La région Nord-Pas-de-Calais s'insère, par ses caractéristiques démographiques, dans le prolongement du vaste bassin de population nord-ouest européen. Son armature urbaine riche s'est construite selon un mode de peuplement qui a posé ses bases dès le Moyen Âge.
Les premières grandes villes de la région se forment à l'époque médiévale par le développement des activités économiques. Les métiers du textile donnent un essor à Lille, Valenciennes, Douai ou Arras, la métallurgie permet l'émergence de la Sambre et de l'Avesnois, quand la verrerie, la marbrerie ou la faïence développent d'autres espaces. La diversité et la qualité des productions agricoles contribuent en parallèle à peupler les espaces ruraux. Dès le Moyen Âge, le Nord-Pas-de-Calais s'inscrit comme une importante terre d'échanges avec le Bassin parisien et le Nord de l'Europe. La région voit son organisation territoriale se complexifier lors de la révolution industrielle. Les besoins de main-d'œuvre se font importants dans les activités en développement, ce qui concourt tantôt à renforcer les foyers de peuplement préindustriels, tantôt à des créations ex-nihilo. Des masses de population affluent à Roubaix pour le textile, des villes champignons telles que Lens naissent le long de l'Arc minier, le littoral tire profit du dynamisme économique et portuaire.
La révolution industrielle en Nord-Pas-de-Calais s'accompagne d'une explosion démographique, le poids de la population régionale en France passant de 5 % à près de 8 % en un siècle. L'émergence d'un réseau de voies de communication dense entre les agglomérations, particulièrement entre le Bassin houiller et la métropole lilloise, polarise les espaces. Dans le milieu du 20e siècle, la fermeture des centres d'exploitation minière, le repli de la production textile et la crise de la sidérurgie conduisent à d'importantes restructurations économiques, rendant la région moins attractive. Les années 1960 marquent alors une rupture : la population du Nord-Pas-de-Calais est en quasi-stagnation depuis, celle de France poursuit sa progression. Ainsi le poids démographique de la région décline.
Les bases de la localisation des populations n'évoluent guère depuis la fin de la révolution industrielle. Les changements enregistrés correspondent davantage à une recomposition démographique qu'à des bouleversements. L'absence de contraintes géographiques et l'amélioration des voies de communication permettent un étalement des habitants de plus en plus loin des pôles urbains. La structure démographique actuelle du Nord-Pas-de-Calais tend vers un continuum urbain, particulièrement dense de la métropole lilloise à l'ancien Bassin minier. Les populations rurales ne parviennent pas à attirer les plus jeunes, friands des grands centres d'enseignement et des pôles d'emploi, et font face à un vieillissement prononcé. Enfin, la diminution de la taille des ménages implique une hausse de la demande en logements, parfois même sur des espaces en recul démographique. L'ensemble de ces constats renvoie à des enjeux de politiques d'aménagement du territoire et du logement. Suivant les zones, ces enjeux diffèrent : mise en place de structures d'accueil pour les personnes âgées, maîtrise de l'artificialisation des sols, ou encore prévision des futurs besoins en logements. Au-delà de la problématique régionale, les enjeux méritent donc d'être considérés au niveau local.
Sur un territoire soumis à de multiples pressions, les services de l'État ont pour mission de garantir un développement humain responsable, plus économe en ce qui concerne l'utilisation de l'espace et des ressources naturelles conformément aux orientations issues du Grenelle de l'environnement. L'État veille ainsi à la maîtrise de l'étalement urbain notamment en mettant en cohérence les documents de planification afin d'optimiser l'utilisation de l'espace.
De même, la Région a mis en place une directive régionale d'aménagement portant sur la maîtrise de la périurbanisation. Cette directive vise à l'organisation collective des différents acteurs afin de maîtriser l'étalement urbain que connaissent la plupart des agglomérations régionales. Ce cadre de référence définit quatre objectifs : limiter l'extension urbaine en favorisant la densification et le renouvellement de la trame urbaine des villes et villages ; organiser l'armature urbaine autour des réseaux de transports en commun ; proposer au sein des agglomérations une offre urbaine plus attractive et socialement accessible ; proposer aux territoires ruraux un autre avenir que le périurbain.
Pour favoriser l'échange avec les territoires sur cette thématique ainsi que sur la question de la Trame Verte et Bleue, un référentiel territorial a été défini par la Région. Ce référentiel a pour objet de réaliser des états des lieux tendanciels par territoire, mettant en évidence les tensions et problématiques liées aux questions foncières et de maîtrise de la périurbanisation. Il s'agit d'identifier des marges de manœuvre pour l'action foncière locale afin de répondre aux enjeux régionaux. Ce document doit ainsi permettre d'engager le débat avec les équipes d'ingénierie des différents territoires.
Avec une préoccupation similaire, une démarche préparatoire pour un cadre de cohérence de l'aménagement et des transports pour l'aire métropolitaine lilloise (AML) est menée par l'État en partenariat étroit avec les collectivités. Il a mis en relief les interactions entre aménagement urbain, demande de mobilité et l'offre de transport, ainsi que leurs impacts sur les ressources naturelles. Face à ce constat, une directive territoriale d'aménagement et de développement durable pourrait être élaborée à l'échelle de l'AML.
L'objectif de cette étude est d'identifier, au sein de la région, des espaces cohérents au regard des principales problématiques démographiques. Pour cela, quelques indicateurs démographiques ont été sélectionnés pour leur pertinence au vu des enjeux, puis ont servi à l'élaboration de typologies selon la méthode de classification ascendante hiérarchique. Les indicateurs retenus dans cette optique sont au nombre de trois : l'évolution annuelle moyenne de la population, la taille des ménages et le ratio de vieillissement des habitants. Une analyse rétrospective est reconstituée sur une période de 45 ans – à savoir de 1962 à 2006 – et prend son départ au retournement de la dynamique démographique régionale, au lendemain de la révolution industrielle. La constitution des grands espaces régionaux se veut la plus indépendante possible des zonages préexistants, de quelque nature qu'ils soient. Les analyses s'efforcent donc de confronter les regards sur diverses briques de base, croisant une lecture en termes d'intercommunalité et une lecture selon le degré d'urbanisation. Enfin, l'étude propose d'aborder la question de l'avenir du territoire à travers plusieurs scénarios de projections de population à horizon 2030.
La superposition des résultats statistiques permet d'identifier sept types d'espaces, relativement homogènes en leur sein et suffisamment distincts entre eux au regard des problématiques citées précédemment. Cette nouvelle vision de la région Nord-Pas-de-Calais présente quelques originalités par rapport à celles qui ont pu prévaloir jusqu'alors.
L'espace dont fait partie la métropole lilloise déborde sur l'ex-Bassin minier en suivant le tracé de l'autoroute A1 reliant Lille à Paris. Ce territoire se caractérise par une forte concentration démographique, de type métropolitain, et en constante hausse. Il connaît la progression la plus modérée du vieillissement au cours des quatre dernières décennies et s'affiche même sur la période récente comme l'espace le plus jeune. Les projections lui conservent d'ailleurs une image de territoire éternellement jeune
Tout aussi dynamique depuis les années 1960, l'espace situé sur la zone arrageoise se démarque du précédent par une pression artificielle moindre et un récent regain d'attractivité : son poids démographique au sein de la région s'accroît. Selon les projections de population, il devrait être l'espace connaissant la plus forte croissance démographique durant les prochaines années. Mais le ratio de vieillissement de sa population devrait également se maintenir à un niveau plus élevé que la moyenne nordiste.
Toutefois, les enjeux liés au vieillissement apparaissent plus prégnants encore sur l'espace qui occupe une large partie du nord-ouest de la région. Cette zone, où la population était auparavant la plus jeune de la région, voit son ratio de vieillissement progresser de manière accrue. À côté de cela, la stagnation de son nombre d'habitants observée récemment devrait se confirmer, voire passer dans le négatif.
Dans le sud du Nord, la population est relativement âgée et l'évolution démographique actuelle atone. Cependant, les tendances y paraissent moins dégradées que dans l'espace précédent : provenant de l'exode rural, le déclin démographique observé lors des décennies précédentes se résorbe et le vieillissement de la population suit le rythme moyen régional.
Pour le sud-ouest de la zone littorale, le vieillissement de la population ne devrait pas empêcher la hausse démographique. Le ratio de vieillissement de cet espace conserve la place la plus haute depuis 40 ans. La tendance devrait se poursuivre à horizon 2030, avec une accélération du phénomène en comparaison à la moyenne régionale. Le regain démographique des années 2000 devrait se confirmer et conférer à cet espace une croissance parmi les plus importantes du
Nord-Pas-de-Calais.
Enfin, l'ancien Bassin minier est scindé en deux espaces distincts. Ces deux zones ouest et est – englobant le Maubeugeois – se caractérisent par une dynamique globalement atone depuis la fin des années 1960 et qui peine à se redresser. Les projections démographiques prévoient d'ailleurs soit une légère hausse, soit une légère baisse, selon le scénario retenu.
COORDINATION du DOSSIER :
Arnaud DEGORRE et Nathalie DELATTRE
COLLABORATION AU DOSSIER :
Isabelle DECROOCQ, David DESRIVIERRE (Insee) et Juliette LECLERT (Stagiaire Polytech Lille)
SUIVI PARTENARIAL :
Philippe BOUCHEZ, Stéphane HUMBERT, Grégory MARLIER et Alain PRUVOST (Conseil Régional)
Cécile SENTIS (SGAR)