Faits marquants
Effectifs en 1993 : 6758
Le 2 mai 1996, à l'occasion du cinquantenaire de l'Insee, étaient présent sur scène au pavillon Baltard, tous les directeurs depuis la création de l'Institut.
De gauche à droite : Jean-Claude Milleron, Edmond Malinvaud, Francis-Louis Closon, Jean Ripert, Claude Gruson et Paul Champsaur.
© Insee
Paul Champsaur est nommé à la tête de l’Insee, le 12 octobre 1992. A cette date, Georges Consolo a pris en charge depuis une semaine le Secrétariat général. Un nouveau tandem prend les rênes et aborde les problèmes avec un œil neuf. Les deux hommes ont en commun de revenir à l’Institut après avoir exercé pendant une dizaine d’années des responsabilités dans d’autres administrations. Ils partagent une idée commune, à propos de la récurrente question de l’indépendance de l’institution statistique : pour eux c’est en entretenant les liens avec le monde de l’administration économique et de la décision politique que, paradoxalement, l’Insee protège le mieux son indépendance. Ceci conduit à défendre son rattachement au Ministère de l’économie et des finances. De fait, un efficace partage des tâches s’instaure entre eux, l’un assurant cette fonction de renforcer la présence de l’Insee dans le Ministère, tandis que l’autre gère, sous la direction du premier, d’importantes réformes de son organisation.
Le contexte dans lequel évolue à ce moment l’Institut est important. L’hiver 1992-1993 a été marqué par une récession sévère. Il s’ensuit une attention plus forte des agents économiques pour les analyses de conjoncture et pour les statistiques de l’emploi et du chômage et consécutivement une mise en lumière de certaines imperfections. Par exemple, si la reprise de 1994 a été bien prévue, la récession qui l’avait précédée n’avait été perçue qu ‘au dernier moment ; par ailleurs les évaluations statistiques de l’emploi ont fait l’objet de nombreuses révisions. Ces problèmes traduisent la nécessité d’adapter les méthodes, tant des statistiques que des comptes et des études, à une économie plus cyclique et plus ouverte sur l’extérieur.
Le contexte institutionnel européen devient plus pressant avec l’entrée dans la première phase de l’union économique et monétaire. Il est urgent d’assurer une meilleure comparabilité entre les données des différents pays membres, surtout pour les éléments permettant d’apprécier la convergence des économies.
Enfin, sur le plan national, les idées de décentralisation, de déconcentration et de simplification administrative, sont omniprésentes. Un moment fort de la période va être la réforme profonde du Recensement de population, dont une des conséquences sera de rendre plus accesibles « en temps réel » des informations localisées.
Quatre préoccupations essentielles émergent à ce moment et orientent l’action : renforcer l’insertion internationale, resserrer les relations du système statistique avec les entreprises, adapter les méthodes à une économie devenue plus cyclique, élargir l’action des directions régionales.
La première manifestation de l’application de ces orientations est l’adoption, au 1er juillet 1994, d’un nouvel organigramme de la direction générale. Le principal changement est la création d’une direction des statistiques d’entreprises, dont la structure, conçue par Michel Hébert, fait apparaître les soucis de cohérence du système statistique d’entreprises et d’amélioration des rapports avec les entreprises, que ce soit comme enquêtées ou comme utilisatrices de données. L’autre changement notable est la réunion des comptes trimestriels et des unités de synthèses des comptes annuels au sein de la direction des études et synthèses économiques. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, tant ce regroupement paraît naturel, et est de règle à l’étranger, c’est une petite révolution ! Car au cours des vingt dernières années, au sein du microcosme comptable, le schisme entre « trimestrialistes » et « annualistes de stricte obédience » - aux approches très différentes - avait souvent défrayé la chronique. Pascal Mazodier s’emploie à créer une synergie entre les comptes nationaux et les deux autres départements de sa direction pour favoriser l’optique économique dans la construction et l’utilisation des comptes. Par ailleurs, la création d’une division « Méthodes comparées » marque un nouveau pas dans l’ouverture internationale. Il faut aller voir comment font les autres, d’abord pour améliorer la pertinence des comparaisons que l’on peut faire avec les résultats des différents pays, mais aussi avec l’idée de ne pas hésiter à adopter la méthode des autres si elle se révèle meilleure.
Lorsque Paul Champsaur est nommé Directeur général de l’Insee, en octobre 1992, le Traité de Maastricht sur l’Union européenne à été approuvé (de justesse) par référendum trois semaines plus tôt. Lorsqu’il quitte ce poste, en 2003, le mur de Berlin est tombé en 1989, l’euro circule dans les porte-monnaies des citoyens de la majorité des pays européens, l’élargissement de l’Union aux pays d’Europe centrale et orientale se prépare activement, notamment à l’Insee. Celui-ci participe aux transformations des instituts statistiques de ces pays (par exemple la Pologne), qui visent à leur intégration au « Système statistique européen », alors en pleine réorganisation, à la suite de la mise en place de l’Union économique et monétaire. Ces événements ont profondément marqué l’histoire de l’Insee pensant cette période, même si la contruction européenne avait déjà eu des conséquences importantes depuis les années 1950, quand avait été créé à Luxembourg un « Office statistique des communautés europééennes » (OSCE), devenu plus tard Eurostat.
Les programmes de travail des INS européens sont de plus en plus marqués par les besoins des institutions de l’Union, notamment ceux d’Eurostat et ceux de la BCE (la Banque centrale européenne). Celle-ci demande la production d’indicateurs conjoncturels, harmonisés pour toute l’Union, et rapidement disponibles. Ceci va bouleverser certaines chaînes de production de statistiques, comme par exemple l’indice de la production industrielle.
La traditionnelle « note de conjoncture » se transforme. Elle concerne désormais non plus seulement la France, mais toute la zone euro. Les méthodes appliquées à la France sont « décalquées » à cette zone, contrairement aux organisations internationales qui, elles, agrègent les conjonctures nationales. L’objectif est de construire un diagnostic conjoncturel pour la zone euro, sans s’occuoer des conjonctures nationales.
L’Europe légifère aussi les statistiques structurelles d’entreprises. Les Etats membres doivent transmettre des données sur la démographie, l’activité, les résultats et les facteurs de production des entreprises. Les grandes lignes des objectifs, du champ et des données ont été fixées par des réglements en 1996 et 1998.
Les enquêtes auprès des ménages sont aussi transformées par la contruction européenne. Une première expérience de coopération interrégionale entre trois Etats avait conduit, dès les années 1980, au lancement du « Panel lorrain », une enquête sur les conditions de vie, réalisée en Lorraine, en Sarre (Allemagne) et au Luxembourg. Cette enquête a été transformée en 1994 en un « Panel européeen », qui deviendra, dans les années 2000, l’ « Enquête sur les revenus et les conditions de voie des ménages » (ERCV).
L’ouverture internationale au quotidien s’est traduite d’abord par l’intensification des travaux au sein de l’Union européenne. Les réunions du comité du programme statistique réunissent quatre fois par an les directeurs généraux des instituts nationaux de statistique des pays membres de l’Union européenne élargie. A ces réunions s’ajoutent une centaine de réunions de travail sur des thèmes divers, qui alimentent un flux continu de cadres de la direction générale vers Bruxelles et Luxembourg. En sus de cette activité officielle coordonnée par les instances de l’Union, il faut également mentionner les initiatives de l’Insee. Elles prennent deux formes. D’une part, des réunions bilatérales permettent de confronter les expériences et de monter des opérations communes. D’autre part, avec l’aide du Cnis et d’Eurostat sont organisés à Paris des séminaires internationaux : sur l’appréciation statistique des critères de convergence, sur les statistiques conjoncturelles quantitatives, sur les comptes trimestriels. Les directions régionales des régions frontalières développent quant à elles les contacts avec leurs voisines. Le premier résultat en est la publication d’annuaires statistiques transfrontaliers : Sarlorlux, Pace-Ligurie, Rhône-Alpes/Vaud-Genève.
La période est aussi marquée par une réorientation de la coopération statistique en direction des pays de l’Est européen, notamment pour préparer l’adhésion ultérieure de certains d’entre eux à l’Union. Avec l’appui d’Eurostat, l’Insee intervient dans les pays en transition et notamment en Pologne, en Roumanie, en Slovaquie, en Russie, en Albanie. Les thèmes principaux de cette coopération sont les comptes nationaux, les répertoires d’entreprises, les indices de prix et les enquêtes de conjoncture. Parallèlement, la coopération avec l’Afrique est relancée avec la création d’Afristat par un traité signé le 20 septembre 1993. Lamine Diop en est peu après nommé directeur général. Afristat est un organisme régional destiné à renforcer les capacités des États d’Afrique subsaharienne en statistiques et études économiques, notamment en apportant un appui dans de nombreux domaines (méthodologie, formation permanente, diffusion de l’information, organisation et gestion des services) aux organismes nationaux de statistique.
Un des événements marquants de la période est le lancement d’une transformation radicale des recensements de population. Selon une tradition qui remontait à 1836, des recensements exhaustifs avaient lieu à intervalles réguliers et périodiques, les années en 1 et en 6 (sauf en 1916 et 1941) de 1836 à 1946, puis à intervalles plus espacés après la guerre : 1954, 1962, 1968, 1975, 1982, 1990. Le dernier sera celui de 1999. Initialement prévu pour 1997, celui-ci est repoussé de deux ans en raisons de difficultés budgétaires. A ce moment, il apparaît que cette méthode soulève plusieurs gros problèmes : forte discontinuités des dépenses et de gestion des personnels, et, du point de vue des utilisateurs, vieillissement et obsolescence des données en fin de période intercensitaires. Une réflexion est engagée pour mettre au point une méthode radicalement nouvelle, fondée sur des enquêtes par sondages aléatoires effectuées tous les ans. Cette idée, proposée par Jean-Claude Deville et Guy Desplanques, fait l’objet de recherches méthodologiques approfondies. On parle au début de « Recensement en continu », car la collecte aurait lieu tous les ans, mais aussi répartie sur toute l’année (mais ce deuxième aspect devra être abandonné en raison des variations saisonnières). On parlera ensuite de « Recensement rénové de la population » (RRP). Le projet sera ensuite porté et promu par Michel Jacod et Jean-François Royer, puis par Jean-Michel Durr et Alain Godinot.
Il est prévu de recenser un échantillon tournant de communes pour celles de moins de 10 000 habitants, et un échantillon de personnes pour celles de plus de 10 000 habitants. Mais, puisque justement il n’y plus de recensement exhaustif, quel peut être la base de sondage ? Un autre outil radicalement nouveau est alors inventé : le « Répertoire d’immeubles localisés » (RIL). C’est un répertoire exhaustif des immeubles physiques avec leur adresse et leur localisation sur un plan, mis à jour à l’aide des permis de construire. Il servira aussi à constituer des bases de sondages pour les enquêtes sur les ménages et les logements. Pour construire et gérer ce répertoire, les statisticiens des Directions régionales deviennent aussi cartographes, puisque le RIL prend appui sur une cartographie numérisée, créée par positionnement automatique (géocodage à l’adresse) des immeubles et des établissements.
Cette nouvelle méthode est bien accueillie, malgré la réticence de quelques maires (qui craignent de ne pas disposer des budgets nécessaires) et de certains géographes (qui se demandent s’ils disposeront de données locales assez fines). Ces interrogations sont largement débattues dans le cadre du Conseil national de l’information statistique (CNIS), qui montre alors sa grande utilité comme lieu de concertation des opérations statistiques. Il est intéressant de comparer cette expérience unique au monde avec un projet analogue développé aux Etats-Unis dans les années 1990. Dans ce pays, où un recensement exhaustif est prévu par la Constitution de 1787, l’idée de sondage aléatoire se heurte à des oppositions politiques. Après un vif débat, le projet est rejeté, comme anticonstitutionnel.
Les activités des Directions Régionales ont été transformées de deux points de vue pendant la période. A l’origine, depuis leurs créations dans les années 1940, les DR avaient surtout des activités de production. Elles collectaient et traitaient toutes les informations relatives à leur région, selon les normes et les méthodes élaborées à la DG. Puis, à partir des années 1960, elles ont joué de plus en plus un rôle de diffusion, avec la création des Observatoires économiques régionaux. Dans les années 1990, cette répartition des tâches est fortement transformée pour deux raisons. D’une part le progrès technique (informatisation, codification automatique) réduit la taille des équipes nécessaires pour une tâche, ce qui transforme les activités de production. D’autre part, la décentralisation et l’accroissement des responsabilités des collectivités locales entraînent une forte hausse de la demande de données plus ou moins finement localisées. La « Démarche organisation de la production statistique » (Dops), lancée en 1998, vise à tirer les conséquences de la rationalisation de la production sur l’activité des DR, tandis que l’ « Offre cohérente pour les régions » (Ocre), qui suit un peu plus tard, en 2000, mutualise les outils de réponse aux demandes d’informations régionales et locales.
La Dops a concerné notammment les DADS, traitées dans deux DR, les enquêtes annuelles d’entreprise, centralisées à Nantes et Toulouse, le répertoire SIRENE. Le projet « Alimentation Informatisée du Répertoire des Personnes Physiques » (Airepp) a été rendu nécessaire par la distribution à tout nouveau-né d’un Nir à partir du 1/1/1999. Pour cela, un système de relations informatisées avec les mairies, coordonné par le pôle « répertoires et fichiers démograhiques » de la DR Pays de la Loire, a été mis en place. Toutes ces opérations ont eu à garantir de délicats équilibres : entre l’aspiration à réaliser dans chaque DR une large palette de travaux et le souci d’efficacité, entre le maintien d’un fonctionnement traditionnel qui avait ses points forts et la nécessité de prendre en compte les évolutions liées aux avancées technologiques.
Du côté de la diffusion, le projet Ocre a conduit à distinguer deux types d’activités, d’une part le contact direct avec la demande dans les DR, ou « Front office », et d’autre part les investissements indispensables pour une offre harmonisée, ou « back office ». Celui-ci a été orgnisé en six « pôles de services pour l’action régionale » (PSAR), l’un sur l’offre de données, situé à Nantes, et les cinq autres tournés vers des aspects d’études. Ocre peut être vu comme complémentaire de la Dops. En effet, un des objectifs de la Dops a été de mieux organiser les tâches pour laisser plus de moyens à l’action régionale en DR. Il restait à dessiner des modes de fonctionnement des études et de la diffusion plus efficaces et complémentaires avec la production. C’est l’un des buts d’Ocre. Il fallait développer des systèmes d’informations intermédiaires évitant de faire trop de recherches dans les fichiers.
Ainsi le caractère centralisé et quasi-jacobin de l’organisation de l’Insee héritée de l’après-guerre s’est il peu à peu estompé, sous l’effet conjugué de divers facteurs : les progrès de l’informatique, l’arrivée d’internet, la décentralisation décidée en 1982, la multiplication des demandes locales émanant d’acteurs de plus en plus compétents. De ce point de vue, une décision importante est prise au début des années 2000 : la plus grande partie des données est désormais disponible gratuitement sur internet, suivant en cela un mouvement général à tous les pays européens. C’est là un changement complet par rapport aux politiques de tarification menées auparavant.
La pièce centrale de la statistique d’entreprise est, depuis la fin des années 1960, l’Enqête annuelle d’entrepise (EAE). Une nouvelle génération, dite EAE4G, est mise en place en 1997 pour l’industrie, les IAA, les services et le commerce, et en 1998 pour le BTP et les transports. Un tronc commun ( les variables que toute EAE doit observer) est mis au point. L’EAE4G interroge sur tous les établissements, met l’accent sur l’immatériel (par exemple les logiciels), simplifie les questions sur l’emploi, admet désormais la photocopie des liasses fiscales pour obtenir le compte de résultat. Pour les petites entreprises du commerce et des services, la collecte est faite, une année sur deux, via la source fiscale.
Pour les grands groupes, notamment automobiles, des expériences dites de « profiling » sont tentées. Pour cela, un contact direct est établi avec le groupe au plus haut niveau de ses directions financières et comptables. Cette démarche vise à demander un compte de résultat consolidé à ces services, en échange d’une contrepartie : ne plus répondre qu’à un seul questionnaire au lieu de la douzaine précédemment adressés aux différentes unités juridiques.
Ainsi, on le voit, les entreprises, petites et grandes, font l’objet d’une attention particulière. Celles-ci sont en effet très sensibles à la charge que constitue la réponse aux enquêtes statistiques, même si elle ne représente qu’une faible part des obligations administratives. Deux mesures sont prises pour limiter et mieux répartir cette charge. La mise en place d’une coordination des échantillons évitera d’interroger toujours les mêmes petites et moyennes entreprises. Le Comité du label, nouvellement créé, assure une meilleure instruction des enquêtes, vérifie leur contenu en rapport avec leur objet et évite les redondances. Les entreprises font également l’objet d’attention en tant qu’utilisateurs des données statistiques méritant une mise en forme particulière de l’information : un point marquant de l’organisation de la nouvelle direction des statistiques d’entreprises est la création de deux divisions tournées vers la satisfaction des besoins spécifiques des entreprises : la division « Mise à disposition du répertoire Sirène » et la division « Information et travaux pour les entreprises ».
Les statistiques démographiques et sociales sonr redéployées, en veillant à obtenir des gains de productivité, et à produire plus d’analyses et d’études. Par exemple, la très ancienne enquête sur les « Intentions d’achat des particuliers » est reconvertie en enquête permanente sur les conditions de vie. Son originalité est de comporter une partie fixe et une partie adaptable chaque trimestre qui permet d’aborder des sujets très divers, en fonction des besoins ressentis à l’Insee ou chez ses partenaires. Le projet « estimations localisées de population » (ELP) conduit à mettre au point un système peu coûteux et fiable d’estimation des populations départementales, basé sur l’utilisation des fichiers administratifs. Plus généralement, les systèmes statistiques sont repensés, tant au niveau national que régional : refonte de l’enquête emploi, qui va devenir une enquête en continu, exploitation exhaustive des DADS, mobilisation des Urssaf, meilleure connaissance des distributions de revenus et de patrimoine.
La direction des statistiques démographiques et sociales voit son champ d’études s’accroître par la reprise d’un certain nombre de compétences dévolues jusqu’en 1993 au Cerc. Les études publiées suite à ce transfert sont regroupées dans une nouvelle publication, « Synthèses » commune à l’ensemble du système statistique public.
Enfin, une impulsion est donnée aux travaux méthodologiques avec la création de l’unité « Méthodes Statistiques », dirigée par Jean-Claude Deville, qui allie une fonction de conseil à la demande, transversale à toute l’institution statistique et la mise au point d’outils généraux concernant par exemple la pondération (Calmar) et la précision des enquêtes. Des « Journées de méthodologie statistique » sont organisées régulièrement, et rassemblent la grande famille des statisticiens dispersés dans tout le Système statistique public.
Le besoin de communiquer vers l’intérieur comme vers l’extérieur est plus fortement ressenti. En décembre 1992 est mise en place une équipe de communication interne. Celle-ci lance, en complément du journal interne L’Insee en direct, et avec l’aide de la cellule audiovisuelle de l’Insee un magazine audiovisuel : Canal Vidéo Stat. Pour sa part, l’unité de communication externe, créée en mars 1993, veille à développer les relations avec la presse. Elle a aussi pour souci de mieux définir les politiques de communication institutionnelle et de communication par produit, en distinguant quatre grands types de partenaires : les médias, les entreprises, les collectivités locales et le monde de l’enseignement.
Dans le public, deux types de sujets rencontrent un intérêt croissant : les faits de société et les indicateurs conjoncturels. Insee-Première devient le support privilégié de diffusion d’analyses sur les premiers. Quant aux indicateurs conjoncturels, leur rôle de plus en plus marquant sur les marchés financiers rend nécessaire l’adoption, en 1993, d’une diffusion régulée. Un programme de parution est établi trois mois à l’avance et la diffusion est faite à heure fixe, juste avant l’ouverture des marchés parisiens.
Les progrès de l’informatique et l’apparition d’internet vers 1995 ont eu des conséquences importantes, notamment pour la diffusion, et pour le travail des secrétaires. En 1992, les données étaient encore diffusées de façon payante, sur papier, sur disquette ou par minitel. La vente des consultations des fichiers SIRENE par minitel constituait une ressouce financière imortante. Puis internet est arrivé. Cela a bouleversé les conditions de droit de la diffusion des données. Ceci a conduit à s’interroger sur la capacité, la nécessité ou la légitimité de facturer les prestations en cette matière. Finalement, pour le plus gros, la gratuité l’a emporté, ce qui a été une mouvement général de tous les instituts statistique européens. Par ailleurs, l’informatique de bureau a transformé les métiers. Celui de dactylo codeuse a disparu. Le rôle des secrétaires a été bouleversé par la diffusion de l’usage du traitement de textes par les cadres. Les réorganisations des DR résultent aussi des progès de l’informatique.
L’enseignement et la recherche ont pris un nouvel élan avec la création, par le décret du 2 juin 1994, du Groupe des écoles nationales d’économie et de statistique (GENES), . constitué d’un centre de formation permanente, le Cepe, de deux grandes écoles, l’Ensae et l’Ensai, et d’un centre de recherche, le Crest, qui regroupe six laboratoires (économie industrielle, finance-assurance, micro-économétrie, statistique, sociologie quantitative et département de la recherche) et publie la revue « Annales d’économie et de statistique ».
L'Ensai
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La création de l’Ensai et son installation sur le campus de Ker-Lann près de Rennes, est le résultat des efforts développés depuis de nombreuses années et marqués notamment par le rapport Lesourne-Curien. Elle traduit à la fois la nécessité de donner une nouvelle personnalité à l’ancienne « deuxième division » de l‘Ensae qui forme les attachés, et dont le niveau de recrutement n’a cessé d’augmenter, et la volonté de répondre aux besoins croissants de formation de spécialistes du traitement de l’information et plus généralement au développement des métiers de la statistique.
Par ailleurs, un centre de formation pour les contrôleurs de l’Insee, le Cefil, a été créé à Libourne en 1996, sous la houlette de Jean-Pierre Behmoiras.
Le Cefil
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« La réorganisation a été précédée et accompagnée d’une réflexion collective approfondie sur les orientations stratégiques des DR. De cet effort très important, nous devons maintenant récolter les fruits. » (P. Champsaur, 1993).
Valoriser le potentiel de l’Insee en région et tirer les bénéfices de la réorganisation des directions régionales sont des préoccupations constantes. Un des axes en est le développement de la coopération interrégionale. Cette idée naturelle de recherche d’économies d’échelle, mentionnée dans le programme à moyen terme et formalisée par François Madinier en décembre 1993, reçoit un accueil positif. Toutefois elle se heurte au poids des habitudes et aux difficultés d’innover dans les méthodes de travail. Dès 1994, des moyens sont affectés en région pour la mettre en pratique et développer les études interrégionales.La coopération statistique en région se met en place. Les directeurs régionaux prennent contact avec les services déconcentrés des ministères effectuant de la collecte statistique, dans le but de définir des actions communes.
L’accent est mis sur le fonctionnement des réseaux. Leur coordination permet une plus grande cohérence dans l’expression des attentes des régions. Le rythme des réunions de directeurs régionaux est doublé à partir de 1994, pour donner aux réunions un contenu plus stratégique d’orientation générale, et pour les organiser de façon plus concentrée sur un thème. L’augmentation du nombre de réunions permet également de mieux associer les directeurs régionaux aux problèmes d’actualité. Enfin les réunions du Codir, qui donnent lieu à un avis synthétique sur différents projets, peuvent être mieux articulées avec celles des directeurs régionaux. Parallèlement, les réunions des chefs de services régionaux (Sed, Ses, et Sar) trouvent, après quelques tâtonnements, leur équilibre : d‘abord consacrées aux échanges d’informations, elles deviennent des lieux d’initiative et de coopération pour développer des outils communs.
Le développement de pôles de compétence, confiant à des directions régionales des responsabilités nationales, suivant les conclusions d’Alain Mothe, Jean-François Royer et Jean-Marie Ruch, augmente le potentiel de cadres en province, et y facilite le déroulement des parcours professionnels.Tout ce développement de l’activité des directions régionales s’appuie sur leur modernisation, et notamment sur l’informatisation accélérée des postes de travail qui constitue une modification importante des conditions de travail des personnels. Les DR bénéficient également de la déconcentration et de la modernisation de la gestion. Les locaux se modernisent. Parallèlement à la remise à niveau de l’immeuble de la direction générale, un gros effort dans le domaine immobilier est poursuivi en région, avec la rénovation des établissements de Lyon et Montpellier, et la construction ou l’acquisition de locaux neufs à Ajaccio, Lille, Poitiers et Fort-de-France.
La concertation avec les utilisateurs pour la définition du programme statistique se renforce, menée avec toute la rondeur diplomatique nécessaire par Jean-Pierre Behmoiras. Le Cnis, consolidé et rénové, trouve son rythme de croisière. Il lance plusieurs initiatives réussies, comme le rapport et le colloque international sur la mesure statistique des critères de convergence, ou comme le groupe de travail sur les sans-abris.Les ménages ne sont pas oubliés : le souci du respect des individus dans nos enquêtes transparaît dans la collaboration confiante menée avec la Commission nationale de l’informatique et des libertés.
Plus qu’un simple gestionnaire, le Secrétariat général est un acteur essentiel de la mise en œuvre des principes de « Construire l’Insee de l’an 2000 » et des orientations de moyen terme. Les trois actions les plus apparentes sont d’abord l’effort de formation, qui inclut maintenant les formations européennes (programme « Training of European Statisticians »), ensuite l’activité intense de l’unité « Gestion des carrières » (plus de quatre cents mouvements de cadres A chaque année, gérés depuis 1995 par le tandem Paul Koepp-Caroline Roy, enfin l’effort d’équipement informatique vers l’objectif « un micro-ordinateur par personne », accompagné d’une réflexion sur l’organisation d’ensemble de l’informatique à l’Insee (schéma directeur de l’informatique centrale).
Plus généralement, le Secrétariat général cherche à moderniser l’ensemble de ses procédures avec le programme de modernisation de la gestion. Outre l’ouverture de possibilités d’une gestion plus fine, nécessaire en période de contrainte budgétaire, cette modernisation est gage de gains d’efficacité dans les procédures de gestion qui permettent à l’Institut de consacrer au maximum ses effectifs aux tâches de collecte statistique, d’étude et de diffusion.