L'émiettement progressif du travail a généré une nouvelle forme de pauvreté, perçue d’abord comme paradoxale : bien qu’ayant un emploi, des hommes et des femmes vivent sous le seuil de pauvreté. Cette pauvreté s’est ancrée dans le paysage social, même si son développement est resté contenu en France du fait du Revenu de solidarité active (RSA) et plus généralement des politiques de redistribut ion.
Ce sont ces travailleurs pauvres et cette pauvreté laborieuse que l’Insee Lorraine a entrepris d’analyser, à la demande du conseil général de Meurthe-et- Moselle.
L’étude s’est appuyée sur l’enquête statistique sur les ressources et conditions de vie (SRCV) , partie française d’une enquête communautaire. L’enquête nationale SRCV ne fournit pas normalement de résultats au plan local. Mais l’Insee a développé une méthodologie originale dite sur « petits domaines » qui permet d’obtenir des indicateurs régionaux.
Appliquée à la pauvreté laborieuse, cette méthodologie a fourni des résultats pour la Lorraine et le département de la Meurthe-et-Moselle. 50 000 personnes sont des travailleurs pauvres, soit 6 % de l’ensemble des travailleurs de la région. La pauvreté laborieuse touche particulièrement certains profils de ménages : les femmes à la tête d’une famille monoparentale et fréquemment contraintes au travail à temps partiel, les familles nombreuses dont un seul adulte est actif, les personnes seules… En Meurthe-et-Moselle, l’intensité de la pauvreté [ voir encadré] est la plus élevée de tous les départements français (à l’exclusion de Paris).
Une personne (ou un ménage) est considérée comme pauvre lorsqu’elle vit dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. En Europe, le seuil de pauvreté est fixé à 60 % du revenu médian (revenu qui partage la population en deux groupes de même effectif).
L’intensité de la pauvreté est un indicateur qui mesure à quel point le niveau de vie de la population pauvre est éloigné du seuil de pauvreté. Formellement, il est calculé de la manière suivante :
(seuil de pauvreté - niveau de vie médian de la population pauvre) / seuil de pauvreté.
Plus cet indicateur est élevé, plus la pauvreté est dite intense.
Sans la redistribution opérée par les diverses prestations sociales, il y aurait près de 19 % de pauvres en France en 2006. Grâce à elle, ce taux est ramené à 13,2% : ce chiffre ne doit pas masquer les écarts entre régions où la pauvreté est inférieure à la moyenne (Alsace, Bretagne, Pays de la Loire) et régions où la pauvreté est plus importante (Corse, Languedoc-Roussillon, Nord-Pas-de-Calais).
Pauvreté et inégalités vont de pair, sauf en Île-de-France où se combinent un taux de pauvreté relativement faible par rapport à la moyenne et une forte inégalité, du fait de la proportion élevée des hauts revenus dans la région. L’hétérogénéité des situations régionales est largement commandée par la démographie et le poids relatif de couches sociales plus fragiles que d’autres. En croisant intensité et caractéristiques de la pauvreté observées, l’Insee a établi une typologie des départements français en six groupes répartis sur tout l’Hexagone.

INSEE Actualités Magazine n°58 - Janvier 2011