaux de l’écrit
Graves 42,3 7,7 42,4 7,7 100,0 69,5 15,5 1,4 13,6 100,0
Assez fortes 54,2 16,4 20,6 8,8 100,0 80,1 11,7 0,0 8,2 100,0
Partielles 56,0 12,9 21,7 9,3 100,0 87,1 6,8 0,1 5,9 100,0
Taux de réussite aux exercices complexes pour les personnes n'ayant aucune difficulté dans les domaines fondamentaux de l’écrit
Moins de 40 % 62,3 12,3 21,6 3,8 100,0 86,4 9,9 0,0 3,6 100,0
De 40 % à 60 % 70,9 10,4 15,9 2,8 100,0 86,5 9,7 0,0 3,7 100,0
De 60 % à 80 % 79,2 9,3 9,9 1,7 100,0 90,6 5,7 0,3 3,3 100,0
Plus de 80 % 85,1 5,9 7,0 2,0 100,0 90,8 7,4 0,7 1,0 100,0
Ensemble 72,9 9,3 14,5 3,3 100,0 87,3 8,2 0,5 4,1 100,0

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Insee Première N° 1071 - mars 2006

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