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Les espaces du Nord-Pas-de-Calais Trajectoires, enjeux et devenir
Mutations et polarités économiques
Fascicule 2

Sommaire

En synthèse

La seconde moitié du XXe siècle a vu l'économie française et mondiale se transformer radicalement. Au sortir de la seconde guerre mondiale, les emplois agricoles, industriels et tertiaires occupent chacun une place équivalente dans le système productif national. Les besoins liés à la reconstruction et la consommation de masse sollicitent alors fortement les industries et contribuent à leur essor. Au milieu des années 1970, le système économique repose essentiellement sur la production industrielle.

Puis la mondialisation de l'économie, la dématérialisation des produits, la robotisation des chaînes de production, la marchandisation des services ébranlent ce système. Les unités de production locales sont en concurrence avec celles des nouveaux pays en développement, où le coût de la main d'œuvre est moins onéreux. Les productions traditionnelles sont détournées vers des produits d'une nature nouvelle, les services et les TIC apparaissent. Des hausses de productivité s'opèrent dans le secteur secondaire. Ce passage de l'économie industrielle à l'économie tertiaire vient déstabiliser les zones les plus industrialisées dont fait partie la région Nord-Pas-de-Calais.

Un appui des décideurs publics à la reconversion

Les effets conjugués de la mutation économique et des gains de productivité ont ainsi affecté les nombreux espaces nordistes mono-industriels. Dans les zones touchées, la faiblesse des qualifications des salariés et leur manque de diversification sont autant d'obstacles à l'attractivité de ces territoires.

D'où l'importance des politiques de l'emploi menées par l'État et ses partenaires visant à faciliter les transitions professionnelles des salariés par l'accès aux qualifications, avec par exemple la validation des acquis de l'expérience. L'État recherche la revitalisation des sites impactés en utilisant notamment le fonds national de revitalisation des territoires. Afin d'accompagner les mutations économiques, les pouvoirs publics travaillent à conforter la vocation industrielle de la région (via notamment le soutien au pôle automobile régional, aux grappes d'entreprises…) et à l'émergence de nouvelles filières. Sept pôles de compétitivité ont ainsi été labellisés dans la région : I-Trans dans les domaines du ferroviaire, de l'automobile et des systèmes de transport intelligents ; Nutrition Sante Longévité, au cœur de la biologie-santé et de l'agroalimentaire ; Picom autour des industries du commerce et le développement des e-services ; Up-Tex en matière de textile technique et innovant ; MAUD (Matériaux et applications pour une utilisation durable) sur les interactions milieux-matériaux, le packaging et les applications des produits biosourcés ; Aquimer pour la transformation des produits de la pêche ; Team2 dans les écotechnologies et la valorisation des déchets. Les pôles de compétitivité, d'initiative nationale, ont été complétés par les pôles d'excellence d'initiative régionale dans le cadre du schéma régional de développement économique

Les acteurs publics territoriaux interviennent également dans la reconversion économique, en incitant l'implantation de nouveaux secteurs stratégiques. Le Schéma régional d'aménagement et de développement du territoire adopté en 2006 par le Conseil Régional fixe six grands enjeux pour le développement du Nord-Pas-de-Calais. L'enjeu 3 " faire la différence en construisant et en valorisant nos spécificités " met en évidence la nécessité de s'appuyer sur les spécificités des territoires régionaux et de qualifier les leviers de la performance économique au sein de la région.

De façon plus opérationnelle, les priorités économiques régionales sont matérialisées dans le Schéma régional de développement économique (SRDE), construit autour de huit enjeux :

  • accompagner la création et transmission d'activités ;
  • structurer le territoire régional autour de pôles d'excellence économique
  • placer l'innovation, la recherche fondamentale et sa valorisation au cœur des priorités ;
  • aider l'anticipation, clé de la réussite économique ;
  • agir à l'international ;
  • mobiliser et coordonner les outils financiers au service du développement économique ;
  • être à la pointe dans l'usage des technologies de l'information et de la communication ;
  • promouvoir une région solidaire et attentive à l'équilibre entre les territoires.

La Région a ainsi formalisé vingt-trois Plans locaux de développement économique (PLDE) qui reprennent toutes les politiques régionales en s'appuyant sur un projet de territoire partagé et adapté aux spécificités locales. Le PLDE définit un plan d'actions concerté avec les acteurs économiques du territoire et est formalisé par une contractualisation entre la Région et les acteurs locaux.

Polarisation du système productif autour des métropoles

La recomposition sectorielle a conduit à une nette polarisation du système productif. Les plus grandes agglomérations semblent capter l'essentiel des activités et des fonctions supérieures, laissant aux autres territoires les productions à moindre valeur ajoutée. En 2007, le Nord-Pas-de-Calais est la 3e région économique de province en termes de valeur ajoutée. Localement, la zone d'emploi de Lille participe pour près d'un tiers aux richesses créées. Une préoccupation des acteurs publics est de parvenir à poursuivre cette métropolisation, vecteur d'attractivité économique, sans par ailleurs occulter le potentiel des espaces environnants.

Certains espaces bénéficient de la présence d'activités porteuses fortement rémunératrices tandis que d'autres sont tournés vers des secteurs traditionnels toujours plus soumis à la concurrence. Les écarts territoriaux trouvent une partie de leurs origines dans la structure sectorielle du tissu productif. Si les transformations de ces dernières décennies ont modifié la localisation des activités, les héritages restent encore relativement apparents. Ainsi, il est nécessaire de revenir sur les mutations économiques pour bien comprendre les logiques de fonctionnement des espaces. L'étude s'efforce ici de retracer les trajectoires des structures d'activité des espaces, depuis le choc pétrolier de 1973 jusqu'à la veille de la crise économique mondiale de 2008.

Cette approche sectorielle de l'appareil productif est complétée par une analyse des fonctions exercées par les personnes actives. Basées sur les professions, cette démarche est transversale aux secteurs d'activités, aux niveaux de qualifications ainsi qu'aux statuts. Elle approfondit les enseignements tirés de l'analyse sectorielle et rend davantage compte de la polarisation économique des zones. Par exemple, une industrie globalement soumise à des difficultés économiques peut trouver à un niveau local un dynamisme propre via des fonctions de recherche ou d'innovation.

Le potentiel des activités présentielles

Certaines activités ne dégagent pas nécessairement d'importantes richesses mais arborent des dimensions humaine et sociale. C'est le cas de la sphère présentielle, composée des activités implantées là où il y a de la demande, c'est-à-dire à proximité des populations – résidentes ou touristiques –. L'économie présentielle apparaît comme une source de stabilité à l'heure où les territoires sont de plus en plus sensibles à la concurrence, puisqu'elle produit des biens ou services non délocalisables. Dans les zones rurales notamment, ces activités sont un élément déterminant pour le maintien de l'économie locale. Si leurs emplois sont souvent moins qualifiés, moins rémunérateurs et plus précaires que dans le champ purement productif, les activités présentielles permettent de capter les revenus et constituent par là un levier d'actions pour le développement des territoires à l'époque post-industrielle.

Renforcer l'attractivité et la durabilité des espaces

L'économie ne peut cependant pas reposer uniquement sur des fonctions présentielles, tributaires de l'attractivité résidentielle et du dynamisme touristique des zones. Le maintien d'une base productive est indispensable, les secteurs de la sphère non présentielle assurant la création initiale de valeur ajoutée alimentant par la suite les circuits économiques. Un enjeu pour les politiques de développement économique est de renforcer l'attractivité des espaces pour favoriser l'implantation de ces activités. Cette étude s'intéresse notamment au dynamisme des zones d'emploi du Nord-Pas-de-Calais en termes de créations d'établissements et d'emplois au sein de la sphère non présentielle. Elle identifie quels territoires sont les plus attractifs au regard de ces indicateurs et caractérise les écarts territoriaux. De manière empirique, la concentration des emplois dans un faible nombre d'unités ou le manque de diversification des activités créent autant de facteurs de fragilité quand il s'agit de réagir à un choc conjoncturel. Le dynamisme des espaces est donc mis en regard de leur vulnérabilité aux risques économiques.

La lecture transversale offre huit profils d'espaces
en Nord-Pas-de-Calais

Les espaces sont aujourd'hui non seulement polarisés par leur structure sectorielle mais aussi par les fonctions occupées par les emplois. Cette organisation spatiale induit des écarts territoriaux importants, que ce soit en termes de dynamisme ou de vulnérabilité. La juxtaposition des analyses aboutit à une lecture où s'entrecroisent huit profils d'espaces infrarégionaux au regard des problématiques économiques.

Une analyse transversale fait apparaître quelques étonnements, par exemple dans la zone de Lens-Hénin. Elle qui connaît d'importantes difficultés démographiques et sociales s'illustre ici par des résultats avantageux. Avec une reconversion avancée dans le tertiaire, une spécialisation dans des activités porteuses et de vives créations d'unités et d'emplois, elle se voit affectée au sein du même espace dynamique que la métropole régionale. Reste à y développer, aux côtés des services opérationnels, des activités de plus forte valeur ajoutée. Ailleurs dans l'ex-Bassin minier, le déclin du poids industriel s'est arrêté récemment et marque une divergence avec la dynamique globale de désindustrialisation et de tertiarisation. Cette rupture de tendance souligne tantôt un maintien industriel (Bruaysis et Béthunois), tantôt un léger regain (Valenciennois). Enfin certains espaces, à l'image des pôles de Berck-Montreuil et de Saint-Omer, se distinguent par leur faible étendue géographique, signe d'un fonctionnement économique isolé. Si, dans le cas du premier, la conjoncture économique est relativement favorable, pour le second, les difficultés se font plus prégnantes au fur et à mesure que l'intensité de la mondialisation progresse.

COORDINATION du DOSSIER :
Arnaud DEGORRE et Nathalie DELATTRE

COLLABORATION AU DOSSIER :
David DESRIVIERRE et Nicolas TURBAN (Insee)

SUIVI PARTENARIAL :
Philippe BOUCHEZ, Stéphane HUMBERT, Grégory MARLIER et Alain PRUVOST (Conseil Régional)

Nicolas GROSSE et Cécile SENTIS (SGAR)

Bruno CLÉMENT-ZIZA (Dirreccte)

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