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L'observation sociale de la Nièvre : des défis distincts selon les territoires

Christine Lecrenais - Insee

Résumé

La Nièvre présente des caractéristiques sociales loin d’être uniformes sur son territoire. Une diagonale sépare le département. À l’est de celle-ci, dans la partie la plus rurale, la population est plus âgée, moins active, le marché du travail plus fragile et les habitants disposent de revenus peu élevés. Ces territoires sont confrontés aux différents défis du vieillissement démographique. À l’ouest, où vivent davantage de familles avec enfants, les habitants sont plus jeunes, plus actifs et globalement plus aisés. Mais des situations de précarité sont présentes partout et l’insertion des jeunes est souvent un enjeu. La ville de Nevers, au tissu social hétérogène, concentre une part importante de population à bas revenu du département.

Sommaire

Publication

La Nièvre rassemble 219 600 habitants en 2010. Elle connaît un léger regain d’attractivité : certains cantons attirent en particulier des franciliens venus s’établir dans le département pour leur retraite. Ces arrivées limitent la baisse de la population, due au solde naturel déficitaire. La Nièvre perd des habitants depuis plusieurs décennies, mais le rythme s’est ralenti sur la période récente.
Le vieillissement de la population se poursuit. Avec un quart de ses habitants âgés de 65 ans et plus contre 17 % en France métropolitaine, la Nièvre est l'un des départements les plus âgés. Retraités ou préretraités sont plus nombreux qu'en moyenne métropolitaine et les taux d'activité sont plus faibles, pour les hommes, les femmes et les seniors. Les jeunes nivernais rencontrent aussi davantage de difficultés à s'insérer : 24 % des 18-25 ans ne sont ni en emploi, ni en formation contre 19 % en métropole. Depuis début 2010, le taux de chômage de la Nièvre progresse plus fortement qu'au plan national. Au quatrième trimestre 2012, 10,4 % de la population active est au chômage contre 10,2 % au niveau national.
Tous ces éléments influencent le niveau de vie des Nivernais. La Nièvre fait partie du quart des départements français les plus pauvres : 20,1 % des habitants vivent avec un bas revenu contre 17,4 % pour la métropole. Cette pauvreté se manifeste en milieu rural comme en milieu urbain. Elle touche davantage les familles monoparentales, les couples avec enfants, et donc les enfants qui vivent dans ces familles.

Chiffres clés de la Nièvre
Indicateurs Nièvre Bourgogne France métropolitaine
(1) Les indicateurs de bas revenu sont calculés sur un champ restreint de la population des moins de 65 ans couverte par une allocation CAF.
Sources : Insee, Recensements de la population 2010 (populations légales) et 2009 (exploitations principale et complémentaire), Taux de chômage localisés ; Cnaf 2010 ; DGFiP, Revenus fiscaux localisés des ménages 2010.
Population (nombre d'habitants, au 1er janvier 2010) 219 600 1 642 000 64 613 000
Indice de vieillissement (nombre de 65 ans ou plus pour 100 personnes de moins de 20 ans, en 2009) 118 88 69
Part des familles monoparentales dans l'ensemble des familles (en %, en 2009) 12,4 11,7 13,7
Revenu fiscal médian par UC (en euros, en 2010) 17 300 18 200 18 700
Disparité des revenus (rapport interdécile en 2010) 5,0 4,5 5,6
Population à bas revenu (en nombre, en 2010) (1) 29 500 191 200 8 307 000
Population à bas revenu (en %, en 2010) (1) 20,1 16,2 17,4
Taux d'activité des 15-64 ans (en %, en 2009) 68,4 71,6 71,9
Taux de chômage localisé (en %, au 4e trimestre 2012) 10,4 9,7 10,2
Proportion de salariés en emploi précaire (en %, en 2009) 14,5 15,1 15,0
Proportion de jeunes de 18 à 24 ans non insérés (en %, en 2009) 23,9 19,3 18,8
Proportion de jeunes de 20 à 24 ans non scolarisés et non diplômés (en %, en 2009) 21,9 21,1 21,2

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Des situations sociales contrastées selon les cantons

Au-delà du constat départemental, les disparités sociales se repèrent à un niveau plus fin. Des diagnostics territorialisés partagés sont indispensables à la mise en place d'actions visant à favoriser la cohésion sociale. L'échelon des cantons, plus fin que celui des sites de l'action médico-sociale, a donc été retenu pour apprécier les disparités.
Revenus, pauvreté, âge, niveau de diplôme, difficultés d'insertion, caractéristiques de l'emploi, profil des familles, rendent compte de diverses formes de difficultés sociales et de risques de précarité. L'analyse de ces indicateurs sociaux permet de classer les trente-trois cantons de la Nièvre en six groupes.

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Une population âgée et des territoires attractifs à l'Est

Les onze cantons de Brinon-sur-Beuvron, Château-Chinon, Châtillon-en-Bazois, Donzy, Lormes, Luzy, Montsauche-les-Settons, Moulins-Engilbert, Saint-Amand-en-Puisaye, Tannay et Saint-Saulge, tous situés à l'est du département, dans sa partie la plus rurale et la moins dense, forment le premier groupe. Ils recouvrent des communes situées en dehors de l'influence des pôles d'emplois, où les résidences secondaires sont très présentes (34 % contre 15 % dans la Nièvre). Cet ensemble qui regroupe 42 200 habitants, soit 19 % de la population nivernaise, connaît un déclin démographique (- 0,2 % en moyenne annuelle entre 1999 et 2010). Il est pourtant attractif : des retraités ou futurs retraités en provenance de l'Île-de-France s'y installent. Ses habitants sont plus âgés qu'au plan départemental. Les personnes de 65 ans et plus représentent 30 % de la population. Elles sont presque deux fois plus nombreuses que celles de moins de 20 ans, ce ratio atteint même 2,2 dans le canton de Luzy. Dans ces territoires, beaucoup de retraités, un sur cinq, sont d’anciens agriculteurs. Les résidents de ces cantons rencontrent davantage de difficultés par rapport à l'emploi : le taux d'activité est plus faible surtout pour les femmes et les seniors et davantage de salariés sont en emploi précaire (17 % contre 14,5 % dans le département) ou à temps partiel (près de 22 % contre 18 %). Le revenu médian par unité de consommation est de 16 100 euros en 2010, soit 1 100 euros de moins que pour l'ensemble de la Nièvre.

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Six familles de territoires au regard des disparités sociales

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Population âgée et situation de fragilité pour d'autres territoires

Les quatre cantons de Varzy, Prémery, Corbigny et de Fours, également situés à l'est de la diagonale, rassemblent 8 % de la population nivernaise. Ils présentent des caractéristiques proches du groupe précédent quant à l'éloignement des pôles d'emploi, l'âge de la population, la présence marquée de retraités, la faiblesse du revenu et le nombre d'habitants en baisse malgré une certaine attractivité résidentielle.
Mais ils s'en distinguent toutefois. Ils sont davantage touchés par la précarité et les jeunes, comme les femmes, rencontrent des difficultés d'insertion plus grandes.
En effet, un quart des 18-24 ans ne sont pas insérés, c'est-à-dire ne poursuivent plus d'études et n'occupent pas d'emploi. Près d’un quart des 20-24 ans ayant terminé leurs études n’ont pas de diplôme. Dans le canton de Corbigny, les difficultés d'insertion concernent un tiers des jeunes.
Le taux d'emploi des femmes est aussi plus faible. C'est en particulier le cas dans les cantons de Prémery et de Varzy.
Toujours par rapport aux onze cantons précédents, une plus large partie de la population se trouve en situation précaire : un habitant sur cinq vit sous le seuil de bas revenus. Les 10 % des ménages les plus pauvres déclarent moins de 6 200 euros annuels par unité de consommation en 2010. Compte tenu de l'âge de la population, de l'éloignement des pôles urbains et de la faiblesse des revenus dans ces territoires, une attention particulière doit être portée aux personnes âgées et à leur accompagnement en terme d'accès aux services, d'adaptation des logements, de mise en place de structures ou de solutions d'accueil pour les personnes dépendantes.

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Des territoires plus urbains, où les jeunes sont confrontés à des difficultés d'insertion

Les huit cantons de Cosne-Cours-sur-Loire Ville, Nord, Pougues-les-Eaux, Imphy, La Machine, Decize, Saint-Pierre-le-Moûtier et de Clamecy forment le troisième groupe. Ils comptent 65 100 habitants. À l'exception de Clamecy, ils sont tous situés dans la partie ouest de la Nièvre, la plus urbaine. Leurs communes sont sous l’influence ou correspondent à des pôles d’emploi. Cet espace, plus jeune, perd des habitants, ne bénéficiant pas du regain d'attractivité résidentielle observé à l'est du département. L'emploi global est stable depuis 1999 sur ce territoire où ouvriers et employés sont surreprésentés. Le marché du travail est atone et difficile d'accès notamment pour les jeunes. La proportion de jeunes non insérés, 27 %, est la plus importante de tous les groupes. À Clamecy, elle atteint même 33 %. Là aussi, les jeunes sont plus souvent non diplômés, les familles monoparentales comme les ménages à bas revenu davantage présents : une personne sur cinq vit dans un ménage à bas revenu.
Pour cet espace plus urbain et plus jeune où une population modeste est éloignée de l'emploi, l'insertion des jeunes constitue un enjeu fort. Le développement de dispositifs de soutien financier ou d'aides pour l'accès au logement constitue une première réponse de lutte contre les fragilités sociales de ces territoires. Un éventail de formations palliant l'absence de diplôme ou permettant une meilleure adéquation avec le marché du travail local serait aussi de nature à favoriser l'accès à l'emploi des jeunes.

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Un taux d'emploi des femmes plus élevé à l'ouest

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Des territoires périurbains accueillant des familles d'actifs

Les cantons de Pouilly-sur-Loire, Cosne-Cours-sur-Loire-Sud, la Charité-sur-Loire, Guérigny, Saint-Benin-D'Azy et Dornes forment le quatrième groupe. Situés à l'ouest du département, pour la plupart dans le couloir ligérien, ils sont composés de communes périurbaines se trouvant dans l'orbite des principaux pôles d'emploi de la Nièvre et, pour le cas de Dornes, de Moulins. Ces cantons regroupent 21 % des habitants de la Nièvre et accueillent des familles d'actifs. Leur population se trouve donc moins confrontée à la précarité. Ces espaces attirent des familles en provenance des villes-centres comme Nevers, Cosne-Cours-sur-Loire ou Moulins. Leur population augmente mais de façon modérée et la structure par âge des habitants est équilibrée. Les taux d'activité comme les taux d'emploi des hommes et des femmes y sont plus élevés. Les professions intermédiaires sont surreprésentées et les indicateurs de précarité moins élevés. Le revenu médian se situe au-dessus de la moyenne départementale. il est constitué en majorité de revenus salariaux.
Ces territoires doivent répondre aux besoins et aux attentes des familles récemment installées en terme d'accès aux services liés à l'enfance, à l'éducation et plus généralement aux commerces et services de proximité.

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Un revenu plus élevé dans les cantons de Nevers Sud et Est

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La proche couronne de Nevers, avec des familles aisées

Les trois cantons Nevers-Nord, Nevers-Est et Nevers-Sud forment un cinquième ensemble distinct. Il s'agit de cinq communes situées en limite de Nevers. Ces territoires accueillent des familles aisées, dans l'ensemble épargnées par la précarité, dont les actifs sont qualifiés. Ces territoires gagnent des habitants : les naissances l'emportent sur les décès et de nouveaux arrivants s'y installent. Ces trois cantons sont plus jeunes. Les nouveaux habitants en provenance de la ville de Nevers ou de son aire urbaine sont des familles d'actifs : les catégories sociales supérieures, cadres et professions intermédiaires y sont surreprésentées. Ces actifs, toutes catégories confondues, ont le plus souvent un emploi. À l'exception du canton de Nevers-Est, les jeunes non insérés sont moins nombreux. Le revenu médian par unité de consommation, de 21 100 euros, est le plus élevé de tous les groupes, supérieur de 3 800 euros à celui de la Nièvre. Les ménages à bas revenu sont moins présents.

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Un tiers des jeunes non insérés à Clamecy et Corbigny

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La ville de Nevers à la population très hétérogène

La ville de Nevers concentre 17 % de la population de la Nièvre. Elle constitue un territoire à part. Comme la plupart des grandes villes, elle est marquée par de fortes inégalités sociales : des zones sensibles côtoient des quartiers résidentiels ou d'habitat diversifié. Le parc locatif social est étendu : 29 % de la population réside dans un logement de type HLM. La ville accueille de nombreux ménages aisés exerçant une profession intellectuelle supérieure ou intermédiaire et bien insérés sur le marché du travail. Mais, beaucoup d'habitants sont en situation de pauvreté : un tiers de population de la ville vit dans un ménage à bas revenu. Le revenu médian de 16 600 euros, relativement peu élevé, masque une forte hétérogénéité des ressources des habitants : les 10 % les plus pauvres déclarent moins de 2 700 euros ; les 10 % les plus riches déclarent plus de 33 600 euros, soit douze fois plus. Les familles monoparentales comme celles de trois enfants ou plus sont nombreuses. La précarité touche davantage les familles : un enfant sur quatre vit dans une famille dont les parents sont sans emploi : c'est un enfant sur deux pour les familles monoparentales. Enfin, les jeunes non insérés, comme non diplômés sont nombreux.

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Des sites d'action médico-sociale à la population hétérogène

À la lumière de cette analyse, les sites d’action médico-sociale qui ne recoupent pas parfaitement les limites cantonales, présentent plus ou moins d’hétérogénéité. Les sites situés à l’est sont plus homogènes, à l’exception de celui de Clamecy, où la précarité et les difficultés d’insertion et de qualification des jeunes sont plus présentes. Côté ouest, les sites de Cosne-Cours-sur-Loire et Decize présentent une plus grande mixité de territoires, à la fois urbains et ruraux.
La ville de Nevers est divisée en deux sites d'action médico-sociale : Nevers-Est et Nevers-Ouest. Chacun des deux sites présente des caractéristiques proches pour la structure par âge de leur population, en revanche leur composition sociale diffère. Les situations de précarité sont plus fréquentes dans le site de Nevers-Est qui accueille davantage de ménages locataires HLM (37 % contre 20 % pour le site Nevers-Ouest), de familles monoparentales et de population vivant sous le seuil de bas revenu. Les ouvriers et les employés y sont surreprésentés alors que le site Nevers-Ouest compte davantage de cadres et de professions intermédiaires. Le revenu médian des ménages du site Ouest est supérieur de 2 900 euros à celui du site Est. Ce dernier accueille une population plus hétérogène : l'écart entre les plus pauvres et les plus riches est deux fois plus important que dans le site de Nevers-Ouest.

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Méthodologie

La classification des 33 cantons de la Nièvre a été réalisée à partir d'une analyse en composantes principales (ACP). Cette analyse a mis en évidence 26 variables qui contribuaient le plus à la différenciation des territoires. Ces variables concernent aussi bien le contexte démographique et socio-économique (indice de vieillissement, part de familles monoparentales, part de familles de 3 enfants ou plus, revenu fiscal médian par UC, distribution des revenus fiscaux, part des cadres, niveau de diplôme) que le niveau de précarité (proportion de personnes appartenant à un ménage à bas revenu), d'emploi et d'insertion (taux d'emploi des femmes, des seniors, part des jeunes de 18 à 24 ans non insérés, part des salariés en emploi précaire) ou les conditions de vie et le logement (part des ménages locataires HLM, part des personnes de 80 ans et plus vivant seules). La prise en compte de ces variables dans une classification ascendante hiérarchique (ACH) a abouti à la constitution de six groupes de cantons aux caractéristiques sociales différentes.

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