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Inégalités de salaire entre les femmes et les hommes : une estimation pour le secteur privé en Languedoc-Roussillon

Auteur : Frédéric Autran - INSEE Languedoc-Roussillon

Résumé

En Languedoc-Roussillon, en 2006, les femmes salariées du secteur privé effectuent moins d'heures de travail et gagnent 15 % de moins par heure de travail que les hommes. Cet écart est de 18 %, en moyenne, pour l'ensemble des régions de province. Il était de 17 % en 2001 en Languedoc-Roussillon.

Les différences de salaires s'expliquent, en partie, par le fait que les hommes et les femmes n'occupent pas les mêmes emplois. Les femmes occupent, en particulier, moins souvent des postes de cadre et travaillent moins souvent dans des secteurs rémunérateurs comme l'industrie.

En supprimant les effets dus à la structure des emplois, c'est-à-dire en comparant les salariés à situations professionnelles équivalentes, l'inégalité salariale entre les femmes et les hommes est estimée à 9 %, en défaveur des femmes. Cet écart est le même qu'en 2001 en Languedoc-Roussillon.

Sommaire

Publication

En 2006, les femmes salariées du secteur privé en Languedoc-Roussillon gagnent en moyenne 9,76 € nets par heure de travail. Ce salaire horaire est de 15 % inférieur à celui des hommes. Les femmes effectuent aussi moins d'heures de travail que les hommes. En moyenne, elles travaillent 1 100 heures par an, contre 1 250 heures pour les hommes, soit une différence de 11 %. Avec moins d'heures travaillées et un salaire horaire plus faible, au final leur salaire net annuel moyen est inférieur de 25 % à celui des hommes.

Dans l'ensemble des régions de province, les salaires sont plus élevés qu'en Languedoc-Roussillon et les salariés effectuent globalement plus d'heures. L'écart de salaire entre les femmes et les hommes est aussi plus important : - 18 %, en moyenne sur le salaire horaire et - 28 % sur le salaire annuel.

Tableau 1 : les femmes effectuent moins d'heures et sont moins bien rémunérées que les hommes

Tableau 2 : les femmes du Languedoc-Roussillon gagnent 15 % de moins que les hommes

Un écart salarial de - 10% à - 18% selon les départements de la région

Dans l'Hérault, où les salaires sont plus élevés que dans les autres départements, l'écart salarial entre les femmes et les hommes est équivalent à celui de la région. En moyenne, dans ce département, les femmes salariées gagnent 15 % de moins pour chaque heure travaillée. Dans le Gard, cet écart est plus important - 18 %. Dans les Pyrénées-Orientales, l'Aude et la Lozère, il est plus faible avec respectivement - 14, - 13 et - 10 %.

Tableau 3 : des écarts salariaux variant de - 10 à - 18 % suivant les départements

Le salaire des femmes croît moins vite avec l'âge

L'écart de salaire horaire moyen entre les femmes et les hommes varie selon la situation professionnelle et les caractéristiques des salariés. L'âge est un de ces facteurs. L'écart de salaire entre femmes et hommes est plus important dans les tranches d'âge plus élevé. En moyenne, un homme de moins de 25 ans gagne 8,03 € net par heure de travail, alors qu'une femme de la même tranche d'âge gagne 7,69 € soit 4 % de moins. Cet écart est de 11 % pour les salariés de 25 à moins de 40 ans dont le salaire horaire net moyen est plus élevé. Il atteint 24 % pour les salariés âgés de plus de 55 ans.

Le faible écart des plus jeunes s'explique, en partie, par la plus forte qualification des femmes entrées sur le marché du travail au cours des 15 dernières années. A l'opposé, aux âges élevés, l'évolution de la carrière des femmes est souvent pénalisée par des cessations d'activité dues, notamment, à l'arrivée ou à la présence d'enfants.

Tableau 4 : les femmes beaucoup plus souvent à temps partiel que les hommes

Les femmes cadres gagnent 20 % de moins que les hommes cadres

L'écart de salaire augmente aussi avec le niveau de rémunération de la catégorie socioprofessionnelle et avec la taille de l'entreprise qui emploie le salarié. Parmi les cadres, les femmes gagnent 20 % de moins que les hommes. Parmi les employés dont le salaire horaire est plus bas, elles gagnent 5 % de moins que leurs homologues masculins. Dans les entreprises de 50 salariés et plus, qui rémunèrent mieux leurs salariés en moyenne, l'écart de salaire entre les femmes et les hommes est de 19 %. Il est de 9 % dans les entreprises de moins de 10 salariés.

La précarité liée au temps de travail accentue les écarts de salaire

Quand les personnes travaillent à temps partiel, l'écart de salaire augmente. L'écart de rémunération entre les femmes et les hommes est plus marqué parmi ceux travaillant à temps partiel (17 %) que parmi ceux travaillant à temps complet (13 %).

Les femmes ayant un contrat à durée déterminé (CDD) perçoivent un salaire inférieur de 9 % à celui des hommes, alors que cet écart est de 15 % parmi les personnes ayant un contrat à durée indéterminée (CDI).

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Plus le secteur est féminisé, plus les écarts de salaire sont importants

Enfin, les écarts de salaire entre les femmes et les hommes varient suivant les secteurs d'activité. De manière générale, plus la part des femmes dans le secteur d'activité est importante, plus l'écart de salaire entre les sexes est élevé. Dans la construction, où les femmes ne représentent que 8 % des emplois, l'écart est de 2 % en défaveur des femmes. Dans l'agriculture, où les salaires sont bas et les femmes faiblement présentes, l'écart salarial observé est de 6 %.

Dans le secteur des services il est globalement comparable à l'écart moyen régional, soit 15 %, avec des différences suivant l'activité. Par exemple, dans le secteur de l'éducation, de la santé et de l'action sociale, les femmes occupent les trois quarts des emplois, et gagnent 19 % de moins que les hommes ; alors que dans les transports, où les femmes composent 20 % des emplois, l'écart de salaire n'est que de 2 %.

Graphique 1 : plus les femmes sont nombreuses dans le secteur, plus l'écart salarial observé est important

Les femmes et les hommes n'occupent pas les mêmes emplois

Ces disparités salariales résultent, pour partie, des différences entre les emplois exercés par les femmes et ceux exercés par les hommes. Les femmes occupent plus souvent des postes de travail à temps partiel moins bien payés : 40 % des postes des femmes sont des temps partiels contre 15 % pour ceux des hommes. Elles occupent deux fois moins souvent des postes de cadre et un peu plus que les hommes des postes de professions intermédiaires. Elles occupent, en tous cas, majoritairement des postes d'employées, souvent les moins rémunérateurs.

Enfin, elles travaillent beaucoup moins souvent que les hommes dans les secteurs d'activité rémunérateurs comme l'industrie et beaucoup plus dans le commerce et les services, notamment dans le secteur de l'éducation, de la santé et de l'action sociale. Ce dernier secteur emploie 19 % des femmes salariées de la région, et seulement 5 % des hommes. De plus, les femmes de ce secteur sont 30 % à exercer une profession intermédiaire et seulement 5 % une profession de cadre. Les hommes y sont beaucoup plus souvent cadres (14 %) et de professions intermédiaires (41 %).

A situations professionnelles comparables, les femmes gagnent 9 % de moins que les hommes

Ainsi, sur les 15 % d'écart observé en Languedoc-Roussillon, 6 % sont dus à des effets de structure. Ils correspondent aux disparités d'emplois occupés par les femmes et les hommes. Les 9 % restants constituent la part de l'écart salarial non expliqué. Cette part mesure l'écart " hors effet de structure " et constitue une estimation " à emplois équivalents " de l'inégalité salariale entre les femmes et les hommes.

Autrement dit, l'écart de salaire entre femmes et hommes de la même tranche d'âge et de même catégorie socioprofessionnelle, travaillant dans une entreprise de même taille, dans le même secteur d'activité, avec le même contrat de travail, dans les mêmes conditions (temps complet ou pas et application d'une convention collective ou pas) est de 9 %, en moyenne, en défaveur des femmes. Cet écart est le même qu'en 2001, date de la dernière étude de même type.

Certaines variables explicatives du salaire n'ont pas été prises en compte dans l'étude, car elles ne sont pas disponibles. Il s'agit, par exemple, de l'expérience professionnelle, de l'ancienneté dans l'entreprise, du niveau et de la filière du diplôme, de la durée éventuelle d'une interruption de carrière et de caractéristiques socio-culturelles non mesurables. Les effets de structure mesurés ici ne prennent donc pas en compte la totalité de l'effet de ces variables(1)

(1)Une partie de leur effet est toutefois pris en compte indirectement à travers les variables disponibles qui leur sont corrélées. Ainsi, la catégorie socioprofessionnelle prend en partie en compte le diplôme et l'expérience. D'autres études montrent que l'ajout de ces variables manquantes ne modifierait pas considérablement l'analyse.

Tableau 5 : à situations professionnelles comparables, les femmes gagnent 9 % de moins que les hommes en Languedoc-Roussillon

Une inégalité de salaire comparable à celle des autres régions de province

Suivant le même modèle, dans l'ensemble des régions de province, les femmes gagnent en moyenne 10 % de moins que les hommes, hors effets de structure. Ces inégalités salariales sont du même ordre dans toutes les régions de province. Elles varient de 8,5 à 11 %, alors que l'écart observé est beaucoup plus hétérogène et fluctue de 14 à 21 % suivant les régions.

Dans les cinq départements de la région, l'inégalité salariale, estimée à partir des variables du modèle, est proche de 9 %, comme au niveau régional. Elle est un peu plus faible, de l'ordre de 7 % dans l'Aude.

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L'écart salarial observé s'explique en partie par la structure des emplois

Ces effets de structure de l'emploi sur le salaire, mesurables à travers le fichier d'étude, expliquent 40 % de l'écart de salaire horaire entre les femmes et les hommes (9 % des 15 % observés). Le secteur d'activité et la catégorie socioprofessionnelle expliquent une très grande partie de cet effet structurel.

Comme au niveau régional, dans l'Aude, le Gard et l'Hérault, 40 % de l'écart de salaire observé est imputable aux effets de structure de l'emploi. Dans les Pyrénées-Orientales les effets de structure expliquent 35 % de l'écart salarial. En Lozère, ce taux ne dépasse pas 10 %. Dans ce département, bien que la structure apparente des emplois des femmes et des hommes semble aussi inégalitaire qu'ailleurs, la faiblesse des salaires horaires moyens réduit les écarts. Ainsi, le Smic aurait tendance à égaliser les salaires les plus bas.

L'effet de structure augmente avec l'âge et le niveau de catégorie socioprofessionnelle

L'écart de salaire horaire entre les femmes et les hommes, expliqué par les déterminants du modèle (effet de structure) augmente avec l'âge du salarié. Les effets de structure expliquent un tiers de l'écart salarial observé entre les femmes et les hommes de moins de 25 ans. Ils en expliquent plus de la moitié pour les salariés de 55 à 65 ans.

Suivant le même schéma, les effets de structure des emplois augmentent avec le niveau de catégorie socioprofessionnelle. Ils expliquent 2 % des écarts salariaux observés entre les femmes et les hommes qui occupent un poste d'employé. Ce pourcentage passe à 23 % s'ils sont cadres.

Tableau 6 : une inégalité salariale un peu moins marquée dans l'Aude que dans les autres départements

L'inégalité salariale entre les hommes et les femmes est plus importante dans l'industrie et la construction

Dans la construction, le faible écart salarial observé intègre en fait un effet de structure plutôt favorable aux femmes. Dans ces secteurs, les femmes sont largement minoritaires, mais elles occupent plus souvent des postes plus rémunérateurs. Par exemple, dans la construction, 4,8 % des femmes sont cadres contre 4,6 % des hommes et 18 % des femmes exercent une profession intermédiaire contre seulement 10 % des hommes.

Dans l'industrie, les différences de structure des emplois féminins et masculins expliquent 20 % de l'écart salarial entre les hommes et les femmes. L'inégalité salariale reste élevée, à hauteur de 15 % en défaveur des femmes.

Enfin, dans les secteurs du commerce et des services, qui concentre les trois quarts des emplois salariés du secteur privé régional, la moitié de l'écart salarial observé correspond à une différence de structure des emplois entre les sexes. Les femmes et les hommes n'exercent pas les mêmes postes, mais l'inégalité salariale reste dans la moyenne de la région, aux alentours de 9 %.

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Insee Languedoc-Roussillon
- Directeur des publications : Henri Théron
- Rédacteur en chef : Odile Dangerfield

Synthèse n° 2 - mars 2009

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Cette publication est issue d'un partenariat avec :

Son objectif est de mesurer les écarts de salaire entre les femmes et les hommes en Languedoc-Roussillon et d'évaluer l'effet de certains des facteurs qui entrent en jeu dans ces inégalités.