Entretien avec Bernard Morel, chef du département de l'action régionale de l'Insee
Les directions régionales de l’Insee ont accumulé, depuis les années soixante-dix, au fil du temps, des techniques et un certain savoir-faire en matière d’études régionales. Au tournant des années 2000, nous avons décidé de mettre davantage en commun nos méthodes pour gagner à la fois en cohérence et en efficacité et, in fine, mieux répondre aux demandes exprimées en région.
Des investissements importants ont été réalisés avec la création de pôles spécialisés dans la production de méthodes communes par domaine. Rapidement, un dispositif a également été mis en place pour mieux connaître la demande et les problématiques régionales et locales. Nous avons alors choisi de centrer notre activité en région sur les acteurs publics car, avec le développement de l’internet, il devenait évident que c’était pour eux que le maintien d’un contact direct restait le plus utile. En effet, beaucoup d’usagers de la statistique trouvent désormais les réponses à leurs questions parmi les données mises en ligne et n’ont pas besoin d’un service plus poussé.
En revanche, pour les acteurs publics en région, la proximité reste un atout pour améliorer la connaissance des spécificités locales, ce que seul un chargé d’études basé en région peut faire. Ce travail de proximité pour élaborer ensemble les réponses adaptées est le meilleur complément au site en libre-accès dont la refonte est prévue cette année. L’intérêt pour nous est de mobiliser notre capacité d’études là où il y a une demande exprimée avec l’assurance de répondre à de vrais besoins d’intérêt collectif.
Aujourd’hui, l’Insee privilégie en région les études qui intéressent un ou des partenaires
et ne se saisit lui-même que de sujets dont l’intérêt général est reconnu
comme l’analyse régulière de la situation démographique ou le bilan économique et social de la région.
Ainsi, passons-nous d’une offre organisée par source d’information à une logique
de services où l’on part des questions que les administrations et collectivités
publiques nous posent.C’est une dynamique encore très
nouvelle.
Il ne saurait y avoir bien sûr aucune situation de monopole dans le champ des études. Pour intéresser un acteur public en région, nous devons apporter une réelle valeur ajoutée.
Dans un contexte où nous visons aussi à rendre les données toujours plus accessibles à tous, nous nous appuyons sur notre connaissance approfondie des sources que nous produisons, de leurs possibilités et de leurs limites, de notre capacité à mobiliser, rapprocher des données, y compris celles protégées par le secret statistique.
Nous mettons ensuite en oeuvre nos propres méthodes d’analyse élaborées et régulièrement actualisées
par ces pôles spécialisés.
Par exemple, nous disposons pour l’analyse des déplacements domicile-travail d’une source d’information très précise :les déclarations annuelles de données
sociales. La localisation fine de cette source ne se trouve pas sur internet pour des raisons de confidentialité.
En revanche, l’Insee est en mesure d’appliquer à cette source ses propres outils d’analyse des flux entre lieu de domicile
et lieu de travail et d’apporter ainsi une contribution importante aux acteurs qui s’intéressent à l’étalement urbain, aux
transports publics…
Nous pouvons aussi mesurer l’impact territorial d’une activité.
Par exemple, l’aéronautique en Midi-Pyrénées ou l’automobile en Île-de-France, représentent combien d’emplois ?
La question est simple, mais elle suppose d’être bien instruite car l’impact économique d’une filière peut s’analyser
en plusieurs cercles.
S’agit-il des emplois directs (au sein même de l’entreprise), des emplois indirects générés (par les fournisseurs, les
sous-traitants), des emplois induits (dans les entreprises fournissant des services aux ménages des employés) ?
Sur ces différents niveaux d’impact, nous pouvons apporter des réponses quantitatives avec une précision suffisante
pour répondre à la demande.
Les acteurs publics font donc appel à l’Insee pour son savoir-faire et sa maîtrise des sources statistiques. L’Insee intéresse également par son statut : il apporte un regard« neutre » de service public indépendant.
Nous souhaitons, en effet, que les études soient menées avec la participation active de l’acteur régional à toutes les phases.
Dans la phase de définition du contenu de l’étude, le dialogue que nous engageons avec le partenaire permet d’approfondir le questionnement, de préciser le champ, par exemple l’aire de l’étude, de s’entendre sur les filières à prendre en compte. Cette collaboration pour bâtir un « cahier des charges » est un gage de qualité et de pertinence du travail qui va suivre.
Dans ce dialogue-là, il y a aussi à clarifier ce que l’Insee ne peut et ne doit pas faire. Nous avons deux sortes de limites : nous ne disposons pas de sources statistiques sur toutes les questions qui sont posées et nous n’avons aucune légitimité pour proposer de nouvelles politiques ou émettre un jugement de valeur sur celles qui sont conduites. L’autre condition que nous mettons à ce partenariat est que les résultats de ce travail soient rendus publics, ce qui est différent de la posture du bureau d’études.
Notre objectif, notre mission de service public sont de travailler pour tous, d’alimenter le débat public et d’y contribuer avec l’aide de nos partenaires.