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Les personnes âgées dépendantes d'ici 2020 : perspectives et besoins

Anne EVRARD et Julien FRAICHARD - Insee Picardie

Résumé

Entre 2005 et 2020, la population picarde va continuer de vieillir : une personne sur quatre aura plus de 60 ans en 2020. La population dépendante progressera elle aussi, mais deux fois moins vite que la population âgée. Cette croissance de la population dépendante sera alimentée principalement par les plus de 85 ans. Après 2020, lorsque les premières générations du baby boom viendront grossir la classe d'âge des 75 à 84 ans, la part des personnes âgées dépendantes augmentera de façon plus conséquente.

Lorsqu'intervient la dépendance, la question de rester à domicile ou d'entrer en institution se pose. Le logement de la personne âgée, ses revenus et l'accessibilité aux commerces et services sont autant de facteurs qui influenceront ce choix. L'offre médicale, notamment, est moins présente en Picardie qu'en moyenne. Que ce soit à domicile pour diminuer la charge des aidants ou en institution, la hausse des personnes dépendantes nécessitera de toutes façons une prise en charge collective des besoins d'aide et donc des créations d'emplois. Deux tiers de ces emplois à créer seraient du personnel soignant mais il faut y ajouter une part significative d'emplois d'aide à la vie quotidienne.

Sommaire

Publication

La population de la Picardie va continuer de vieillir. En 2005, les Picards de 60 ans ou plus constituent 18,5 % de la population, ils représenteront le quart des habitants en 2020 et cette part continuera de progresser à l'horizon 2030, où elle atteindrait 29 %. Ce vieillissement rapide de la population amène à s'interroger sur l'évolution des politiques publiques en direction des personnes âgées : retraites, dépenses de santé, mais aussi prise en charge des personnes dépendantes, dont le nombre augmentera dans les années à venir.

graphique : Structure par âge de la population Picarde en 2005, 2020 et 2030

La dépendance des personnes âgées est définie par des incapacités à effectuer des actes de la vie quotidienne (s'habiller, se déplacer, cuisiner, etc.). Le nombre de personnes potentiellement dépendantes en Picardie devrait augmenter de 5 500 entre 2005 et 2020 pour atteindre environ 33 500 personnes en 2020. La population âgée dépendante augmenterait moitié moins vite que l'ensemble de la population âgée : la population âgée dépendante progresserait de 20 % tandis que la population âgée de plus de 60 ans augmenterait dans le même temps de 40 %.

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Une croissance de la population dépendante alimentée principalement par les plus de 85 ans

Cette augmentation relativement faible s'explique par plusieurs raisons. Le taux de dépendance croît avec l'âge : la dépendance touche un tiers des personnes de plus de 85 ans, une personne sur 10 entre 75 et 84 ans et seulement 3 % des personnes de moins de 75 ans. La croissance des effectifs dépendants sera donc alimentée principalement par les plus de 85 ans. Leur effectif devrait doubler d'ici 2020, mais il reste cependant relativement faible. La dépendance touche également les 75 à 84 ans dont l'effectif stagnerait d'ici 2020. En revanche, il augmenterait après 2020 quand les générations importantes nées après guerre atteindront et dépasseront à leur tour les 75 ans.

Le recul de l'âge d'entrée dans la dépendance explique également la faible évolution du nombre de personnes âgées dépendantes. L'amélioration globale de la santé a pour effet de réduire le taux de prévalence du phénomène de dépendance à tous les âges. En 2006 en France, l'espérance de vie à la naissance est de 77 ans pour les hommes et 84 ans pour les femmes. L'espérance de vie en bonne santé est de 63 ans pour les hommes et de 64 ans pour les femmes. Ceci représente une amélioration par rapport à 1995 de 3 ans pour les hommes et de près de 2 ans pour les femmes. Une bonne santé est définie par l'absence de limitations d'activités dans les gestes de la vie quotidienne et l'absence d'incapacité majeure liée à des maladies chroniques, aux séquelles d'affections aiguës ou de traumatismes.

Tableau : Projections de la population âgée, dépendante ou non, en Picardie à l'horizon 2020

Une population dépendante majoritairement féminine

Les femmes sont majoritaires parmi les personnes âgées : en 2005, 57 % des personnes âgées de 60 ans ou plus sont des femmes. Elles le sont plus encore parmi les personnes âgées dépendantes : 70 % d'entre elles sont des femmes. Cette part diminuera légèrement du fait du rapprochement de l'espérance de vie des hommes de celle des femmes. En Picardie, l'écart entre l'espérance de vie des hommes et des femmes était de 8 ans et demi en 1995, il est de 7 ans en 2006, soit une diminution d'un an et demi qui devrait se poursuivre à l'avenir.

En 2005, 95 % des personnes âgées de 60 ans et plus vivent à domicile ou chez des proches, cette proportion descend à 72 % pour les personnes âgées de 85 ans ou plus. Les personnes âgées dépendantes vivent moins souvent à domicile : elles sont deux tiers à vivre à domicile et seulement la moitié au-delà de l'âge de 85 ans.

Part de personnes âgées, dépendantes ou non, vivant en Picardie à domicile ou chez des proches
Âges révolus Population totale Population potentiellement dépendante
2005 2020 2005 2020
Note de lecture : en 2005, 48,8 % des personnes dépendantes de plus de 85 ans vivent à domicile (donc, 51,2 % vivent en institution).
Source : Insee, enquête Handicaps-Incapacités-Dépendance 1998-1999 -  Omphale, enquête annuelle de recensement 2005
De 60 à 74 ans 98,4 98,5 78,1 78,6
De 75 à 84 ans 94,1 95,5 69,2 75,2
85 ans ou plus 72,4 80,1 48,8 58,1
Ensemble des 60 ans ou plus 95,2 95,9 64,1 67,6

Lorsqu'arrive la dépendance, divers paramètres interviennent dans la possibilité pour une personne âgée de rester vivre à domicile ou d'entrer en institution : le logement dans lequel vit la personne, ses revenus et l'accès aux commerces et services de proximité, notamment à l'offre médicale.

Le logement : un critère pour rester ou non à domicile

En Picardie, les logements des personnes âgées sont plus anciens que ceux des classes d'âge plus jeunes, mais ils bénéficient en moyenne d'un meilleur confort, car plus souvent équipés de chauffage central et d'une baignoire ou d'une douche. Les personnes âgées vivent souvent seules dans de grands logements : ainsi, plus de la moitié des personnes âgées de plus de 60 ans qui vivent seules occupent des logements d'au moins 4 pièces, et plus du quart des logements d'au moins 5 pièces. Un logement trop grand peut constituer un frein au maintien à domicile. Une maison de plusieurs étages ou un appartement à l'étage sans ascenseur peuvent être source de difficultés de déplacement. Quatre personnes âgées sur cinq sont propriétaires de leur logement en Picardie. Or, être propriétaire apporte un capital et permet de choisir entre rester à domicile ou entrer en institution, avec un éventail plus grand pour choisir celle-ci.

graphique : Caractéristiques de logements des Picards par structure d'âge

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Les revenus élargissent l'évental de choix

En Picardie comme en France, le niveau de vie moyen croît avec l'âge du référent fiscal. À tous les âges, les taux de pauvreté sont plus élevés en Picardie qu'en moyenne sauf pour les personnes âgées pour lesquelles ils sont inférieurs d'un peu plus d'un point. Des revenus plus élevés permettent aux personnes âgées qui veulent rester à domicile de recourir à divers services et d'adapter leur logement à leurs besoins. Ils ouvrent à davantage de choix pour la maison de retraite. D'autre part, depuis 2001, l'Allocation Personnalisée d'Autonomie (APA) prend en charge une partie du coût de la dépendance. Elle a permis de renforcer l'aide professionnelle auprès des personnes dépendantes. Gérée par les Conseils généraux, elle s'adresse aux personnes âgées de 60 ans ou plus résidant à domicile ou en établissement confrontées à des situations de perte d'autonomie.

graphique : Taux de pauvreté selon l'âge

Des équipements de proximité moins facilement accessibles dans la région

Rester à domicile peut se révéler difficile si la personne âgée n'a pas facilement accès aux services de proximité. Or, les communes picardes, nombreuses et très petites, disposent en moyenne de 5 équipements sur les 24 équipements de proximité répertoriés, contre presque 8 en France métropolitaine. La plupart des commerces ou services essentiels (boulangeries, coiffeurs, banques...) sont moins présents dans les communes de Picardie qu'en France (ce n'est pas le cas de la Poste autant présente en Picardie qu'à l'échelle nationale). Certes, la Picardie dispose d'un maillage de petites villes bien réparties sur son territoire où les commerces et services sont facilement accessibles pourvu que l'on puisse se déplacer sans difficulté et que l'on dispose d'un moyen de locomotion. L'offre médicale (médecins, chirurgiens dentistes ou infirmiers) est également nettement sous représentée en Picardie. La Picardie comprend la plus faible densité (par nombre d'habitants) en médecins généralistes de toutes les régions métropolitaines françaises.

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Un maintien à domicile prolongé

D'après les résultats de la projection (cf. encadré méthodologique), le nombre de personnes âgées dépendantes vivant à leur domicile s'accroîtrait dans les décennies à venir. Parmi les 5 500 personnes âgées dépendantes supplémentaires en Picardie entre 2005 et 2020, 4 500 devraient demeurer à domicile et 1 000 entrer en institution. Le recul de l'âge d'entrée en dépendance entraînerait une stabilisation des effectifs des personnes âgées dépendantes en institution. L'allongement de la durée de la vie permet une vie en couple plus longue et facilite le maintien à domicile. Les personnes seules de plus de 85 ans peuvent en outre bénéficier de l'aide de leurs enfants parfois déjà retraités.

Les femmes vieillissent seules, les hommes vieillissent en couple

Les personnes en institution sont majoritairement des femmes : en Picardie, 70 % des personnes vivant en institution sont des femmes, et 76 % des personnes dépendantes vivant en institution sont aussi des femmes. La part des hommes devrait cependant augmenter de 5 points d'ici 2020 en raison du rapprochement de leur espérance de vie de celle des femmes.

Aujourd'hui, en Picardie, les trois quarts des hommes de plus de 60 ans vivent en couple contre à peine la moitié des femmes. À 90 ans, seulement 10 % des femmes vivent encore en couple contre la moitié des hommes. Le veuvage est en effet nettement plus fréquent chez les femmes car leur espérance de vie est plus longue et dans un couple, la femme est généralement plus jeune que l'homme. Plus longtemps valide, la femme aide plus souvent son compagnon que l'inverse.

graphique : Mode de cohabitations des 60 ans et plus en Picardie

Le maintien à domicile nécessite le concours des familles et le soutien des politiques sociales

Le maintien à domicile est privilégié par les intéressés. Des études montrent que nous refusons l'institutionnalisation de nos fins de vie. D'après un sondage CSA-MAAF réalisé en 2003, deux tiers des personnes enquêtées souhaiteraient rester vivre à leur domicile, 18 % opteraient pour une maison de retraite et 16 % préféreraient vivre chez leurs proches. Ce souhait des personnes âgées de continuer à vivre chez elles est favorisé par une politique de maintien des personnes âgées à domicile, mise en œuvre depuis plusieurs années (Services de soins infirmiers à domicile, développement des structures d'accueil temporaires, aides ménagère, APA, téléalarme, aides fiscales à l'emploi à domicile).

La plupart des personnes qui prennent soin d'un proche (les "aidants") sont des femmes de 40 à 60 ans qui gèrent aussi leurs enfants et parfois même leurs petits-enfants. Être aidant est difficile et prend du temps. Un Français sur trois a déjà dans son entourage une personne dépendante. Les liens inter-générationnels ont tendance à se distendre et à espacer les relations de soutien traditionnelles. De plus, quelle que soit son implication, l'entourage familial ne peut pas assumer seul tous les besoins d'aide des personnes âgées dépendantes et risque de s'épuiser de l'absence de services professionnels. Il faut donc créer de vrais métiers de service pour répondre aux besoins de la dépendance à domicile.

Pour faire face à cette plus grande dépendance à domicile, il faudrait, selon le modèle de projection, créer 3000 emplois supplémentaires d’ici 2020. Une grande partie de ce personnel supplémentaire correspondrait à une aide à la vie quotidienne : un peu plus de 2000 emplois d’aides ménagères, aides à domicile ou auxiliaires de vie sociale seraient à créer. L’autre partie serait du personnel soignant, composé surtout d’aides soignants et d’infirmiers (environ 400 de chaque).

Plus de la moitié des emplois à créer en institution seraient des emplois d'aides soignants

Lorsque la dépendance s'accentue, l'entrée en institution s'avère souvent inéluctable. Selon les hypothèses du Centre d'analyse stratégique (CAS) qui prévoit un rattrapage du taux d'encadrement en institution, entre 3 700 et 4 600 emplois supplémentaires devraient y être créés sur la période considérée (entre 2004 et 2020) dans la région. Parmi ces emplois, 60 % seraient formés de personnel soignant dont un nombre élevé d'aides soignants (près de 1 900). Pour mieux prendre en compte les besoins pour les actes de la vie sociale des résidents, l'encadrement en personnel de service et d'animation devrait également progresser de 600 à 700 personnes. L'allongement de la durée de vie laisse présager une augmentation du nombre de personnes très dépendantes : + 20 % entre 2005 et 2020 (soit près de 2 300 personnes supplémentaires en Picardie), au même rythme que celle des personnes dépendantes. La maladie d'Alzheimer est une des causes de la dépendance lourde chez le sujet âgé : aujourd'hui, en France, à partir de 85 ans, une femme sur quatre et un homme sur cinq en sont atteints. Ces dépendances lourdes exigent des qualifications des soignants adaptées.

Tableau : L'emploi supplémentaire induit par la dépendance entre 2004 et 2020 (en ETP)

En Picardie, un déficit de spécialistes mais de nombreuses places d'hébergements

Le schéma régional des formations sanitaires et sociales souligne que la Picardie est confrontée à d'importants déficits en professionnels qualifiés, dans les métiers du sanitaire notamment, au regard de la densité présente dans les autres régions. La Picardie est nettement en retard quant à la présence de spécialistes sur son territoire : en 2008, elle disposait de 47 spécialistes de santé pour 100 000 habitants contre 87 en moyenne nationale, ce qui la place en dernière position des régions loin derrière la Basse-Normandie, qui se situait en avant-dernière position avec 59 spécialistes pour 100 000 habitants.

En revanche, la Picardie dispose du meilleur taux de toutes les régions françaises pour l'équipement en lits médicalisés pour 1 000 habitants de 75 ans ou plus (138 lits en Picardie contre 98 en moyenne nationale). Elle est également bien placée pour l'équipement en places de services de soins à domicile (19,4 % contre 17,4 % en moyenne nationale). Enfin, elle se situe un peu au-dessus de la moyenne pour le taux d'équipement en structures d'hébergement complet pour personnes âgées. La Picardie est d'ailleurs la région française dont les institutions accueillent le plus de personnes âgées venues d'autres régions : 12 % des personnes âgées de plus de 60 ans présentes dans les établissements picards de court, moyen ou long séjour proviennent d'autres régions et parmi elles, les deux tiers sont originaires d'Île-de-France. Ces personnes venues d'Île-de-France se concentrent surtout dans les maisons de retraite du sud de l'Oise et de Compiègne.

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IPA n°41 - 4 pages

Les personnes âgées dépendantes d'ici 2020 : perspectives et besoins

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