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Avant l'Insee

Sommaire

Cent ans de Statistique générale

La Statistique générale de la France (SGF), ancêtre de l’Insee, est créée sur une initiative d’Adolphe Thiers, ministre du Commerce de la monarchie de Juillet. Celui-ci propose, en 1833, de rassembler et de publier dans un ensemble cohérent les statistiques déjà produites en ordre dispersé. Il confie cette tâche à Alexandre Moreau de Jonnès, responsable depuis 1827 d’une modeste cellule statistique, le « deuxième bureau du Conseil Supérieur du Commerce », qui gardera ce nom jusqu’en 1840. À cette date, Moreau de Jonnès obtient que soit créé, par un arrêté du 3 avril 1840, le « Bureau de la statistique générale de la France » qu’il dirigera jusqu’en 1851. La date de 1833, souvent citée pour la création de la SGF correspond en fait à la décision politique importante prise par Thiers, celle de la centralisation statistique, au moins, pour la publication des résultats. La SGF restera, pendant exactement un siècle, le seul service statistique français ayant, en principe, vocation à centraliser, ou au moins à coordonner les activités statistiques des diverses administrations. Après 1940, l’organigramme du Service national des statistiques (SNS), puis celui de l’Insee, continueront à inclure, jusqu’en 1988, une « direction de la statistique générale », dont l’intitulé, un peu mystérieux pour certains, était directement issu de celui de la SGF. Son dernier titulaire en a été Jacques Desabie, lointain successeur de Moreau de Jonnès.

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Du fonctionnaire à l'ingénieur

Malgré la vocation à la coordination inscrite dans son intitulé, la SGF reste, pendant son siècle d'existence, une petite institution, comptant rarement plus d'une centaine d'employés, dont moins d'une dizaine de « statisticiens » proprement dits. Mais le profil professionnel et le style de l’activité de ces statisticiens évoluent profondément à partir des années 1890. La figure purement administrative du fonctionnaire compilant des masses de papiers est peu à peu remplacée par celle, plus scientifique, de l’ingénieur mettant en œuvre outils et techniques de calcul de plus en plus sophistiqués.

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Des recensements de population quinquennaux

Entre 1840 et 1896, la SGF est dirigée successivement par un ancien officier des armées napoléoniennes, Moreau de Jonnès (jusqu’en 1851), un fonctionnaire du ministère de l’Intérieur, Alfred Legoyt (de 1851 à 1871), un ancien commis de la SGF, Toussaint Loua (de 1875 à 1887), un économiste, Victor Turquan (de 1887 à 1896). Sa principale activité est d’organiser, d’exploiter et de publier les recensements de la population tous les cinq ans, les années en 1 et en 6. Les deux tentatives de recensements des industries, faites en 1841 et 1861, échouent en partie, à cause de la forte réticence des entreprises à ce type d’enquêtes. Par ailleurs, la SGF publie systématiquement des tableaux statistiques issus des activités d’autres administrations, selon un plan préétabli. Celui-ci est annoncé dès 1835, par la publication d’une sorte de prototype intitulé « Essai des travaux de statistiques qui doivent être publiés par le ministère du Commerce ». Ce plan comporte quatorze volumes (territoire, population, agriculture, mines, industrie, commerce, navigation, colonies, administration intérieure, finances, forces militaires, marine, justice et instruction publique). Promis pour les années ultérieures, il sera suivi de façon inégale et avec beaucoup de retard. À partir de 1878, la publication des statistiques des diverses administrations devient annuelle, sous la forme du célèbre Annuaire statistique.

De 1831 à 1891, les recensements sont effectués et dépouillés par les mairies des 38 000 communes de France. Celles-ci dressent des listes nominatives. Les totalisations communales sont rassemblées par les préfectures des départements, et seules les totalisations départementales sont centralisées par la SGF à Paris. Les questions posées deviennent de plus en plus nombreuses. À partir de 1851, la profession est enregistrée. Celle-ci sera un siècle plus tard traitée dans les codes socio-professionnels. En 1876, est distribué pour la première fois un « Bulletin individuel ». Certains débats techniques (toujours actuels) sont incessants, comme par exemple celui de savoir s’il faut compter, dans une commune la « population de droit » (en 1836) ou la « population de fait » (en 1841). Ces deux conventions peuvent conduire à des estimations locales de populations différentes, et modifier par là certains impôts. La loi autorisait aussi les agents des contributions à vérifier les recensements opérés par les maires. En 1841, cette participation des agents du fisc (et parfois aussi des commissaires de police) au recensement excite la méfiance populaire. Des troubles éclatent dans le Midi, notamment à Toulouse, et l’exploitation des données est retardée. Plus tard, les statisticiens prendront soin d’annoncer solennellement l’indépendance totale des opérations statistiques et fiscales. Pourtant cette crainte existe encore souvent chez les personnes enquêtées par l’Insee.

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Est-il bien prudent de calculer des moyennes ?

La SGF ne fait pas seulement les recensements. Dès 1835, elle compile et publie des statistiques de toutes sortes. Mais la statistique prônée par Moreau de Jonnès a une philosophie différente de celle d’aujourd’hui. Son but est de fabriquer et de publier des tableaux systématiques et complets pouvant théoriquement être subdivisés et détaillés à l’infini. Issue d’enregistrements exhaustifs et sans ambiguïté, elle vise une exactitude parfaite et une cohérence d’ensemble assurée par des nomenclatures bien construites. Mais elle répugne à tout calcul, à toute mise en forme autre que celle, reine, du tableau croisé. La moyenne elle-même est stigmatisée comme trompeuse et illusoire. L’erreur est traquée comme une faute. L’exigence est proche de celle dont s’inspire le comptable public qui doit équilibrer débits et crédits. L’idée d’une enquête par sondage sur un échantillon, déjà émise et appliquée au XVIIIe siècle par le mathématicien Laplace, est désormais impensable. Seules l’enquête exhaustive et la tabulation vérifiée à l’unité près peuvent fournir une vraie statistique. Tout le reste n’est qu’élucubration et fantaisie « d’algébriste ». Ainsi sont qualifiés les statisticiens « privés » militant aux Annales d’hygiène, dont les modèles sont Quételet et Villermé.

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Le temps du militantisme

Cette ligne extrême de Moreau de Jonnès est critiquée par son successeur Legoyt (1851-1871). À ce moment statisticiens publics et privés se rapprochent, dans le cadre de la Société de statistique de Paris (SSP), créée en 1860, par l’économiste Michel Chevalier, le médecin Villermé, et le directeur de la SGF, Legoyt. Cette SSP constitue, entre 1860 et 1940, une sorte de « lobby de la statistique », militant inlassablement pour que cette technique soit soutenue, enseignée et diffusée largement. Elle s’inscrit elle-même dans une Internationale des statisticiens, organisée par le Belge Adolphe Quételet, à partir de 1853. Celle-ci est définitivement établie par la création, en 1885, d’un Institut international de statistique (IIS), qui existe toujours. Mais les outils et les arguments de ces activistes de la statistique sont, jusqu’au tournant du siècle, plus administratifs et politiques que scientifiques et techniques. Ils visent à stabiliser et coordonner des réseaux de collecte et de présentation des données, mais il leur manque les machines, les techniques mathématiques d’échantillonnage et de traitement des données, tout ce qui fait le métier de l’ingénieur, distinct de celui du pur administrateur.

Cette dimension « politique » du travail de promotion de la statistique administrative est marquée par la création, en 1885, d’un Conseil supérieur de la statistique, instance de consultation sur les programmes statistiques, ancêtre du moderne Conseil national de l’information statistique (Cnis). Elle l’est aussi par les débats autour des grandes nomenclatures. En 1893, le Français Jacques Bertillon présente à l’IIS deux projets de nomenclature, l’une sur les professions l’autre sur les causes de décès. Cette dernière, révisée tous les dix ans, existe toujours. Les tentatives faites pour créer des enseignements de statistique échouent, faute sans doute d’une matière à enseigner suffisamment formalisée. La statistique est encore une activité largement manuelle, exercée par des employés de bureau utilisant la plume et le papier, enregistrant, transcrivant, tabulant patiemment et minutieusement, vérifiant les totaux en lignes et en colonnes. Cela lui vaut une image grise et austère, suscitant l’ironie des chansonniers. « Le statisticien compte les veuves franchissant le pont Neuf un triste jour d’automne », dit une facétie d’Eugène Labiche, ensuite indéfiniment reprise.

La production statistique se transforme, entre 1890 et 1910, d’archaïque et paperassière, elle devient technique et professionnalisée.

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La statistique du travail

À la fin du XIXe siècle, l’industrialisation de la France, commencée depuis plus d’un demi-siècle, a profondément transformé la structure du pays. Bien que beaucoup plus lent qu’ailleurs, l’exode rural a fourni la main-d’œuvre d’un grand nombre d’entreprises industrielles et commerciales, en général petites et moyennes. Mais une crise économique frappe les pays industrialisés, entre 1875 et 1895. Il n’était pas encore question pour l’État de jouer un rôle de « planification » et de coordination de la « croissance » ou de la « relance » (ces mots ne faisaient pas encore partie du vocabulaire de l’économiste). Il y avait pourtant un domaine où les problèmes étaient tels, et si nouveaux, qu’ils nécessitaient une intervention de l’État : la gestion de la main-d’œuvre. Déjà dans les années 1840, les enquêtes de Villermé sur les conditions de vie des ouvriers avaient contribué à l’interdiction du travail des enfants, puis à des limitations de la durée du travail, par des lois dont l’application allait entraîner la création de l’Inspection du travail.

La distribution du courrier à la SGF au début du 20ème siècle

La distribution du courrier à la SGF au début du 20ème siècle

© SGF

Pour étudier ces questions et préparer les lois qui vont constituer le nouveau Droit du travail, est créé en 1891 un Office du travail, qui deviendra le ministère du Travail en 1906. La SGF lui est rattachée, et un ingénieur de l’industrie mécanique, Lucien March, en prend la direction en 1896. À partir de 1901, elle recrute des jeunes dotés d’une bonne formation mathématique : Michel Huber (1901), Marcel Lenoir (1905), Henri Bunle et Dugé de Bernonville (1907), Jean Dessirier (1921), Alfred Sauvy (1922), qui tous joueront un rôle important et innovateur, par la suite.

Les travaux de l’Office du travail exigeaient une connaissance exacte des professions exercées par les habitants, mais aussi de la structure économique du pays : nombre, nature et importance des établissements industriels, commerciaux, agricoles, leur personnel, leurs équipements...

Les expériences de 1841 et 1861, menées pour obtenir ces informations des entreprises elles-mêmes, avaient été peu concluantes. Il fut jugé impossible de mener directement cette enquête auprès des chefs d’entreprises, par crainte de leur réticence ou de leur hostilité. On s’orienta donc vers un « recensement professionnel spécial » des individus, annexé au recensement de population de 1896.

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La dame et le classi-compteur

Alors que le dépouillement des recensements avait auparavant toujours été fait par les communes, la partie professionnelle du Bulletin individuel fut, énorme innovation, exploitée centralement à Paris. À partir de 1901, tout le Bulletin est exploité centralement : il y en a environ quarante millions ! Ce travail énorme fut possible grâce à l’usage de machines électro mécaniques à cartons perforés, construites spécialement pour le recensement américain de 1891, par l’entreprise Hollerith (ancêtre d’IBM). En 1901, March remplaça ce dispositif par une machine de son invention : le classi-compteur imprimeur. Celui-ci évitait l’intermédiaire de la saisie sur une carte perforée. Les « dames de la statistique », procédant à une sorte de saisie en ligne, enregistraient directement les informations figurant dans les bulletins. Celles-ci automatiquement additionnées, permettaient éventuellement des tris croisés. L’inconvénient de ce système était, bien sûr, que l’on ne pouvait plus recommencer l’opération en changeant les nomenclatures ou les critères de tris ! L’ensemble de ce dispositif, centré sur le classi-compteur de March, resta en usage jusqu’en 1940, et conduisit à une remarquable série de recensements non seulement démographiques, mais aussi économiques.

Les dames de la statistique à la SGF au début du 20ème siècle

Les dames de la statistique à la SGF au début du 20ème siècle

© SGF

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Le démarrage des enquêtes

L’Office du travail, auquel la SGF est rattachée, constitue, de 1891 à 1914 un véritable centre de recherche en sciences sociales, anticipant les institutions qui se développeront après 1945 : Insee, Ined, CNRS, Crédoc. Cet organisme réalise, dès 1893, une enquête statistique sur les salaires et la durée du travail, sur un échantillon d’établissements (sans toutefois que soit explicitement formulée une méthodologie de l’enquête par sondage représentatif). Il établit aussi des monographies sur les budgets ouvriers, et des séries statistiques sur les grèves. Plus tard, la SGF s’engage dans des directions alors nouvelles. En 1907 a lieu la première enquête statistique (et non simplement monographique) sur la consommation, auprès de 800 familles ouvrières de Paris.

En 1908, est créée une « Commission d’étude des mesures propres à atténuer les chômages industriels », qui recommande le calcul d’indices conjoncturels. Dès 1911, c’est-à-dire avant le début de l’inflation due à la guerre mondiale, est lancée une enquête périodique sur les prix de détail des denrées de première nécessité. Les périodes de guerre sont souvent des moments d’accélération des efforts de mise en place d’un système statistique. C’est le cas pour les deux guerres mondiales. Pendant la première, le cabinet du ministre de l’Armement, Albert Thomas, réunit des scientifiques éminents, intéressés par les statistiques, comme Emile Borel (mathématicien probabiliste) et François Simiand (sociologue). Ceux-ci tentent après la première guerre de pérenniser cet effort. En 1921, Borel et Simiand proposent au Président de la République, Millerand, la création d’un vaste service statistique : l’Insee aurait ainsi pu naître vingt-cinq ans plus tôt. Mais les conditions du retour à la paix des années 1920 ne sont pas celles qui prévaudront après 1945, quand seront créés l’Insee et le Plan. Une des pièces maîtresses de ce projet de 1921 est de rattacher une SGF considérablement renforcée à la présidence du Conseil, afin d’affirmer son rôle de coordination interministérielle. Ce rattachement a lieu en 1930, mais les compétences de la SGF ne sont pas élargies. Elle reste un petit service effectuant surtout des travaux de démographie, et quelques calculs d’indices conjoncturels.

Conditions de travail à la SGF au début du 20ème siècle

Conditions de travail à la SGF au début du 20ème siècle

© SGF

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L’exemple allemand

En 1918, l’Alsace et la Lorraine redeviennent françaises. L’Empire allemand avait doté ces provinces d’un service statistique, qui passe sous la responsabilité de la SGF en 1925. Cet Office régional de statistiques d’Alsace-Lorraine, d’environ 17 personnes, devient ainsi, la première « direction régionale », anticipant celles qui naîtront dans les années 1940. Bunle, envoyé par March pour prendre en charge ce service, constate que les statisticiens allemands avaient bénéficié d’une formation qui faisait défaut à la France. Selon Bunle, de cette observation résulte la création, en 1922, de l’Institut de statistique de l’université de Paris (Isup), qui jouera un rôle important, jusqu’aux années 1950, dans la formation des statisticiens.

L'office régional de statistique d'Alsace-Lorraine est rattaché à la SGF en 1925, devenant ainsi la première "direction régionale"

L'office régional de statistique d'Alsace-Lorraine est rattaché à la SGF en 1925, devenant ainsi la première direction régionale

© Carabin

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La statistique coloniale

En ce début de XXe siècle, la France dispose d’un vaste empire colonial, mais d’aucune données statistiques le concernant. En 1909, Milliès - Lacroix, alors ministre des Colonies, rédige une imposante circulaire à l’attention des services administratifs et techniques des colonies françaises réclamant une soixantaine de tableaux relatifs à la démographie, au commerce extérieur, aux productions agricoles et industrielles, etc. Mais par manque d’effectifs et de formation cette instruction, au demeurant trop complexe et impérative, reste sans suite. Les quelques chiffrages fournis sont très incertains.

En 1922, André Lochard, qui dirige les Mines et les services économiques d’Indochine crée, à Hanoï, la Statistique générale d’Indochine. Parallèlement en métropole, la mise en place, au ministère des Colonies, d’une cellule statistique composée de deux statisticiens aboutit, en 1936, à la publication du premier annuaire statistique de l’Afrique occidentale française.

Le Conseil supérieur de la statistique, conscient des lacunes, crée un comité traitant des questions relatives aux statistiques coloniales, et en 1938, émet un vœu demandant la création de services locaux de statistique dans le « plus grand nombre de territoires d’Outre-Mer ».

L‘insuffisance de la documentation relative aux colonies demeure flagrante. Après plusieurs essais infructueux, un décret-loi de 1939 finit par créer un « Service de documentation et de statistiques économiques » au rôle mal défini et qui accorde encore peu de place à la statistique et aux statisticiens. Il faudra attendre 1943 pour que, grace aux inlassables propositions du tenace inspecteur général Bournier, le Service colonial de statistiques voit enfin le jour !

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Une institution discrète, efficace et prudente

De 1840 à 1940, la France a disposé d’une institution statistique discrète mais efficace. Son activité est centrée sur la démographie et sur la statistique du travail. L’opération majeure, le recensement quinquennal, fournit non seulement des données sur la population, mais aussi sur les établissements industriels et commerciaux. Aux statisticiens purement administratifs, ont succédé, en 1900, des savants et des ingénieurs, mais leur nombre ne dépasse jamais la dizaine. Le travail de dépouillement des recensements est effectué par une centaine de « dames de la statistique », travaillant sur des machines conçues spécialement pour cette tâche. Ces dames sont recrutées par concours, mais les trois quarts des postes sont réservés aux veuves de guerre. Cette « usine à chiffres » est installée à Paris, au coin de l’avenue Rapp et du quai Branly. Le démographe Alfred Sauvy y a travaillé de 1922 à 1945. Il a décrit, beaucoup plus tard, de façon imagée, l’atmosphère de cette ruche austère et efficace :

« L’ensemble des travaux était d’une productivité très élevée : une centaine de personnes arrivait à dépouiller un recensement quinquennal, fort poussé, à publier un bulletin trimestriel, un bulletin mensuel, une feuille hebdomadaire, un annuaire statistique annuel, rétrospectif et international, un recueil décennal de tableaux d’indices généraux, la statistique des institutions d’assistance, le mouvement de la population... Cet organisme n’avait aucun dessinateur. Il calculait aussi des indices de prix de gros, de production industrielle, et une multitude d’indices de conjoncture, plus ou moins ajustés. Il était d’ailleurs plus facile de travailler à cette époque, car il n’y avait ni commissariat au Plan, ni commissions (ou presque), donc peu de temps passé au dehors ; l’indice des valeurs mobilières était calculé en 3/4 d’heure (300 valeurs), le samedi matin. Tout ce que les ministères ne savaient ou ne voulaient pas faire aboutissait à la Statistique générale... Le recensement était quinquennal... C’était un travail gigantesque de manier 40 millions de bulletins, de les classer en établissements, ce qui conduisait à les rassembler avec des épingles, des ficelles ou des rubans, selon l’épaisseur du lot... L’appareil utilisé pour le recensement était le classi-compteur March, bien oublié... Il y avait aussi, à la SGF, une trieuse-tabulatrice, pour le mouvement de la population. Le pianotage sur le clavier du classi-compteur donnait lieu, pour certaines femmes, à des performances extraordinaires, stupéfiantes. Les résultats furent une série remarquable et continue de recensements de 1901 à 1936. Mais, à l’époque, ces chiffres austères, serrés, n’étaient guère utilisés, car il n’y avait aucune idée de diffusion dans le public. » (Alfred Sauvy, témoignage écrit en 1975).

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Des statisticiens trop introvertis !

Par cette remarque sur la diffusion dans le public, Sauvy signale à quel point les statisticiens de la SGF lui semblaient introvertis et trop prudents. Leur exigence de rigueur ne peut s’accommoder des à peu près de la circulation des chiffres. Dans les années 1920, le calcul des indices du coût de la vie a été confié à des « commissions départementales paritaires » où figurent patrons et ouvriers. Les statisticiens de la SGF ne veulent pas être impliqués dans ces opérations douteuses : « Il ne faut pas nous en mêler ; d’ailleurs les indices ne sont pas faits pour le public, les journalistes ne disent que des bêtises... » , disait Huber.

Les travaux de conjoncture et de prévision économique, entrepris par des statisticiens comme Dessirier puis Sauvy sont jugés peu compatibles avec le caractère « officiel » de l’institution. Le 31 octobre 1929, soit une semaine après le grand krach boursier de Wall Street, le Conseil de la SGF traite du cas d’un jeune bien téméraire : «... M. Dessirier a entrepris la publication d’un recueil mensuel de courbes statistiques intitulé « La conjoncture économique et financière », contenant des appréciations sur la situation et des prévisions. Il a reconnu avoir commencé cette publication en mai 1929 et que c’était volontairement qu’il n’avait pas prévenu, car il craignait d’être détourné d’une entreprise qui lui tenait à cœur. M. Huber a fait observer que cette initiative lui paraissait incompatible avec la situation officielle de M. Dessirier et que de graves inconvénients pourraient résulter de prévisions économiques et financières, formulées par un fonctionnaire en activité, ce qui permettrait de leur attribuer un caractère presque officiel. La nature actuelle de la publication, faite sous le manteau, sans publicité, ne pourrait pas être conservée. Dans ces conditions, le directeur devrait en référer au ministre, ne pouvant prendre la responsabilité d’autoriser M. Dessirier à poursuivre une entreprise privée de cette nature...» (Archives du Conseil de la SGF, 31 octobre 1929).

Cette prudence du directeur de la SGF s’explique sans doute par le fait que l’institution statistique est encore faible et peu légitime, au moins auprès du grand public et des hommes politiques. En revanche, elle commence à l’être dans le monde savant. Les premières recherches utilisant des outils de la statistique mathématique y apparaissent vers 1905. En 1911, Bunle se pose une question, à l’époque fort discutée : y a-t-il une corrélation entre le mouvement des mariages et certains indices économiques comme le prix du blé ou le niveau du chômage ? En 1913, Lenoir publie un livre présentant une des premières recherches sur les mouvements des prix et de la production. Dans les années 1930, Dugé de Bernonville fait des évaluations du revenu national, ancêtre de la comptabilité nationale.

La petite SGF de March, Huber, Bunle et Sauvy va être immergée, en 1941, dans une vaste institution, le SNS, qui préfigure l’Insee de 1946. Elle lègue à celui-ci quelques éléments forts de sa structure et de sa culture. La vocation à une relative centralisation, ou au moins à la coordination, des travaux statistiques des diverses administrations aura beaucoup de difficultés à se concrétiser avant les années 1960. Une culture d’ingénieurs, enracinée dans une formation mathématique élevée, devient importante à partir de 1900. Les questions du travail, des salaires et des structures de l’appareil productif sont traitées à partir de la même époque. Elles viennent s’ajouter au socle de base que constitue l’étude de la population, à travers les recensements et l’état civil. Le souci de neutralité et d’indépendance scientifique conduit parfois, au moins selon Sauvy, à une sorte de timidité et de repli sur soi, face à la diffusion et aux usages possibles d’un produit encore peu connu : l’information statistique.

Conditions de travail à la SGF au début du 20ème siècle

Conditions de travail à la SGF au début du 20ème siècle

© SGF

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La démographie : un service camouflé de recrutement

Après un siècle de lente évolution, le paysage statistique français est complètement bouleversé entre 1940 et 1946. En juin 1940, l’armée française, démantelée par l’armistice, voit ses effectifs limités à 100 000 hommes. De nombreux officiers doivent se reconvertir. Les bureaux de recrutement sont officiellement dissous, et leurs archives supprimées. Cette situation exceptionnelle est habilement mise à profit par un contrôleur général de l’armée, René Carmille. Celui-ci, ancien membre du contre-espionnage, est depuis longtemps intéressé par la mécanographie, la statistique et l’économie.

La mécanographie et les fichiers

Dans un article publié en 1933 : « Moyens statistiques et science économique », Carmille se montre très au fait des travaux de la SGF, et des premiers « économistes statisticiens » français : March, Lenoir, Gibrat, et Divisia. La même année, il organise pour l’armée le premier « service de comptabilité et de statistique » fonctionnant avec des machines mécanographiques. Il publie ensuite coup sur coup « Vues d’économie objective » et « La mécanographie dans les administrations ». Il imaginait alors une « informatique de gestion », vingt ans avant que n’arrivent en France les calculateurs électroniques, ancêtres des ordinateurs. Les machines électro-mécaniques à cartes perforées fabriquées par la firme Bull devraient permettre, selon lui, de standardiser, d’unifier et d’exploiter les fichiers gérés par les diverses administrations. Puis ces fichiers, convenablement mis en forme, fourniraient des données statistiques nombreuses et moins coûteuses que celles résultant des recensements et des enquêtes. En 1955, son collaborateur, André Caffot, décrira ainsi le projet de Carmille : « En tenant pour ainsi dire au jour le jour un fichier individuel de la Nation, on sera tenu de rester dans le concret et de ne pas s’éloigner de la réalité qui est complexe ». Bien sûr, une telle vision sera très discutée et critiquée après 1945, en raison de sa lourdeur et de ses dangers pour la protection de la vie privée.

Quoi qu’il en soit, la situation de 1940 offre à Carmille la possibilité de mettre en œuvre son projet futuriste. Le 16 août 1940, il propose au ministre de la Guerre du gouvernement de Vichy de recréer, sous couvert d’un Service de démographie, un service camouflé de recrutement. Un fichier de population géré mécanographiquement doit fournir le moyen de mobiliser très rapidement, si le Gouvernement le veut, une armée de plusieurs centaines de milliers d’hommes. Cet organisme doit avoir une forte implantation régionale :

« Le service à créer est un service général qui doit fournir des synthèses d’ordre national et impérial nécessaires au Gouvernement. Mais les éléments de ces synthèses doivent être recueillis et contrôlés localement. De là, la nécessité bien explicite d’avoir, d’une part, une forte administration centrale et, d’autre part, des organes régionaux assez près de la matière à traiter pour exercer une vérification efficace et portant sur un territoire assez vaste pour que leur importance leur permette d’organiser scientifiquement leur travail en tirant plein rendement des moyens modernes. » (René Carmille, lettre au ministre de la Guerre, 16 août 1940).

Un Service de démographie, complètement distinct de la SGF, est créé le 14 novembre 1940. Il a pour attributions les opérations sur la population et la gestion statistique de la main-d’œuvre. Ce service permet à Carmille de réussir une gageure, celle de réunir ensemble toutes ses idées : la mécanographie pour la gestion des personnels, et la statistique au service de l’économie. Il imagine de compléter la statistique traditionnelle de la SGF, qui, selon lui, sert surtout à dégager des « caractéristiques générales statiques des groupes », par une statistique « dynamique et qualitative ». Installé en « zone libre » à Lyon, le service est rattaché au ministère des Finances afin de dissimuler son rôle réel. Il est doté, dès sa création, de moyens incomparablement plus grands que ceux de la SGF : 925 emplois, dont beaucoup sont occupés par des officiers réduits au chômage. Un répertoire des usines, de leur outillage et de leur main-d’œuvre est mis en chantier dès 1941.

En juillet 1941, année où, normalement, aurait dû avoir lieu le recensement de la population, un « recensement des activités professionnelles » est organisé dans la zone non occupée. Son objectif est de compléter les informations recueillies à partir des registres d’état civil et en particulier connaître l’adresse des personnes à mobiliser. Celles-ci ont été repérées grâce au numéro d’identification des personnes à treize chiffres, imaginé par Carmille. Utilisé, plus tard, par la Sécurité sociale, ce numéro est connu aujourd’hui sous le nom de « numéro d’inscription aux répertoires » (Nir).

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Le Service national des statistiques : 1941-1946

Le Service de la démographie, rapidement très actif, entre en concurrence avec la vieille SGF qui n’a pas vu d’un bon œil l’arrivée de ce nouveau venu. Après quelques moments de conflit, les deux services sont fusionnés, le 11 octobre 1941, sous la direction de Carmille, pour former le Service national des statistiques (SNS). Celui-ci est rattaché au Secrétariat d’État à l’Économie Nationale et des Finances, Secrétariat général pour les questions économiques. La SGF, dirigée par Bunle, devient la direction de la statistique générale du nouveau service et reste implantée à Paris, tandis que la direction générale du SNS est en « zone libre », à Lyon. Sauvy, peu favorable au projet de Carmille, raconte trente-cinq ans plus tard :

« Pour René Carmille, homme de grande valeur, qui devait hélas mourir à Dachau, j’ai conservé une vive admiration, mais nous avons eu de sérieux démêlés. Ayant eu la révélation de la mécanographie, Carmille croyait qu’il n’y avait plus besoin de statisticiens. Il voulait transformer par la mécanographie toute la vie administrative, tout en procurant des emplois à des militaires éliminés de l’armée. Le principe consistait à remplacer les dénombrements anonymes et globaux, par la collecte des renseignements individuels continus. Une fiche devait être établie pour chaque personne, chaque logement, chaque ferme, de sorte qu’à tout moment il suffirait de passer les cartes aux machines pour avoir les renseignements souhaités. Un beau jour, nous apprenons par le Journal Officiel la création du Service de la démographie pourvu de grands moyens et nous entamons une querelle avec Carmille qui entend nous absorber. C’est l’établissement artisanal que l’usine veut supprimer. À la SGF nous étions tous opposés à ces fiches. Les dépenses considérables nécessitées par les projets de Carmille avaient été estimées à plus de 300 millions de francs par an, par H. Bunle et P. Depoid, chiffre énorme à l’époque. Mais cette objection n’eut aucun poids. Il nous fut répondu que nous retardions et que, dans une économie de contrôle, les problèmes financiers n’existaient plus. P. Depoid a entrepris alors le calcul du coût en tonnes de papier, montrant que l’application des projets de Carmille nécessiterait une quantité de papier hors de proportion avec les possibilités nationales. Mais Carmille voyait loin. Finalement, la paix se fit entre nous et le petit établissement artisanal fut absorbé par la grande usine ». (Alfred Sauvy, témoignage écrit en 1975).

L’école d’application

Ces souvenirs de Sauvy montrent comment les anciens de la SGF perçoivent le projet de Carmille. Mais, sur un point au moins, ils ne rendent pas justice à Carmille, en affirmant que celui-ci croyait qu’il n’y avait plus besoin de statisticiens. Sauvy, emporté par sa verve et par le souci de défendre sa conception du travail statistique, se trompe, comme le montrent les créations d’une « École d’application » et d’un « Service des sondages » dès 1942. Carmille est conscient de ce que, si les officiers massivement recrutés peuvent avoir de bonnes qualités pour l’encadrement administratif, ils n’ont en revanche aucune compétence particulière en statistique. Il décide donc de créer, dès 1942, une « École d’application de la statistique » destinée à former les membres de deux nouveaux corps de fonctionnaires spécialisés en statistique et en économie : les « administrateurs » et les « attachés » du SNS. Cette école deviendra l’École nationale de la statistique et de l’administration économique (Ensae) en 1960, dès lors que les effectifs d’étudiants non fonctionnaires y deviendront importants. Membre de la Société statistique de Paris depuis 1936, Carmille connaissait les premiers travaux de statistique mathématique. Il nomme à la direction de la nouvelle École Eugène Morice, un professeur de mathématique diplômé de l’Isup. Celui-ci dirigera l’École de 1942 à 1962.

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Les sondages

Carmille est resté célèbre par son ambition d’utiliser massivement les fichiers administratifs par des moyens mécanographiques à des fins statistiques. Pourtant il est aussi intéressé par la nouvelle méthode des sondages, introduite en France, dès 1938, par Jean Stoetzel. Celui-ci, après un séjour aux États-Unis où il avait découvert les enquêtes électorales conduites par Gallup, avait organisé en 1938 le premier « sondage d’opinion », portant sur les accords de Munich, et avait créé l’Institut français d’opinion publique (Ifop). Carmille le nomme, en mars 1942, au « service des sondages ». Il écrit à son ministre :

« Les méthodes préconisées par M. Stoetzel, chargé de mission au SNS, me paraissent sérieuses, mais elles ont besoin d’être mises au point et surtout des précautions doivent être prises pour que l’on soit sûr d’une entière sincérité et d’une entière objectivité des enquêteurs. Il est nécessaire de faire leur instruction. J’étudie personnellement le détail des procédés de M. Stoetzel, et je vous adresserai un compte rendu avec des propositions ». (René Carmille, lettre du 1er avril 1942, évoquée par son fils dans « Contribution à l’histoire des services statistiques français » février 1995).

Une première expérience a lieu en 1942. Elle porte sur l’opinion des Français sur les échanges de vieux textiles contre des tickets. En mars 1944, paraît un décret prévoyant de « donner au SNS les pouvoirs de surveillance nécessaires pour assurer un contrôle général des organismes effectuant des recensements approximatifs par voie de sondage ». Si cette idée avait été conservée, l’Insee serait aujourd’hui chargé des responsabilités de la « commission de surveillance des sondages » !

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La naissance des directions régionales

En faisant appel aux deux bons spécialistes que sont Morice et Stoetzel, Carmille jette les bases d’une institution qui n’est pas seulement confinée à un travail purement administratif de gestion de gros fichiers. Il est vrai cependant que cet aspect de l’activité du SNS est celui qui est le plus visible dans les nouvelles « directions régionales » créées à partir de 1941, notamment à l’établissement central de Lyon, doté d’un important atelier de mécanographie, dont l’Insee hérite en 1946. D’autres directions régionales, équipées d’ateliers mécanographiques, sont également créées à Alger, Tunis et Rabat en 1942. Les autres aspects de son travail étant moins connus, l’image qu’a laissée le SNS est souvent celle de ces ateliers, où un personnel surtout féminin, encadrepar d’anciens officiers et sous-officiers, manipule des milliers de cartes perforées devant de lourdes machines mécanographiques.

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Carmille meurt en déportation

En novembre 1942, à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord, la zone sud est occupée à son tour. L’armée d’armistice est supprimée. Une partie de ses cadres participe à la résistance clandestine, mais le gouvernement de Vichy n’entreprend aucune défense contre la nouvelle invasion. Le fichier de mobilisation reconstitué par le SNS n’est donc pas utilisé dans le cas précis où il aurait pu l’être. Tout en s’efforçant de protéger les ateliers des ingérences de l’occupant, désormais présent à Lyon, Carmille participe au réseau de résistance Marco Polo. Il est arrêté par la Gestapo dans son bureau lyonnais, ainsi qu’un autre cadre du SNS, en février 1944. Déporté à Dachau, il y meurt en janvier 1945.

Depuis 1941, l’ancienne SGF est officiellement rattachée au SNS, mais elle conserve, en raison des circonstances, et notamment des liaisons difficiles entre Lyon et Paris, une certaine autonomie de fait. Bunle rapporte régulièrement ses activités à Carmille, mais il est aussi soumis à des demandes fréquentes des autorités allemandes installées à l’Hôtel Majestic. Dès février 1944, il entreprend des démarches pour obtenir des informations sur le sort de Carmille. Il est nommé directeur intérimaire du SNS, et il occupe cette fonction jusqu’à la création de l’Insee en avril 1946. Peu préparé par sa carrière antérieure à la SGF à la gestion de la lourde institution léguée par Carmille, il est, pendant la période qui va de la Libération (août 1944) à son départ, un peu en suspens, sans orientations d’ensemble précises. Il s’efforce pourtant de résister aux critiques et attaques qui s’élèvent contre un organisme qui compte alors 7 000 personnes et dont aucun équivalent n’existait avant 1940. Après une période de flottement, les besoins en informations économiques résultant de la nouvelle situation politique apparaissent tels que, notamment sous l’influence du ministre André Philip, la décision est prise de regrouper le SNS avec d’autres petits services, pour créer l’Insee.

En marge de la SGF, Sauvy animait un Institut de conjoncture. Parvenant à rassembler des informations sur les productions de matériel d’armement des divers pays en guerre, il affirme avoir prévu dès août 1942 que les alliés l’emporteraient. Dans ce petit service ont commencé à travailler certains des futurs pionniers de la Comptabilité nationale : André Vincent, René Froment, Jacques Dumontier. Ce dernier effectua alors une enquête sur le coût de l’occupation. Il existait aussi, en 1945, un Service des économies étrangères, chargé de suivre et de décrire pour un public français les situations économiques et sociales des autres pays. L’intégration de ces deux services (Conjoncture et Économies étrangères) au nouvel Insee explique l’ajout de la mention «... et des études économiques » dans l’intitulé de l’institut statistique français, ce qui le distingue nettement de ses homologues étrangers.

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Les prémices de l’Insee

Si la date de 1946 est bien celle de la création officielle de l’Insee, celui-ci reçoit en héritage une longue tradition issue de la SGF et une infrastructure institutionnelle importante léguée par le SNS. De la SGF, restent la longue expérience démographique, l’intérêt pour l’analyse de l’emploi et de la production, et l’exigence du travail scientifique austère. L’héritage du SNS est considérable : les directions régionales, les corps d’administrateurs et d’attachés, l’École d’application de la statistique, un usage renouvelé de la mécanographie appliquée au traitement des fichiers, le système d’identification des personnes à partir du numéro à 13 chiffres, quelques expérimentations de la nouvelle méthode des sondages. Une composante essentielle manque pourtant à cet assemblage : une bonne équipe de statisticiens et d’économistes professionnels, puisque ceux qui restent de la SGF sont très peu nombreux, et que la nouvelle école n’a pas encore eu le temps d’en fournir. Il appartiendra à l’Insee de constituer ces nouveaux métiers.

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