L’étude visait à expliquer les facteurs du retard de la Picardie en termes de formation par rapport aux autres régions de France. « Nous avions intuitivement émis certaines hypothèses. À ce stade, une étude statistique était nécessaire pour confirmer ces hypothèses, les infirmer ou découvrir d’autres facteurs », déclare Serge Camine, président du CESER de Picardie.
Afin de déterminer précisément les défis que la Picardie devait relever en termes de formation d’ici 2030, un partenariat d’étude a été établi entre le CESER, le Rectorat et l’Insee : le Rectorat a fourni les chiffres, l’Insee a fait « tourner » ses modèles, tandis que le Conseil a interprété les résultats et émis des propositions d’action.
Le Conseil a présenté les résultats sur les forces et les faiblesses de la Picardie en termes de formation lors de sa session plénière du 14 décembre 2009. L’interprétation des résultats a été réalisée en s’appuyant sur les perspectives d’évolutions législatives et sociologiques. Des préconisations ont été élaborées sur la base de ces travaux.
L’étude montre un retard de la région. Les trois départements picards se situent, en effet, sous la moyenne nationale.
Plusieurs facteurs sont déterminants pour la réussite des élèves : en premier lieu le milieu social d’origine. Un enfant d’enseignant a presque cinq fois plus de chances de répondre correctement à la moitié des items des évaluations en sixième qu’un enfant d’un milieu moins favorisé.
Les enfants qui obtiennent de meilleurs résultats qu’en moyenne nationale habitent dans les communes proches des grandes villes. Or, en Picardie, c’est au pourtour des villes que les ménages aux revenus plus élevés viennent s’installer, ce qui semble corroborer l’importance de l’environnement familial sur la réussite aux tests.
Second facteur identifié par l’étude, le voisinage scolaire impacte également la réussite aux évaluations. À caractéristiques identiques, un enfant a plus de chances de réussir lorsqu’il se trouve parmi des enfants d’un milieu social favorisé.
Plus généralement, les filles sont moins souvent en situation de retard scolaire que les garçons. Alors qu’elles sont un peu moins nombreuses que les garçons en 6ème, les filles ne constituent qu’un tiers des redoublants.
Le retard pris par un enfant semble difficile à rattraper. En Picardie, les redoublants en 6ème ont en moyenne 10 points de moins que les nonredoublant s dans chacune des matières. L’ensemble des redoublants de 6ème n’atteint pas le niveau moyen des enfants qui arrivent de CM2.
« Nous savions déjà que la forte représentation de la population rurale et celle de la population industrielle dans la population totale influaient négativement sur le niveau de formation des jeunes picards. Les résultats de l’Insee ont tout d’abord confirmé cette hypothèse.
L’étude a aussi démontré un lien étroit entre le niveau de diplôme de la mère et les résultats scolaires de son enfant, ainsi qu’une attitude moins ambitieuse des familles concernant l’obtention d’un diplôme. Pourtant la Picardie est la région de France où le diplôme facilite le plus l’insertion professionnelle.
Le CESER a donc préconisé une meilleure information des familles sur la formation, des actions accrues en matière d’orientation scolaire et professionnelle et la formation et la sensibilisation des enseignants non originaires de la Picardie aux spécificités socio-économiques de la région. Il est important que chaque Picarde et chaque Picard détiennent une qualification. »

INSEE Actualités Magazine n°58 - Janvier 2011