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370 firmes multinationales au cœur de la pharmacie en France

Jean Luc Cayssials, Banque de France, Élisabeth Kremp, Insee et Martial Ranvier, Banque de France

Résumé

L’activité pharmaceutique en France est fortement internationalisée et concentrée sur 370 firmes multinationales, dont 290 sous contrôle étranger. En 2012, elles exportent pour 41,4 milliards d’euros de biens et services et importent pour 38,8 milliards, dégageant ainsi un excédent commercial de près de 3 milliards. Elles perçoivent un montant proche de revenus en provenance de leurs filiales à l’étranger. Les firmes sous contrôle français dégagent un solde commercial largement excédentaire en biens comme en services, à la différence des firmes sous contrôle étranger.

Au-delà du clivage selon la nationalité, trois modèles économiques différents caractérisent ces firmes multinationales.

Un quart d’entre elles produisent en France à partir de leurs filiales industrielles pour fournir l’ensemble des marchés mondiaux. Elles regroupent notamment les plus gros acteurs nationaux.

Un autre quart rassemble des filiales industrielles et commerciales, le plus souvent étrangères. Elles produisent sur le territoire national tout en jouant un rôle majeur dans les échanges de biens, à l’importation comme à l’exportation.

Enfin, une moitié de ces firmes multinationales sont tournées vers la vente sur le marché intérieur : essentiellement importatrices, elles produisent et exportent peu. Très majoritairement affiliées à des groupes étrangers, elles sont plutôt de petite taille sur le territoire national.

Sommaire

Encadré

Publication

La pharmacie en France, très ouverte sur l’extérieur

En France, l’industrie pharmaceutique est très ouverte vers l’extérieur avec 62 % de son chiffre d’affaires réalisé à l’exportation en 2013, contre 16 % pour l’ensemble des secteurs principalement marchands. Les échanges internationaux de biens pharmaceutiques progressent plus rapidement que la production de la branche pharmaceutique : depuis 2000, les premiers ont été multipliés par plus de deux alors que la production de la branche n’a progressé que de 32 % (figure 1). Ils augmentent aussi plus rapidement que l’ensemble des échanges internationaux de biens. Enfin, l’excédent annuel des échanges de biens pharmaceutiques s’élève à plus de 3 milliards d’euros en moyenne depuis 2000.

Cette mondialisation de l’activité pharmaceutique en France est approchée ici en partant de l’ensemble des entreprises (groupes ou unités légales indépendantes) dont l’une des unités légales au moins participe à des opérations internationales liées à la pharmacie (échanges de biens et prestations de services, revenus d’investissements directs, commissions pour l’utilisation de brevets…), y compris lorsque cette unité est classée dans un autre secteur que la pharmacie (recherche et développement (R&D), activité de siège social, holding…) (encadré, sources).

Au sein de cet ensemble, pour 640 entreprises, l’activité pharmaceutique (industrie pharmaceutique ou commerce de gros pharmaceutique) est prédominante en matière de chiffre d’affaires, d’effectifs, de commerce international ou de dépenses en recherche et développement. Parmi elles, 367 firmes multinationales concentrent l’essentiel de cette activité : 94 % de la valeur ajoutée et la quasi-totalité des échanges avec le reste du monde. En France, elles dégagent en 2012 un chiffre d’affaires de 81,8 milliards d’euros, une valeur ajoutée de 20,4 milliards d’euros et emploient 123 000 personnes.

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Multinationales sous contrôles français et étranger contribuent à part égale à la valeur ajoutée

En 2012, en France, 77 firmes multinationales de la pharmacie sont sous contrôle français et 290 sous contrôle étranger. Chaque sous-ensemble dégage une valeur ajoutée de 10,2 milliards d’euros (figure 2). Les firmes sous contrôle français dégagent un solde commercial largement excédentaire pour les biens comme pour les services, à la différence des firmes sous contrôle étranger.

Les 367 multinationales de la pharmacie exportent 41,4 milliards d’euros de biens et services. Les biens pharmaceutiques (26,3 milliards d’exportations) dégagent un excédent commercial de 3,0 milliards. Les exportations de services (7,0 milliards) sont essentiellement constituées de redevances au titre des brevets et licences concédés ; elles contribuent à l’excédent commercial à hauteur de 1,2 milliard. Leurs échanges de biens autres que les produits pharmaceutiques sont en revanche déficitaires de 1,6 milliard. Ils sont surtout composés de produits chimiques et, dans une certaine mesure, d’instruments médicaux. Le solde de l’ensemble des échanges de biens et services s’élève ainsi à + 2,6 milliards.

Plutôt que d’exporter dans un pays, une entreprise peut préférer posséder une société dans ce pays pour y produire et/ou y vendre des biens et des services. Une entreprise sous contrôle français en retire des revenus d’investissements directs. À l’inverse, une filiale en France d’un groupe étranger lui distribue des revenus. Les revenus nets d’investissements directs des firmes multinationales (+ 3,1 milliards) contribuent le plus significativement à leur solde des transactions courantes (+ 5,7 milliards). Ils découlent principalement des dividendes perçus par les entreprises françaises auprès de leurs filiales à l’étranger. Là encore, les firmes sous contrôle étranger ont globalement une position débitrice.

Cumulé à la valeur ajoutée, le solde des revenus d’investissements ainsi calculé fournit une mesure approchée de la contribution des entreprises pharmaceutiques au revenu national brut (RNB) : 23,5 milliards sur plus de 2 000 milliards pour l’ensemble de l’économie, soit 1,1 %, dont 24 % découlent de leur activité internationale, sous forme d’échanges de biens et services ou de revenus d’investissements.

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Des stratégies économiques différenciées

Au-delà de la nationalité de contrôle, la part des exportations de biens et services dans les échanges totaux (importations et exportations) de chaque multinationale de la pharmacie renvoie à trois modèles d’organisation sous-jacents distincts.

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Produire en France pour servir les marchés intérieur et internationaux

Le modèle « Produire en France pour servir les marchés intérieur et internationaux » regroupe un quart des firmes multinationales de la pharmacie en France, réalisant plus de la moitié de la production (58 %) et de la valeur ajoutée (53 %) de l’ensemble. Ces firmes produisent sur le territoire français des biens pharmaceutiques qu’elles exportent pour partie (figure 3). Elles alimentent ainsi à la fois le marché intérieur et les marchés mondiaux. Elles exportent également des services, constitués de redevances au titre des brevets et licences concédés. Ces exportations de services sont assurées par des unités rattachées aux activités des sièges sociaux. Leurs filiales étrangères assurent des relais de croissance à l’étranger et leur procurent des recettes sous la forme de revenus d’investissements directs ou de commissions versées à la maison-mère pour l’utilisation de certains brevets. Les importations sont relativement limitées et constituées principalement de biens pharmaceutiques et de services.

Ainsi, ce modèle dégage un excédent commercial, quelle que soit la nature des échanges : biens pharmaceutiques, biens non pharmaceutiques ou services. Il se caractérise également par un solde positif important des revenus d’investissements directs, essentiellement de filiales industrielles, appartenant à part égale à des firmes sous contrôle français et sous contrôle étranger.

Ce modèle contient notamment les plus gros acteurs nationaux ; les dix plus grandes entreprises en couvrent à elles seules les trois quarts des effectifs et de la valeur ajoutée. Ces grandes firmes cohabitent avec des firmes de plus petite taille : laboratoires familiaux ou filiales de groupes étrangers installées en France pour produire et distribuer en Europe. Au total, les entreprises de ce modèle emploient 80 000 salariés, dont 62 000 dans la pharmacie.

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Échanger et produire

Les entreprises du modèle « Échanger et produire » disposent à la fois d’une base industrielle en France, chargée de l’essentiel de la production et des exportations, et d’un réseau de filiales commerciales assurant les approvisionnements en provenance de l’étranger. Ce modèle rassemble ainsi des filiales industrielles et commerciales, le plus souvent étrangères. Elles jouent un rôle actif dans les échanges de biens, à l’importation comme à l’exportation, tout en produisant aussi sur le territoire national (36 % de la production des firmes multinationales de la pharmacie). Elles contribuent largement aux flux d’échanges avec le reste du monde : leurs importations et exportations représentent plus de trois fois leur production. Elles sont exportatrices nettes de biens pharmaceutiques et à l’origine de volumes d’exportations substantiels : 21,8 milliards d’euros en 2012 au total, soit plus de la moitié des exportations des firmes multinationales de la pharmacie en France. Cependant, elles sont globalement importatrices nettes, du fait de leurs échanges de biens non pharmaceutiques et de services (figure 4).

Avec des effectifs médians de 160 salariés sur le territoire français et une valeur ajoutée médiane de 16 millions d’euros, ces entreprises se situent à un niveau intermédiaire par rapport à celles des deux autres modèles, avec cependant quelques grosses filiales en France de groupes étrangers. Au total, elles emploient 52 000 salariés en France, dont 41 000 dans la pharmacie.

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Importer pour vendre sur le marché intérieur

Enfin, un autre modèle, « Importer pour vendre sur le marché intérieur », regroupe la moitié des firmes multinationales de la pharmacie en France. Majoritairement composées de filiales commerciales de groupes sous contrôle étranger, elles écoulent sur le marché français des produits importés ; elles produisent et exportent peu (figure 5). Presque exclusivement importatrices nettes de biens pharmaceutiques et non pharmaceutiques, leur solde commercial est structurellement négatif (– 7,2 milliards d’euros) et leurs contributions à la valeur ajoutée et au RNB de l’ensemble des firmes sont modestes (respectivement 2,8 et 2,5 milliards d’euros). Elles emploient 30 000 salariés en France, dont 19 000 dans la pharmacie.

Ces firmes sont plutôt de petite taille en France avec un effectif salarié médian de 50 salariés et une valeur ajoutée médiane de 4 millions d’euros, même si certaines sont de gros acteurs internationaux.

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Encadré

Les firmes multinationales du cœur de la pharmacie

En France, en 2012, 8 600 entreprises (groupes ou unités légales indépendantes), composées de près de 40 000 unités légales, participent à l’activité pharmaceutique, au sens où l’une au moins de leurs unités légales vérifie l’un des critères suivants :

– code APE de l’industrie pharmaceutique (division 21 de la NAF rév 2.) ou du commerce de gros de produits pharmaceutiques (sous-classe 4646Z) ;

– chiffre d’affaires strictement positif pour au moins une branche relevant d’un de ces codes APE ;

– exportations ou importations de produits pharmaceutiques strictement positives ;

– dépenses de recherche et développement (R&D) pour l’industrie pharmaceutique strictement positives.

Le domaine pharmaceutique correspond à l’ensemble des entreprises en France (groupe ou unité légale) possédant une unité ainsi repérée. Ce contour est plus large que celui des concepts usuels de secteur et de branche. Sont ainsi intégrées les fonctions support qui participent pleinement à l’industrie pharmaceutique (souvent des sociétés de service, par exemple de R&D) et la mutualisation des ressources (royalties, financements et emprunts, transferts de profits et autres paiements internationaux).

Ces 8 600 entreprises réalisent 95,7 milliards de chiffre d’affaires dans la pharmacie et y emploient 161 000  personnes. Cependant, dans ce domaine pharmaceutique, la pharmacie ne représente pour la plupart d’entre elles qu’une activité secondaire. Ainsi, le « cœur de la pharmacie » est défini comme l’ensemble des unités statistiques pour lesquelles la pharmacie représente au moins 50 % pour l’un des quatre indicateurs (chiffre d’affaires, effectif, commerce extérieur, dépenses de R&D). Il comprend 640 entreprises constituées de 1 900 unités légales ; il concentre 92 % du chiffre d’affaires pharmaceutique et 86 % des effectifs employés dans la pharmacie, 98 % des dépenses intérieures de R&D et 95 % du commerce international en pharmacie.

L’étude se concentre sur les seules firmes multinationales de ce cœur de la pharmacie en France, c’est-à-dire sur les firmes ayant au moins une unité légale à l’étranger et une en France. Au nombre de 367, elles sont 77 sous contrôle français et 290 sous contrôle étranger. Les autres entreprises du cœur de la pharmacie sont des groupes « franco-français » ou des unités indépendantes. Leur poids est marginal : leurs exportations et importations de biens pharmaceutiques ne représentent que quelques centaines de millions d’euros pour une valeur ajoutée d’un peu plus d’un milliard en 2012.

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Insee Première N° 1596 - mai 2016

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