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Le coût de la main-d’œuvre depuis la crise : des évolutions contrastées en Europe

Antoine Luciani, division Salaires et revenus d’activité, Insee

Résumé

Le coût de la main-d’œuvre dans le secteur marchand est très variable selon les pays de l’ex-Union européenne à 15, de même que sa composition (salaires et traitements bruts ou cotisations employeurs et autres charges). Si la France se situe parmi les pays où ce coût est le plus élevé, sa croissance depuis 2008 a été cependant modérée, tout particulièrement depuis la mise en place du CICE en 2013. Globalement, depuis la crise, les écarts de coûts du travail entre les pays ont eu tendance à s’accroître, alors qu’ils avaient tendance à se rapprocher avant celle-ci.

Sommaire

Publication

Des disparités importantes de niveau et de structure entre pays

Le coût de la main-d’œuvre représente l’ensemble des dépenses encourues par les employeurs pour l’emploi de salariés. Il comprend la rémunération des salariés, englobant les salaires et traitements bruts et les autres éléments de coûts : cotisations sociales employeurs, frais de formation et autres dépenses, taxes sur les salaires, déduction faite des subventions perçues.

Les résultats présentés ici s’appuient sur la dernière enquête quadriennale de 2012 sur le coût de la main-d’œuvre (sources). Les comparaisons portent sur les pays membres de l’ex-Union européenne (UE) à 15, plus homogènes en termes de productivité, de structures de production ou de qualification de la main-d’œuvre que les pays entrés plus récemment dans l’UE.

Parmi les pays de l’ex-UE à 15, le coût horaire de la main d’œuvre dans le secteur marchand s’avère très hétérogène, s’échelonnant de 12,9 euros au Portugal à 41,6 euros au Danemark (figure 1). En France, il s’élève à 35,2 euros en 2012, ce qui la place en 4e position des pays présentant les coûts horaires les plus élevés.

Le coût total peut se décomposer en salaires et traitements bruts d’une part, et autres éléments de coût d’autre part (principalement les cotisations à la charge de l’employeur). Cette décomposition varie sensiblement selon les pays en fonction de la législation sociale et fiscale, mais le niveau du coût est relativement indépendant de sa composition. Ainsi, bien que le coût de la main-d’œuvre danoise soit le plus élevé, les éléments de coûts s’ajoutant aux salaires et traitements bruts y sont réduits (13 % du coût total). Inversement, les autres éléments de coûts sont élevés en Italie (28 %) alors que le coût total de la main-d’œuvre y est relativement modéré. Pour la France, ces autres éléments représentent 34 % du coût en 2012, soit le plus fort niveau en Europe. Ce niveau a baissé depuis de l’ordre de 2 points, avec la mise en place des mesures récentes, notamment le Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi (CICE) à compter de 2013.

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Un effet marqué de la taille de l’entreprise en France

Dans la plupart des pays européens de l’ex-UE15, le coût de la main-d’œuvre varie fortement avec la taille des entreprises, reflétant notamment des différences en termes de structure de qualification. De manière générale, plus l’entreprise emploie un grand nombre de salariés, plus le coût de la main-d’œuvre est élevé. Ce constat s’applique à la plupart des pays, mais de façon plus ou moins marquée, avec quelques exceptions. Dans les pays nordiques (Danemark, Finlande, Suède), la taille de l’entreprise joue assez peu, et le coût de la main-d’œuvre est moins élevé dans les plus grandes entreprises que dans celles de taille intermédiaire (figure 2). Cependant, quel que soit le pays, le coût horaire de la main-d’œuvre reste le plus faible dans les plus petites entreprises.

L’amplitude de l’effet taille est mesurée pour chaque pays par l’écart maximal de coût moyen entre deux catégories de taille d’entreprise, c’est-à-dire l’écart entre la catégorie de taille où il est le plus bas et celle où il est le plus élevé, écart rapporté au coût moyen global (indépendamment de la taille) dans ce pays. Elle s’échelonne de 18 % du coût moyen en Finlande et en Suède à 48 % en Allemagne. En France, cet écart représente 33 % du coût moyen, contre 30 % en moyenne dans les 14 autres pays.

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Augmentation modérée du coût de la main-d’œuvre en France depuis 2008, surtout après 2012

Depuis le début de la crise de 2008, la Grèce, et dans une moindre mesure le Portugal et l’Irlande, se distinguent par une baisse ou une stagnation du coût nominal de la main-d’œuvre (figure 3). Entre 2008 et le troisième trimestre 2014, six pays présentent une augmentation de ce coût inférieure à 14 %. Il s’agit dans l’ordre du Royaume-Uni, de l’Espagne, de la France, des Pays-Bas, de l’Allemagne et du Danemark. Pour ces pays, la hausse du coût horaire s’est produite essentiellement entre 2008 et 2012 sauf en Allemagne et surtout au Royaume-Uni où, au contraire, il semble y avoir un rattrapage après 2012. En France, l’augmentation est modérée (+ 11,1 %), tout particulièrement depuis la mise en place du CICE : entre 2012 et le troisième trimestre 2014, la hausse a été contenue à 1,6 %. Le CICE, a « amoindri » cette hausse de 2,8 points. En comparaison, l’Allemagne enregistre une augmentation deux fois supérieure à la France sur la même période (3,9 %). Sur l’ensemble de la période, le coût horaire nominal a augmenté plus nettement dans le second groupe, qui va de l’Italie (+ 15,8 %) à l’Autriche (+ 21,5 %). Dans ces deux pays et au Luxembourg, la croissance du coût horaire est plus marquée après 2012 qu’entre 2008 et 2012.

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Une tendance à un écartement de l’éventail des coûts depuis 2008

Alors qu’entre 1996 et 2008 les coûts du travail tendaient à se rapprocher, le mouvement est plutôt inverse depuis la crise. Le coût du travail tend à baisser davantage ou à augmenter moins fortement dans les pays où il était déjà relativement faible en 2008, et il croît fortement dans les pays où il était élevé (figure 4).

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Sources

Cette publication repose sur des données de l'enquête européenne sur le Coût de la main-d'œuvre (ECMO) de 2012. Elle porte sur les entreprises de 10 salariés ou plus, dans l'ensemble de l'économie non compris le secteur de l’agriculture, les activités des ménages en tant qu'employeurs et les activités extraterritoriales.

Dans cette publication, les données correspondent aux secteurs marchands (sections B à N de la NACE rev. 2). Les évolutions postérieures à 2012 sont mesurées par les indices du coût du travail (ICT) de chaque pays. Les données de l’enquête de 2012 n’étant pas disponibles pour la Grèce au moment de la rédaction de cette publication, le coût du travail dans ce pays en 2012 a été estimé à partir de l’évolution de l’ICT depuis 2008.

Définitions

Coût horaire de la main-d’œuvre : également appelé coût salarial horaire, il s’agit du coût total d’une heure de travail du point de vue de l’employeur. Il inclut donc les salaires et traitements bruts, mais également les cotisations à la charge de l’employeur, les frais de formation professionnelle et autres dépenses, et enfin les taxes assises sur les salaires déduction faite des éventuelles subventions correspondantes.

Bibliographie

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Insee Focus N° 17 - février 2015

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  • Données complémentaires (64 ko) : Ce fichier présente les données des tableaux et des graphiques de la publication, enrichies éventuellement par des données complémentaires

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