Les logements neufs étant destinés à loger des nouveaux ménages ou à remplacer les logements devenus trop vétustes, l’activité est très corrélée à la densité du bâti existant et à la démographie des territoires. Pour procéder à des comparaisons et corriger cet effet de taille, il est préférable de rapporter le nombre de constructions neuves au nombre d’habitants. Encore faut-il préciser que la construction neuve ne rend pas compte à elle seule de l’augmentation du parc de logements. En effet, une partie de l’offre provient de la restructuration de logements existants (division d’une maison individuelle en appartements par exemple) ou de la transformation de locaux (bureaux) en logements. La cartographie et l’analyse proposées dans ce chapitre reposent sur la construction neuve proprement dite. Notons enfin que dans le cadre de comparaisons internationales, le taux de constructions neuves doit être manié avec prudence car il est calculé à partir de l’ensemble des logements y compris par exemple les résidences secondaires.
Avant d’analyser la situation actuelle, il est nécessaire de retracer brièvement l’histoire de la construction au cours des dernières décennies. La construction passa par un maximum, à peu près partout en Europe, au début des années 70, le pic étant accentué dans les pays très touchés par la guerre, comme l’Allemagne ou la France, qui ont dû beaucoup construire et reconstruire. A cette époque, l’environnement économique commença à se transformer. Avec le ralentissement de la croissance et la montée du chômage, les ménages se trouvèrent dans un contexte de moins en moins favorable à l’investissement ; mais le plus fort de la crise semblait passé. Les gouvernements, qui, pour la plupart avaient mis en place des politiques d’aide au logement, adaptèrent à cette nouvelle donne leurs moyens d’intervention. Tous ces changements se traduisirent par un ralentissement de la construction neuve qui déclina régulièrement jusqu’aux années 90. Dans les pays d’Europe du Nord, les besoins en logements étaient pour l’essentiel comblés dans les années 80. La situation s’est profondément modifiée dans les années 90 en Allemagne qui dut faire face à des problèmes spécifiques nés de la réunification et des mouvements de populations en provenance d’Europe centrale. Par contre la construction de logements neufs en France, aux Pays-Bas et en Belgique a continué à suivre une tendance à la baisse entamée dans les années 70.
C’est dans ce contexte qu’il faut analyser la situation actuelle. Un taux de 3,8 constructions neuves pour 1000 habitants constitue un niveau faible comparativement à certains pays européens de l’Europe du Sud (Grèce, Portugal) ou à l’Irlande où cet indicateur dépasse 8 pour 1000. Or l’accroissement de la demande est pourtant manifeste dans les agglomérations urbaines. A côté de la croissance démographique somme toute modérée, le vieillissement démographique et la décohabitation sont des tendances majeures partagées par les différents territoires de l’espace transfrontalier. Se traduisant par une augmentation du nombre de ménages, ces évolutions sociales stimulent la demande en logements. Pour répondre à la pénurie, les gouvernements s’emploient à inverser la tendance par la mise en place de politiques destinées à accroître la construction. C’est le cas en France qui a décidé en 2004 de relancer la construction de logements locatifs sociaux et l’accession à la propriété.
La carte des constructions ne montre pas les tensions du marché mais la situation de fait de la construction neuve en 2001. Elle offre une image des grandes dynamiques territoriales. Le littoral est porté par l’urbanisation touristique des littoraux français et belge. Le désenclavement par l’autoroute littorale n’est certainement pas étranger à la bonne tenue de la construction sur le littoral français.
Le haut niveau de construction de la Flandre belge doit être associé à son évolution économique favorable. Les arrondissements de la Campine bénéficient d’une conjoncture très favorable que l’on peut attribuer aux effets de sa position de frontière avec les Pays-Bas. Le marché immobilier périurbain est très actif autour des arrondissements incluant une grande agglomération (Bruxelles, Anvers, Liège…). Le réseau autoroutier exerce une forte influence sur l’activité de construction. Dans le Brabant Wallon et la Hesbaye, les nouvelles constructions comblent les espaces interstitiels entre Liège et Bruxelles à proximité de l’autoroute A3. De même, les campagnes ne sont jamais très loin des grands centres urbains en raison de l’amélioration du réseau routier et autoroutier. Ainsi, l’axe A4 Bruxelles-Namur-Arlon constitue un axe structurant assurant la desserte de territoires à dominante rurale. Encore faut-il remarquer que l’échelon de l’arrondissement (ou son équivalent) associant souvent dans une même unité statistique et cartographique «centre urbain - banlieue - espace périphérique» n’est pas idéal pour y lire ces phénomènes.
A contrario, la mauvaise accessibilité des territoires, l’éloignement des grands centres et l’horizon très limité du marché de l’emploi constituent le faisceau de facteurs de déprise des territoires qui s’exprime par un très faible niveau des constructions neuves à l’est du Nord-Pas-de- Calais et sur les marges picardes et champenoises.
Collecte des données
Allemagne - le dernier recensement a eu lieu en 1987. La méthode actuelle de
recensement des immeubles et logements est basée sur un micro-sondage effectué
tous les 4 ans.
Belgique - le recensement des logements est organisé tous les 10 ans par l’Institut
National de Statistiques afin de coïncider avec le recensement de population. Le
dernier recensement a eu lieu en 2001.
Luxembourg - l’organisation est la même qu’en Belgique.
Pays-Bas - le recensement du logement s’appuie sur un échantillon d’environ
8000 ménages. Cette enquête appelée enquête des besoins en logements est
effectué tous les 4 ans.
France - le dernier recensement général a eu lieu en 1999. Il est depuis lors remplacé
par le recensement en continu et tournant. En dehors du recensement, des
enquêtes spécifiques sur le logement sont réalisées tous les 5 ans.
L’indicateur retenu est le taux de constructions neuves, c’est-à-dire le nombre de constructions neuves pour 1000 habitants. Il est calculé pour l’année 2001 pour les différents pays.
En 2001, le nombre de constructions neuves pour 1000 habitants s’est élevé à 3,8 dans l’espace transfrontalier. Plusieurs types d’espaces se distinguent par un niveau élevé de constructions neuves. Les littoraux de Ostende à Berck sont entraînés dans une dynamique liée à l’amélioration de leur accessibilité et à leur attractivité touristique. A l’intérieur du territoire, l’indicateur des constructions neuves met essentiellement en évidence les territoires sujets à une forte péri-urbanisation (Limbourg néerlandais et flamand…) ou à la reconquête rurale (Wallonie). Les confins champenois et ardennais apparaissent en retrait.