Lors de la publication du dossier, les tableaux des chapitres 3 et 4 comportaient une estimation erronée du solde des territoires avec le reste de la France. Les deux dernières colonnes de ces tableaux ont été corrigées. La nouvelle version du dossier est disponible sur insee.fr en format HTML et PDF et les tableaux en format Excel.
Le territoire de l’Aire métropolitaine de Lille (AML) se répartit de part et d’autre de la frontière belge (cf. carte 1). Son versant français s’étend le long de la frontière de Maubeuge à la Flandre intérieure et plus au sud dans tout le bassin minier, l’Arrageois et le Cambrésis. Il regroupe en 2006 plus de 2,8 millions d’habitants (3,5 millions en intégrant la partie belge). Seront ici étudiés les déménagements de personnes au sein du territoire de France métropolitaine faisant intervenir au départ ou à l’arrivée le versant français de l’AML. Les changements de domicile entre les côtés français et belges de l’AML sont donc exclus de l’étude du fait de la faiblesse des effectifs concernés et des lacunes en termes de sources statistiques. En effet, entre 2001 et 2006, moins de 6 000 résidents belges se sont installés dans l’Aire métropolitaine de Lille. À titre de comparaison, l’AML a accueilli sur la même période plus de 30 000 migrants issus du reste de la région Nord-Pas-de-Calais. La faiblesse des flux avec la Belgique, malgré l’importance des deux bassins de population et la proximité géographique, témoigne du rôle de frein que joue une frontière administrative entre deux pays dans les migrations résidentielles.
Cette étude est centrée sur le périmètre de l’Aire métropolitaine de Lille française, élargie à l’ensemble des Schémas de cohérence territoriale (Scot) du Cambrésis et de Sambre-Avesnois (cf. carte 1). Ce territoire, de par son poids démographique et économique, joue un rôle primordial dans les mobilités résidentielles du Nord-Pas-de-Calais qu’elles soient internes à la région ou avec les autres régions françaises. En son sein, l’importance du Scot de Lille Métropole dans les déménagements se vérifie à chaque âge de la vie. Pourtant la métropole lilloise est tour à tour très attractive puis répulsive selon la classe d’âge observée en raison des différents moteurs des mobilités : les plus jeunes suivent leurs parents ; les étudiants se rapprochent des pôles d’enseignement supérieur ; pour les jeunes diplômés, les migrations tiennent surtout à la recherche d’un emploi ; puis les familles s’attachent à améliorer leur cadre de vie, etc.
Cette multiplicité de causes, presque contradictoires, des mobilités soulève la question des leviers des politiques publiques quant à l’attractivité résidentielle d’un territoire. Ces leviers diffèrent également en fonction de l’échelon d’observation, régional, territorial voire communal. La présence d’un bassin d’emplois important, d’établissements d’enseignement supérieur peuvent constituer un vecteur d’attractivité pour les personnes jeunes et relèvent de politiques menées à un niveau assez général, régional notamment. De façon plus territorialisée, les migrations interpellent quant aux politiques de l’habitat mises en œuvre puisque bien souvent les familles avec enfants privilégient le cadre de vie sur la proximité immédiate des emplois. Enfin, pour les personnes les plus âgées, la question des mobilités est à mettre en lien avec celle de l’accessibilité aux équipements. Ces thématiques sont quant à elles davantage du ressort de décideurs locaux. Ce dossier traitant d’analyses au niveau de l’ensemble de l’AML mais aussi de territoires plus réduits, comme les établissements publics de coopération intercommunale, combine des analyses sur ces deux formes de problématiques.
Entre 2001 et 2006, la partie française de l’Aire métropolitaine de Lille a compté 179 000 départs et 114 000 arrivées soit un déficit de 65 000 habitants au jeu des migrations résidentielles : cela représente en moyenne une perte de 4,5 personnes pour 1 000 habitants par an. Ce sont les migrations vers les autres régions françaises qui expliquent ce déficit (– 4,3 pour 1 000 habitants) puisque avec le reste du Nord-Pas-de-Calais, les flux sont quasiment à l’équilibre (– 0,2 ‰).
Le déséquilibre migratoire en défaveur de l’AML vis-à-vis des autres régions françaises se vérifie pour tous les Scot, tous les âges et toutes les catégories sociales. L’Île-de-France contribue fortement à ce déficit, même si les départs sont concentrés chez les jeunes actifs de moins de 30 ans. Le Scot de la région d’Arras, dit l’Arrageois, est le seul territoire à présenter un solde positif avec l’Île-de-France. Pour les échanges avec le Nord-Pas-de-Calais hors AML, seul le Scot de Lille Métropole est bénéficiaire. L’Arrageois se singularise à nouveau du fait de son ouverture sur le Pas-de-Calais qui lui permet notamment d’attirer des étudiants du département, même si son solde reste très négatif tous âges confondus.
Pour les flux intérieurs, la métropole lilloise attire essentiellement des étudiants de la région, de même que le Scot du Valenciennois, dit le Valenciennois, qui présente un solde positif d’étudiants pour certaines zones et négatif vis-à-vis du Scot de Lille. Ces deux territoires sont ensuite déficitaires pour les classes d’âges actives : les mobilités concernent désormais davantage une recherche de cadre de vie, de logements spacieux. Ainsi, pour celui de Lille, les départs se font vers des Scot moins urbanisés, en particulier la Flandre intérieure, le Douaisis ou l’Artois, ce qui n’empêche pas nombre de migrants de travailler sur Lille et ses environs. Les départs du Valenciennois s’orientent plutôt vers la Sambre-Avesnois ou le Cambrésis.
Le passage à un niveau géographique plus fin rend compte du manque d’homogénéité au sein des Scot et des limites des analyses à ce niveau d’agrégation. Tout d’abord, les migrations résidentielles se font en majorité de proche en proche en faisant fi des limites de territoires. Par exemple au sein du bassin minier, les flux entre communautés d’agglomération limitrophes sont très intenses, que ces communautés fassent partie d’un même Scot ou pas. De même, l’Armentiérois, aux limites du Scot de Lille, échange, du fait de cette position excentrée, bien davantage que les autres territoires du Scot avec le reste de l’AML. Ensuite, même une fois tenu compte du rôle de la proximité géographique, certains territoires restent très orientés vers des flux internes au Scot tandis que d’autres sont davantage tournés vers l’extérieur : par exemple, le territoire lillois bien que central dans le Scot a des échanges très fréquents avec l’extérieur, et notamment le reste de la France métropolitaine.
Mis à part pour les très grosses communes ou communautés urbaines, les flux se réalisent donc prioritairement entre territoires limitrophes. Au final, à l’échelle du Scot de Lille, tout se passe comme si le territoire lillois absorbait l’essentiel des arrivées depuis l’extérieur puis que les migrations s’effectuaient de proche en proche dans un mouvement d‘éloignement de Lille (cf. graphique 1) : les arrivées sur le territoire lillois depuis le reste de l’AML sont plus que compensées par des départs au sein du Scot et principalement en petite couronne. Les migrants de la petite couronne, quant à eux, s’éloignent à la périphérie du Scot de Lille (Pévèle, Armentiérois, etc.). Enfin, ces derniers territoires constituent une terre de départ vers l’extérieur du Scot de Lille et notamment les communes proches, à l’est ou au nord du bassin minier ou bien au sud de la Flandre intérieure.
Toutefois, si l’on constate des dissymétries entre ces flux expliquant des gains de certains territoires sur d’autres, un flux important d’un territoire à l’autre s’accompagne quasi mécaniquement des migrations importantes dans le sens inverse.
Outre la tranche d’âge et la proximité géographique, la catégorie sociale est également un élément structurant pour comprendre les mécanismes migratoires. L’offre de logements et les fluctuations différenciées du marché immobilier d’un territoire à l’autre peuvent rendre un territoire attractif pour une partie de la population, ou à l’inverse peuvent l’inciter à le quitter. C’est ainsi qu’on observe sur certains territoires, et notamment la grande couronne lilloise des arrivées importantes de cadres compensant des départs d’ouvriers.
Migrations résidentielles et structure sociale des territoires sont intimement liées et se nourrissent mutuellement. D’une manière générale, les grandes évolutions tendancielles de la structure sociale influencent chacun des territoires : baisse de la part des ouvriers, hausse de la part des cadres. Cependant, les migrations contribuent aussi mécaniquement à l’évolution des structures sociales. Elles peuvent aller dans le sens des tendances générales et les renforcer comme en Pévèle où la part de cadres augmente notamment sous l’effet d’arrivées de nombreuses personnes de cette catégorie. À l’inverse, dans le bassin minier, les installations d’ouvriers compensent en partie la baisse structurelle de cette catégorie due à des changements de statuts tels que les fins d’activité ou les reclassements. Dans ce cas, les migrations font que la baisse de la part des ouvriers sur ce territoire est plus faible que dans le reste de l’AML.
Dans le territoire lillois, l’effet du jeu des migrations est plus complexe : les départs de cadres sont certes bien plus nombreux que les arrivées. Mais, du fait de son caractère étudiant, cette zone forme des cadres et comme elle conserve une partie de ces diplômés, leur part dans la population active augmente malgré un déficit migratoire important.
Les migrations résidentielles sont appréhendées dans cette étude à partir du recensement de la population daté de 2006, résultat des collectes de 2004 à 2008. C’est donc une situation moyenne datée du milieu de la période. Le moyen de détecter les mouvements résidentiels pour une année n est lié à la réponse à la question « Où habitiez vous le 1er janvier n-5 ?» dans le bulletin individuel. Les mobilités observées sont considérées comme ayant eu lieu entre 2001 et 2006 mais ont donc en réalité pris place entre 1999 et 2008. Par définition, seuls les résidents français répondent au recensement : les personnes ayant quitté le territoire national ne sont donc pas appréhendées. Par symétrie, les migrants depuis d’autres pays en Nord-Pas-de-Calais, en particulier la Belgique, sont également exclus du champ de l’étude. De la même façon les enfants de moins de cinq ans ne sont pas comptabilisés, ne pouvant pas répondre à la question posée.
Quelle que soit la date à laquelle a eu lieu la mobilité, les caractéristiques du migrant sont constatées au moment de l’enquête : on ne peut connaître l’âge, la catégorie sociale ou le type de ménage d’un migrant au moment où il a changé de domicile. En particulier, il est impossible de suivre les trajectoires des chômeurs ayant déménagé pour trouver un emploi : la seule information disponible est qu’ils sont actifs occupés au moment de l’enquête.
Dans cette étude, deux types de flux sont étudiés :
Dans le cadre de ces analyses à des niveaux plus fins, deux zooms sont réalisés : sur le Scot de Lille et sur le Bassin Minier.
Deux limites se posent lors de l’étude des flux entre deux zones.
La première est que ces flux portent sur une période de cinq ans. La manière dont est appréhendée la mobilité par le recensement de la population empêche ainsi de connaître les parcours des personnes ayant changé plusieurs fois de domicile dans les cinq ans précédents l’enquête.
La seconde limite tient au fait que les flux entre deux zones, quelles qu’elles soient, sont fortement liés à la taille de ces zones : le fait qu’il y ait plus de mouvements entre Lille et Lens qu’entre Arras et Douai tient avant tout au fait que dans le premier cas les zones étudiées sont bien plus peuplées et ne dit rien de la propension plus ou moins forte des habitants de Lille ou d’Arras à déménager à Lens ou à Douai.
Pour répondre à ces deux limites, les taux annuels de migration nette sont calculés comme le rapport entre le solde migratoire annualisé et la population moyenne de la zone sur la période étudiée. Il permet de comparer les soldes migratoires des différentes zones entre elles. Pour un territoire infrarégional, il peut être décomposé selon que les flux se font à l’intérieur ou à l’extérieur de la région. Le taux annuel de migration nette intérieur d’un territoire ne tient compte que des flux entre le territoire et le reste de l’AML. À l’inverse, le taux annuel de migration nette extérieur n’enregistre que les mouvements entre le territoire et la France métropolitaine hors AML.
La population moyenne retenue pour le calcul de chaque taux annuel de migration nette est celle de l’ensemble du territoire. Ainsi, le taux de migration des cadres ne sera pas calculé sur la population des cadres mais sur l’ensemble des habitants du territoire concerné. L’avantage de ce calcul est que la somme des taux des sous populations (par exemple les catégories sociales) est égale au taux de la population totale. Par contre ces taux par catégorie sociale ne sont alors pas directement comparables entre deux territoires n’ayant pas la même structure sociale. Ces effets sont néanmoins pris en compte dans les analyses ou dans le calcul d’indices de spécialisation.
Le cycle de vie est un élément primordial dans la compréhension des migrations résidentielles. À ce titre, ce dossier laisse une part importante aux analyses en termes d’âges. cinq classes d’âges ont été déterminées à partir du profil migratoire de l’AML (cf. graphique 2) : les moins de 18 ans, les 18 à 21 ans, les 22 à 34 ans, les 35 à 69 ans et les 70 ans et plus. Chacun de ces groupes est donc censé présenter des comportements migratoires relativement homogènes. D’autres tranches d’âges auraient pu être détaillées, par exemple les 55 à 70 ans pour lesquels on constate un léger rebond du taux de sortie, probablement au moment du départ à la retraite. Néanmoins, ces flux restent faibles et contribuent peu aux dynamiques globales observées.
COORDINATION du DOSSIER :
Jérôme FABRE
COLLABORATION AU DOSSIER :
Pierre CHAILLOT, Jérôme FABRE, Nicolas TURBAN (Insee),
Marc BOUSCASSE et Gérard GABILLARD (Agence de développement et d'urbanisme de Lille Métropole)
Pauline CASSETTE, Laurent DUQUENNE et Vincent FROGER (Mission Bassin minier)
CARTOGRAPHIE : Sylvain FLAMENT et Martine SÉNÉCHAL