L’enquête sans-domicile a couvert un spectre très large de thèmes. Les personnes étaient d’abord interrogées sur leurs conditions d’hébergement ou de non-hébergement, leur parcours résidentiel et l’éventuelle recherche d’un logement personnel stable. Les questions portaient ensuite sur les revenus, les difficultés financières, la situation vis-à-vis du marché du travail, la formation et l’expérience professionnelle. Une attention particulière était accordée à la santé. Des questions portaient également sur la famille et l’enfance, souvent très perturbée, et plus généralement sur les événements de la vie, ainsi que sur la participation à la vie sociale.
Les enquêtes auprès des ménages sont généralement menées en interrogeant les personnes chez elles, après avoir tiré un échantillon de logements. Elles ne couvrent pas les personnes vivant dans des communautés, en particulier les centres d’hébergement pour sans-domicile, et ne peuvent atteindre les personnes qui vivent dans des lieux non prévus pour l’habitation, et en particulier celles qui vivent dans la rue. En conséquence, elles ne fournissent aucun renseignement sur le nombre de ces personnes, et sur leurs caractéristiques socio-démographiques.
Les premières tentatives pour combler cette lacune datent des années 1990. Dans le cadre du Cnis, l’Ined mène, en 1995 et 1998, deux enquêtes pilotes à Paris. Ces expériences montrent que des enquêtes de même nature, représentatives au niveau national, sont possibles et qu’elles peuvent fournir des informations pertinentes.
La première enquête nationale est ainsi réalisée en 2001. C’est d’ailleurs la première de ce type en Europe. Sa complexité et son coût font qu’elle n’a été renouvelée qu’en 2012.
L’enquête est menée auprès des « sans-domicile », définis précisément comme les personnes qui ont recours aux services d’hébergement proposant pour quelques jours ou quelques mois un hébergement gratuit ou quasi gratuit, et comme les « sans-abri » qui vivent dans la rue ou dans des abris de fortune (plus généralement dans des lieux non prévus pour l’habitation).
Ces sans-domicile peuvent être contactés lors de leurs visites dans les services d’aide qu’ils fréquentent. Les personnes qui ont recours aux services d’hébergement sont enquêtées dans ces services. Pour les « sans-abri », l’approche ne peut être qu’indirecte, et la méthode choisie est d’interroger les personnes qui fréquentent les distributions gratuites de repas. Cette méthode n’est donc pas exhaustive, puisqu’elle manque les sans-abri qui ne se rendent pas dans ces distributions de repas. A l’inverse, elle prend en compte des personnes logées fréquentant ce type de services.
D’autres types de services auraient pu être retenus, comme l’accueil de jour, la distribution de vêtements ou encore l’aide médicale ou juridique. Une opération qualitative a toutefois montré qu’une très faible proportion de sans-domicile recourait uniquement à ce type de services.
La définition retenue exclut les personnes qui, faute de mieux, louent une chambre d’hôtel, sont hébergées par des amis ou squattent un logement. Ces personnes sont prises en compte lors des recensements.
L’enquête de 2001 avait permis d’estimer à environ 86 000 le nombre de personnes sans-domicile en France métropolitaine une semaine du mois de janvier 2001 ; 4 084 personnes francophones avaient été interrogées et leur situation décrite par 920 variables. L’enquête avait ainsi permis de rassembler des données très complètes sur le profil de ces personnes, leur situation sur le marché du travail, leurs conditions de vie quotidiennes, et sur les processus qui les avaient conduites à se retrouver sans domicile. Elle avait fait apparaître notamment qu’un quart des « sans-domicile » a été durant l’enfance placé en famille d’accueil ou en foyer spécialisé. Par ailleurs, les sans-domicile souffrent deux fois plus souvent que le reste de la population de maladies graves ou chroniques.
En 2012, le champ de l’enquête a été élargi : ont été inclus en particulier les services ouverts dans le cadre du plan Grand froid, les services de petits déjeuners et les haltes de nuit proposées par les associations. Par ailleurs, l’enquête fournira des informations sur les non-francophones. En effet, selon les associations consultées, leur nombre a nettement augmenté, ce qui rendait leur interrogation encore plus utile. En 2001, les non-francophones avaient été dénombrés mais n’avaient pas été interrogés.
La collecte a été effectuée du 23 janvier au 3 mars 2012. Le choix d’une période hivernale, comme en 2001, permet d’espérer atteindre le maximum de sans-domicile. C’est en effet à ce moment de l’année que les personnes sans domicile fréquentent le plus les structures d’aide, et qu’en conséquence l’offre de services est la plus importante.
L’enquête porte sur les agglomérations de 20 000 habitants et plus. Cependant, 80 agglomérations de 5 000 à 20 000 habitants ont été échantillonnées, des données ont été recueillies sur les services y exerçant une activité. Une enquête méthodologique y a été menée par l’Ined. Ces données permettront d’extrapoler les résultats de l’enquête à l’ensemble des agglomérations de plus de 5 000 habitants.
Un questionnaire, équivalent de celui de 2001 pour permettre les comparaisons, a été réalisé. Il prend cependant en compte les évolutions intervenues depuis la dernière enquête. Le questionnaire est passé par un enquêteur en face à face auprès de personnes francophones, l’interview durant environ une heure.
Les interviews ont demandé une forte motivation de la part des 600 personnes impliquées, 430 enquêteurs et 170 accompagnateurs, en raison de leur durée, mais aussi de la difficulté du questionnaire pour les enquêtés. Plusieurs d’entre eux ont vécu douloureusement certaines questions, qui renvoyaient à leurs difficultés de vie.
Au total, 4 500 questionnaires exploitables ont été recueillis en face à face. Concernant les non-francophones, il n’était pas possible de prévoir un questionnaire en face à face. Cela aurait exigé une mobilisation d’interprètes de différentes langues le jour de la visite, les personnes étant sélectionnées à ce moment précis. En conséquence, un questionnaire papier auto-administré a été préparé, en 14 langues : 1 500 non-francophones ont ainsi participé à l’enquête.
Les premiers résultats de l’enquête seront publiés au deuxième trimestre 2013.
L’enquête Sans-Domicile 2012 s'inscrit par ailleurs dans le souci de contribuer à la mise sur pied d'un système cohérent et efficace de mesure des situations de mal-logement ou d’exclusion du logement. En effet, une enquête Logement, sous sa forme traditionnelle, sera menée en 2013. La combinaison des deux enquêtes, à des dates proches, permettra de disposer d’un panorama complet des situations de logement.
Un échantillon tiré selon une méthode très spécifique
Le tirage de l’échantillon a repris la méthode utilisée pour ce type d’enquêtes, tout en l’adaptant pour prendre en compte la nécessité de disposer d’informations concernant les non-francophones.
Dans une première étape, un échantillon de 80 agglomérations de 20 000 habitants et plus est tiré, proportionnellement à un critère de taille tenant compte de leur population et de leur capacité d’hébergement pour les personnes en difficulté. Dans ces agglomérations, un répertoire exhaustif des services d’hébergement et de distributions de repas est constitué. Cette opération a nécessité une collaboration active des acteurs sociaux : associations, collectivités locales, administrations. Dans le même temps, les services ouverts dans le cadre du plan Grand froid sont répertoriés.
Dans une deuxième étape, un échantillon de 1 600 « visites » est tiré, une visite étant définie comme la réalisation d’un service un jour donné. Les refus de coopération des services tirés au sort ont été extrêmement rares, grâce au soutien des principales associations, consultées tout au long de la préparation de l’enquête, et à la mobilisation de tous les acteurs de l’enquête.
Dans une troisième et dernière étape, un dénombrement des personnes et un tirage au sort des utilisateurs des services sont effectués pour chaque visite, à partir d’une liste d’usagers s’il en existe une ou, par exemple, dans le cas des services de repas en intérieur, selon l’ordre de passage à l’entrée ou à la sortie du service. La sélection des personnes est réalisée à partir d’une table fournie aux enquêteurs indiquant les numéros des personnes à contacter. Pour l’exploitation de l’enquête, il faut ensuite attribuer un « poids » à chaque personne interrogée. Le problème à résoudre est particulièrement complexe, en raison de la méthode de tirage de l’échantillon, mais aussi parce qu’une personne qui fréquente souvent les services a une probabilité plus forte de faire partie de l’échantillon qu’une personne qui les fréquente moins souvent.