Alain Batifoulier, Insee
En Auvergne, l’activité économique se contracte au 1er trimestre 2012. L’emploi salarié est en baisse dans tous les secteurs, à l’exception de l’industrie. L’intérim en particulier diminue sensiblement. Le taux de chômage progresse dans tous les départements. Avec un retournement de tendance en janvier, la situation dans la construction neuve se détériore. Les créations d’entreprises chutent ; seules celles d’auto-entreprises progressent. La fréquentation touristique, relativement soutenue, est un point positif pour l’économie auvergnate.
La conjoncture régionale du 1er trimestre 2012 n’est globalement pas favorable. La plupart des indicateurs économiques se dégradent. Ainsi l’emploi salarié est en baisse dans tous les secteurs, hormis l’industrie. L’intérim en particulier chute sensiblement, beaucoup plus en Auvergne qu’à l’échelon métropolitain. Cette forme d’emploi jouant un rôle d'amortisseur, sa nette décroissance peut expliquer en partie le maintien de l’emploi dans l’industrie auvergnate. La dégradation de l’emploi se traduit par une progression du taux de chômage et du nombre de demandes d’emploi. De plus, la part des demandeurs d’emploi de longue durée continue d’augmenter.
Les créations d’entreprises hors auto-entreprises déclinent. Toutefois celles d’auto-entreprises augmentent fortement, à un rythme plus soutenu dans la région qu’au niveau national. Cette progression pourrait découler partiellement de la hausse du chômage, qui peut inciter certains actifs ne trouvant pas d’emploi à créer le leur.
Enfin, la situation dans la construction neuve se détériore, avec un retournement de tendance en janvier. Le tissu productif auvergnat, dont la pérennité s’accroît depuis la mi 2010, devra faire face à la baisse de l’activité à venir.
Un point positif au tableau de bord régional : la fréquentation touristique a été relativement soutenue en ce début d’année. La fréquentation des hôtels a progressé de 3,8 % au 1er trimestre 2012 par rapport au même trimestre de 2011.
Alors qu’il augmente légèrement en France métropolitaine au cours du 1er trimestre 2012 (+ 0,1 %), l’emploi salarié principalement marchand (hors agriculture) recule en Auvergne (− 0,5 %).
Évoluant souvent à contre-pied de la tendance nationale, l’emploi régional se dégrade dans tous les secteurs hormis l’industrie. L’emploi dans le tertiaire marchand se replie : le commerce et les services marchands (hors intérim) perdent respectivement 0,8 % et 0,4 % de leurs effectifs. L’emploi intérimaire, classé dans les services marchands, chute (− 4 %) tandis qu’il marque une pause au niveau national (− 0,1 %). Les résultats ne sont guère plus encourageants dans la construction auvergnate (− 0,7 %), pénalisée en partie par les températures très rigoureuses qui ont marqué le mois de février. Seul point positif, l’industrie ne détruit pas d’emplois. L’emploi industriel s’est stabilisé depuis plus d’un an et progresse même très légèrement au cours du premier trimestre 2012 (+ 0,1 %), alors qu’il continue de régresser au plan national. Le maintien de l’emploi dans l’industrie auvergnate pourrait en partie s’expliquer par le rôle d'amortisseur joué par l’intérim dont les effectifs sont en nette décroissance.
L’emploi se réduit dans tous les départements de la région. La Haute-Loire (− 1,1 %) et le Cantal (− 1,0 %) sont les plus touchés. Dans l’Allier (− 0,4 %) et le Puy-de-Dôme (− 0,2 %), la baisse est moins marquée.
Évolution de l'emploi salarié
Source : Insee, Estimations d'emploi
Évolution de l'emploi par secteur en Auvergne
Source : Insee, Estimation d'emploi
Évolution de l'emploi intérimaire
Source : Insee, Estimations d'emploi
En Auvergne, à la fin du 1er trimestre 2012, le taux de chômage régional s’établit à 8,6 % en données corrigées des variations saisonnières. Il enregistre une augmentation de 0,2 point par rapport au trimestre précédent et de 0,3 point sur un an. Sur l’ensemble du territoire métropolitain, le taux de chômage atteint 9,6 %, soit 0,3 point de plus qu’au 4e trimestre 2011. Sur un an, l’augmentation est un peu plus accentuée : + 0,4 point.
Aucun département n’est épargné par la hausse du chômage. Au 1er trimestre 2012, le taux de chômage augmente uniformément de 0,2 point dans les quatre départements par rapport au 4e trimestre 2011.
Dans l’Allier, il franchit la barre des 10,0 % après s’en être approché fin 2011 (9,9 %). L’augmentation annuelle se porte à 0,4 point. Le taux de chômage du Cantal (6,6 %) demeure le moins élevé de la région. En revanche, il enregistre la plus forte hausse sur un an : + 0,7 point. Celui de la Haute-Loire atteint 7,8 %, progressant de 0,5 point rapport au 1er trimestre 2011. Fin mars, le chômage touche 8,6 % de la population active du Puy-de-Dôme. Sur un an, le marché du travail puydômois connaît une évolution moins défavorable que les autres départements (+ 0,2 point).
À la fin du 1er trimestre 2012, l’Auvergne compte 84 610 demandeurs d’emploi (catégories A, B et C réunies), soit 1,9 % de plus (en données corrigées des variations saisonnières) qu’à la fin du 4e trimestre 2011 (France métropolitaine : + 1,3 %). Sur un an, le nombre de demandeurs d’emploi augmente de 6,3 %, soit au même rythme qu’en France métropolitaine.
Dans la région, une part importante (42 % contre 38 % pour la France métropolitaine) est en recherche d’emploi depuis plus d’un an. Le nombre de demandeurs d’emploi de longue durée progresse de 1,7 % sur le trimestre et de 7,6 % sur un an, soit des évolutions similaires à celles enregistrées au niveau national.
Au 1er trimestre 2012, la situation des jeunes de moins de 25 ans se dégrade fortement (+ 3,2 % contre + 0,6 % au niveau national). Celle des plus de 50 ans est moins défavorable (+ 1,6 %). En revanche, le nombre de demandeurs d’emploi dans cette tranche d’âge progresse de 13,5 % sur un an.
Taux de chômage
Source : Insee, taux de chômage au sens BIT et taux de chômage localisé
Pour les mises en chantier de logements comme de locaux, un retournement de tendance s’est opéré au cours du 1er trimestre 2012, tant en Auvergne qu’au niveau national. Elles se sont réduites dès janvier 2012, après une tendance à la hausse depuis fin 2010.
En Auvergne, 6 700 logements ont été mis en chantier entre avril 2011 et mars 2012. Les mises en chantier diminuent par rapport à celles enregistrées de janvier à décembre 2011 (− 0,7 %). Cette baisse est toutefois moins marquée qu’au niveau national (− 2,3 %).
Dans la construction non résidentielle, les surfaces de locaux commencés en Auvergne entre avril 2011 et mars 2012 restent supérieures à celles enregistrées entre janvier et décembre 2011 (+ 5 %), la croissance assez soutenue au mois de janvier masquant le retournement de tendance.
Pour les autorisations de logements, la croissance des premiers mois de l’année pourrait aussi occulter une inversion de tendance. En Auvergne, 8 080 logements ont été autorisés entre avril 2011 et mars 2012, ce qui représente une progression de 4,8 % par rapport au 4e trimestre 2011. Au niveau national, le nombre de logements autorisés est resté stable au 1er trimestre alors que la tendance était à la hausse depuis février 2010.
Dans la construction de locaux non résidentiels, les autorisations accordées entre avril 2011 et mars 2012 se maintiennent à un niveau proche de celles délivrées entre janvier et décembre 2011, à l’échelon national comme à l’échelon régional (évolutions respectives de + 0,5 % et − 0,5 %).
Évolution du nombre de logements commencés
Source : SoeS, Sit@del2
Évolution du nombre de logements autorisés
Source : SoeS, Sit@del2
En Auvergne, le 1er trimestre 2012 a été marqué par une progression sensible de la fréquentation des hôtels (nombre de nuitées) par rapport au même trimestre de l’année précédente (+ 3,8 %) ; la fréquentation retrouve ainsi son niveau de 2010. Cette hausse a été plus forte qu’en France métropolitaine (+ 2,3 %).
En janvier, les hôtels auvergnats ont enregistré nettement plus de nuitées que l’année précédente ; le nombre de nuitées reste cependant proche de la moyenne des huit dernières années. Le mois de février a été moins favorable, comme en 2011, en partie du fait des températures rigoureuses. En revanche, la fréquentation a été soutenue au mois de mars, signant la meilleure performance des huit années passées.
Évolution de la fréquentation dans les hôtels
Sources : Insee ; direction du Tourisme ; partenaires régionaux
En Auvergne, le nombre de créations d'entreprises hors auto-entrepreneurs au 1er trimestre de 2012 est en baisse de 6,8 % (en données corrigées des variations saisonnières et des jours ouvrables) par rapport à celui du trimestre précédent et de 7,7 % sur un an. Sur ces deux périodes, la baisse nationale est moins marquée : elle s'établit respectivement à − 5,8 % et − 5,5 %.
Dans l'industrie auvergnate, les créations hors auto-entrepreneurs chutent par rapport à celles du dernier trimestre de l'année 2011 (− 26,9 %) alors que le recul se limite à 3,6 % à l'échelon national. Dans le secteur de la construction, après un intermède de hausse au 4e trimestre 2011, le 1er trimestre 2012 marque un retour à la baisse des créations d'entreprises, en Auvergne (− 11,1 %) comme en France (− 13,0 %). Dans le secteur du commerce, du transport et de l'hébergement-restauration, le volume trimestriel des créations d'entreprises passe sous la barre des 300 unités. L'Auvergne subit une baisse plus marquée (− 10,7 %) qu'en moyenne nationale. Dans la région, seuls les services(1) résistent à la tendance générale. À l'issue des trois premiers mois de l'année 2012, les créations dans ce secteur progressent de 2,8 % par rapport au trimestre précédent, tandis qu'elles cèdent du terrain au niveau national (− 5,2 %). Le secteur des services concentre au 1er trimestre 2012, 46 % des créations régionales hors auto-entreprises.
En Auvergne, le nombre de créations par auto-entreprise au 1er trimestre 2012 est en forte hausse par rapport à celui du 1er trimestre 2011. L'augmentation est plus soutenue dans la région qu'en moyenne nationale (+ 18,9 % contre + 10,9 % en données brutes). Dans le Puy-de-Dôme et la Haute-Loire, elle est presque 2,5 fois supérieure à la moyenne nationale. Cette hausse compense ainsi assez largement le recul des autres formes de créations.
En Auvergne comme en moyenne nationale, la hausse du nombre de créations par auto-entreprise s'observe dans les quatre composantes de l'appareil productif. Elle est particulièrement forte dans l'industrie (+ 39,1 % sur un an, soit 2,3 points au-dessus de la moyenne nationale). Bien que de moindre ampleur, l'accroissement reste sensible dans les autres secteurs. C'est notamment le cas dans le secteur du commerce, des transports et de l'hébergement-restauration et dans celui des services, où les créations d'auto-entreprises sont plus dynamiques dans la région qu'au niveau national.
1) Les services correspondent aux activités suivantes : information et télécommunication ; activités financières ; activités immobilières ; activités de soutien aux entreprises ; enseignement, santé, action sociale ; services aux ménages
Créations d'entreprises
Source : Insee, REE (répertoire des entreprises, Sirène)
À la fin du 4e trimestre 2011, 650 entreprises auvergnates se trouvaient en situation de défaillance suite à l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire contre 667 au 3e trimestre (en données brutes cumulées sur les 12 derniers mois). Ce repli (− 2,5 %) tranche avec la stabilité enregistrée au niveau national (− 0,1 %). La comparaison avec la situation au 4e trimestre 2010 révèle une baisse bien plus marquée dans la région (− 8,8 % sur un an) que sur l’ensemble de la métropole (− 1,4 %).
Défaillances d'entreprises
Sources : BODDAC ; Insee
La France se situe dans la moyenne de la zone euro, avec une croissance faible depuis l’été dernier (+ 0,1 % au 4e trimestre 2011) et nulle au 1er trimestre 2012. L’activité dans les services a augmenté, mais la production manufacturière et l’activité commerciale ont reculé. Les températures rigoureuses de février ont soutenu les dépenses de chauffage, si bien que la production d’énergie a nettement progressé sur le trimestre. En revanche, le froid a freiné l’activité dans la construction, en particulier dans les travaux publics. L’investissement des entreprises non financières s’est nettement replié au 1er trimestre 2012 tandis que la consommation des ménages a progressé à un rythme modéré.
L’activité resterait peu dynamique en France d’ici fin 2012. Elle serait stable au 2e trimestre 2012 (0,0 %), puis progresserait légèrement au second semestre (+ 0,1 % au 3e trimestre et + 0,2 % au 4e). Du fait de la faible croissance, le taux de chômage continuerait d’augmenter.
L’économie mondiale croît depuis l’été dernier à un rythme modéré, freinée par plusieurs chocs défavorables : hausse du prix des matières premières, conséquences économiques du tsunami au Japon, durcissement des politiques budgétaires et tensions sur les dettes souveraines.
Au 1er trimestre 2012, alors que l’activité croît à nouveau vivement au Japon, le Royaume-Uni est en récession et la zone euro en est proche. Les pays émergents et les États-Unis se situent dans une situation intermédiaire : leurs économies sont en croissance, mais à un rythme inférieur à celui d’avant-crise. Au sein de la zone euro, les divergences sont importantes : la croissance est présente en Allemagne au 1er trimestre tandis que l’Espagne et l’Italie sont entrées en récession.
Un ralentissement de l’économie mondiale pourrait survenir au 2e trimestre, sous l’effet notamment d’une nouvelle accentuation des tensions financières dans la zone euro. Sous réserve que celles-ci ne s’intensifient pas, la croissance mondiale devrait repartir au second semestre. Elle serait notamment soutenue par un assouplissement des politiques monétaires et budgétaires dans les pays émergents et par la baisse en cours des prix de matières premières. La zone euro serait toujours à la traîne de l’économie mondiale. La croissance perdurerait en Allemagne, la récession en Espagne et en Italie.

Insee Auvergne Conjoncture N°1 - juillet 2012