Des signes avant-coureurs de difficultés dans la filière automobile étaient apparus en 2005 avec une baisse de la production en France et une diminution de celle du continent nord-américain. Les évolutions structurelles de la filière automobile qui devaient en découler en Europe et en France avaient conduit les acteurs publics et économiques de la région Nord-Pas-de-Calais à anticiper les mutations et leurs impacts dans la région. Un observatoire de la filière automobile en Nord-Pas-de-Calais a ainsi vu le jour en février 2007. À la demande de la Direction régionale du Travail, de l'Emploi et de la Formation professionnelle (DRTEFP), de la Direction régionale de l'Industrie, de la Recherche et de l'Environnement (DRIRE), du Secrétariat régional aux affaires régionales (SGAR) et de la Région, un travail partenarial avec l'Insee a été initié en 2007 et 2008 avec l'appui de l'Association régionale de l'industrie automobile (Aria). Cette démarche a permis d'apporter progressivement une meilleure connaissance du secteur de l'industrie automobile implanté dans la région. Deux études de cadrage ont été publiées : « Le secteur automobile en Nord-Pas-de-Calais », Les Dossiers de Profils, n°89, décembre 2007 et « Un emploi industriel sur huit lié étroitement à l'activité des sept principaux sites automobiles régionaux », Pages de Profils, n° 52, février 2009.
Puis, une enquête a été mise en œuvre auprès des établissements de 20 salariés et plus, implantés en Nord-Pas-de-Calais, exerçant leur activité dans des secteurs pouvant avoir un lien avec la construction automobile afin de préciser le contour de la filière régionale. Financée par la Direction régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l'Emploi (Direccte) et bénéficiant de l'expertise de l'Aria, cette enquête est proposée à un rythme annuel depuis 2008, pour une période de cinq ans. Elle fournit des informations permettant d'adapter les plans d'action à partir de données objectives et de mieux anticiper les mutations du secteur. Deux enquêtes ont été déjà exploitées et ont donné lieu à la publication de deux études : « La filière automobile en Nord-Pas-de-Calais, les relations entre les acteurs régionaux », Les Dossiers de Profils, n°95, décembre 2009 et « La filière automobile en Nord-Pas-de-Calais, ses acteurs face à la crise », Les Dossiers de Profils, n°98, septembre 2010. La troisième enquête s'est déroulée au quatrième trimestre 2010 pour une observation de l'activité dans la filière automobile tout au long de l'année 2009, marquée par le paroxysme de la crise économique. Les résultats ici présentés pointent bien l'ensemble des mutations à l'œuvre dans la filière automobile régionale. La prochaine enquête se déroulera en novembre 2011.
La troisième enquête régionale effectuée auprès des établissements de plus de 20 salariés de la filière automobile s'est déroulée durant les mois de septembre à décembre 2010. Elle portait sur l'activité réalisée tout au long de l'année 2009. La période analysée a coïncidé avec le paroxysme de la récession économique dans l'ensemble des secteurs au premier trimestre 2009 et la phase de lente reprise d'activité dans l'industrie à partir du deuxième semestre.
Après la très lourde dégradation de l'activité dans les industries automobiles observée en fin 2008, le début de l'année 2009 est encore marqué par un nouvel affaissement de la production, accompagné d'une importante réduction des stocks. Dès le deuxième trimestre 2009, le rythme de l'activité progresse nettement et ce jusqu'en fin d'année. Cette crise économique est venue s'ajouter aux nombreux défis structurels engagés dans la filière automobile depuis le début des années 2000, comme la saturation des marchés des pays développés, la hausse tendancielle du prix des carburants qui déplace les achats vers les véhicules économes ou encore des nécessités écologiques qui s'imposent de plus en plus dans la conception et l'utilisation des véhicules. Face à ce contexte de mutations profondes, les pouvoirs publics ont avant tout pris des mesures pour soutenir la demande adressée à la filière, avec notamment la signature d'un Pacte automobile avec les constructeurs et les équipementiers ainsi qu'un important plan d'aides aux constructeurs de 6,5 milliards d'euros, sous la forme de prêts participatifs.
Les sept constructeurs, Renault Douai, la Française de mécanique, la Société européenne des véhicules légers du Nord, Toyota, Maubeuge Construction automobile, PSA Peugeot Citroën, la Société de transmission automatique auxquels s'ajoute la Secma ont employé 20 010 salariés1 hors intérim, soit environ 1 000 salariés de moins que l'année précédente. En plus des constructeurs, la région Nord-Pas-de-Calais compte 312 établissements de plus de 20 salariés déclarant participer au processus de production automobile. Parmi ceux-ci, 62 établissements régionaux exercent une activité liée à 100 % à celle de l'automobile. Ce sont donc 70 établissements qui sont concernés en totalité par cette activité. Ils emploient 31 420 salariés et génèrent à eux seuls près de 89 % des effectifs de la filière. Ces établissements constituent le cœur de la filière. La vision la plus large qui dénombre tous les établissements de plus de 20 salariés réalisant au minimum 1 % de leur chiffre d'affaires dans l'automobile, totalise 35 220 salariés dédiés à l'automobile sur un total de 50 630 employés par ces établissements. Le chiffre d'affaires de la filière automobile est passé de 15 milliards à près de 13 milliards d'euros entre 2008 et 2009.
Le recours à l'intérim permet un ajustement des emplois au niveau d'activité. En 2007, le recours à l'intérim dépassait les 10 % des effectifs salariés dans la construction automobile. Mais depuis l'année 2008, ce n'est plus le cas. De plus de 6 200 intérimaires en 2007, le recours à l'intérim s'effondre en juillet 2008 en passant sous la barre des 1 000 pour devenir quasi nul en décembre 2008. La reprise de l'intérim reste timide en 2009. Les constructeurs ont employé en moyenne chaque mois 1 500 intérimaires. Les autres établissements de la filière ont également eu recours à l'intérim et l'ont estimé à quelque 2 000 intérimaires employés par mois. Par ailleurs, en 2009, près de neuf millions d'heures d'activité partielle ont été utilisées en Nord-Pas-de-Calais dont quatre millions ont été consommées par la seule filière automobile, soit 45 % du volume de consommation de l'économie régionale. Au mois de mars 2009, la moitié des salariés de la filière était ainsi en chômage partiel.
Les établissements de la filière ont subi une baisse moyenne de leurs effectifs totaux de 6 % par an entre fin 2007 et fin 2009. Les effectifs qu'ils consacrent à l'automobile subissaient une baisse moyenne annuelle encore plus forte de 11 %. La part des effectifs dédiés à l'automobile par les établissements liés à la filière a diminué et passe de 78 % en 2007 à 70 % en 2009. Sur la même période, la baisse des effectifs des seuls constructeurs est moins forte et se situe à 5 % par an contre plus de 17 % pour les établissements liés.
En termes d'effectifs, la fonction de sous-traitance de spécialité, c'est-à-dire la production de pièces spécifiques à destination d'un client ne réalisant pas lui-même ce travail, pèse le plus en 2009. Si elle concernait environ un tiers des effectifs de la filière en 2008, elle occupe, en 2009, plus d'un salarié sur deux. Conséquence a priori structurelle de la crise de la filière, la place de la fonction de sous-traitance de capacité, soit la production de pièces spécifiques à destination d'un client dont les capacités de production sont saturées, continue de se restreindre. Il s'agit là d'une conséquence mécanique de la baisse de la production automobile qui réduit le besoin de sous-traitance de capacité. Cette tendance au basculement d'une fonction de sous-traitance à l'autre est d'autant plus manifeste pour les établissements pérennes, autrement dit présents et concernés lors des trois années d'enquête.
Les établissements de rang 1, autrement dit en lien direct avec les constructeurs dans leur activité, occupent une place majoritaire, avec 34,6 % du nombre d'établissements et près de 74 % des effectifs dédiés à la filière automobile. Parmi ceux-ci, les prestataires de services ont une importance non-négligeable puisque plus d'un sur deux déclarent intervenir à ce titre. La part des établissements directement liés avec les constructeurs automobiles est nécessairement plus marquée encore au sein des établissements pérennes, avec plus de 85 % de leurs effectifs dédiés.
En 2009, 45 % des établissements liés à la filière automobile déclarent avoir travaillé pour un à trois clients, soit environ un tiers des effectifs dédiés. Une certaine contraction de la clientèle de la filière apparaît. En effet, en 2007, plus d'un salarié sur deux appartenait à un établissement disposant de 10 clients et plus, contre environ un sur trois en 2009.
Les établissements liés travaillent principalement de près ou de loin pour une usine d'un constructeur dans la région ou en France : 40 % des fournisseurs et 61 % des principaux clients des établissements de la filière automobile nordistes sont situés exclusivement dans le Nord-Pas-de-Calais, et même respectivement 67 % et 87 % exclusivement dans l'hexagone. Cependant, la filière automobile régionale a aussi une dimension internationale. En effet, 26 % des établissements déclarent avoir un fournisseur important à l'étranger, ils représentent 49 % de l'emploi salarié de la filière nordiste. Par ailleurs, 13 % des établissements qui ont leur plus important client hors de France emploient 27 % des salariés de la filière. Les principaux fournisseurs et les principaux clients dans ce cas-là se trouvent surtout en Europe, spécialement en Europe de l'Ouest.
Les établissements hors constructeurs de la filière réalisent en moyenne 40 % de leur chiffre d'affaires avec le secteur automobile et 21 % avec celui des biens d'équipements industriels. La stratégie de développement analysée auprès des établissements présents durant les trois enquêtes de 2008, 2009 et 2010 se partage en deux profils bien identifiés et équilibrés. La première moitié compte des établissements qui sont très peu diversifiés réalisant en moyenne 96 % de leur chiffre d'affaires dans l'automobile. Ils se positionnent à 49 % comme sous-traitants de spécialité et à 37 % comme prestataires de service. Par ailleurs, 20 % d'entre eux ont un client important à l'étranger. L'autre moitié réalise moins de 60 % de chiffre d'affaires avec l'automobile et s'avère fortement diversifiée. Leur premier débouché est la filière des biens d'équipements industriels avant la filière automobile. Viennent ensuite les filières du transport, de la construction ou des biens de consommation. Elle compte 36 % de fournisseurs et 33 % de prestataires de service. Leur principal client se situe presque exclusivement en France et même à 60 % dans le Nord-Pas-de-Calais.
COORDINATION du DOSSIER : Edwige CROCQUEY et Danièle LAVENSEAU
CONTRIBUTION AUX ÉTUDES :
Edwige CROCQUEY, Danièle LAVENSEAU, Laure LEROY, Thomas VACHER et Matthieu WYCKAERT.
SUIVI PARTENARIAL :
Bruno CLÉMENT-ZIZA et isabelle LORTHIOIR (Dirrecte)
Philippe JULIE (ARIA).