L'année économique et sociale en Languedoc-Roussillon 2011 - Chapitre “Construction-Logement”
Jacques BAGHI - Bertrand ODDO, DREAL
Sortie de crise ou pas ? Les observateurs de l'économie régionale ont décelé des signes de reprise dans l'essor des mises en chantier ou dans celui des productions de béton prêt à l'emploi. En écho, les représentants de la maîtrise d'oeuvre ou des entreprises de production ont mis en exergue la faiblesse des marges, signe pour eux d'une concurrence exacerbée et d'une politique de prix bas.
En 2011, 26 000 logements ont été commencés dans la région. Ce chiffre
marque une reprise (+ 19 %) après une année 2010 marquée par un effondrement
de la construction avec moins de 22 000 logements débutés,
soit le moins bon résultat depuis 2003. La reprise est nuancée par une
baisse des commandes en fin d'année (graphique 1). Le département de l'Hérault
concentre près de la moitié des logements commencés. Les logements
individuels sont en forte croissance et représentent 52 % des
logements débutés (tableau 1). La reprise constatée dans la région est
sensiblement plus faible que celle observée nationalement. Malgré cela,
le Languedoc-Roussillon reste une des régions les plus dynamiques en
matière de construction de logements.
Les locaux, avec plus de 1,7 million de mètres carrés mis en chantier en
2011, suivent cette tendance de croissance après un tassement en 2010.
Ils atteignent le niveau record observé en 2007
| année | Ensemble | dont | ||
|---|---|---|---|---|
| collectifs | individuels | résidence (1) | ||
| (1) : logements groupés, collectifs ou individuels, qui ont des services en commun (conciergerie, piscine...) | ||||
| Source : Sit@del 2 | ||||
| 2008 | 26 410 | 10 885 | 14 297 | 1 228 |
| 2009 | 25 231 | 11 027 | 12 406 | 1 798 |
| 2010 | 21 795 | 10 044 | 11 176 | 575 |
| 2011 | 25 981 | 11 355 | 13 703 | 923 |
En relation avec le niveau d'activité du secteur, la consommation de béton prêt à l'emploi continue de se redresser. Elle a augmenté de + 9,7 % en 2011, poursuivant l'amélioration constatée en 2010 (+ 8,2 %). Elle retrouve son niveau de 2008 (graphique 2).
Les besoins en logements sociaux sont estimés à 5 500 logements «très sociaux» (1) par an pour le Languedoc-Roussillon. En 2000, seuls 1 200 logements étaient financés. Ce chiffre a atteint 3 800 en 2011, en constante augmentation. Avec un décalage normal, le temps de la construction, ces logements sont mis en service. Plus de 70 % de ces logements sont situés en zones tendues (2), ce qui représente un progrès par rapport à 2010. Au delà de ces logements les plus sociaux, 1 683 logements intermédiaires ont été financés, pour la plupart liés à des structures pour personnes âgées. Ce sont donc plus de 5 500 logements sociaux qui ont été financés en 2011 en Languedoc-Roussillon. Par ailleurs, 2 800 logements privés, du parc existant, ont bénéficié des subventions de l'Agence nationale pour l'amélioration de l'habitat (ANAH), pour un montant de 19 millions d'euros. Ces subventions concernent prioritairement le traitement de l'habitat indigne et très dégradé.
La région Languedoc-Roussillon bénéficie d'un climat agréable. Celui-ci, lié à des revenus plus modestes qu'ailleurs, n'incite pas ses habitants à investir lourdement dans les économies d'énergie. Malgré cela, la région tient une position honorable en France : elle est, en juillet 2011, au cinquième rang pour les demandes de labellisation « bâtiments basse consommation » (BBC). Mais ces demandes concernent essentiellement le neuf. Dans l'ancien, « l'éco-PTZ », prêt à taux zéro pour des travaux de rénovation énergétique, reste en deça de la moyenne nationale et à un faible niveau (moins de 300 unités par trimestre, contre plus de 600 un an auparavant).
Promoteurs privés et constructeurs de maisons individuelles composent avec de nouvelles règles du jeu. Le « Scellier » et le prêt à taux zéro sont modifiés; le Pass Foncier est abandonné.
Pour le secteur du collectif neuf, les investisseurs locatifs continuent de dynamiser le marché dans l'agglomération montpelliéraine. Ailleurs, le bilan apparaît moins flatteur. Partout, contraints par des prix de vente élevés, des revenus modestes et une remontée des taux d'intérêts, les candidats à l'accession peinent à concrétiser leur projet. Il est difficile de solvabiliser à nouveau ces candidats. Les modes constructifs imposés par la réglementation thermique supposent une qualité d'exécution peu compatible avec un recul des prix. Il en est de même vis-à-vis du cours des matières premières.
Concernant le secteur de la maison individuelle, après un démarrage correct, la commercialisation s'étiole peu à peu. La disponibilité et le coût du foncier freinent l'ardeur des primo-accédants, principal contingent de clientèle des constructeurs. Entre le collectif et l'individuel neuf, cette évolution à deux vitesses transparait au travers des statistiques d'autorisations de mises en chantier.
Hétérogénéité de situations pour les professionnels
Au sein de la maîtrise d'oeuvre, géomètres ou architectes apprécient l'arrêt de la dégradation sans pour autant observer une forte amélioration
de leurs plans de charge.
Pour les acteurs de la filière pierre, la consommation de béton prêt à l'emploi poursuit son redressement. Celle des granulats se fait plus erratique dans le temps et dans l'espace. Après avoir beaucoup reculé, le chiffre d'affaires du négoce de matériaux retrouve puis dépasse son point d'équilibre en rythme annuel.
Une forte hétérogénéité, selon la nature des travaux et la clientèle, caractérise la situation des entreprises de production. Dans les travaux publics, les plans de charge sont par à-coups (graphique 3). Ils permettent, toutefois, de boucler un exercice dans des conditions acceptables. Les variations d'activité sur les travaux d'entretien du bâtiment apparaissent limitées. Ce créneau assure près de la moitié du chiffre d'affaires des entreprises. Les professionnels positionnés sur les énergies renouvelables ou sur la performance énergétique comptent sur le démarrage de ces marchés.
Ce ressenti d'une reprise mal assurée favorise une politique de prix bas. Pour les responsables professionnels, cette tendance se traduit par une érosion des marges, un abandon de compétitivité, des ventes à perte. Ils déplorent des difficultés importantes de trésorerie qu'accentue la réduction des délais de paiement aux fournisseurs.
La concurrence est forte. Généralement, elle accompagne la contraction du volume de marché. Dans le département de l'Hérault, toutefois, agit un autre ressort : la dynamique de la demande adressée au secteur de la construction autour de Montpellier attire des entreprises extérieures et de nouveaux venus.
L'appareil de production se recompose. Moins nombreux, les règlements judiciaires et les liquidations affectent, toutefois, de plus grosses entreprises et, au final, un volume supérieur de destructions de postes. En un an, 900 emplois salariés dans la construction (hors intérim) ont disparu en Languedoc-Roussillon (graphique4).

Cet article est extrait de
L'année économique et sociale 2011 en Languedoc-Roussillon - Edition 2012
avril 2012 - n° 4
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