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Le chômage aquitain dans la tendance nationale, malgré un contexte moins défavorable

Cécile Bollier

Résumé

En France, depuis début 2008, la crise affecte l'ensemble des régions. La baisse d'activité se traduit d'abord par une forte chute des emplois intérimaires et un recours accru au chômage partiel. Elle se poursuit par de nombreuses suppressions d'emplois dans les entreprises. Tous ces effets conjugués conduisent à une forte augmentation du chômage.

L'Aquitaine n'échappe pas à une progression du chômage presque aussi forte qu'en moyenne nationale. La structure de ses activités et des effets propres lui permettent toutefois de limiter la baisse du niveau de l'emploi.

En termes d'emploi et de chômage, l'impact de la crise semble plus marquer la Dordogne et le Lot-et-Garonne.

Sommaire

Encadré

Publication

Récession au troisième trimestre 2008

Dès le début de l'année 2008, les premiers signes de dégradation de l'activité économique sont perceptibles. Comme la plupart des pays de la zone euro, le Royaume-Uni et le Japon, la France entre en récession au troisième trimestre 2008 avec une diminution du produit intérieur brut (PIB) de 0,2 % après une baisse de 0,4 % au trimestre précédent. La crise financière consécutive à la crise des “subprimes” a brutalement conduit à une récession mondiale. La contraction de l'activité dans l'ensemble des économies avancées s'accompagne d'une chute du commerce mondial qui entraîne une baisse globale des débouchés à l'exportation pour les entreprises. Parallèlement, la crise financière se traduit par un durcissement des conditions de financement des investissements. Ces deux phénomènes conjugués conduisent à une contraction très marquée de l'investissement productif et de l'emploi.

Le paroxysme de la crise est atteint au 1er trimestre 2009 et des signes d'amélioration interviennent en France à partir du 2e trimestre. Dans la plupart des grands pays, la sortie de récession se précise à partir du 3e trimestre 2009 grâce à l'amélioration des conditions financières et aux plans de relance mis en place au cours de l'année 2009.

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Meilleure résistance à la crise en Aquitaine

Les disparités d'évolution de l'emploi entre les territoires peuvent s'expliquer d'une part par des différences de structure sectorielle et d'autre part par des effets propres à la région qui regroupent tous les autres effets, dits effets géographiques (nature du territoire, politiques locales, dynamisme démographique...). La comparaison de toutes les régions par rapport à la moyenne française au cours des périodes d'avant crise 2002-2006 et de crise 2008-2009 permet de positionner l'Aquitaine.

L'Aquitaine se situe parmi les régions qui semblent avoir le moins souffert en France. Entre début 2008 et fin 2009, la baisse des effectifs salariés des secteurs concurrentiels est de - 2,8 % dans la région, alors qu'elle se situe à - 3,6 % en France. Avant la crise, entre les 3es trimestres 2002 et 2006, l'Aquitaine se trouvait dans une dynamique d'emploi nettement positive : + 4 % contre + 1,3 % en France.


Avant la crise, l'Aquitaine dans une dynamique d'emploi très positive est favorisée à la fois par sa structure économique et par un effet propre

graphique : Évolution de l'emploi salarié marchand par régions (sauf Corse) due aux effets structurel et géographique - Période : 3e trim. 2002-3e trim. 2006


La meilleure résistance de la région s'explique à la fois par sa structure économique et par un avantage géographique. Avant la crise, entre 2002 et 2006, un effet structurel favorable de + 0,4 point se conjuguait à un effet géographique positif de 2,3 points pour aboutir à une différence de 2,7 points avec le niveau national sur l'augmentation de l'emploi. La crise a affecté la région, mais toujours protégée par ses atouts à la fois géographiques et structurels, elle a conservé un taux d'évolution de l'emploi supérieur de 0,7 point à celui de la France.


L'Aquitaine est affectée par la crise, mais elle se trouve parmi les régions plutôt préservées

graphique : Évolution de l'emploi salarié marchand par régions (sauf Corse) due aux effets structurel et géographique - Période : 1er trim. 2008-4e trim. 2009


Les économies spécialisées dans le tertiaire ont mieux résisté à la crise. En effet, les régions Île-de-France, Provence - Alpes - Côte d'Azur, Languedoc-Roussillon ou Midi-Pyrénées ont, avec l'Aquitaine, été les moins touchées. La part de l'emploi dans les services marchands y est majoritaire ; l'influence du tourisme et du dynamisme démographique sur l'économie est importante. Celles qui ont, au contraire, été le plus affectées sont les régions industrielles telles que l'Alsace, la Lorraine ou la Picardie.

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Pertes d'emplois dans tous les secteurs, surtout dans l'industrie

En Aquitaine, comme en France, le retournement de l'emploi, en hausse depuis 2004, se produit au 2e trimestre 2008. Depuis, trimestre après trimestre jusqu'à septembre 2009, l'emploi régional salarié marchand, hors intérim, diminue constamment. Avec une progression de + 0,2 %, le dernier trimestre 2009 pourrait annoncer une sortie de crise.

En 2009, plus de 10 000 emplois salariés du secteur concurrentiel sont supprimés dans la région. Ce recul important fait suite à un autre plus modéré en 2008, de 1 500 emplois.


Une évolution positive pour les services marchands hors intérim et le commerce au 4e trimestre 2009

graphique : Évolution trimestrielle de l'emploi salarié marchand hors agriculture en Aquitaine - Industrie Construction Commerce Services - période 2007-2008-2009


L'industrie est le secteur qui contribue le plus à ces pertes d'emploi : presque 7 000 emplois en moins sur deux ans.

Les entreprises de la métallurgie dépendantes du secteur aéronautique souffrent de la crise avec retard. En 2008, le niveau d'activité sur les marchés aéronautique et spatial a permis d'amortir les effets de la crise sur les entreprises de la métallurgie, en particulier sur la sous-traitance. Le retournement est nettement marqué au premier trimestre 2009 avec une baisse significative du niveau d'activité qui se confirme sur les quatre trimestres suivants. Les effets sur le tissu des sous-traitants sont importants.

La construction, secteur très porteur avant la crise, est touchée par les suppressions d'emploi à partir du 4e trimestre 2008 et perd 2 500 emplois sur l'année 2009. Les effectifs salariés du commerce régressent depuis le 3e trimestre 2008 mais se redressent en fin d'année 2009. Le déficit s'élève à 2 000 emplois en un an. Enfin, les difficultés atteignent aussi les services marchands hors intérim à partir du 3e trimestre 2008. Cependant des rebonds d'activité se produisent aux quatrièmes trimestres 2008 et 2009 avec respectivement + 0,4 % et + 0,7 % de hausse des effectifs. La chute du nombre d'emplois est plus limitée dans ce secteur : 1 500 en 2009.

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Chute en 2008, puis rebond de l'emploi intérimaire mi-2009

Au constat précédent s'ajoutent les pertes de contrats d'intérimaires. Ce mode de flexibilité externe est utilisé, en premier lieu, par les entreprises pour réduire leur activité. En Aquitaine comme en France, dès le deuxième trimestre 2008, les effectifs dans l'intérim chutent. Ainsi au cours de l'année 2008 dans la région, 3 700 salariés y perdent leur emploi. Le niveau le plus bas est atteint au 1er trimestre 2009.

La situation dans l'intérim s'améliore ensuite, aussi la contraction des effectifs se limite à 1 800 en 2009. Le rebond de l'intérim au 2e trimestre 2009, puis au 4e trimestre, est un signe positif en faveur de la reprise.


L'emploi intérimaire, en chute depuis début 2008, se redresse en 2009

graphique : Évolution trimestrielle de l'emploi dans l'intérim - période 2007-2008-2009 - Aquitaine et France


Au niveau national, le nombre d'intérimaires fin 2009 reste plus faible que celui estimé un an plus tôt (- 3,6 %).

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Recours considérable au chômage partiel

Un autre mode d'ajustement, interne celui-ci, a été utilisé par les entreprises pour faire face à la crise. Le nombre d'heures de chômage partiel auquel elles ont recouru est, pour chaque mois de 2009, 25 à 60 fois plus élevé que le nombre d'heures demandé en janvier 2008. Pour décembre 2009, il s'élève dans la région à 650 000 heures.


Le recours au chômage partiel très utilisé par les entreprises en 2009

graphique : Nombre d'heures autorisées de chômage partiel par mois en 2008 et 2009 en Aquitaine

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Dégradation du marché du travail

La crise entraîne une dégradation du marché du travail à partir de l'été 2008. Entre début 2008 et fin 2009, le taux de chômage en Aquitaine augmente de 2,2 points, passant de 7,1 % à 9,3 %. Cette augmentation est légèrement plus faible que celle enregistrée en France (+ 2,4 points).

Fin 2009, l'Aquitaine compte 200 700 demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi et tenus de faire des actes positifs de recherche d'emploi (catégories A, B, C), en progression de 51 800 sur dix-huit mois. Deux tiers d'entre eux n'ont pas d'emploi (catégorie A) et les autres exercent une activité courte ou longue (catégories B et C).


Le chômage augmente fortement entre début 2008 et fin 2009

graphique : Écart entre deux trimestres successifs du taux de chômage localisé - période 2007-2008-2009 - Aquitaine et France


La forte remontée du chômage touche toutes les catégories, mais à des rythmes divers. Ainsi, pour les chômeurs n'ayant pas du tout travaillé (catégorie A), l'augmentation du chômage en 2009 est de 20,8 % pour les hommes et de 12,4 % pour les femmes. De même, les jeunes de moins de 25 ans ont le plus souffert de la crise, suivis par les seniors de 50 ans ou plus. En deux ans, de fin 2007 à fin 2009, la part des moins de 25 ans parmi les chômeurs progresse ainsi de 1,3 point, celle des 50 ans ou plus de 0,5 point tandis que celle des 25 à 49 ans diminue de 1,8 point.

Par ailleurs, après avoir constamment décru à partir de la fin de l'année 2005, le nombre de demandeurs d'emploi de catégories A, B, C inscrits depuis plus d'un an repart à la hausse depuis la mi-2008. Fin 2009, ils sont 63 900, soit un tiers des demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi dans ces catégories.

Fin mars 2010, en Aquitaine, le nombre de demandeurs d'emploi augmente, mais de façon plus modérée : 14 % d'augmentation sur un an (16 % sur l'année 2009).

Pour 2010, la situation devrait un peu s'améliorer avec une moindre baisse de l'emploi et un chômage en hausse certes, mais plus faible. Le taux de chômage atteindrait 9,8 % au deuxième trimestre 2010 en France métropolitaine et sans doute 9,5 % en Aquitaine.

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Dordogne et Lot-et-Garonne plus sévèrement affectés par la crise

Les départements aquitains sont tous concernés par la chute des emplois concurrentiels. Entre le 1er trimestre 2008 et le 4e trimestre 2009, la Gironde perd 2 % de ses effectifs. C'est le département qui résiste le mieux. Les Pyrénées-Atlantiques en perdent 3 % et les Landes 3,2 %. La Dordogne et le Lot-et-Garonne sont les plus affectés et enregistrent des pertes respectives de 4,2 % et 4,4 %.

La Gironde renforce donc un peu sa prépondérance dans l'économie de la région au détriment de la Dordogne et du Lot-et-Garonne. Hormis la quasi-stabilité des effectifs des services marchands hors intérim (sauf en Dordogne), tous les autres secteurs perdent des emplois. Pour les effectifs salariés de l'industrie, c'est encore la Gironde qui renforce son poids dans la région. Pour ceux de la construction, c'est plutôt les Pyrénées-Atlantiques qui gagnent du terrain.

Le chômage augmente dans tous les départements mais différemment. La situation la plus favorable concerne les Pyrénées-Atlantiques. Le taux de chômage n'y augmente que de 2 points et s'établit à 8,4 % fin 2009. En Gironde, la hausse est aussi dans les plus modérées (+ 2,1 points) et le taux de chômage atteint 9,5 % fin 2009. Dans les trois autres départements, les progressions sont plus fortes : de 2,4 à 2,6 points. Le département des Landes reste cependant en deçà de la moyenne fin 2009 (9 %), tandis que la Dordogne et le Lot-et-Garonne affichent respectivement des taux de 9,8 % et 9,9 %. Il est à craindre que la barre des 10 % soit atteinte début 2010.


Les zones d'emploi diversement affectées par l'augmentation du taux de chômage

graphique : Taux de chômage localisé au 4e trimestre 2009 et écarts avec le 1er trimestre 2008 dans les zones d'emploi d'Aquitaine (%)


Dans les zones d'emploi de la région, les augmentations de taux de chômage s'échelonnent de 1,9 à 3,2 points. Villeneuve-sur-Lot - Fumel est la zone la plus touchée et son taux de chômage s'élève à 11,4 % au 4e trimestre 2009. Celles de Terrasson et Bergerac en Dordogne, celle de Libourne - Montpon - Ste-Foy-la-Grande à la fois sur la Dordogne et la Gironde et celle de Bordeaux-Cubzacais en Gironde sont les plus affectées par la montée du chômage. Celles de Pau et Bayonne-Pyrénées ainsi que Bordeaux-Zone Centrale et Mont-de-Marsan - Est des Landes résistent le mieux fin 2009.

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Un regard sur la récession de l'hiver 1992-1993 en France

La précédente récession économique, avant 2008, remonte à l'hiver 1992-1993. La situation économique s'est dégradée à partir de l'automne 1992 : l'activité marchande se réduit au quatrième trimestre 1992, puis se replie fortement (- 4,4 %) au premier trimestre 1993.

La confiance des acteurs économiques est entamée par l'incertitude sur les taux de change, l'Euro n'existait pas encore. L'instabilité des monnaies anglaise, italienne et espagnole entame la compétitivité des entreprises françaises et le marché extérieur souffre d'une sévère récession en Allemagne, après avoir connu les effets favorables de la réunification jusqu'à mi-92. Face aux incertitudes tant sur le marché intérieur - la consommation atone - que sur le marché extérieur, les entreprises déstockent et réduisent les investissements productifs qui reculent de 8 % en six mois.

Le recul de la production s'accompagne d'un recul de l'emploi, d'abord sur les contrats temporaires (intérim, CDD) en baisse au premier semestre 1993, puis sur les emplois stables au cours de l'année. Parallèlement, l'emploi précaire remonte. La montée du chômage pèse sur les déficits publics (malgré un relèvement des taux de la CSG) de même que les mesures de soutien de l'économie (remise de TVA) : l'endettement de l'État et des collectivités locales s'accroît de près de 2 points de PIB.

Cette rapide chronique de la récession de 1993 n'est pas sans ressembler à celle de 2008. Cependant, ces deux périodes de récession sont très différentes. En 2008, il s'agit d'un ralentissement mondial de l'économie, alors qu'en 1992-1993, la récession était circonscrite à l'Europe.

Plus limitée géographiquement, la récession de 1993 fut plus brève (deux trimestres de baisse du PIB au lieu de quatre) et la baisse de l'activité moins intense : au plus fort de la récession, le PIB avait baissé de 0,7 point au 1er trimestre 1993 par rapport au trimestre précédent, alors que le PIB recule d'un point et demi deux trimestres consécutifs en 2008/2009.

Dans un contexte international favorable en 1993, les acteurs avaient repris confiance dès le second trimestre avec les premiers indicateurs économiques d'une “sortie de crise”. En 2009, la visibilité de l'avenir demeure incertaine malgré les évolutions positives de quelques secteurs d'activité.

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mai 2010 - n° 190

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