Aller au contenu

Aller au menu principal

Aller à la recherche

Liens transversaux haut

Pages de Profils n°89 - février 2011

Immigrés en Nord-Pas-de-Calais : une implantation liée à l'histoire économique en Nord-Pas-de-Calais

Pierre Chaillot et Danièle Lavenseau, Service Études et Diffusion

En 2007, 182 900 immigrés, soit 4,5 % de la population, résident dans le
Nord-Pas-de-Calais. Si la part d'immigrés dans la population régionale a baissé depuis les années soixante-dix, elle progresse légèrement depuis 1999. Aux courants migratoires les plus anciens venus de Belgique ou de Pologne, liés aux évolutions économiques de la région et de ces pays, ont succédé ceux de l'Europe du Sud et du Maghreb. En 2007, 72 % des immigrés nordistes sont originaires de six pays : Algérie, Maroc, Belgique, Italie, Portugal et Pologne. Une partie de
l'ex bassin minier, la métropole lilloise et la zone frontalière de Sambre-Avesnois constituent les principaux territoires d'accueil.

Sommaire

Publication

En 2007, le Nord-Pas-de-Calais compte 182 900 immigrés, c'est-à-dire des personnes résidant en France et nées avec une nationalité étrangère dans un pays étranger (cf. graphique 1). La part d'immigrés dans la région (4,5 %) est inférieure à la moyenne nationale (8,3 %) et se situe parmi les plus faibles sur une échelle allant de 2,6 % pour la Basse-Normandie à 17,2 % pour l'Île-de-France (cf. carte 1).Dans la région, le nombre d'immigrés qui était en baisse jusqu'en 1999, a remonté faiblement depuis. En France ce nombre était en faible hausse jusqu'en 1999 et connaît une plus forte augmentation dans les années 2000. Afin d'accompagner l'insertion au sein de la société française, les pouvoirs publics ont engagé des Programmes Régionaux pour l'Intégration des Personnes Immigrées (PRIPI) dont un des objectifs est de donner une nouvelle impulsion à la politique d'intégration des familles issues de pays tiers (cf. encadré) .




Encadré : qu'est-ce que le p.r.i.p.i. ?

Les Programmes Régionaux d'Intégration des Populations immigrées ont été lancés en 1990 et rendus obligatoires par la loi de programmation pour la Cohésion Sociale du 18 janvier 2005 : « sous l'autorité du représentant de l'Etat , il est élaboré dans chaque région et dans la collectivité territoriale de Corse un programme régional d'intégration des populations immigrées. Ce programme détermine l'ensemble des actions concourant à l'accueil des nouveaux immigrants et à la promotion sociale, culturelle et professionnelle des personnes immigrées ou issues de l'immigration ».

La relance de programmes régionaux d'intégration des populations immigrées - PRIPI - a été annoncée par la circulaire du 7 janvier 2009 relative à la nouvelle politique d'intégration des étrangers en situation régulière.

Le Ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité Nationale et du Développement Solidaire, par circulaire du 28 janvier 2010 relative à la relance de Programme Régionaux d'Intégration des Populations Immigrées, entend donner une impulsion nouvelle à la politique publique d'intégration des migrants en associant les acteurs locaux à l'analyse partagée et territorialisée des situations et des besoins pour l'élaboration d'un plan d'actions pour la région.

La politique d'intégration a connu de fortes évolutions ces dernières années avec la création de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (loi du 25 mars 2009) qui est compétent pour l'accueil des nouveaux arrivants et leur intégration durant les cinq premières années sur le territoire français par la mise en oeuvre du contrat d'accueil et d'intégration.

Les pôles sociaux des services déconcentrés des affaires sociales (DRASS et DDASS) qui suivaient les PRIPI et plans départementaux d'accueil et d'intégration ainsi que les directions régionales de l'Acsé ont, depuis le
1er janvier 2010, intégré respectivement les nouvelles Directions Régionales
de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale et les Directions Départementales de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations.


haut de page

Une terre d'immigration

Les immigrés ne sont pas uniformément répartis dans la région, leur lieu de résidence étant souvent lié à l'histoire de leur arrivée en France. Les immigrés présents dans la région en 2007 ont pu s'y installer à des époques différentes (cf. graphique 2). (cf. graphique 6). La région a connu en 150 ans plusieurs vagues d'immigrations, et le recensement de la population en donne une photographie. Les premiers sont arrivés au XIXe avec le développement industriel, notamment textile, puis suite aux accords commerciaux et politiques avec différents pays pour exploiter les mines. La crise économique mondiale qui touche l'industrie minière française à partir de 1931 affecte directement la région et de nombreux immigrés sont retournés dans leurs pays pour raisons économiques. L'ouvrage
« Histoire et mémoire des immigrations dans le Nord-Pas-de-Calais » de Judith Rainhorn, permet de porter un regard historique sur ce phénomène
(cf. pour en savoir plus).



Les immigrés venus de Belgique ont été les premiers à alimenter les besoins de main d'œuvre d'une industrie naissante. Ils sont au troisième rang parmi les pays les plus représentés. De 200 000 autour des années 1900, leur nombre a diminué depuis progressivement pour atteindre 40 000 en 1954. Ils sont quelque 19 000 aujourd'hui, niveau en quasi-stabilité depuis 1999.

La plupart des immigrés polonais sont arrivés avant la seconde guerre mondiale pour travailler dans les mines. Leur nombre à cette époque avoisinait 150 000, aujourd'hui leur population comprend moins de 9 900 immigrés, essentiellement des personnes âgées et en particulier des femmes.

Les immigrés nés en Italie sont arrivés pour la majorité d'entre eux après la seconde guerre mondiale pour participer à la reconstruction de la France par accord entre les deux pays. Ils sont plus de 22 000 dans la région au début des années 50 et près de 13 000 aujourd'hui.

Les immigrés nés au Portugal constituent un apport indépendant des autres dans les années 1960 - 1970. Ils se sont implantés et sont restés dans les communes de Roubaix, Tourcoing et Lille.

Les immigrés nés en Algérie sont arrivés après 1945, en deux fortes vagues entre lesquelles des arrivées constantes sont observées. La première vague correspond à la guerre d'Algérie, au milieu des années 60. La seconde est beaucoup plus récente et date du milieu des années 2000. Cette arrivée compte pour une part importante de l'immigration récente au sein de la région.

Les immigrés nés au Maroc sont arrivés plus tardivement après les années 70 et comme les immigrés algériens, ils sont plus nombreux à arriver depuis le milieu des années 2000.




haut de page


Des arrivées en provenance d'Europe et d'Afrique

Ce sont ces différentes vagues d'immigration observées depuis 150 ans, qui ont les unes après les autres donné à la région ce profil actuel. La dernière, du début des années 2000 comme partout en France, a mis un terme à la baisse de la population des immigrés constatée depuis 30 ans (cf. tableau 1) .

Tableau 1 : Population immigrée en 1982, 1990, 1999, 2007 en Nord-Pas-de-Calais et en France
Unités : nombre et %
1982 1990 1999 2007
Source : Insee, RP2007 exploitation complémentaire


Nord-Pas-de-Calais
Hommes 106 016 93 419 84 925 91 154
Femmes 103 380 95 977 87 659 91 733
Ensemble 209 396 189 396 172 584 182 887
Part dans la population totale (%) 5,3 4,8 4,3 4,5
France
Hommes 2 178 816 2 168 271 2 166 318 2 545 141
Femmes 1 858 220 1 997 681 2 139 776 2 605 617
Ensemble 4 037 036 4 165 952 4 306 094 5 150 758
Part dans la population totale (%) 7,4 7,4 7,4 8,3

En 2007, 39 % des immigrés installés en Nord-Pas-de-Calais, soit 71 200 personnes, sont arrivées d'un autre pays européen. Ils étaient le plus souvent originaires de Belgique, d'Italie, du Portugal et de Pologne. La région compte
12 000 immigrés européens de moins qu'en 1999, dont 5 200 immigrés polonais,
2 200 Italiens, 1 800 Portugais.

Par ailleurs, plus de la moitié des immigrés de la région sont originaires d'Afrique, notamment du Maghreb : 95 150 personnes ont fait ce déplacement. Parmi elles,
41 600 viennent d'Algérie, 36 100 du Maroc et 3 540 de Tunisie. Pour chacun de
ces pays le nombre d'immigrés est plus fort qu'en 1999 (respectivement + 6 300,
+ 5 400 et + 900).

Les immigrés venus des autres pays restent en nombre plutôt faible et ne représentent que 9 % du total. Parmi ceux-ci, le pays le plus représenté est la Turquie avec 3 200 immigrés (cf. tableau 2) .

Tableau 2 : Les immigrés en Nord-Pas-de-Calais en 2007 selon le pays de naissance
Unités : nombre et %
Pays de naissance Immigrés Dont en % % des pays d'origine
Étrangers Français par acquisition
Source : Insee, RP2007 exploitation complémentaire
Portugal 11 788 73,0 27,0 6,4
Belgique 19 005 61,3 38,7 10,4
Allemagne 4 535 37,6 62,4 2,5
Pologne 9 853 24,0 76,0 5,4
Italie 13 119 59,0 41,0 7,2
Espagne 3 492 64,0 36,0 1,9
Autres pays de l'Union Européenne à 27 6 218 69,4 30,6 3,4
Autres pays d'Europe 3 221 52,0 48,0 1,8
Total Europe 71 231 56,6 43,4 38,9
Algérie 41 646 62,9 37,1 22,8
Maroc 36 085 68,4 31,6 19,7
Tunisie 3 544 55,3 44,7 1,9
Autres pays d'Afrique 13 879 57,5 42,5 7,6
Total Afrique 95 154 63,9 36,1 52,0
Turquie 3 190 77,7 22,3 1,7
Autres pays 13 314 50,0 50,0 7,3
Total 182 887 60,3 39,7 100,0

haut de page

Un profil démographique spécifique marqué par un rajeunissement

Les immigrés sont en moyenne plus âgés que les habitants du Nord-Pas-de-Calais avec un âge moyen de 47 ans contre 37 pour l'ensemble de la population. Cet écart témoigne à la fois d'une immigration ancienne mais aussi du fait que les immigrés arrivent rarement avec leurs enfants. Tout enfant né sur le sol français de parents immigrés n'est pas immigré mais bien français de naissance. Cependant, depuis 1999 on observe un rajeunissement de la moyenne d'âge des immigrés, dû à la fois aux nouveaux arrivants plus jeunes d'Afrique du Nord et aux décès des anciens immigrés d'Europe de l'Est. La part des jeunes âgés de moins de 15 ans n'atteint que 5,2 % de la population immigrée contre 20,1 % dans la population régionale. Les 15-24 ans sont également moins représentés chez les immigrés avec 9,2 % contre une moyenne régionale de 14 %. Les plus de 65 ans qui représentent 20,1 % de cette population sont plus nombreux qu'en moyenne sur la région (14,4 %), mais leur part a baissé de 5 points depuis 1999 (cf. graphique 7).



Indépendamment de cet aspect démographique, des inégalités sociales et des conditions de vie plus difficiles s'observent dans la population immigrée. Du point de vue du logement d'une part, les ménages immigrés sont beaucoup moins souvent propriétaires que la moyenne des ménages de la région (41 % contre 56 %). Une plus grande proportion d'entre eux réside dans le parc social : 31,1 % des immigrés habitent dans un logement HLM contre 19,1 % pour l'ensemble de la population régionale. Quel que soit le nombre de pièces du logement, le nombre de personnes par pièce est plus important pour la population immigrée qu'en moyenne régionale.

Au regard de l'emploi, la région compte 44,1 % d'actifs, part comparable au sein des populations immigrées. Au sein des actifs cependant, les immigrés sont plus nombreux à se déclarer chômeurs (cf. définitions). 25,8 % contre 14,9 % pour
la région. Concernant les actifs ayant un emploi, ils sont plus nombreux à travailler dans le commerce, les transports et services qu'en moyenne régionale. En termes d'emplois, seuls 71 % des immigrés sont sur des postes en CDI contre 78 % en moyenne régionale.

Également des inégalités de formation initiale : en moyenne régionale, les femmes sont moins diplômées que les hommes (11,3 % de femmes sans diplômes contre 8,7 % d'hommes), le constat est le même pour les populations immigrées avec
un écart homme-femme plus important (24,5 % contre 20,5 %). En moyenne régionale, plus de femmes que d'hommes obtiennent un diplôme universitaire
(9,7 % contre 8,6 %) alors que pour les populations immigrées, on observe le contraire (8,5 % contre 10 %).

haut de page

Les populations immigrées se concentrent dans les grandes villes et agglomérations

Les immigrés sont majoritairement installés dans le département du Nord (81 %), avec des disparités selon les territoires. On observe une plus forte densité d'immigrés, notamment près des grandes villes, de la Belgique et dans le bassin minier (cf. carte 2). Le Pas-de-Calais est assez homogène avec une plus faible présence de population immigrée à l'exception du territoire de Lens.

Les départements se différencient également par l'origine des populations immigrées. Les immigrés d'origine polonaise ou italienne arrivés dans l'entre deux guerres ou après guerre sont plus représentés dans le Pas-de-Calais contrairement aux nouvelles vagues d'immigrations algériennes ou marocaines, qui ont tendance
à s'implanter dans le Nord.

D'une manière générale, les immigrés résident plus souvent dans les grandes
villes. Ainsi Lille, Roubaix et Tourcoing accueillent à elles seules plus du quart
des immigrés de la région pour moins de 10 % de la population régionale.

haut de page

Différents types d'immigration au sein du Nord-Pas-de-Calais

Les caractéristiques de la population immigrée varient d'une commune à l'autre.
Par exemple, les deux communes d'Ostricourt et de Cousolre, bien que comparables par le volume de la population immigrée installée sur leur sol, se différencient par les caractéristiques des personnes immigrées. Cousolre présente une immigration de proximité avec la Belgique, souvent constituée de personnes diplômées et de cadres, alors qu'Ostricourt comprend une forte part d'immigrés polonais arrivés pour travailler dans les mines.

Ainsi, pour mieux décrire l'immigration au sein des communes, il est opportun de considérer les caractéristiques de la population immigrée qui y réside. Elle peut s'analyser au travers de caractéristiques comme le pays de naissance, le sexe, l'année d'arrivée dans la région, la situation au regard du logement, les conditions d'emploi et le type d'activité excercée. L'ensemble ce ces variables ont fait l'objet d'une typologie sur l'ensemble des communes accueillant au moins 100 immigrés.

L'arrivée massive de Polonais dans l'entre-deux guerres fait partie intégrante de l'histoire du bassin minier et de la réalité actuelle. De nombreuses communes du bassin minier se caractérisent ainsi par une surreprésentation de cette population (classe 2), aujourd'hui souvent constituée de veufs et veuves, hommes ou femmes au foyer qui n'ont pas eu de scolarité et qui sont logés dans le parc des houillères. Le bassin minier comprend également des communes présentant une forte population originaire d'Algérie, le plus souvent accompagnée de Marocains
(classe 4). Ces personnes sont notamment arrivées entre 1962 et 1974 et résident en partie dans des logements sociaux. Une forte part d'entre eux n'a pas bénéficié de scolarité et se retrouve plus souvent que les autres immigrés, chômeurs et hommes ou femmes au foyer.

Beaucoup de communes frontalières avec la Belgique présentent une forte surreprésentation d'immigrés belges et plus faiblement d'immigrés italiens
(classe 3). Ils sont plus diplômés que la moyenne des immigrés. La proportion de jeunes immigrés de moins de 14 ans et donc d'élèves y est plus importante, leurs parents ayant emménagé en France après leur naissance. Ils sont plus souvent propriétaires. On compte plus de personnes seules et de divorcés. Enfin les immigrés arrivés après 1990 et surtout après 1998 y sont davantage représentés. Les choix résidentiels de cette population, en France le long de la frontière, peuvent en partie s'expliquer par des raisons fiscales ou par les activités professionnelles offertes au lieu de résidence.

Il y a enfin le cas des grandes villes comme Lille (classe 1) qui contrairement aux autres, accueillent des populations immigrées issues à la fois des pays d'Europe
et du Maghreb mais également des autres pays d'Afrique et du monde en général. Les immigrés avec des diplômes supérieurs au bac sont plus représentés qu'ailleurs, ainsi que les immigrés travaillant dans l'administration et les chômeurs. Ces communes comptent en proportion moins d'immigrés retraités, plus de personnes seules et plus de personnes résidant dans des HLM meublés. Enfin
ces communes présentent plus d'immigrés arrivés après 1998 (cf. carte 3).

haut de page

Pages de profils n°89
Février 2011

Partenaires

Cette publication a été réalisée en partenariat avec

Logo de la Préfecture du Nord