Les séries longues sur le marché du travail regroupent des données historiques sur la population active, l'emploi et le chômage en France métropolitaine, ainsi que sur les caractéristiques des personnes dans ces situations. Les données les plus anciennes remontent à 1955.
Comprendre les sources pour bien utiliser les séries
Ces séries proviennent de sources statistiques très diverses : enquête Emploi, sources administratives, recensement, synthèses de sources... Elles portent sur des périodes, des temporalités et des concepts différents. Leur usage réclame donc une certaine précaution, afin de bien comprendre la signification et le cadre d'utilisation habituel de chacune. Ce cadre d'usage est expliqué et résumé, avant chaque groupe de tableaux de données détaillées.
Deux sources principales permettent le suivi de séries sur le marché du travail sur longue période :
- l'enquête Emploi, annuelle jusqu'en 2002, puis en continu à partir de 2003, est la référence pour le statut d'activité « au sens du Bureau International du Travail ». Elle permet de suivre l'évolution de l'activité, de l'emploi et du chômage selon de très nombreuses caractéristiques des salariés : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, diplôme, type de contrat, etc. C'est également la source de référence pour les comparaisons internationales.
- une source de synthèse, les estimations d'emploi, est la référence pour le suivi conjoncturel de l'emploi. Ces estimations d'emploi sont utilisées, notamment, dans les « notes de conjoncture » de l'Insee, et alimentent par ailleurs la comptabilité nationale. Elles permettent de décliner l'emploi au niveau local (région et département) et de le ventiler à un niveau sectoriel fin. Ces estimations sont obtenues par synthèse de plusieurs sources statistiques, principalement des sources administratives (DADS, SIASP, MSA et ACOSS).
L'Insee a effectué plusieurs changements méthodologiques sur l'enquête Emploi à l'automne 2007. Ces changements ont été pris en compte dans cet Insee Résultats. Les résultats peuvent donc différer de ceux d'autres publications concernant l'enquête Emploi, publiées avant l'automne 2007.
Des séries corrigées pour assurer une homogénéité dans le temps
Au cours du temps, les sources statistiques ont évolué, à la fois en ce qui concerne leurs champs, leurs méthodes, leurs concepts. La comparabilité de deux mesures tirées d'une « même » source à plusieurs années d'intervalle n'est pas forcément assurée. Le questionnaire et la méthodologie de l'enquête Emploi ont par exemple changé à chaque année de recensement (1975, 1982, 1990) et en 2003, au moment du passage à une enquête en continu. Les estimations d'emploi ont également évolué au cours du temps. Avant 2009, elles étaient calées sur les recensements de la population. Depuis septembre 2009, elles sont calées sur les estimations d'emploi localisées.
Le suivi des séries sur longue période nécessite donc un travail de reconstruction, afin d'avoir des mesures comparables. Un tel travail de correction est effectué dans cet Insee Résultats. Cependant, il convient de garder en mémoire le fait que des corrections, appliquées a posteriori, sont toujours basées sur des hypothèses et des choix. Elles peuvent constituer un facteur de fragilité du suivi des séries sur longue période.
Ces corrections sont expliquées en détail dans la partie « méthodologie » de cet Insee Résultats. Elles incluent, notamment, une correction systématique de la rupture de série en 2003 dans l'enquête Emploi, liée au passage d'une enquête annuelle à une enquête en continu.
Où trouver les données les plus récentes ?
Enfin, les séries sur le marché du travail sont par nature vouées à être fréquemment révisées pour ce qui concerne la période la plus proche, au fur et à mesure que de nouvelles données sont disponibles. Une mise à jour en continu n'est pas possible dans le cadre d'une publication telle que « Insee Résultats ». Néanmoins, des liens vers les données les plus récentes ont systématiquement été ajoutés à côté des tableaux de données. L'utilisateur soucieux de données « fraîches » sur la période récente saura y avoir recours.
En 1955, la France métropolitaine comptait 19,5 millions d'emplois (figure 1). En 2008, elle en comptait plus de 26 millions, soit plus de 6 millions d'emplois créés en 53 ans. Cette hausse, qui traduit en premier lieu la progression de la population en âge de travailler, représente un peu plus de 100 000 emplois créés par an sur une moyenne de long terme.
Sur cette tendance générale à la hausse se superpose l'effet des cycles conjoncturels. Ainsi, les périodes de fortes créations d'emplois (les années 1960 et le début des années 1970, la fin des années 1980, la fin des années 1990) alternent avec des périodes de stagnation, voire de diminution du niveau global d'emploi (la première moitié des années 1980 et celle des années 1990).
La hausse tendancielle de l'emploi est confirmée par les deux principales sources de suivi de l'emploi en France métropolitaine : les estimations d'emploi (issues de sources administratives et calées sur les Estimations d'emploi localisées [Estel] depuis septembre 2009) et l'enquête Emploi. Ces deux sources brossent cependant un tableau légèrement différent, avec une hausse de l'emploi un peu moins forte sur les 30 dernières années (1975-2008) dans l'enquête Emploi que dans les estimations d'emploi.
Cet écart illustre un fait important, qu'il faut garder en mémoire pour bien analyser les séries sur le marché du travail : l'emploi est une réalité complexe, et des sources statistiques différentes correspondant à des concepts (c'est-à-dire des définitions) différents de l'emploi peuvent aboutir à des messages légèrement différents. En l'occurrence, l'enquête Emploi correspond au concept d'emploi « au sens du Bureau International du Travail » (BIT) : est comptée comme ayant un emploi une personne déclarant avoir travaillé, ne serait-ce qu'une heure, au cours d'une semaine de référence. Les estimations d'emploi, du fait de leur calage sur Estel, correspondent à un concept dit « BIT répertorié » : est comptée comme ayant un emploi une personne dont l'employeur a déclaré au moins une heure travaillée pendant la dernière semaine de l'année. Par ailleurs, l'enquête Emploi se limite au champ des ménages alors que les estimations d'emploi intègrent également les personnes vivant dans des habitations mobiles ou résidant en collectivité.
Figure 1 : Emploi total en France métropolitaine (moyenne annuelle)

Champ : France métropolitaine.
Source : Insee, estimations d'emploi (sources administratives) et enquête Emploi, corrigée de la rupture de série en 2003
La croissance de l'emploi sur les trente dernières années s'est accompagnée de changements profonds. En 1970, l'emploi était principalement masculin (64 %). L'industrie (29 %), l'agriculture (13 %) et la construction (10 %) représentaient à eux trois près de la moitié des emplois, et plus d'une personne sur cinq ayant un emploi exerçait une activité non salariée (21 %). En 2008, l'emploi est essentiellement salarié (91 %), tertiaire (76 %) et s'approche de la parité (47 % de femmes). Une autre évolution marquante concerne les types d'emploi (figure 2), avec une tendance générale à la hausse de ce que l'on nomme communément les « formes particulières d'emploi » : contrats à durée déterminée (CDD) et contrats saisonniers, intérim, stages et contrats aidés, apprentissage. De 1982 à 2008, la part de ces formes d'emploi a plus que doublé, passant de 5,4 % à 12 % de l'emploi total. Si ces formes particulières d'emploi restent largement minoritaires dans l'emploi total, elles se généralisent en revanche chez les jeunes, pour lesquels elles représentent plus de la moitié des emplois en 2008, contre moins d'un sur cinq en 1982.
Figure 2 : Développement des formes particulières d'emploi (tous âges confondus)

Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 ans et plus.
Source : Insee, enquête Emploi corrigée de la rupture de série en 2003.
L'augmentation des formes particulières d'emploi chez les jeunes s'est faite tout au long des années 1980 et 1990, mais avec des dynamiques différentes selon les types d'emploi (figure 3). L'intérim et les CDD ont eu une croissance forte lors des phases de conjoncture « haute », et ont été en léger repli lors des phases de conjoncture « basse » (début des années 1990 et début des années 2000). Ce caractère pro-cyclique s'explique par le fait qu'il s'agit de formes d'emploi plus flexibles pour les employeurs, qui les utilisent donc pour s'ajuster aux variations de la demande : c'est par ces formes d'emploi que les employeurs embauchent lorsque la demande décolle, et ce sont les premières touchées par les réductions d'effectifs lorsque cette demande diminue. Le recours à l'apprentissage et le nombre de contrats aidés correspondent, en revanche, plutôt à des décisions de politique économique : ces formes d'emploi sont souvent utilisées de manière contra-cyclique par les pouvoirs publics, afin d'atténuer les effets négatifs sur l'emploi des phases de conjoncture « basse ».
Figure 3 : Développement des formes particulières d'emploi (jeunes de 15 à 24 ans)

Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 ans à 24 ans.
Source : Insee, enquête Emploi corrigée de la rupture de série en 2003.
La croissance de l'emploi traduit avant tout celle de la population en âge de travailler. Cependant, derrière les phénomènes démographiques, les fortes évolutions des comportements d'activité contribuent également à modeler les variations de l'emploi. Ces comportements, qui traduisent la participation ou non des individus au marché du travail, ont évolué de manière très différente selon le sexe et l'âge (figures 4 et 5).
Figure 4 : Taux d'activité des hommes au sens du BIT

Champ : France métropolitaine, population des ménages, hommes de 15 ans et plus.
Source : Insee, enquête Emploi corrigée de la rupture de série en 2003.
Figure 5 : Taux d'activité des femmes au sens du BIT

Champ : France métropolitaine, population des ménages, femmes de 15 ans et plus.
Source : Insee, enquête Emploi corrigée de la rupture de série en 2003.
Si les taux d'activité sont restés très élevés (de l'ordre de 95 % de la population) parmi les hommes d'âge moyen, ils ont fortement diminué aux deux extrêmes de la vie active, notamment chez les moins de 25 ans et chez les hommes de 50 ans et plus. Cette baisse des taux d'activité, déjà engagée au début des années 1970, ne s'est arrêtée qu'au début des années 1990 pour les seniors et à la fin de ces années 1990 pour les jeunes. Pour les seniors, elle s'explique en partie par des changements dans la structure des emplois, par exemple par la disparition de certains métiers d'artisanat ou d'agriculture dans lesquels on cessait traditionnellement son activité à un âge avancé. Mais elle est surtout la conséquence de la mise en place de dispositifs favorisant le retrait des seniors du marché du travail. Pour les jeunes, elle résulte de la forte augmentation des taux de scolarité.
Chez les femmes, la diminution des taux d'activité aux âges extrêmes est contrebalancée par la hausse tendancielle, de génération en génération, de l'activité féminine. Chez les 25-49 ans, le taux d'activité passe ainsi de 60 % en 1975 à près de 84 % de la population féminine en 2008. Chez les plus de 50 ans, l'augmentation de la participation féminine au marché du travail compense la baisse tendancielle de l'activité des seniors, d'où une baisse du taux d'activité qui reste très faible entre 1970 et le début des années 1990.
Les variations de l'emploi et de la population active se traduisent, par solde, par des variations du chômage (figure 6). Après une montée continue au cours des années 1970 et au début des années 1980, le taux de chômage en France métropolitaine est resté, pendant les 20 dernières années, à un niveau élevé, proche de 10 % de la population active. Son profil suit celui des cycles conjoncturels, avec des baisses qui peuvent atteindre plusieurs points de taux de chômage en période de conjoncture haute (−1,2 point entre 1987 et 1990, −3 points entre 1997 et 2001 et −1,4 point entre 2006 et 2008) et des augmentations en période de conjoncture basse.
Figure 6 : Taux de chômage et de sous-emploi au sens du BIT en moyenne annuelle

Note : (1) à compter du premier trimestre 2008, la formulation de la question sur le souhait de travailler plus d'heures utilisée pour le calcul du sous-emploi a été modifiée pour se rapprocher du concept BIT. D'une part, le souhait d'effectuer un plus grand nombre d'heures est désormais exprimé, comme pour la mesure du chômage BIT, pour une semaine donnée et non plus à un horizon indéterminé. Cette modification rend impossible les comparaisons avec les niveaux précédents. D'autre part, ne sont plus comptées dans le sous-emploi les personnes à temps partiel souhaitant travailler plus d'heures, recherchant un emploi mais n'étant pas disponibles.
Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 ans et plus.
Source : Insee, enquête Emploi corrigée de la rupture de série en 2003.