La part des jeunes de 16 à 29 ans est élevée en Nord-Pas-de-Calais, notamment grâce à une démographie féconde et au rayonnement de ses pôles universitaires. Leur situation est hétérogène tant du point de vue de l'activité que du mode de vie. Cette hétérogénéité se renforce à l'échelle des territoires au moment des choix d'études, en particulier lors du passage du secondaire au supérieur, ou lors des premiers pas dans la vie active. La propension des territoires à attirer des jeunes diffère selon l'offre locale de formation, le potentiel d'emplois juniors, leur desserte en transports ou encore l'offre de logements à des prix adaptés…
Porteurs d'avenir, la place des jeunes en Nord-Pas-de-Calais suscite de nombreuses questions en lien avec les politiques publiques en région. Quels sont les contrastes dans les territoires régionaux sur le plan de la vie des jeunes ? Dans quelle mesure l'autonomie des jeunes est-elle pénalisée par les difficultés d'accès à l'emploi et au logement ? Quelles sont les similitudes ou les différences parmi les jeunes de la région et les trajectoires qu'ils empruntent ? Au plan national comme régional, de nombreux dispositifs ont vu le jour afin d'aider l'entrée des jeunes dans la vie active qui restemarquée par des difficultés d'insertion. Ainsi les nombreux outils mis en place par l'État et la Région Nord-Pas-de-Calais permettent une mobilisation collective autour de cette importante préoccupation.
Dans cette continuité, la Région, la Direction Régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l'Emploi, la Direction Régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale et l'Insee avec l'appui du Rectorat ont décidé de collaborer à la réalisation d'une étude permettant d'éclairer, sous le prisme des mobilités et des trajectoires, les enjeux que représentent la jeunesse et même les jeunesses pour la vie économique et sociale de la région.
« Rien n'est trop difficile pour la jeunesse. » Socrate
Les jeunes de 16 à 29 ans, en France comme en Nord-Pas-de-Calais, peuvent se distinguer du reste de la population par un cumul de caractéristiques propres à cette tranche d'âge, notamment d'un point de vue économique et social : en premier lieu un taux de chômage plus élevé ayant pour conséquences des situations de pauvreté plus fréquentes, des difficultés en termes de logement, de santé et d'une manière générale de qualité de vie. Pourtant, ce qui distingue le plus cette classe d'âge, c'est sa diversité. Plus que toute autre catégorie d'âge d'une amplitude d'une quinzaine d'année, les différences de situations au sein des jeunes de 16 à 29 ans sont très importantes. Cette variété peut s'expliquer par le fait que cette tranche d'âge correspond à une période transitoire, charnière au sein de la vie, où l'individu passe de l'adolescence à la vie adulte. Les bouleversements sont nombreux et concernent tous les aspects du quotidien : vie familiale, éducation, emploi, logement…
Le modèle le plus fréquent fait passer, en moins de 15 ans, une personne du statut de lycéen vivant chez ses parents à celui d'actif occupé en couple parfois avec un ou plusieurs enfants. Cependant, ce modèle, certes majoritaire, ne correspond pas à toutes les situations : en particulier, les difficultés économiques et la précarité dumarché du travail retardent l'accession à un emploi stable et peuvent également avoir pour conséquence des situations de maintien au domicile parental à des âges élevés. À ce titre, le Nord-Pas-de-Calais présente des spécificités économiques et culturelles qui le singularise des autres régions françaises : sa particularité tient à une décohabitation plus tardive qu'en moyenne nationale mais avec ensuite un resserrement des étapes suivantes (vie célibataire, mise en couple…) puisque les Nordistes fondent plus vite des familles avec un ou plusieurs enfants. Même quand ce modèle dominant se réalise, il se concrétise rarement par un cheminement linéaire et peut prendre la forme d'une pluralité de scénarios, parfois avec des retours en arrière. L'obtention d'un diplôme, l'arrêt des études, le départ du domicile parental, l'entrée dans la vie active, la mise en couple voire la naissance d'enfants… sont autant d'éléments appartenant au parcours traditionnel d'un jeune entre 16 et 29 ans mais qui peuvent, chacun, intervenir plus ou moins tôt.
Ainsi, le parcours d'un jeune entre 16 ans et 29 ans est jalonné par un certain nombre d'étapes, de carrefours. À ces carrefours, il peut être amené à faire des choix, souvent sous contraintes : quel type d'études vais-je suivre ? Suis-je prêt à quitter ma région pour trouver un emploi ? De la succession de ces choix naissent une multitude de trajectoires extrêmement diverses s'échelonnant du jeune décrocheur quittant très tôt le système éducatif et le domicile parental et n'ayant à 29 ans pas encore trouvé d'emploi stable jusqu'au diplômé d'enseignement supérieur quittant la région pour trouverun poste correspondant à ses qualifications. Parmi toutes ces trajectoires parfois opposées, il existe néanmoins un point commun : les enjeux autour de la mobilité géographique. Le choix de rester sur son territoire d'origine, de déménager au sein de la région ou de quitter la région se pose à l'ensemble des jeunes à différentes étapes de leur parcours (décohabitation du domicile parental, mise en couple, poursuite d'étude dans l'enseignement supérieur, entrée dans la vie active…) et s'avère déterminant sur la suite du cheminement. C'est pourquoi ce dossier qui traite des différentes étapes entre l'adolescence et la vie adulte, les aborde principalement via le prisme de la mobilité. L'enjeu de la mobilité géographique est donc essentiel pour comprendre les difficultés rencontrées par les jeunes, d'une manière générale, mais encore plus pour les jeunes Nordistes qui font partie des moins mobiles de France. Être mobile permet par exemple d'accéder à davantage de formations, avec plus de débouchés ou de s'ouvrir un marché de l'emploi bien plus large. Or, la mobilité a un coût, financier tout d'abord, via la nécessité de se loger ou de se déplacer, d'obtenir un permis de conduire… ce qui la rend plus difficile pourles jeunes d'origine modeste. Là encore, les difficultés économiques de la région Nord-Pas-de-Calais constituent un frein aux mobilités et renforcent donc les difficultés d'insertion des jeunes Nordistes sur le marché du travail. Le coût est aussi psychologique puisque quitter sa région, sa ville d'origine n'est pas toujours chose aisée.
Ainsi, une possible mobilité intervient aumoment de l'entrée dans l'enseignement supérieur et apparaît comme un moment clé du parcours d'un jeune. Il est à noter que la région est caractérisée par la présence du pôle d'enseignement supérieur de Lille, dont l'attractivité dépasse les seules frontières régionales, et par une offre de formations locales relativement large. Que l'étudiant choisisse une formation longue, par exemple à l'université ou une formation courte en section de technicien supérieur, il a souvent la possibilité d'opter pour un établissement de proximité qui lui permet en particulier de continuer à vivre chez ses parents. Dans ce cas, il est fortement contraint par l'offre locale de formation qui peut le limiter par rapport à ses goûts ou le conduire vers des formations offrant peu de débouchés. C'est particulièrement le cas pour les jeunes originaires du littoral issus de milieux modestes : leur orientation post-baccalauréat semble fortement influencée par les disciplines offertes par les établissements universitaires locaux. Le jeune bachelier peut aussi faire le choix d'étudier dans un pôle de plus grande ampleur, par exemple celui de Lille. L'offre de formation sera plus large mais cela peut impliquer de longs déplacements quotidiens ou la nécessité de déménager avec les coûts que cela occasionne. Les choix sont donc opérés sous contraintes, ici financières, puisque ce sont les jeunes d'origine plus aisée qui peuvent supporter les coûts de la mobilité et donc s'orienter vers les formations qu'ils souhaitent ou les plus prestigieuses. L'entrée sur le marché du travail représente également un moment charnière où la question de la mobilité peut avoir un impact important sur la carrière professionnelle d'un jeune. L'importance du chômage révèle un déséquilibre sur le marché du travail dans la région. C'est particulièrement le cas pour les plus jeunes puisque le Nord-Pas-de-Calais est la région où les moins de 25 ans pèsent le plus parmi les demandeurs d'emploi (25%au 31 décembre 2009 contre 19% pour l'ensemble de la France de province). Outre le chômage, le manque d'emploidansla région se traduit égalementpardes situations de déclassement pour les diplômés d'enseignement supérieur : parmi ceux de premier cycle près de 40 % occupent un poste d'ouvrier ou d'employé ; c'est aussi le cas pour plus de 15 % des diplômés de deuxième ou troisième cycle. Or, il s'avère que les jeunes ayant effectué une mobilité, à l'intérieur de la région ou, qui plus est, dans une autre région française, sont, toutes choses égales par ailleurs, moins souvent au chômage ou en situation de déclassement que ceux préférant rester sur leur territoire d'origine. Là encore, le rôle bénéfique de la mobilité interroge sur la possibilité économique pour les jeunes de milieux modestes d'effectuer un déménagement de plus ou moins longue distance, de réussir à obtenir un logement dans une nouvelle région…
La transversalité des difficultés qui se posent à la population des jeunes fait qu'ils sont impliqués dans de nombreuses politiques publiques dont ils ne sont pas spécifiquement la cible : politiques d'emploi, de logement ou de santé… Mais du fait de l'importance des difficultés pour cette population, les jeunes sont aussi le public principal de politiques spécifiques.
Cofinancées par l'État, la Région, les Départements, les Communes (ou communautés de communes)et les fonds européens, les missions locales prennent en charge des jeunes de 16 à 25 ans, majoritairement peu diplômés, afin de favoriser leur insertion sociale et professionnelle.
Créé en juillet 2008 dans le cadre du plan «Espoir banlieues », le contrat d'autonomie s'adresse aux jeunes de 16 à 25 ans rencontrant des difficultés particulières d'accès à l'emploi et résidant dans un quartier couvert par un contrat urbain de cohésion sociale. Il permet un accompagnement intensif et personnalisé par un organisme d'aide au placement vers un emploi durable, la création d'entreprises ou l'accès à une formation professionnelle qualifiante.
Faisant de la deuxième chance une priorité, l'État s'est engagé dans le développement de places dans les écoles de la deuxième chance (E2C) et les Établissements publics d'insertion de la Défense (Epide). Les dispositifs de la deuxième chance reposent sur une individualisation et une professionnalisation des parcours avec alternance de périodes en centre (remise à niveau des savoirs de base, activités de socialisation) et en entreprise (découverte, stage).
Le Fonds d'aide aux jeunes (FAJ) est un ensemble d'aides obligatoires financées par le Département. Il est compétent pour attribuer aux jeunes en difficultés, âgés de 18 à 25 ans, des aides destinées à favoriser leur insertion sociale et professionnelle, et le cas échéant, leur apporter des secours temporaires urgents. Le FAJ se décompose en trois parties : une dite d'aide financière individuelle (la plus importante), une autre de prestations collectives (sur le logement, l'emploi…) et enfin celle du financement de dispositifs. Les formes d'aides collectives restent secondaires comparativement aux aides individuelles (30%dans le Nord Pas-de-Calais contre 25 % au niveau national en 2009). Ce fonds est particulièrement important dans le département du Pas-de-Calais où le nombre d'aidés est élevé et le montant individuel
Coordination du dossier : Jérôme Fabre et Danièle Lavenseau (Insee)
collaboration au dossier :
Cartographie : Évelyne Lorenski et Martine Sénéchal (Insee)
Note de lecture : ce schéma constitue une aide à la lecture dans la multitude des parcours que peut emprunter un jeune de 16 à 29 ans et qui correspondent aux principales étapes de sa vie d'élève, d'étudiant, de jeune actif ou de jeune parent. À chacune de ces nouvelles étapes, le jeune se trouve dans une situation où il est amené à se positionner en faisant des choix sous certaines contraintes, économiques notamment. Par exemple, à la fin de ses années de lycée le jeune se demande vers quel type d'études il souhaite se diriger et si pour cela, il quitte le domicile parental et parfois sa ville (décohabitation). De la succession de ces étapes naissent une multitude de trajectoires extrêmement diverses.Ce schéma est détaillé dans les chapitres 1, 3 et 4 et permet de cibler les principales trajectoires suivies par les jeunes. Les cases colorées correspondent aux trajectoires traitées dans le passage correspondant.